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Twittérature

Sankulipo

Ce projet d’un an a démarré le 1er mai 2015. Comme pour les deux cycles annuels précédent, le lipoméride et le zodianku, il a fait l’objet d’une parution quotidienne sur ce site et sur twitter. Il se base sur le calendrier républicain: chaque jour paraissait un haïku écrit en utilisant seulement les consonnes du nom donné par Fabre d’Eglantine au jour considéré. Si toutefois ce jour comportait une seule consonne ou aucune, on pouvait utiliser de plus les consonnes du nom du jour dans la décade (primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et décadi).

Tous les amis, Oulipotes ou Twittérateurs, qui le souhaitaient étaient invités à me proposer ces haïkus, accueillis avec joie.

Voici le premier et le dernier des haïkus composés lors de ce cycle :

1er mai 2015 – 12 floréal – Sainfoin

Sonnée, affaissée,
Faneuse a son infusion.
Finie soif insane.

30 avril 2016  – 11 floréal – Rhubarbe

Hobereau bourru
A ri, ébahi ! Hourra :
Bru aura bébé !

Mois par mois, ensemble des haïkus du Sankulipo :

Floréal

Prairial

Messidor

Thermidor

Fructidor

Sans-culottides

et notamment Révolution : un ensemble de belles absentes composées pour ce jour spécial.

Vendémiaire

Brumaire

Frimaire

Nivôse

Pluviôse

Ventôse

Germinal

A la fin de ce cycle nous avons fêté la fin de l’aventure : une pluie de textes ont répondu à mon invitation d’écrire sur des contraintes oulipiennes librement choisies des poèmes à partir de la chanson  « Il pleut, il pleut, bergère » écrite par  Fabre d’Eglantine, auteur des noms de jours du calendrier républicain. Cette page a été publiée le 1er mai 2016.

Variantes :

Chaque jour de nombreuses variantes ont été proposées par des amis sur la liste Oulipo et sur twitter. Merci à tous pour tant de richesse ! Elles sont rassemblées (ainsi que mes propres variantes)  dans la page Variantes du Sankulipo

Illustration :

Un grand merci à « Mal traçadas linhas » alias @eujanymim qui m’a envoyé la belle roue calendaire illustrant le Sankulipo.

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Oripeaux

Calcul différentiel 2/3

    ∫T

    Enfant terrible, elle va voltigeant lestement.
    Son rire attire la nuit. Tout l’univers rougit follement.
    Passant ainsi jambes nues, frêle charmeuse, errant,
    Franchit l’imposant cordon de meurtriers et charognards
    Qu’un beau désordre fait jaillir, rampants animaux.
    Joyeusement mène troupeau, fidèle à son serment.
    Tonne l’orage, siffle le vent funeste,
    Hurlant d’impies vers, métèque fuyant loin des jours malheureux,
    Va giflant brumes et mers de ses crochets nerveux.
    Des couteaux dégainés sèment la peur.
    L’impérieux prévôt du crime
    Fait traquer nuit et jour la vaurienne trop récalcitrante.
    Comme un jeu de mort se noue sur l’envers de l’église.
    Sous un orme sort un curieux pantin.
    L’étroit passage joint l’enfer.
    Meurtre sans cri.
    Passent pigeons des rues,
    De leur envol glissant.

Ce texte fait suite à ceux présentés sous le titre Calcul différentiel 1/3 qui illustraient une notion de dérivée d’un texte.
L’opération inverse de la dérivation est la recherche d’une primitive. Une primitive ∫T d’un texte T est un texte U tel que U’=T. Ainsi, le texte de cette page est ∫T pour le poème T de Tristan Derème que je rappelle ci-dessous:

    Entre la vie et moi tirant un voile épais,
    j’enfermerai mon cœur et conquerrai la paix.
    Je sèmerai dans mon oreille une tulipe ;
    et quand j’aurai fumé mes cheveux dans ma pipe,
    pour marquer la retraite où je m’ensevelis,
    sur mon crâne rasé je ferai peindre un lis.

