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Un mont qu’on va gravir

Au matin, nous avons un souci:
où voir clair dans la nuit jamais finissant ?
Affliction nous alourdissant,
styx où l'on va croupissant.

Nous avons dû courir sus au dragon.
Nous avons appris qu'inaction n'induit pas toujours paix,
Qu'aussi tous dictats ou notions
sur la signification du mot "droit"
sont parfois loin du bon droit.

Pourtant un point du jour nous sourit
avant qu'on l'ait vu.
Disons qu'on y va.
Disons qu'on survivait dans un pays,
non pas rompu,
mais imparfait.

Nous, fils d'un pays, d'un instant,
Où un souillon au cuir noir,
hoir d'humains mis sous un joug,
qu'avait nourri un cotillon sans mari,
pourrait dans son imagination jouir du pouvoir national,
mais tout au plus discourt pour qui l'a conquis.

Soit, nous manquons d'un poli,
d'un abord parfait,
mais aussi
nous n'avons pas pour but d'aboutir à l'union dans son absolu.
Nous avons pour but d'accomplir l'union sur un horizon.
La construction d'un pays promouvant sans tabou civilisations, colorations,
individus,
conditions d'humain.
Ainsi nous portons nos visions, non sur la situation d'un instant,
mais sur la situation du futur.

Nous proscrivons la division car nous savons qu'afin d'offrir tous atouts au futur,
nous avons d'abord à bannir nos oppositions.
Nous abaissons nos poings
pour ouvrir à tous nos bras.
Qu'il n'y ait aucun tort pour aucun, mais pour tous l'accord parfait.

Qu'un fait au moins soit connu partout :
Autant nous sanglotions, autant nous grandissions.
Autant nous souffrions, autant nous croyions.
Autant nous fatiguions, autant nous risquions.

À jamais tous unis nous irons triomphants.
Non qu'on n'aurait plus jamais à subir un coup dur,
mais on n'ira plus jamais brandir la division.

Un lointain  manuscrit dit qu'un jour
chacun sourira sous son plant aux lourds raisins,
soustrait aux assauts malfaisants.

Si nous voulons agir au diapason d'un si grand jour
nous vaincrons non par poignards brandis,
mais par tous ponts qu'on aura bâtis.
Voilà un jardin à nous promis,
un mont qu'on va gravir,
si nous l'osons.

Car avoir vu jour aux US nous munit,
plus qu'un nom imposant,
d'un passif dont nous nous occupons,
qu'il nous faut assainir.

Nous avons vu la faction s'acharnant à abolir la nation,
plutôt qu'à s'y unir.
Ourdissant la mort du pays, par un coup brutal au pouvoir civil.
Un plan qui a failli aboutir.

Pourtant, si tout pouvoir civil subit parfois un coup brutal,
jamais n'y saurait choir un coup fatal.

Voilà un fait sûr,
nous y croyons dur,
car nous qui nous tournons au futur,
savons l'historial miroir nous tournant un tain pur.

Nous voici au jour du rachat.
Nous pâlissions au jour prochain.
Nous nous trouvions mal instruits
pour pourvoir à un si poignant instant.

Mais par lui nous fut fourni
qu'un opus original soit accompli,
nous offrant horizons, ris.

Alors qu'avant nous voulions savoir :
aurons-nous jamais trait sur la tribulation ?
aujourd'hui nous affirmons :
jamais la tribulation n'aura trait sur nous.

Nos pas n'iront point au sort qui fut,
mais nous irons au sort qui va s'accomplir :
un pays coti mais intact,
compatissant mais hardi,
insoumis, affranchi.

Nous n'avons ni à fuir
ni à faiblir sous l'intimidation
car nous savons qu'inaction ou stagnation
sont la dot qu'auront alors nos gamins.
Pour tout faux pas,
subiront fort poids.

Mais voici un point clair.
Ajoutons l'aidant à l'adroit,
l'adroit au bon droit :
l'amour formant alors la loi
va munir nos fils d'un natif droit.

Laissons donc pour toujours un pays
plus plaisant qu'on n'a connu.

Au fur du soupir gonflant mon thorax d'airain,
nous allons accomplir, d'un pays implosant, un pays imposant.
Nous allons accourir du ponant où sont nos monts chatoyants d'or.
Nous allons accourir du pays mohican battu d'un air marin
où fut avant nous combattu pour bâtir la nation
Nous allons accourir du nord aux conurbations cotoyant d'imposants lacs
Nous allons accourir du sud rôti sous un rayon tropical
Nous allons rafraîchir, radoucir, ragaillardir.

Par tout point connu dans la nation,
par tout coin qu'on dit part du pays,
l'humain flot si mouvant si magistral apparaîtra
contus mais magistral.

Au jour naissant, nous jaillirons hors la nuit,
brûlants, hardis.

Un clair matin naît à qui nous ouvrons l'huis
car il y a toujours un fanal
pourvu qu'on ait un cran suffisant pour voir qu'il luit.
Pourvu qu'on ait un cran suffisant pour nous savoir lui. 

Lors de la prise de fonctions du nouveau président des États Unis d’Amérique, un poème fut récité par Amanda Gorman. : « The hill we climb »
Il m’est venu, moi qui comme le chantait Nougaro suis blanc de peau, le désir de tenter plutôt qu’une traduction une transposition oulipienne de ce poème. Quelle contrainte choisir pour un tel texte ? J’ai pensé à un lipogramme supprimant la voyelle E, blanche d’après Rimbaud. Le texte original a pour caractéristique un fort usage de répétitions, allitérations, jeux de mots que j’ai essayé autant que possible de restituer.

