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Oripeaux

transports

âme  intacte
obstinément   refuse  une  amitié   grise
une histoire isotherme épaisse et feutrée
respire
laisse chez elles  les humeurs apaisantes
enfin   déclenche   le   séisme   hurleur
songe
les fleurs des prés se fanent  silicosées
le  milieu  naturel  flingue  le   semeur
le sage
caractère  autrefois  calme  et  généreux
le  crâne   fissuré   gesticule  et  sert
autrement
les aimantes  pensées  recuites  en  fiel
le chêne penchant  sectionne  ses racines
le crépuscule
se glisse ocre linceul
                        ne  rien  confier

Contribution à l’opération « Dis moi dix mots » envoyée le 3 décembre 2012. La liste des mots était âme, autrement, caractère, chez, confier, histoire, naturel, penchant, songe, transports. Voici la description que j’en ai faite sur la liste Oulipo:
D’abord, quel est l’intrus dans cette liste de mots ? « transports » car c’est le seul ne comportant pas de « e »: j’en ai fait le titre. Tous les autres mots figurent à raison d’un tous les deux vers.
Ensuite, quel est le PPCA (plus petit commun alphabet) de ces dix mots ? acefghilmnoprstuz
Donc tous les mots de ce texte sont écrits dans cet alphabet, et -sauf le titre- comportent la lettre e.

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Les yeux fermés

Ce qui aujourd'hui se passe en Israël
donne la claire mesure
de ce qu'est devenu le sionisme

J'ai un grand respect pour la religion Israélite
et un intérêt plein d'affection pour le peuple Juif, sa culture bien vivante et ses traditions préservées
mais je condamne le sionisme

Ce qui a pu sincèrement être pensé comme un mouvement de libération
comme l'aspiration à vivre dans un pays de paix et d'amour
comme un rempart contre le racisme antisémite et les agissements les plus noirs envers les Juifs
se présente maintenant comme une entreprise coloniale
comme ce qu'un président français a pu déclarer crime contre l'humanité
comme un régime d'apartheid
dans lequel un peuple entier est plongé dans le mépris l'humiliation et l'asservissement

Les dirigeants français ont édicté qu'être antisioniste
était une forme d'antisémitisme
Ils ont tort
Qu'ils m'emprisonnent s'ils le veulent
mais je condamne le sionisme

Le ministre de l'intérieur interdit
les manifestations à Paris contre les violences israéliennes
Il a tort
car l'histoire se souviendra
des yeux fermés de la France
Pour moi
je condamne le sionisme 

Écrit lors des graves événements survenant en Israël, provoqués par la décision d’établir de nouvelles colonies en expulsant les habitants Palestiniens, et qui font des dizaines de victimes dans la population civile. Ce texte est motivé par l’attitude du gouvernement français dans cette circonstance.

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Un mont qu’on va gravir

Au matin, nous avons un souci:
où voir clair dans la nuit jamais finissant ?
Affliction nous alourdissant,
styx où l'on va croupissant.

Nous avons dû courir sus au dragon.
Nous avons appris qu'inaction n'induit pas toujours paix,
Qu'aussi tous dictats ou notions
sur la signification du mot "droit"
sont parfois loin du bon droit.

Pourtant un point du jour nous sourit
avant qu'on l'ait vu.
Disons qu'on y va.
Disons qu'on survivait dans un pays,
non pas rompu,
mais imparfait.

Nous, fils d'un pays, d'un instant,
Où un souillon au cuir noir,
hoir d'humains mis sous un joug,
qu'avait nourri un cotillon sans mari,
pourrait dans son imagination jouir du pouvoir national,
mais tout au plus discourt pour qui l'a conquis.

Soit, nous manquons d'un poli,
d'un abord parfait,
mais aussi
nous n'avons pas pour but d'aboutir à l'union dans son absolu.
Nous avons pour but d'accomplir l'union sur un horizon.
La construction d'un pays promouvant sans tabou civilisations, colorations,
individus,
conditions d'humain.
Ainsi nous portons nos visions, non sur la situation d'un instant,
mais sur la situation du futur.