Comme précédemment il n’y a pas unicité d’une primitive d’un texte. En revanche, je pense qu’on doit toujours pouvoir trouver des primitives d’un texte (à la différence des maths), mais je laisse ça en conjecture.
Posté sur la liste Oulipo le 4 février 2015.

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Oripeaux

Calcul différentiel 1/3

    T'

    Et le Titan ?
    Il se ferme,
    Ecu râpé, sein mol.
    L’été tu, a rué, se va.
    Meure l’eau en sel.
    L’or ? -Nase, Fi ! Nul.
    T"

    Eli ni Sem.
    Eu réelle tare.
    Sam élu : néons in !


Dont une exégèse possible est:

Ce n’était pas un dieu, un pilier de la bible.
Ce n’était qu’un médiocre humain peu reluisant.
Mais c’est lui qu’après tout l’on trouva séduisant
Et les feux de la rampe un soir l’ont pris pour cible.


En math on nomme f’ la dérivée d’une fonction f. Cet objet, qui rend compte de propriétés locales de f, n’existe pas toujours. Si c’est le cas, on dit que f est dérivable.
Nous allons associons à un texte T une dérivée T’ simplement en choisissant une lettre dans chaque syllabe de T. Bien sûr l’ordre initial doit être respecté. Ainsi, le texte T’ ci-dessus est la dérivée du poème que voici, de Tristan Derème :

    Entre la vie et moi tirant un voile épais,
    j’enfermerai mon cœur et conquerrai la paix.
    Je sèmerai dans mon oreille une tulipe ;
    et quand j’aurai fumé mes cheveux dans ma pipe,
    pour marquer la retraite où je m’ensevelis,
    sur mon crâne rasé je ferai peindre un lis.

Bien entendu, l’opération peut être réitérée, et la dérivée seconde T″ de T est la dérivée de T’, etc. Reprenant pour T le poème de Tristan Derème, on obtient en dérivant T’ le texte T″ donné sur cette page.
Il va sans dire que ni l’existence, ni (à la différence des mathématiques) l’unicité de la dérivée T’ d’un texte T n’est assurée.
Posté sur la liste Oulipo le 4 février 2015.

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Oripeaux

Topor à Porto

Tôt, Porto : port pro.
Toro, rôt top, Ô Topor !
Ooo pot ort. Trop pop.

Avec l’exégèse que voici :

Il voulut dessiner au calme au Portugal
Et débarqua sans heurt en la ville invaincue
Où d’un bovin fougueux lui fut cuit un régal
Mais sa papille n’est du vin pas convaincue


Le retour sur la liste Oulipo de la forme quatre-san-ku m’a inspiré l’essai ci-dessus. Toute ressemblance avec quelque épisode de la vie de Roland Topor serait bien sûr purement fortuite, et seulement due aux merveilleux aléas de la contrainte.
Posté sur la liste Oulipo le 3 février 2015.

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Oripeaux

Oh vite la revoir

Non, que jamais trépas ne fauche vos bonds d’anges,
Vous fantasques pêcheurs dans l’ajonc gambadant,
Jetant votre fil blond qui plonge au charme ardent
Qu’a le fleuve jonché d’improbables mélanges,
D’un maquis surplombant champs, vin, fragrant jardin.

Jeux, marquants graffiti, pleuvent en chants bien drus
Dont qat semble à l’envi plagier charme et joie forte.
Joutes, fresques, beaux vers, choux gras : pas de main morte
N’y vont choquants jongleurs, bardes frappant mots crus.
Quel fracas vient brusquer ce chœur, majeur gadin
Qui mâche, griffe, abat, jaspes et lavandin.


La liste Oulipo vient de disparaître subitement fin août pour une raison technique bien expliquée sur le site de Nicolas Graner. Face à ce coup du sort, quoi de plus approprié qu’une belle absente ?
On espère le titre bientôt exaucé…
Posté sur la liste Oulipo dès que ce sera de nouveau possible. (Ce fut fait le 10 octobre 2014)

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Oripeaux

Le baiser du marin

Avec belle adresse vous pûtes
Vous arrimer à cette bitte.
Avec la douceur d’une chatte
Et l’effleurement d’un baiser,
Accosta la marie-salope.