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Oripeaux

Al toro sin cuernos

Je vaque, dévoyé, -ou veuf, – ou dégommé,
Vieux doge de Padoue. Ô bée, abîmé, dôme.
Du feu qui a fugué, du vivide oud aimé,
J’évoque fade vide, aboi qu’avive baume.

Ogive du koubba : qui m’y bagua pâmé ?
Ah, qui a vu magique Adige où voguai, môme !
J’ai humé mauve à Pâque où ma foi m’a paumé,
M’égaya hampe du gamay doux à ma paume.

Qui : homme ? Jéhovah ? Qui : pape ? mikado ?
Je divague, ébahi du gage de ma dame ;
Igue me piège, abîme où m’aime apode femme.

Evadé de Yama, mimai fameux judo.
Beau maqam dédiai, de ma gigue kiffée,
Aux aveux de ma mie, aux appeaux de ma fée.

Une tradition chez les Oulipotes est de réécrire le Desdichado de Gérard de Nerval en appliquant diverses contraintes oulipiennes. Par ailleurs Georges Perec a popularisé par sa contrainte des « ulcérations » ( non appliquée ici ) la liste des 11 lettres les plus fréquentes : ESARTINULOC. Sur la liste Oulipo, Gilles Esposito-Farèse a lancé un défi lipogrammatique : réécrire le Desdichado en s’interdisant les consonnes de cette liste S,R,T,N,L,C. Les réponses sont tombées aujourd’hui à midi, incluant bien sûr celle de Gef, et toute une série d’autres remarquables sonnets. On trouve ici ma réponse. Je remercie Gef pour son aide sur le titre, qui constitue un Beau présent sur ESARTINULOC.
Posté sur la liste Oulipo le 4 février 2019.

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Twittérature

Sankulipo

Ce projet d’un an a démarré le 1er mai 2015. Comme pour les deux cycles annuels précédent, le lipoméride et le zodianku, il a fait l’objet d’une parution quotidienne sur ce site et sur twitter. Il se base sur le calendrier républicain: chaque jour paraissait un haïku écrit en utilisant seulement les consonnes du nom donné par Fabre d’Eglantine au jour considéré. Si toutefois ce jour comportait une seule consonne ou aucune, on pouvait utiliser de plus les consonnes du nom du jour dans la décade (primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi).

Tous les amis, Oulipotes ou Twittérateurs, qui le souhaitaient étaient invités à me proposer ces haïkus, accueillis avec joie.

Voici le premier et le dernier des haïkus composés lors de ce cycle :

1er mai 2015 – 12 floréal – Sainfoin

Sonnée, affaissée,
Faneuse a son infusion.
Finie soif insane.

30 avril 2016  – 11 floréal – Rhubarbe

Hobereau bourru
A ri, ébahi ! Hourra :
Bru aura bébé !

Mois par mois, ensemble des haïkus du Sankulipo :

Floréal

Prairial

Messidor

Thermidor

Fructidor

Sans-culottides

et notamment Révolution : un ensemble de belles absentes composées pour ce jour spécial.

Vendémiaire

Brumaire

Frimaire

Nivôse

Pluviôse

Ventôse

Germinal

A la fin de ce cycle nous avons fêté la fin de l’aventure : une pluie de textes ont répondu à mon invitation d’écrire sur des contraintes oulipiennes librement choisies des poèmes à partir de la chanson  « Il pleut, il pleut, bergère » écrite par  Fabre d’Eglantine, auteur des noms de jours du calendrier républicain. Cette page a été publiée le 1er mai 2016.

Variantes :

Chaque jour de nombreuses variantes ont été proposées par des amis sur la liste Oulipo et sur twitter. Merci à tous pour tant de richesse ! Elles sont rassemblées (ainsi que mes propres variantes)  dans la page Variantes du Sankulipo

Illustration :

Un grand merci à « Mal traçadas linhas » alias @eujanymim qui m’a envoyé la belle roue calendaire illustrant le Sankulipo.

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Oripeaux

Topor à Porto

Tôt, Porto : port pro.
Toro, rôt top, Ô Topor !
Ooo pot ort. Trop pop.

Avec l’exégèse que voici :

Il voulut dessiner au calme au Portugal
Et débarqua sans heurt en la ville invaincue
Où d’un bovin fougueux lui fut cuit un régal
Mais sa papille n’est du vin pas convaincue


Le retour sur la liste Oulipo de la forme quatre-san-ku m’a inspiré l’essai ci-dessus. Toute ressemblance avec quelque épisode de la vie de Roland Topor serait bien sûr purement fortuite, et seulement due aux merveilleux aléas de la contrainte.
Posté sur la liste Oulipo le 3 février 2015.

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Oripeaux

quatre-san-ku

I
A même sa mée,
Sam a ses as amassé.
Sasse âme semée.

II
La Lada cala.
Lad dalla, Al laça cal :
Là, d’ac, ça alla.

III
Fée fit fieffé tif !
Et été te fit effet.
Té, tête te fitte.

IV
Erre et rate artère
Art t’a tête à tête rare
Ta terre t’arrête

V
La Mamma a mal !
Là… la calma, la cala,
Laça, ça alla.

VI
Pope pop épié.
Oie pipée, pipo pépie.
O pie épopée !

VII
née en un névé
ève neuve venue nue
en une nuée

VIII
A la lie allai,
Là, à l’île à l’aléa.
Ai l’aile liée.

IX
rag erre égaré
reggae a rage à gérer
raga rare aère

X
Nuit. Inti tut nit.
Un titi nu tint un ut.
Un tutti : tut tut !

