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Journée du Mystère Des Oulipotes

L’héméroméride, projet d’un an, conçu par Bernard Maréchal, débute le 1er mai 2021. Il se base sur les journées mondiales, internationales ou locales dont on trouvera une liste en page annexe. Une activité journalière est proposée : l’écriture d’un micro poème sur le thème de la journée, au format haïku, additionné d’une contrainte à son propre choix.

Le 8 juillet, seul de l’année où nous n’avons pu trouver de journée mondiale ou internationale, a été décrété « Journée du Mystère des Oulipotes » et a donné lieu à un riche ensemble de contributions. Les contraintes, non dévoilées dans l’héméroméride, sont explicitées ci-dessous.

Bernard Maréchal

Tu dis le mot « lettre »
Sur liste oulipo ?
L’esprit doit s’y mettre
Pour polir des mots.

Lettres mystérieuses
Pour dépoussiérer
Les rimes miteuses,
Puis les dérouiller.

Sortir des litotes
Où tout se dissout,
Et des polyptotes
Des puristes fous :

Mystères limpides
Pour liste oulipo,
Mes rimes stupides
De petit Pierrot.

(sélénets et beau présent)

et

Mystère des oulipotes :
Le dieu mort s'y est posé.
Le myope sort des étuis
Et pousse solide myrte.
Os du mystère, lépiotes,
Dieu y pelote ses morts.
S'il t'y mord époussetée,
Myste, sois étole prude.

(prophétie en huit anagrammes)

Rémi Schulz

jeu puéril ou vaine anecdote

pour qui refuse l’élan mutin

tout ce fatras emberlificote

le rustre comme le philistin

les nicodèmes et les bigotes

l'indélicat y perd son latin

mystère opaque des Oulipotes

 

pour coder la fable rigolote

il se faut détenir un dessin

un fantasme su sans antidote

émotif on y vient et revient

étrange cuisine qu'on mijote

suivant l’aptitude de chacun

mystère intime des Oulipotes

 

pour la décoder tel numérote

tel rumine le texte oulipien

tel tire le fil de la pelote

tel surdétermine et à la fin

découvre comme ça se tricote

logique clé du trésor surfin

mystère vaincu des Oulipotes

 

qui n’a tête vide de linotte

avouera n'être qu'un ripolin

et pourra crier saperlipotte

je ne sais encore quel moyen

élargit au-delà des jugeotes

un écrit digne d’un magicien

mystère infini des Oulipotes


( l'isocélisme et l'acrostiche oblique sont mis en évidence par l'image ci-dessous ; s'y ajoute un nombre de lettres égal à 666 et une gématrie égale à 7992, avec 7992 = 666 x (6+6) 

Elisabeth Maitre

Ecrire contraint
fol imaginaire fuse
pensée libérée

Jacqueline Morel

Mais qui sont les oulipotes ?
Virtuoses de la plume
Même passion les anime

Érudits poètes
Leur art nous révèle
La beauté du monde
Et l'infini des possibles

( HOG )

Annie

laisse le vent
courir devant
car la terre

lui a souri
là-bas aussi
adultère

c'est le credo
de l'oulipo
son mystère 

( sur le schéma de rimes de la « Chanson d'automne » de Verlaine )

Nicolas Graner

Oh, qu'allez-vous lire ?
Un sélénet ? Non !
L'acrostiche ? On vire :
Idiot, jeu bidon.

Pas plus : plat pangramme
Où on offrirait,
Tiens, trois tautogrammes
Et vieux whisky frais.

( quadruple prétérition )

Alexandre Carret

Mis au sottisier, l’oulilipotien (*) s’tâte ici ou là, rêve de folles prairies nues, ombrées, de belles muses. Près d’elles, va ici ou là ; vient, si insouciant, le vers à la rime facile, ici ou là-haut, pour plaire aux oulipotes en tiaulée- amis ? - si vous lisez ces lignes-là, de là ou d’ici !

(acrosémantiche avec noms de fleurs)


(*) L’oulilipotien est un mini-oulipien rêvant un jour d’être un oulipote.