Nous proscrivons la division car nous savons qu'afin d'offrir tous atouts au futur,
nous avons d'abord à bannir nos oppositions.
Nous abaissons nos poings
pour ouvrir à tous nos bras.
Qu'il n'y ait aucun tort pour aucun, mais pour tous l'accord parfait.

Qu'un fait au moins soit connu partout :
Autant nous sanglotions, autant nous grandissions.
Autant nous souffrions, autant nous croyions.
Autant nous fatiguions, autant nous risquions.

À jamais tous unis nous irons triomphants.
Non qu'on n'aurait plus jamais à subir un coup dur,
mais on n'ira plus jamais brandir la division.

Un lointain  manuscrit dit qu'un jour
chacun sourira sous son plant aux lourds raisins,
soustrait aux assauts malfaisants.

Si nous voulons agir au diapason d'un si grand jour
nous vaincrons non par poignards brandis,
mais par tous ponts qu'on aura bâtis.
Voilà un jardin à nous promis,
un mont qu'on va gravir,
si nous l'osons.

Car avoir vu jour aux US nous munit,
plus qu'un nom imposant,
d'un passif dont nous nous occupons,
qu'il nous faut assainir.

Nous avons vu la faction s'acharnant à abolir la nation,
plutôt qu'à s'y unir.
Ourdissant la mort du pays, par un coup brutal au pouvoir civil.
Un plan qui a failli aboutir.

Pourtant, si tout pouvoir civil subit parfois un coup brutal,
jamais n'y saurait choir un coup fatal.

Voilà un fait sûr,
nous y croyons dur,
car nous qui nous tournons au futur,
savons l'historial miroir nous tournant un tain pur.

Nous voici au jour du rachat.
Nous pâlissions au jour prochain.
Nous nous trouvions mal instruits
pour pourvoir à un si poignant instant.

Mais par lui nous fut fourni
qu'un opus original soit accompli,
nous offrant horizons, ris.

Alors qu'avant nous voulions savoir :
aurons-nous jamais trait sur la tribulation ?
aujourd'hui nous affirmons :
jamais la tribulation n'aura trait sur nous.

Nos pas n'iront point au sort qui fut,
mais nous irons au sort qui va s'accomplir :
un pays coti mais intact,
compatissant mais hardi,
insoumis, affranchi.

Nous n'avons ni à fuir
ni à faiblir sous l'intimidation
car nous savons qu'inaction ou stagnation
sont la dot qu'auront alors nos gamins.
Pour tout faux pas,
subiront fort poids.

Mais voici un point clair.
Ajoutons l'aidant à l'adroit,
l'adroit au bon droit :
l'amour formant alors la loi
va munir nos fils d'un natif droit.

Laissons donc pour toujours un pays
plus plaisant qu'on n'a connu.

Au fur du soupir gonflant mon thorax d'airain,
nous allons accomplir, d'un pays implosant, un pays imposant.
Nous allons accourir du ponant où sont nos monts chatoyants d'or.
Nous allons accourir du pays mohican battu d'un air marin
où fut avant nous combattu pour bâtir la nation
Nous allons accourir du nord aux conurbations cotoyant d'imposants lacs
Nous allons accourir du sud rôti sous un rayon tropical
Nous allons rafraîchir, radoucir, ragaillardir.

Par tout point connu dans la nation,
par tout coin qu'on dit part du pays,
l'humain flot si mouvant si magistral apparaîtra
contus mais magistral.

Au jour naissant, nous jaillirons hors la nuit,
brûlants, hardis.

Un clair matin naît à qui nous ouvrons l'huis
car il y a toujours un fanal
pourvu qu'on ait un cran suffisant pour voir qu'il luit.
Pourvu qu'on ait un cran suffisant pour nous savoir lui. 

Lors de la prise de fonctions du nouveau président des États Unis d’Amérique, un poème fut récité par Amanda Gorman. : « The hill we climb »
Il m’est venu, moi qui comme le chantait Nougaro suis blanc de peau, le désir de tenter plutôt qu’une traduction une transposition oulipienne de ce poème. Quelle contrainte choisir pour un tel texte ? J’ai pensé à un lipogramme supprimant la voyelle E, blanche d’après Rimbaud. Le texte original a pour caractéristique un fort usage de répétitions, allitérations, jeux de mots que j’ai essayé autant que possible de restituer.