[Inti = dieu du soleil inca
nit = unité de luminance]

XI
O Bob tête bée
Béret tort et botte ôtée
Robot et toro

[Exceptionnellement un « cinq-san-ku » sur ROBERT en l’honneur de Robert Rapilly pour son anniversaire]


Petit amusement chambérien. Parmi les 20 lettres ne valant pas 10 au scrabble, en choisir quatre dont au moins une voyelle. Ecrire un haïku en utilisant exclusivement ces quatre lettres.
[ D’où le nom: quatre (lettres) sur 3 (san en japonais) vers formant un (haï)ku — rien à voir avec la Fontaine des éléphants]
Postés sur la liste Oulipo en septembre 2013.

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Twittérature

lipoméride

Publié le

mai

1 mercredi   – dès le réveil, plein de sentiments célestes
2 jeudi          – muguet si tu veux, que tu hurles ne peut te nuire
3 vendredi    – c’est vers midi que mes intestins devinrent grêles
4 samedi      – entre avec crainte dans l’envers sidéral
5 dimanche  – le septième jour il posa son violon et s’envola
6 lundi           – murs infinis d’un suburb gris
7 mardi         – matins hardis, ravins alpins, grands sapins
8 mercredi    – dériver lentement vers le rêve et s’éveiller en mer
9 jeudi           – le jus de purin ne tue ni vigne ni ciguë
10 vendredi   – vérifie bien : de l’infini, rien ne vient. rien.
11 samedi     – il siffla la fille, elle le vit, il était grisâtre
12 dimanche – grâce furtive d’un brin de romarin fleuri
13 lundi          – il fut surpris d’un si subit prurit
14 mardi        – matin : lac salin mirant l’air carmin
15 mercredi   – je t’interdis de m’enfermer en mes pensées
16 jeudi          – le plus pur sentiment m’effleure dès que j’entends les fleurs rire
17 vendredi    – le verbe, c’est l’ennemi : il perce les fenêtres
18 samedi      – hélas il avait déjà l’âge des plaies saignantes
19 dimanche  – dans les soirs alanguis tourne la chauve-souris
20 lundi          – il fut puni : ni sushis ni surimi
21 mardi        – l’air chagrin, l’Anglais s’attabla, cachant mal sa faim
22 mercredi   – le névé scintille, le pied pèse et s’imprime, le ciel m’encercle de nimbes givrés
23 jeudi          – de fureur il s’inflige des griffures sinueuses
24 vendredi    – s’il est de tristes femmes, me désespère cette fidèle éphémère éprise de l’être divin
25 samedi      – dix, valet, dame, tierce gagnante, tapis persan
26 dimanche  – l’aréole du sein, ce cadran des nuits solaires
27 lundi          – fuis si tu survis, fuis du puits qui mugit
28 mardi        – jardin français, jardin anglais, sans avis j’avançai
29 mercredi   – chenille s’échine et printemps chemine
30 jeudi          – si tu suis les signes qui luisent tu meurs
31 vendredi    – l’herbe fervente penche vers l’est et sécrète le bel encens

juin

1 samedi        – la salive me vient en reniflant ces pintades
2 dimanche    – le saule torsadé m’affole de sa fulgurante éruption
3 lundi             – fruit d’hibiscus cuit sur du riz : un summum
4 mardi           – partir agitant la main sans chagrin
5 mercredi      – le chien, le réverbère, et le silence
6 jeudi             – le vieux peuplier se redresse, ivre du tumulte des insectes butineurs
6 jeudi             – (deux) Un jeune nervi, triste brute, tue un jeune épris d’idées généreuses. Cité entière, prends le deuil.
7 vendredi       – élèves en cercle, périmètre de pierre
8 samedi         – farine tamisée, lait, malaxe la pâte
9 dimanche     – à sa fenêtre une femme rit, son portable à l’oreille
10 lundi            – du fil d’un surin l’Inuit punit l’intrus in situ
11 mardi          – brandis l’appât : grandit la paix
12 mercredi     – père ni fille, mère ni fils, le destin ne prévient de rien
13 jeudi            – le sujet précède le verbe, depuis les nuits du temps, et rien ne les unit
14 vendredi      – il mendie, il grêle, l’intestin crie
15 samedi        – demain ta main câlinera l’échine
16 dimanche    – avouerez-vous jamais la honte d’un regard détourné ?
17 lundi             – du suc d’un fruit mûr il fit un jus qu’il but pur
18 mardi           – à l’instar d’Hannibal gravissant l’arc alpin, fais pâlir l’invasif latin
19 mercredi      – chez le généticien les bêtes engendrent cent chimères
20 jeudi             – je m’éprends d’un buffet de chêne cérusé, ému de ses sculptures désuètes
21 vendredi       – ses chélicères se refermèrent et le venin fit le reste
22 samedi         – atteinte d’Alzheimer elle est femme elle est belle
23 dimanche     – îles d’alors, étiez-vous inaccessibles ?
24 lundi              – mini-flux qu’induisit un fil nu sur l’indium du circuit
25 mardi            – caviar sans pain : il tartina sa main
26 mercredi       – vérifie le frein : s’il est desserré, défense de lever le cric
27 jeudi              – l’un veut, l’un refuse, l’un pleure
28 vendredi        – le peintre célèbre en vermeil l’est irréel des ciels d’été
29 samedi         – vahiné, lance ta danse, agitée de transes marines
30 dimanche     – à l’origine du regard était le feu