Noël Bernard-Talipo

Quel trophée offre un jeu chébran, grave et sadique,
Mystifiant jeune et grand plus que ce bleu vishnou ?
Quel djinn hante, mutin, ce golf privé de balle,
Qui par chemins, jouissif, va d'un genou oblique,
Saoul d'un vin chaud fragrant bu au pot jusqu'au moût ?
Il chante au vent gonflé d'abjects mots qu’ouït pibale,
Fol spam  qu'on voit jaillir du bagout d'un chinou.

( Belle absente )

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Héméroméride

Ce projet d’un an, conçu par Bernard Maréchal, a débuté le 1er mai 2021. Il se basait sur les journées mondiales, internationales ou locales dont on trouvera une liste en page annexe. Pour chacune de ces journées, un mot-clef (ou un groupe de mots-clefs) était mis en évidence.

Une activité journalière était proposée : l’écriture d’un haïku ( 5/7/5 syllabes ) additionné d’une contrainte à son propre choix mettant en jeu le mot-clef du jour. Le haïku pouvait éventuellement être remplacé par une autre forme de micro-poème, tanka, sélénet, chicago, petite morale élémentaire portative

Vous pouvez consulter sur la page dédiée les contraintes et les formes qui ont été mises en œuvre dans les nombreuses contributions reçues tout au long du projet, soit en utilisant la page contact de ce site, soit sur twitter, soit encore sur la liste Oulipo.

Ces contributions peuvent être lues dans des pages mensuelles : mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars, avril.

Ci-dessous les contributions écrites pour le bouquet final, le dernier jour de ce projet, 30 avril 2022.

Journée internationale du jazz

Bernard Maréchal

Monk, Sidney Bechet,
Gillespie ou John Coltrane,
Quel swing ont ces vieux !

Billie Holiday pleurait,
Ella Fitzgerald chantait.

(tanka et pangramme de 102 lettres)

et

Passant par hasard,
Campagnard à Manhattan,
Dansas la samba.

L’agaçant jazz t’attrapa,
Battant la java d’antan.

(tanka et monovocalisme en [A])

et

Pour que les vieux Duke Ellington, Bechet, Farmer,
Comptent toujours, tu dois guincher quel subversif ?
Charlie Parker? Buddy Johnson ? Armstrong ? Quels fauves !
Kenny Dorham joue Clifford Brown qui vous piégeait.

(Belle absente)

et

Qui écoute encore
Le cornet de Beiderbecke,
Brubeck et Rollins ?

Ellington The Duke,
Les six cordes de Scofield,
Et Sonny Rollins ?

L’époque Blue Note,
Thelonious Monk, Round Midnight,
Et puis Bud Powell,

Willie Smith le Lion
Le trombone de Mingus
Et son violoncelle ?

Remémorons-nous
Ces musiciens du désordre,
Écoutons-les bien.

Billie pleure les pendus,
Qu’un souffle de vent remue,
Les fruits noirs lynchés.

Le souffle de Miles,
Be-bop, cool, fusion ou free,
Trompette en quintet.

Privé de trompette,
Gillespie perd son tempo
Et le be-bop meurt.

Les petites fleurs
De Sidney Bechet éclosent
En bouquet sonore.

(bouquet de 9 haïkus en lipogramme de [JAZZ])

Jacqueline Morel

( calligramme )

Nicolas Graner

Vivez ce boeuf carrément listoulipique ! GEF swingue dur au saxo ;
à la batterie, Noël, habile, impose son rythme dansant de jerk.

( panscrabblogramme )

et

Quand le jazz est là
La java s'en va avec
L'héméroméride...

Jacqueline Jacquadit

Ce jazz à laïus
Ses ritournelles l'ennuient
Zazie jasa cul

( haïkunagramme )

Annie

New-York ? jazz ambigu, faux plats de chaque vie

( pangramme )

Gérard Le Goff

Sur le sol
"L'oeil , d'abord , glisserait sur la moquette grise d'un long
corridor, haut et étroit"
Haut et étroit , un long corridor,dessus la moquette grise, l'oeil,
d'abord glisserait.
Sur la moquette grise, d'abord, l'oeil glisserait, la moquette d'un
haut et étroit corridor.