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Oripeaux

soir avec gong

Etouffant presque, j’arrive dans le vent. Un enfant saute et fait un tonnerre de plus. Des pas dans l’herbe: un homme veut la pluie d’une soudaine abondance. Contre lui asséné, le vent est un bélier dont les coups poussent la pluie. Des fils minces infiltrent ma fenêtre. Le cadre, ce soir, est gris sous les frondaisons. Je fouette. On dirait qu’un tonnerre diffuse de nets éclairs. Avec l’orage, la pluie change. Persistante pluie et tonnerre en coups brusques se dessinent. Une bande dans le vent hurle là haut. Dans quelle lecture se sont-ils plongés sous la pluie, le tonnerre et le vent du soir ?

Contribution adressée le 2 octobre 2011 à « l’oulipien de l’année 2012 » sur le site Zazipo, rubrique consacrée à un extrait intitulé « C’est un soir de vent, de tonnerre et de pluie… » signé Harry Matthews. La contrainte suivie a été ainsi décrite sur la liste Oulipo:
Sans modifier la signification, j’ai juste changé le sens

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Oripeaux

11 02 2011

Ce jour fut pour lui palindrome
Où le début rejoint la fin
Il but un cocktail polychrome
Puis il s’enfuit vers les confins

11 02 2011:
Si !  Moubarak, ara bu : omis

Publié le 12 février 2011

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Oripeaux

transgression pour elle et moi

mon amour
mon cœur s’excave
en crevasse sonore

aux ramures une mouvance
susurre un vocero morose

mon amour
mon cœur a vu ce mur
une rancœur en moi se verse
aucun recours ne se verra

o ma reine en ces murs
ose ma souvenance
arrose une rose encenseuse
nous sommes encor en romance
aucune morsure
aucun accroc

amour en mon cœur ne mourra

Prisonnier strict: aucune lettre à hampe ni jambe, aucun accent, etc. Deux clinamens (exceptions), une pour elle et une pour moi
Poème composé en lien avec la contrainte
.

Publié le 6 février 2011

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Fugitifs

Hydrea

Ces haikus forment un recueil entrepris lors du début d’un traitement médical toujours en cours, pour célébrer la beauté, parfois la laideur, toujours le ressenti fort de la vie.

monts illuminés
merveilleux sentier de crête
poison dans mes veines

Naves, 30 octobre 2011
feuillage d’automne
la mort voyage avec moi
le TGV file

10 novembre 2011

il goûte une poire
branche pourpre et feu de bois
tiède vent d’automne

28 novembre 2011

c’est un bon maçon
sapin au faîte du toit
musique et bonheur

29 novembre 2011

hydrea la la
rire du diable qui danse
et cligne de l’oeil

11 décembre 2011

fenêtre éclairée
femme de dos gestes calmes
table à repasser

11 décembre 2011

pneus sur le gravier
paix du jardin retrouvé
après le travail

11 décembre 2011

ton rire et la neige
guirlandes au sapin voltent
tes baisers m’envolent

29 décembre 2011

jardin de coton
flocon de neige sans hâte
se pose et tout dort

2 février 2012

vibration qui s’enfle
le train approche du quai
l’enfant s’émerveille

24 février 2012

il vient m’agresser
insultes ragots menaces
le ciel bleu gentiane

6 mars 2012

recru de fatigue
floconneux cœur chaviré
ils comptent sur moi

22 mars 2012

où dansent les filles
où dansent leurs compagnons
au son du clairon

19 avril 2012

d’un coup plus de vent
en plein jour tombe une nuit
et l’odeur d’orage

30 avril 2012

brave ordinateur
confident des rires clairs
des soirs d’agonie

30 avril 2012

manif au soleil
cent drapeaux couleurs volantes
l’enfant bat des mains

1er mai 2012

la mort surgira
d’un hallier d’ombres dorées
souriante et chaude

2 mai 2012

ne dis pas « cancer »
trop de laideur nuit trop noire
juste « prolifère »