juillet

1 lundi              – brun mûrit un fruit, surgi du pistil d’un iris purpurin
2 mardi            – gaz sarin. Bachar, riant, signa : sabbat final
3 mercredi       – délimite le segment sensible, pénètre vivement et déclenche le cri
4 jeudi              – tumeur détectée, une peur est instillée
5 vendredi       – rire insensé des premières tendresses
6 samedi         –
églantine des vents rebelles
cadran des temps déphasés
calendrier des saints de braise
balisent l’ère des errances
7 dimanche     – robe qui flotte autour des jambes de velours
8 lundi              – un cumulus surgit du sud, mugit, luit, puis il plut
9 mardi            – malin, l’assassin signala l’alibi sans pâlir
10 mercredi    – serment d’ivresse liesse des vignes
11 jeudi            – il ripe sur une prise, perd l’équilibre, et dévisse
12 vendredi     – pitre sempiternel risée des esprits élevés
13 samedi       – paire de mitaines belles mains de laine
14 dimanche   – sur l’étang qui miroite un lotus flotte et je souris
15 lundi            – gus qui vit du minimum, gus surpris nutri d’un fruit chu d’un surplus, gus qu’un tribun punit
16 mardi          – il prit sa main, dansa sans fin dans l’air matinal
17 mercredi     – entre ses lèvres grises défibrille le rire
18 jeudi            – bûches humides feu qui fume je m’enrhume
19 vendredi      – impertinence belle impertinence dévie les destins rectilignes
20 samedi        – narines flattées par l’air salin des alizés
21 dimanche    – la conique se dérobe et suit sa route bifocale
22 lundi             – un pli divin sur un surplis pur lin
23 mardi           – paix à l’Islam s’avivant dans l’amical ramadan
24 mercredi      – le ferment de liberté lève si le sel est mêlé
25 jeudi             – chut ! plus de bruit, ses cils se ferment sur ces lueurs intérieures
26 vendredi      – l’incendie se déclenche et crépitent mes sentiments
27 samedi        – labiales, dentales, fricatives, palatales, vibrent sans fin dans l’air et dansent
28 dimanche    – sur l’icône son pinceau promène une caresse dorée
29 lundi             – cri d’un bikini rubis sur un cuir brun
30 mardi           – j’arrachai l’animal tapi dans ma chair
31 mercredi      – le silence est le siège des rêveries fertiles

août

1 jeudi              – jeune fille qui pleure et l’heure s’éternise
2 vendredi        – les dernières merceries ferment et le temps perd le fil
3 samedi          – en plantant le pépin j’imagine l’arbre
4 dimanche      – dans la farandole oublie paroles et projets
5 lundi              – primitif, instruit, instincts indivis : surgir, s’unir, fuir
6 mardi            – lapin nain, clapis dans l’abri câlin
7 mercredi       – l’épeire tend ses fils en cercles invisibles, l’insecte vire sec, le piège se referme
8 jeudi              – une erreur vint lui révéler l’entrée des chemins supérieurs
9 vendredi        – geste lent de ces femmes nimbées de crêpe de Chine
10 samedi        – dans la clarté rare de la cave, l’affinage mêle savamment le temps et le sel
11 dimanche    – de l’âme raisonnable le front sera cerné d’une auréole en fer
12 lundi            – d’un burin sûr, incisif, il inscrit un trip cursif sur un buis brut
13 mardi           – assis dans sa datcha l’amiral trahi paraissait maladif
14 mercredi     – le filet pèse empli d’espèces vénéneuses
15 jeudi            – le tilleul infuse et viennent les pensées secrètes
16 vendredi      – l’épervier glisse lentement, le silence règne
17 samedi        – il vieillira sans haine et la fin sera claire
18 dimanche    – du piano la note grave s’accorde à mon désarroi
19 lundi             – but qui luit, tribus qu’unit un script divin, dur circuit juif
20 mardi           – salam dit-il, avançant la main, la paix habita l’islam
21 mercredi      – ensemble espèrent les chrétiens, et cherchent le chemin
22 jeudi             – se dénuer triplement du désir élève le hindu vers une liberté pure
23 vendredi      – le zen respecte le silence, vient l’éveil, le vide s’imprègne
24 samedi        – dans l’ascèse le jaïn verra l’âme libérée
25 dimanche    – l’homme cherche une réponse à la question jamais posée
26 lundi             – turbin, rictus divin, crucifix nu
27 mardi           – l’ami vrai n’a jamais l’air avili par la main l’agrippant
28 mercredi      – il ensemence les terres desséchées, il extirpe les épines, il espère
29 jeudi             – immersive ferveur des sexes qui s’unissent
30 vendredi       – de frêles brins entremêlés il me fit cette ferme tresse
31 samedi        – canines arrachées, le carnassier se régala d’herbes sapides