Sautant de la marie-salope
Sur le quai, par bonheur, vous pûtes
Echanger un chaste baiser,
Entre le cordage et la bitte
Où ronronnait la grise chatte.

Qu’elle était belle votre chatte,
Ange de la marie-salope,
Juchée sur l’acier de la bitte.
Bercé par le suroît vous pûtes
Retrouver les joies du baiser.

Dure un bref instant le baiser,
Moins long qu’un miaulement de chatte.
Ce fut tout ce qu’hélas vous pûtes
Goûter, car la marie-salope
Déjà devait quitter sa bitte.

Pendant que s’éloignait la bitte,
D’une main lançant un baiser,
Sombre, sur la marie-salope,
Vous levâtes l’ancre et la chatte
Aussi vite que vous le pûtes.


En Russie une loi entrera en vigueur le 1er juillet, interdisant les « vulgarités » dans les performances en public. Les amendes iront de 2 500 à 50 000 roubles (soit de 50 à 1 000 euros). La liste des termes interdits n’est pas exhaustive, mais l’Académie des sciences et l’Institut de la langue russe ont par exemple interdit les mots « bitte », « chatte », « baiser » et « putes » pour une loi similaire déjà appliquée à la presse. Sur la liste Oulipo une série de réactions lancée par Alain Chevrier a donné lieu à quelques poèmes contenant ces quatre mots et quelques autres. Voir aussi ma réaction du 6 mai dans le journal 2014.
La présente contribution ajoute « salope » aux quatre mots précédents, afin de réaliser une quinine (version n=5 de la n-ine).
Posté sur la liste Oulipo le 24 mai 2014.

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Zodianku

A partir du premier mai 2014 le Zodianku prend la suite du Lipoméride qui s’est achevé le 30 avril après un an d’existence. Dans ce nouveau projet qui durera un an si tout va bien, un poème sera écrit pour chaque signe du zodiaque et chaque décan dans ce signe : ainsi trente six poèmes verront le jour, grâce à la publication quotidienne d’une strophe sur twitter et sur ce site. Sur le modèle des renku traditionnels, ces strophes seront alternativement des haïkus (trois vers de 5/7/5 syllabes) et des strophes de deux vers de 7 syllabes. Ces vers suivront une contrainte lipogrammatique dictée par les voyelles du signe zodiacal et de la planète du décan :

Pour les haïkus: 1er et 3e vers sur les voyelles de la planète, vers central sur les voyelles du signe.

Pour les autres strophes: trois voyelles parmi celles du signe et de la planète, choisies selon l’ordre de préférence : u > o > i > e > a.

Ces poèmes ne sont pas de vrais renkus, ils sont plus courts, cependant chaque strophe répond à celle qui la précède. De plus tout lecteur le souhaitant peut dès la publication d’une strophe me proposer avant la fin de la journée la strophe suivante par un message sur ce site ou un tweet privé sur mon compte @noel_talipo. Je m’efforcerai, sauf lorsque je suis contraint de m’absenter, de publier cette strophe avec en note la mention de son auteur, pourvu qu’elle respecte bien la règle du jeu et naturellement l’étiquette du net. Proposez une seule strophe à la fois, merci : laissez-en un peu pour les autres !

C’est l’humble demeure

Du 1er mai au 10 mai – Signe : Taureau ; planète : lune

C’est l’humble demeure
Aux fenêtres refermées
Sur l’heure secrète

La rue à jambes pressées
Se détache et prend le large

Que peuvent les clercs
Passant là sans s’arrêter
Qu’emmurent les brumes

La marelle des pavés
Trébuche et saute en enfer

C’est le jeu des rues
Les gagnants sur les perdants
Prélèvent leur dû

En grec en russe en hébreu
S’alarment de pauvres hères1

En quête fiévreuse
Par les murs et les hangars
Du secret perdu

Que vaguement se rappellent
Ceux que nul ne veut entendre

Leur lèvre muette
Que reflète la fenêtre
Semble murmurer

Et la chatte paresseuse
Seule entend leur testament

(1) Annie Hupé. Pour des raisons techniques cette strophe n’a pas figuré sur la version tweeter où on trouvait à la place:

Marchant à pas cadencé
Sur l’asphalte craquelé

Tu es revenue

Du 11 mai au 21 mai – Signe : Taureau ; planète : saturne

Tu es revenue
Ce sera fête au hameau
Danse jusqu’à l’aube

A la lueur des flambeaux
Et des regards éperdus 1

La table est dressée
Parée de branches en fleurs
Sur la nappe blanche

Le Père se penche un peu
Te serre dans ses bras gauches

Tu sembles perdue
Dessus le cercle d’épaules
Que regardes-tu ?