2 mai 2012

agoni d’injures
mails d’accusation publique
poire aux saveurs chaudes

18 mai 2012

panne d’internet
tous les voyants sont éteints
roue de vie grippée

26 mai 2012

parfum d’églantine
doux brouhaha de la ruche
caresse du vent

28 mai 2012

dans ses yeux lavés
muet appel en dérive
au bord nos orgueils

28 juin 2012

parfaite et limpide
du robinet se libère
la goutte et s’écrase

4 juillet 2012

soir après la pluie
brume enroulant ses volutes
lourd parfum de terre

17 août 2012

le danseur a froid
les projecteurs ont lâché
un chien dans les jambes

25 août 2012

aux rets du grillage
fleur grisante au chèvrefeuille
fend un grand sourire

8 octobre 2012

seringue en horreur
la foudre envahit ma chair
me ronge et me fouille

21 novembre 2012

mots sur un forum
douleur questions peur qui rôde
paix des mots amis

17 décembre 2012

défilé de mode
visages thermoformés
hanches robotiques

10 février 2013

Monsieur qu’avez-vous ?
Madame c’est un cancer
Hors d’ici, voyou

10 avril 2013

il découvre un banc
près du transfo noir de tags
comment c’est s’asseoir ?

16 avril 2013

jambe ventre gorge
tout est béchamelle froide
va-t’en mouche bleue

17 avril 2013

quand le champ de blé
ondule au vent chaud qui frôle
à ton sein ma paume

7 mai 2013

pommes de Cézanne
trente deux millions d’euros
frais goût des reinettes

9 mai 2013

recrute gendarme
sans condition de diplôme
moralité bonne

Affiche vue ce matin, très peu modifiée
15 mai 2013

en ouvrant les yeux
la lumière sourirait
paupières collées

17 mai 2013

dans la main palpite
la truite qui glisse et volte
un coup sec met fin

18 juin 2013

feuille transparente
dont la nervure s’embrase
au soleil couchant

10 septembre 2013

sous le roc obscur
les stalactites de glace
dansent en pleurant

19 octobre 2013

balayer les feuilles
monter quatre pneus contact
flocons et silence

23 novembre 2013

givre sur la vitre
firmament d’ombre argentée
glace dans le coeur

27 décembre 2013

la pluie souriante
caresse la joue bleutée
lave un peu le sang

12 janvier 2014

son rire est un feu
qui m’inonde de chaleur
souvenir de braises

3 avril 2014

certaines douleurs
verront des enfantements
créons la couleur

26 mai 2014

épi bien serré
haut sur la tige bleutée
long ciel immobile

9 juin 2014

l’aiguille de quatre
égrène les mailles douces
patiente caresse

14 août 2014

J’ai cru voir la mort
Dans le reflet d’une branche
Sur l’étang des ombres
9 septembre 2014
La cendre et le vent
De l’homme qui tue un homme
Eteignent la flamme
17 novembre 2014
C’est l’hiver la neige
Sur ce corps que le sang baigne
Pose page blanche
8 janvier 2015
Déception d’automne
La promesse non tenue
La pluie aux yeux mornes
20 octobre 2015
Au lever du jour
Vent chaud balayant la peur
Ouvre nos paupières
15 novembre 2015
ce n’est pas l’amour
qui fait taire le poète
c’est la balle au ventre
10 février 2016 (anniversaire de la mort de Pouchkine)
je n’ai pas dormi
dans la rue aux senteurs tièdes
j’ai mangé la lune
31 mars 2016
un tyran vainqueur
une ville assassinée
un ciel rouge sang
13 décembre 2016
dans le goudron tiède
arrachés à la montagne
mille éclats s’endorment
1er avril 2017
nous t’avons élu
sans flamme et sans illusion
nous résisterons
9 mai 2017
tu courbes la branche
la cerise au front ému
s’offre et ta main cherche
24 mai 2017
le cercle d’amis
la place que je retrouve
le bon feu de joie
5 septembre 2017
la neige sidère
le désespoir de l’asphalte
et le rêve glisse
1er décembre 2017

9 haïkus perdus, je les recherche.