septembre

1 dimanche      – au sommet de la montagne le soleil retentit d’un tintamarre de couleurs
2 lundi              – il prit un biscuit, but un vin cuit, minuit vint
3 mardi            – il s’assit, raidi par l’accablant handicap, mais il n’avait pas mal, disait-il
4 mercredi       – le chien se lèche, il s’étire, les petites filles rient
5 jeudi              – elle s’immerge nue et se berce des effleurements du fleuve
6 vendredi        – les petits chefs en veste grise sentent le dentifrice
7 samedi          – la cithare et la harpe égrènent cette villanelle cristalline
8 dimanche      – elle est folle la parole qui s’emballe un jour de retrouvailles
9 lundi              – un surfil mit un fini subtil sur l’uni du tissu
10 mardi           – il s’affairait à rafraîchir la sangria
11 mercredi      – les pierres des cimetières dessinent des grilles vierges
12 jeudi            – le destin n’est qu’un muet cruel qui rit et me tire les cheveux
13 vendredi      – le dentiste se penche et mes gencives serrent les dents
14 samedi        – dans sa cabine le capitaine avec le sextant vise Rigel
15 dimanche    – un brin de farigoule jeté dans l’aubergine ma cuisine donne envie de danser
16 lundi             – mistigri ! rugit-il, puis il prit un pli
17 mardi           – avanti, citadin, va sifflant : tapi dans l’arc crânial vit l’intact jardin
18 mercredi      – des persiennes fermées se déversent les ténèbres de ces tristes fenêtres
19 jeudi             – un lutin curieux glisse une pupille furtive sur le livre que je revêts d’une écriture nerveuse
20 vendredi       – sentinelle enivrée, rentre te dégriser, le fifre et le serpentin te relèvent
21 samedi         – l’accident de santé laissa des traces irrémédiables
22 dimanche     – d’un sourire moqueur fut accueilli mon gauche compliment
23 lundi             – clin d’un cil sur un iris gris
24 mardi           – l’habit allait à ravir: satin clair s’irisant d’isatis
25 mercredi      – les tennismen émerveillèrent Lenglen de ces revers pleins de finesse
26 jeudi             – une virgule s’insinue et cette missive sereine devient un dur texte guerrier
27 vendredi       – de cette belle femme enceinte le ventre est énigme et tendresse
28 samedi         – le gardien s’abrite de la bise sa cigarette brasille
29 dimanche     – d’un osier bien assoupli le vannier confectionne de robustes paniers à cueillettes
30 lundi             – fruit qui dit «pur» distinct d’«impur», fruit qui fit du futur un mur

octobre

1 mardi             – l’assistant signala l’imparfait signal : ah, ça va ! fit l’aspirant, fais fissa sans tralala
2 mercredi        – il descendit cette cheminée de mine et les ténèbres l’enfermèrent
3 jeudi               – ils endurèrent des pluies tumultueuses qui mugirent deux lunes entières
4 vendredi         – les venelles excentrées recèlent les enfermements d’êtres désespérés
5 samedi           – cavale interminable, balle dans la tête, le sanglier s’abat, le sang se fige
6 dimanche       – sous le casque à vélo flot de boucles dorées que la vitesse fait onduler
7 lundi                – bus dix-huit, flux d’individus fugitifs, but indistinct
8 mardi              – tram à l’apaisant ballant, rails t’aspirant à l’infini
9 mercredi         – le ticket de chemin de fer libère le destrier des rêves
10 jeudi              – sur le fil du téléférique sinue le vertigineux destin
11 vendredi        – bercement serein des péniches entre les rives serpentines
12 samedi         – le deltaplane vire, cherche l’ascendant, il siffle et décale sa glissade
13 dimanche     – par des rencontres imprévues sont déviés nos caps vers un archipel second
14 lundi              – il fut pris d’un virus; six nuits fut-il cru fini. vint un sursis : il vit !
15 mardi            – l’anglais n’a pas l’air si gai sans bandana
16 mercredi      – le chêne débité, bien empilé, le fermier prend le petit verre mérité
17 jeudi             – les ruines du bunker servirent de refuge et leur secret fut préservé
18 vendredi       – pressée de livrer le secret de cette divine terrine en gelée, Edmée rit, se penche et se renferme
19 samedi         – sa main tient ferme la laisse, le chien mène sans hésiter, le regard vide il traverse la ville
20 dimanche     – la chorale s’échauffe à grandes vocalises
21 lundi              – un rubis purpurin luit sur un tissu fin
22 mardi            – ni pain bis ni sarrazin mais il savait trahir sa faim par six brins d’ingrat plantain
23 mercredi       – neige crisse, pied s’imprime, givre pince, se décèle enfin cette petite remise désertée
24 jeudi              – tuteur et ficelle béquillent cette jeune tige de chèvrefeuille
25 vendredi        – il inverse les termes de ce dilemme et l’entretien redevient serein
26 samedi          – la veine cave est ravagée par tant d’années de tabagisme
27 dimanche      – dans les golfes turquoise de Lampedusa rôdent au gré des eaux les espérances englouties
28 lundi              – l’Institut lui fit tribut d’un prix qui l’imbut plus qu’un dictum divin
29 mardi            – apaisant raisin, grains d’airain, plaisir matinal
30 mercredi       – des pénitents en vêtements beiges serpentent lentement dents serrées en signe de regret
31 jeudi              – du jujube le suc acidulé m’excite les gencives

novembre

1 vendredi         – de cette reine exilée se délivrent les chimères
2 samedi           – les ballerines bien lacées gainaient le pied de l’enfant exaltée par la danse
3 dimanche       – une foule innombrable a traversé le pont et les barrières se sont disloquées
4 lundi               – du cubit un jus brun : il but un rhum pur
5 mardi             – j’admirai l’artisan tant il avait mis d’art dans l’arc parfait parant la villa
6 mercredi        – l’invertébré s’étire et serpente entre les pierres persillées de lichens
7 jeudi               – funeste erreur : le jeu s’inverse, ils perdent, le rire se fige sur leurs lèvres
8 vendredi        – l’Eternel est le berger, rien ne m’est enlevé
9 samedi          – le rejet de la race, maladie de la France
10 dimanche    – son discours amoureux tel une aile m’effleure
11 lundi             – du mutin qui fut mis sur un grill, fut-il pris un butin ?
12 mardi           – santal citrin, ta paix s’instillait dans l’air fragrant
13 mercredi     – le désir des filles rebelles emplit l’été d’impertinence
14 jeudi            – le chien truffier renifle queue levée puis désigne le chêne qui détient les perles ténébreuses
15 vendredi      – de s’être défié des périls vénériens il est resté privé des délires intimes
16 samedi        – fanfare, mascarade, farces et attrapes : le mariage fit grand tapage
17 dimanche    – opium volutes paresseuses lueurs nocturnes où fourmille notre absence
18 lundi             – un bizuth dut subir dix trucs punitifs
19 mardi           – la main flattant jars, cils, fit pâlir l’animal
20 mercredi      – l’éther étend ses relents éphémères et je me sens dériver
21 jeudi             – les Bleus, d’un pied plein d’énergie, récupèrent leur billet vers le Brésil
22 vendredi      – elle ne s’entend ni ne se sent, elle chemine, s’inflige et sidère, l’électricité
23 samedi        – la dame tire la draperie et disparaît dans la retraite de ses larmes
24 dimanche    – l’ombre de l’ossuaire m’endort en sa fraîcheur immobile
25 lundi             – un lutin gris fit un grigri d’un brin de gui
26 mardi           – l’infant vivait ici jadis s’initiant à l’art martial
27 mercredi     – il s’imprègne de vétiver et se brise l’indifférence
28 jeudi            – les vergers perdent leurs feuilles et de brume s’ensevelissent
29 vendredi      – de cette percerette bien vrillée, je fixe le cheminement des vis en cette pièce de merisier
30 samedi        – il se rassasie des baies acides grappillées pendant la balade