L'oeil , eh l'oeil! avoir l'oeil! l Le bon! L'affûté! Le perçant!
L'attention , qualité première! La perception précise des images! Sans
ostentation! Sans désir de percer à jour des secrets enfouis! L'oeil
non agressif! Il ne va pas scruter, inciser! Il ne va pas analyser!
Tout simplement, il s"en va glisser sur les choses! Sur la moquette
grise! Sur le doux tissu gris de la moquette.
L'oeil , d'abord, glisserait sur la moquette grise.
Sur la moquette grise d'un long corridor.
Un long corridor haut et étroit.

La moquette couvre le sol. Elle est grise. Couleur neutre. On a envie
de la caresser. De marcher dessus pieds nus. Belle moquette à
respecter. Ne nous moquons des moquettes! Ne nous moquons des
moquettes! Ne nous moquons des moquettes! Grises, jaunâtres,
lie-de-vin,ocres, vermillon, magenta, bleutées, bordeaux, unies,
striées, rayées, bigarrées, quadrillées, ne nous moquons des
moquettes, dit la mouette, dit la moukère, dit la ménagère, dit le
divin vent sur le velin velours des choses.

Voici un corridor. ça c'est impressionnant! ça c'est du sérieux! Du
stress à venir . Des pas précautionneux s'imaginent sur le duveté des
moquettes, longeant le corridor long et étroit. Des portes fermées.
Vont-elles s'ouvrir? Lesquelles? On va voir la réalité cachée des
choses. Attention, c'est peut-être maintenant. Une poignée bouge.
Qu'y-a-t-il derrière la porte des choses? D'autres choses qui cachent
d'autres choses, à l'infini? Un silence de fin du monde? Une ville
bombardée? Un cataclysme qui se prépare? Une peluche? Quelques
confettis? Une guitare? Un chapeau? Un vieux sac? Un papier couvert
d'une écriture illisible? Un sérial killer?
Une star?

Sur la moquette grise, d'abord, l'oeil glisserait...
"L'oeil , d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long
corridor, haut et étroit

(Première phrase des "choses" de G. Perec, traitée façon jazz)

et

Excités, qu'ils swinguent
Bien fort les mots! Du Vian pour
Haïku jazzy!

( haïku-pangramme 56 lettres )

Anthony Pecqueux

Swing à toute allure
Les jambes se délient - s'affolent
Quintet au sommet

et

Un jazz effréné!
Déontologie élue -
Concert arrêté...

et

La note pique le cœur
Tel trouver un quadrutrèfle
Flegme sur le carreau

et

L'ennemi public 
& le saxo archi(e) libre
Le rythme est rossé

cf Archie Shepp en duo avec ChuckD de Public Enemy

Alexandre Carret

Jarrett, Armstrong, Zawinul, Zwingenberger
Jasent, agassent, zinzinulent, zinzibulent
Juvénilement, acribiquement, zénithalement, zygomatiquement.

( acronyme et allitération )

Noël Bernard

Picaillons,
Veut poupon ? Beaucoup ?
Presque accordé, mon camarade.
Cependant comprends juste certains trucs importants.
Surtout lorsque, retrouvant bercail, ouvrant maison commune entres, montre respect.

Star, déstresse :
Stopperai toujours
Tours bancals, fangeux, indécents,
Moyennant douceur longtemps défaillante : respect.

Combien forts
Tous poutous charmants,
Trésor. Pourquoi moins mon pognon ?

Fatiguée.
Gaffe ! Plaquerais...

Respect. Point.


( bigollo en bambochade d'ordre 3 )

Inspiré de  « Respect »  ( Otis Redding / Aretha Franklin ) 

et

... et un petit scat

babedidouda
dabedidebaba wouah
dabe bedi Houuu

wouah wouah badabadaba
badebadebadewouah

#héméroméride ( tanka lipogramme en CFGJKLMNPQRSTVXYZ )

et

Héméro
Et la vie était rose
Oulipo
Et rien n'était morose

Rime était riche
Anagramme jolie
C'est fini ma biche
Pas la folie

( sur l'air de « Summertime » de Gershwin )

Un grand merci à tous ceux qui ont participé à ce projet avec une avalanche de contributions qui nous ont ravis par leur créativité et leur beauté !