Théâtre des Bouffes,
Ils ont chanté « On est là ».
France au cœur battant.
17 janvier 2020
l’ombre froide avance
nous recouvre nous sidère
glisse le silence
16 mars 2020
il est interdit
de voler alors je reste
devant mon miroir
24 mars 2020
le masque à ta bouche
pose un duvet de mystère
en songe tu passes
16 avril 2020
Sur ton lit. Sans force.
Tu vas mourir tu le sais.
Nous nous sourions.
19 avril 2020
masque de misaine
miroitement de tes yeux
visage au long cours
20 avril 2020
ne pas espérer
ne plus jamais espérer
ne jamais comprendre
20 avril 2020
un vieux sur un banc 
un banc noir sur un trottoir 
dans le froid du soir
3 mai 2021
Val : là où a vu.
Lova. Ô aval voulu !
La ola vola.
17 septembre 2021
Un rayon de toi,
étoile, un jour m'a souri
dans le ciel nocturne.

Dans ce reflet miroitant
chaque soir encor je danse.
17 septembre 2022
Je n'accepte pas
que coule au fond de la mer
celui qui a faim.

Que trop loin, trop invisible,
l'enfant souffre. L'enfant meure.
15 juin 2023 ( journée mondiale contre la faim )
le regard perdu
des êtres en file indienne
avancent sans bruit

parfois l'un s'endort et tombe
puis l'histoire recommence
5 octobre 2023
un jour je suis mort
ont pleuré vents et nuages
mais l'aube était fraîche
28 janvier 2024
disette d'automne
pigeons mésanges fauvettes
guerroient bec à bec
4 novembre 2025
le pays du rêve
les marchands l'ont immolé
les oiseaux mourront
21 février 2026
mon voisin sourit
il a lavé sa voiture
le soleil s'y mire

et le merle sur la haie
lance un trille approbateur

12 mai 2026
meurs d'un génocide
meurs dans les bras de ta mère
meurs à peine né

meurs dans la malédiction
meurs sans avoir su chanter

29 mai 2026
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éclaircie

tout est dévasté
la plaine coule en pleurant vers son fond
le souvenir des esquives
des soubresauts désespérés
des courses aléatoires
fait encor se déchausser nos dents tambourinantes

puis un rayon jaillit
limpide écharasson jeté oblique jusqu’au ciel
aveuglant sentier de poussières fourmillantes

nos yeux s’y sont lancés
nos cœurs ont fibrillé
nos jambes ont dansé
nos gorges ont hurlé

toi l’amour qui mets en route
tu brûles de ton feu nos tristes certitudes
nous courons
une torche à la main
chevauchant des monstres salvateurs
ivres d’avoir tué la mort

Publié sur Talipo le 7 juin 2011

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Poteries

Palindromes

De fréquents échanges de palindromes ont lieu sur la liste Oulipo. Ci-dessous quelques unes de mes contributions.

4-12-12: Dans un échange inauguré par Philippe Simon avec « Elle me dit idem ,elle »

Elle m’égale, la gemelle
Elle canule ali : il a élu nacelle.
Elle, cupide, m’a servi le délice calin; il a Cécile. Délivré samedi: pucelle.

6-12-12: Dans un échange inauguré par Jean Fontaine à propos de la date du 21-12-2012, soi-disant « fin du monde » du calendrier Maya, avec « On cesse : en nº date, mage maya raya méga-métadonnées sec ! No !!  »

Eté, tel Carioca : « Medieval savoir et agenda maya, mad ! Ne gâte Rio, va… » Slave idem a, coi, raclé tête.

9-12-12: Dans un échange inauguré par Philippe Simon avec « La vérité elle, ne(z) zen elle étire val »

Note : « Bleu, tire long nez, zen. Gnôle = rituel béton. »

19-1-13: Dans un échange inauguré par Jacques Perry-Salkow avec
« La note rude mi balaya l’abîme du ré tonal.
Le baron et ténor Abel :
Note slave, madame. Valse-t-on ? »

Sut boléro de Sor : en ut ? Tuner ose : do ! – Ré ! l’obtus.

15-2-13: Dans un échange inauguré par Alain Hupé avec « Sa dose il perdra, le pape papelard replié : sodas ! »

Un peu de pauvreté de la part d’un saint homme suffit-il à résoudre les problèmes économiques du sud-Europe ?