décembre

1 dimanche     – il peignait au couteau des paysages courbes
2 lundi              – il crut viril un rictus qui fit fuir dix inscrits
3 mardi            – la fantasia va dans Bahia balançant la samba sans fin
4 mercredi       – le serre-tête en fil tressé retient ses mèches rebelles
5 jeudi              – file l’écume des brebis l’hiver vient cliquette l’esguille
6 vendredi        – en été le silène déplie timidement ses petites miettes d’incendie
7 samedi          – la valise a gardé le charme des trains express crachant le panache éclatant de l’errance
8 dimanche      – le papillon butine, rouge et noir sur la lavande ensommeillée
9 lundi              – d’un vil biffin hutu qui dit punir un tri incivil, qui survit ? nul tutsi
10 mardi          – il bâtit la Sagrada Familia, mais n’arriva pas à la fin : fatal tram
11 mercredi     – retirée de l’existence elle médite ses lèvres rient les ténèbres se fendent
12 jeudi            – bienheureux duvet préserve mes nuits des hurlements du vent frileux
13 vendredi      – cécité : le pied hésite, le chien précède fidèlement, devine le chemin, évite les dévers difficiles
14 samedi        – le pantin de papier mâché traîne sa mine de farine
15 dimanche    – sa gueule s’ouvre sur une machoire constellée de poignards d’ivoire
15 dimanche    – son poignard à manche d’ivoire est ouvré d’une Goule ciselée
16 lundi             – sûr du but il s’inscrivit muni d’un curriculum riquiqui
17 mardi           – Lin blanc, frais jardin virginal, l’amant imaginait l’instant sacral
18 mercredi      – l’écrin de cette reine enserre dix ferrets sertis de pierres fines
19 jeudi             – une cuillère de miel entre tes lèvres de sucre
20 vendredi       – l’enterrement chemine entre les stèles de silence vers cette pierre descellée
+ livraison spéciale :
20 vendredi       – je remercie vivement Christine de ce reflet plein de finesse
21 samedi         – gabier de misaine prends le ris chante tes peines
22 dimanche     – comme la poule est fière de l’œuf qu’elle réchauffe sous ses plumes
23 lundi             – il lui fit un flirt intrusif qui finit sur un lit
24 mardi           – Marx a mis sa chair dans l’abrasif Capital
25 mercredi      – les petites pièces tintent l’engin crépite et verse le thé
26 jeudi             – victime d’une rumeur venimeuse il s’en fut sur une île perdue
27 vendredi       – les petits tremblent de fièvre les mères veillent les infirmières ferment les fenêtres
28 samedi         – le tablier de ma grand-mère garde la trace des années
29 dimanche     – du moulin tournent les ailes sous la meule gonflent les sacs
30 lundi              – si tu t’instruis du jiu jitsu plus nuit l’instinct brut plus tu ris
31 mardi            – dans sa Panhard châssis avachi il avança cahin-caha

janvier

1 mercredi  –
en ce temps premier plein de liesse
je l’espère verrez venir
liberté rires et tendresse
éveil des rêves et désirs
2 jeudi              – nimbée de lumière elle se tient nue le sculpteur pétrit l’esquisse de terre humide et le silence les unit
3 vendredi        – tirez les fèves fêtez les reines versez le vin
4 samedi          – ils se passent l’alliance en gage de ce serment à jamais échangé
5 dimanche      – l’aiguille court l’ourlet parachève l’habit
6 lundi               – du rhus qui luit d’un si vif rubis un vil purin finit un cuir fin
7 mardi             – il va glissant patins crissant dans l’air glaçant
8 mercredi        – l’être divin dicte dix préceptes de pierre le pèlerin redescend plein de fièvre
9 jeudi               – luisent les muscles des lutteurs et l’huile qui les enduit
10 vendredi       – l’ensemble des réels se représente en cette belle ligne infinie
11 samedi         – le cachet d’aspirine fait baisser la fièvre mais la détresse reste irrémédiable
12 dimanche     – son oreille se dresse il agite l’oriflamme de sa queue le maître est de retour
13 lundi              – surgi du tumulus il fit fuir dix tribus Hun
14 mardi            – matin clivant chagrin lancinant trains passant par instants
15 mercredi       – des jets terribles sifflent des évents des baleines le skipper se sent petit
16 jeudi              – se ruer vers le sud ne dissipe ni les nuées ni les regrets
17 vendredi        – le filin me retient entre les ridelles respirer me devient difficile
18 samedi          – ah la malle chargée de cahiers pleins de taches d’encre et d’écrits enfantins
19 dimanche      – le chœur lance un long crescendo la voûte m’enveloppe de résonances irréelles
20 lundi               – l’instit lui fit subir un flux discursif plus vacuitif qu’instructif
21 mardi             – ici finit la saga narrant Qamar az-Zamân dit Shahrzad disparaissant
22 mercredi        – il se penche il tend les fils de lisse le métier grince regimbe et tisse des merveilles
23 jeudi               – ruines d’un empire déchu pierres que le lierre enlumine reflets lugubres des fêtes perdues
24 vendredi         – les fils déshérités le greffier triste les mièvres ressentiments
25 samedi           – verse le vinaigre et brasse la salade entrebâille ta lèvre à cette fraîche acidité
26 dimanche       – une colombe à mon balcon roucoule la vie s’écoule toute douce
27 lundi               – tu t’unis tu ris tu mûris ubuntu tu vis
28 mardi             – scintillant dans l’air accablant la marina paraissait par instants s’agrandir à l’infini
29 mercredi        – j’entends Pete Seeger le vent se lève et mes lèvres répètent les déferlements espérés de mes frères rebelles
(Merci à Philippe Simon qui m’a suggéré une amélioration de ce texte en monovocalisme)
30 jeudi              – sur les digues muettes circulent des pèlerines grises que les embruns rendent indistinctes
31 vendredi        – elle verse les cendres et se penche figée le semis gris se mêle d’effervescences et dérive emmené vers des mers tièdes

février

1 samedi            – la capeline enchâssait dans le taffetas blanc le frais visage de la servante
2 dimanche        – gronde canon vole boule de feu l’aurore saigne l’enfant est froid
3 lundi                 – vint un plumitif qui, s’il fit du bruit, n’inscrivit qu’infinis chichis
4 mardi               – à sa main zigzags carmin sang trahissant l’assassin
5 mercredi          – de délices interdites se tissent des fidélités indélébiles
6 jeudi                 – celui qui titube celle qui le suit cette pluie qui pleure
7 vendredi           – de ces ténèbres il t’entend rire il rêve de te retenir il sent le vent te prendre et s’éteint
8 samedi             – j’ai traversé le ciel et j’ai tracé ma ligne dans la sphère armillaire
9 dimanche         – dans un coin du porte-monnaie je conserve pour moi seul des photos jaunies par la tristesse des souvenirs
10 lundi                – « Pluribus unum » dit un tribun. Un cri surgit : « Un fusil ! Un fusil ! »
11 mardi               – Faim fait faillir l’ami banal, main d’airain aplatit l’ami craintif.
12 mercredi          – Le cerf est dépecé, les lévriers reniflent les déchets. Venez, le festin est prêt !
13 jeudi                – lune qui glisses entre les nues tu mesures les heures cruelles
14 vendredi          – les pénitents gris inclinent vers l’est des têtes semées de cendre et le délire les prend
15 samedi           – Il tira sa rapière et s’élança, ivre de haine, vers ses enfants.
16 dimanche       – du profond des cavernes rousses monte une plainte amère et douce dont l’écho pleure sur les mousses
17 lundi                – un must : un ti’punch bu sur un plum pudding !
18 mardi              – Jadis parfait à ski : patatras ! Fart a trahi, paraît-il…
19 mercredi         – elle entre fière et sereine derrière elle se ferment les grilles elle n’emmène regret ni désir
20 jeudi                – nu humilié le supplice vrille ses pensées il n’est que muscles viscères et vertige
21 vendredi          – être sensible n’interdit ni l’énergie ni le rire
22 samedi            – de la carrière de marbre la plaie laisse perler le sang blanchâtre des Apennins éventrés
23 dimanche        – le fromager serre le linge on voit goutter le petit lait sous la voûte moite reposent des formes lourdes alignées
24 lundi                 – un muid d’un vin du cru mit fin cuits dix biffins
25 mardi               – jamais inactif s’affairant à l’ingrat travail il avait à la main d’irritants cals
26 mercredi          – c’est le dégel les perce-neiges sertissent les prés de petite perles irréelles
27 jeudi                 – sur les ruines de Kiev enfumée des meutes hurlèrent des jeunes chutèrent une sève est revenue
28 vendredi           – L’hiver est terminé. Rire de filles et temps léger.