     Si nu, velu Ouellet emplit-il PME, tel leu ou lev unis ?
Coup de théâtre au Vatican: les déchirements internes de la Curie aboutissent à un vote oulipien:

     Ce reptile, tel leu Ouellet, élit Perec.

14-03-2013: L’élection du nouveau pape a déclenché sur la liste une salve de jeux, en majorité des anagrammes. Dans ce concert j’ai glissé:

Conseillons lui de ne pas craindre de faire toute la lumière:

     Nit ne grâle pape, l’argentin !
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Twittérature

Héméroméride

Ce projet d’un an, conçu par Bernard Maréchal, a débuté le 1er mai 2021. Il se basait sur les journées mondiales, internationales ou locales dont on trouvera une liste en page annexe. Pour chacune de ces journées, un mot-clef (ou un groupe de mots-clefs) était mis en évidence.

Une activité journalière était proposée : l’écriture d’un haïku ( 5/7/5 syllabes ) additionné d’une contrainte à son propre choix mettant en jeu le mot-clef du jour. Le haïku pouvait éventuellement être remplacé par une autre forme de micro-poème, tanka, sélénet, chicago, petite morale élémentaire portative

Vous pouvez consulter sur la page dédiée les contraintes et les formes qui ont été mises en œuvre dans les nombreuses contributions reçues tout au long du projet, soit en utilisant la page contact de ce site, soit sur twitter, soit encore sur la liste Oulipo.

Ces contributions peuvent être lues dans des pages mensuelles : mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars, avril.

Ci-dessous les contributions écrites pour le bouquet final, le dernier jour de ce projet, 30 avril 2022.

Journée internationale du jazz

Bernard Maréchal

Monk, Sidney Bechet,
Gillespie ou John Coltrane,
Quel swing ont ces vieux !

Billie Holiday pleurait,
Ella Fitzgerald chantait.

(tanka et pangramme de 102 lettres)

et

Passant par hasard,
Campagnard à Manhattan,
Dansas la samba.

L’agaçant jazz t’attrapa,
Battant la java d’antan.

(tanka et monovocalisme en [A])

et

Pour que les vieux Duke Ellington, Bechet, Farmer,
Comptent toujours, tu dois guincher quel subversif ?
Charlie Parker? Buddy Johnson ? Armstrong ? Quels fauves !
Kenny Dorham joue Clifford Brown qui vous piégeait.

(Belle absente)

et

Qui écoute encore
Le cornet de Beiderbecke,
Brubeck et Rollins ?

Ellington The Duke,
Les six cordes de Scofield,
Et Sonny Rollins ?

L’époque Blue Note,
Thelonious Monk, Round Midnight,
Et puis Bud Powell,

Willie Smith le Lion
Le trombone de Mingus
Et son violoncelle ?

Remémorons-nous
Ces musiciens du désordre,
Écoutons-les bien.

Billie pleure les pendus,
Qu’un souffle de vent remue,
Les fruits noirs lynchés.

Le souffle de Miles,
Be-bop, cool, fusion ou free,
Trompette en quintet.

Privé de trompette,
Gillespie perd son tempo
Et le be-bop meurt.

Les petites fleurs
De Sidney Bechet éclosent
En bouquet sonore.

(bouquet de 9 haïkus en lipogramme de [JAZZ])

Jacqueline Morel

( calligramme )

Nicolas Graner

Vivez ce boeuf carrément listoulipique ! GEF swingue dur au saxo ;
à la batterie, Noël, habile, impose son rythme dansant de jerk.

( panscrabblogramme )

et

Quand le jazz est là
La java s'en va avec
L'héméroméride...

Jacqueline Jacquadit

Ce jazz à laïus
Ses ritournelles l'ennuient
Zazie jasa cul

( haïkunagramme )

Annie

New-York ? jazz ambigu, faux plats de chaque vie

( pangramme )

Gérard Le Goff

Sur le sol
"L'oeil , d'abord , glisserait sur la moquette grise d'un long
corridor, haut et étroit"
Haut et étroit , un long corridor,dessus la moquette grise, l'oeil,
d'abord glisserait.
Sur la moquette grise, d'abord, l'oeil glisserait, la moquette d'un
haut et étroit corridor.