mars

1 samedi               – ah paresse amie fidèle jamais elle ne me délaisse
2 dimanche           – roulé dans un brocart posé sur un fagot le corps devient vapeur volutes d’un amour
3 lundi                    – d’un fil tu pris un pipit : un cri furtif puis il chut. fini.
4 mardi                  – paria. sang infamant. à bannir à jamais. il parapha.
5 mercredi             – elle revit pêle-mêle temps de liesses et temps de détresses enfin elle se sentit prête
6 jeudi                    – sur tes lèvres humides le timbre est humecté de ce pli qui renferme des feuillets pleins de feu
7 vendredi              – les règlements interdisent de rire et de s’étreindre
8 samedi                – la paix faite à l’apéritif tient le temps de se mettre à table
9 dimanche            – la bulle s’arrondit se détache mon image inversée tourne avec lenteur puis d’une giclée savonneuse meurt
10 lundi                   – muni d’un trusquin il inscrivit un fil qu’il suivit du burin
11 mardi                  – il gavait à la main six canards blancs
12 mercredi            – Dentelière, dès l’éveil, tire le petit siège et le métier, vérifie le dernier fil, reprends tes petits gestes vifs et le silence.
13 jeudi                   – Un petit tumulus de sciure : c’est sûr, des vers creusent d’un vestibule le buffet Henri II. Vite ! pulvérisez ce liquide, et tuez.
14 vendredi            – il se fend de ce genre de repentir sincère et le Père s’irrite de l’entendre rire
15 samedi              – le train s’arrête en rase campagne le passager regarde et s’avise de la présence de villages riants
16 dimanche          – quelque part un piano joue du Chopin la couturière s’interrompt elle se souvient des insouciances d’enfant à Varsovie
17 lundi                   – Du lutrin, il lut un dit. Un dit cru : plus d’un fut surpris.
18 mardi                 – raidir sa main fait haïr à jamais s’avilir n’a jamais bâti la paix
19 mercredi            – pénétré d’idées extrêmes, il rejette les différences
20 jeudi                   – une libellule mire sur le fleuve ce pendentif de dentelle bleue
21 vendredi            – le pilier est de l’église penche des pierres se délitent le prêtre cesse de prêcher
22 samedi              – avançant dans le sable enlacée par le vent la chamelle blatère et va la caravane
23 dimanche          – sa parole est tarie son regard flotte vide son fauteuil est gris
24 lundi                   – buccins, luths, dizis : un tutti qui fit du bruit !
25 mardi                 – train disparaissant à grands ahans dans la taïga l’amant blafard agitant la main
26 mercredi            – derrière ces belles sentences il entend des pensées infectes
27 jeudi                   – les deux lés de tissu bien surfilés régler le juste pied de biche mettre cette fermeture zippée sur l’envers
28 vendredi             – pied léger bergère chemine herbe frémit le chien mène les brebis
29 samedi               –
l’athlète a franchi la limite
sa face baignée des larmes du calvaire s’éclaire
le ciel danse dans sa tête
30 dimanche           – il pose la nuque sur un lit de mousse fraîche écoutant dans l’ombre les frôlements de la forêt
31 lundi                    – Punir qui nuit, unir dix tribus, issir plus qu’un duc… puis finir nu ? Il rit.

avril

1 mardi                     – maman allaitant main câlinant matin chantant
2 mercredi                – entre les récifs émergés retentit le cheminement des mers en éternel délire
3 jeudi                       – il est seul le merle endeuillé qui pleure entre les feuilles du tilleul
4 vendredi                 – le criminel se repentit le préfet le fit pendre le gibet giflé de vent émit le sifflement des drisses de l’enfer
5 samedi                   – les lacs pleins d’alevins dans les replis alpins s’animent en été de larmes argentées
6 dimanche               – d’un pinceau léger l’artiste ajoute une ombre et l’ébauche prend vie
7 lundi                        – Minuit. Du night-club vint un bruit indistinct. Surgit un british qu’un gus mis d’un kilt fit fuir.
8 mardi                      – gamin s’inclinant, niña glissant sa main, jardin fragrant d’aimant jasmin
9 mercredi                 – Stridence de l’épervier, tremblement de ses victimes. Le bec se fiche, cherche, brise.
10 jeudi                      – le ciel s’énerve du cri bleu des sternes
11 vendredi                – serein entre les infirmiers il se berce de cette civière emmenée en silence il se sent prêt
12 samedi                  – dans la paix de la palmeraie se tient l’assemblée des sages va la palabre et le temps laisse germer la phrase vraie
13 dimanche              – pourquoi es-tu resté loin de moi si longtemps ? il a répondu : c’est le vent
14 lundi                       – tutu gris, Miss Childs fit un bis sur un vif pizz du luth
15 mardi                     – aria, final, art saisissant. Franck imprimant sa paix, la main paraît agrandir l’arc astral
16 mercredi                – de lignes interférentes le peintre segmente ses perspectives et révèle des réels inversés
17 jeudi                       – du cube de pierre net d’impureté le sculpteur enlève d’infimes lunules et surgit une ligne de rupture qui suspend l’univers
18 vendredi                 – ceint de vêtements sélénites le mime épingle l’éphémère et le rire devient rêve
19 samedi                   – la mise en scène est achevée. dans des salles célestes se massent les fans avides des magies de l’image
20 dimanche               – le poète est pendu. de son corps torturé la parole est éteinte mais la poésie flambe
#HashemShaabani
21 lundi                        – T-shirts, fut’s, pulls, slips, plus un multi-kit : il prit un minimum. Nul surplus qui lui nuisît.
22 mardi                       – habitant parmi lavandins, anis, ricins, il invitait d’admiratifs amis saisis par l’anarchisant mistral
23 mercredi                  – bébé cherche le sein mère sent les petites gencives trêve tiède fête sereine
24 jeudi                         – viens cueillir sur l’épine du mur le fruit juteux qui sucre tes murmures
25 vendredi                   – hier est petit devenir est immense
26 samedi                    – les amitiés d’avril sentent le frais narcisse
27 dimanche                – tout l’amour de la couturière dans la robe où tu devins flamme
28 lundi                         – ci gît un individu si fin qu’il fut lu du sud jusqu’ici, si mutin qu’il fut puni du fusil, si pur qu’il vit l’infini
29 mardi                       – instant calin mains s’alliant chair s’attardant matin passant
30 mercredi                  – dernier vers de l’éphéméride tristesse des rêves enterrés fête des semences levées

Cette page est une compilation des tweets lipogrammatiques envoyés quotidiennement du 1er mai 2013 au 30 avril 2014. Les voyelles de chaque texte doivent coïncider avec celles du jour courant. Pour le dimanche, repos dominical : simple pentavocalisme en a,e,i,o,u.
Dans son poème «Semaine amnésie», Gilles Esposito-Farèse a fait encore mieux: seules lettres autorisées = celles du jour !