L'oeil , eh l'oeil! avoir l'oeil! l Le bon! L'affûté! Le perçant!
L'attention , qualité première! La perception précise des images! Sans
ostentation! Sans désir de percer à jour des secrets enfouis! L'oeil
non agressif! Il ne va pas scruter, inciser! Il ne va pas analyser!
Tout simplement, il s"en va glisser sur les choses! Sur la moquette
grise! Sur le doux tissu gris de la moquette.
L'oeil , d'abord, glisserait sur la moquette grise.
Sur la moquette grise d'un long corridor.
Un long corridor haut et étroit.

La moquette couvre le sol. Elle est grise. Couleur neutre. On a envie
de la caresser. De marcher dessus pieds nus. Belle moquette à
respecter. Ne nous moquons des moquettes! Ne nous moquons des
moquettes! Ne nous moquons des moquettes! Grises, jaunâtres,
lie-de-vin,ocres, vermillon, magenta, bleutées, bordeaux, unies,
striées, rayées, bigarrées, quadrillées, ne nous moquons des
moquettes, dit la mouette, dit la moukère, dit la ménagère, dit le
divin vent sur le velin velours des choses.

Voici un corridor. ça c'est impressionnant! ça c'est du sérieux! Du
stress à venir . Des pas précautionneux s'imaginent sur le duveté des
moquettes, longeant le corridor long et étroit. Des portes fermées.
Vont-elles s'ouvrir? Lesquelles? On va voir la réalité cachée des
choses. Attention, c'est peut-être maintenant. Une poignée bouge.
Qu'y-a-t-il derrière la porte des choses? D'autres choses qui cachent
d'autres choses, à l'infini? Un silence de fin du monde? Une ville
bombardée? Un cataclysme qui se prépare? Une peluche? Quelques
confettis? Une guitare? Un chapeau? Un vieux sac? Un papier couvert
d'une écriture illisible? Un sérial killer?
Une star?

Sur la moquette grise, d'abord, l'oeil glisserait...
"L'oeil , d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long
corridor, haut et étroit

(Première phrase des "choses" de G. Perec, traitée façon jazz)

et

Excités, qu'ils swinguent
Bien fort les mots! Du Vian pour
Haïku jazzy!

( haïku-pangramme 56 lettres )

Anthony Pecqueux

Swing à toute allure
Les jambes se délient - s'affolent
Quintet au sommet

et

Un jazz effréné!
Déontologie élue -
Concert arrêté...

et

La note pique le cœur
Tel trouver un quadrutrèfle
Flegme sur le carreau

et

L'ennemi public 
& le saxo archi(e) libre
Le rythme est rossé

cf Archie Shepp en duo avec ChuckD de Public Enemy

Alexandre Carret

Jarrett, Armstrong, Zawinul, Zwingenberger
Jasent, agassent, zinzinulent, zinzibulent
Juvénilement, acribiquement, zénithalement, zygomatiquement.

( acronyme et allitération )

Noël Bernard

Picaillons,
Veut poupon ? Beaucoup ?
Presque accordé, mon camarade.
Cependant comprends juste certains trucs importants.
Surtout lorsque, retrouvant bercail, ouvrant maison commune entres, montre respect.

Star, déstresse :
Stopperai toujours
Tours bancals, fangeux, indécents,
Moyennant douceur longtemps défaillante : respect.

Combien forts
Tous poutous charmants,
Trésor. Pourquoi moins mon pognon ?

Fatiguée.
Gaffe ! Plaquerais...

Respect. Point.


( bigollo en bambochade d'ordre 3 )

Inspiré de  « Respect »  ( Otis Redding / Aretha Franklin ) 

et

... et un petit scat

babedidouda
dabedidebaba wouah
dabe bedi Houuu

wouah wouah badabadaba
badebadebadewouah

#héméroméride ( tanka lipogramme en CFGJKLMNPQRSTVXYZ )

et

Héméro
Et la vie était rose
Oulipo
Et rien n'était morose

Rime était riche
Anagramme jolie
C'est fini ma biche
Pas la folie

( sur l'air de « Summertime » de Gershwin )

Un grand merci à tous ceux qui ont participé à ce projet avec une avalanche de contributions qui nous ont ravis par leur créativité et leur beauté !