Dans l’angle reste à l’écart
L’étranger que tu cherchas

Un passé déferle
Par delà ces années lentes
Une lueur chaude

Cette paume s’attardant
Sur les vagues de ta peau

Et près de l’étang
Par un crépuscule calme
De graves serments

Aucune phrase aucun geste
Juste un tremblement de lèvre

Et la tarentelle
Accélérant sa cadence
Te happe et t’emmène

(1) Frédéric Martin-Delvincourt

Le chemin du ciel

Du 22 mai au 31 mai – Signe : Gémeaux ; planète : Jupiter

Le chemin du ciel
Emmène au-delà du temps
Celui qui le suit 1

Heureuse les pieds sur terre
Je veux vivre « hic et nunc ». 2

Ciel vide et muet,
Là, seule demeure l’eau,
Le rêve s’enfuit. 3

Ici réside peut-être
Un Dieu nu et humilié. 4

Lumière qui luit,
Reflets dans l’eau de l’étang,
Nuit de pleine lune. 5

Lugubres hululements…
Je m’enfuis, demi-vêtue. 5

Je lève les yeux
La flamme d’un feu rageur
surgit et serpente

Meurtrie mutilée je tire
Sur les lierres qui me lient 2

Embusquée je veille
l’assaut du feu et de l’eau
Pluie mêlée de cendres  6

Je cherche le fil perdu
Vers un chemin de lumière

(1) La strophe de départ est  proposée par Nicolas Graner
(2) Annie Hupé.
(3) Françoise Guichard.
(4) Frédéric Martin-Delvincourt.
(5) Elisabeth Chamontin (@Souris_Verte)
(6) Strophe utilisant des éléments transmis par Philippe Simon.

Là dans la pampa

Du 1er au 10 juin – Signe : Gémeaux ; planète : Mars

Là dans la pampa
Pauvre hère s’en alla
Dansant la samba

Et battant des maracas
De Bagé jusqu’à Valdès.1

Atlas parada
tel un hacker, de Dunkerque
à Java. Navrant !2

Mal chaussé jambes arquées
Hère va sans se cacher

Ah ça ! Bâtard, là
Hurle Atlas brute à peau d’ange,
A fada passant

Que cherches-tu dans ce champ
Gâchant cette herbe à ma vache

Santal blanc, safran
Jaune ! Fastueux herbage
Fragrant, ça flatta.2

S’excusant flâneur allègre
En hâte changea de cap

Las ! ça n’alla pas
Un bras rageur l’attrapa
Frappa, tabassa.

Sur la steppe le vent passe
Pauvre gars ne danse plus

(1) Frédéric Martin-Delvincourt.
(2) Annie Hupé

Moine en robe noire
Du 11 au 21 juin – Signe : Gémeaux ; planète : Soleil

Moine en robe noire
Se levant à l’aube tendre
Sortit de son cloître

Ni soumis ni dissolu
Individu indistinct1

Il cherche l’épine
A l’âpre parfum, secret
De son élixir

Son lopin sous un pin noir
Produit foison d’oignons doux

Rosée encor brille
Le vent murmure un lent psaume
Le monde scintille

Moinillons, juifs, iroquois
tous sont outils du complot2

Stérile, inflexible
Que trament sans retenue
Les sombres étoiles.2

D’un gour d’où sort un flot sourd
Ouït un ondin qui rit

Belle voix de miel
De l’être surnaturel
Le frôle et l’enjôle

Pour qui s’ouvrit profond trou
Pour qui mugit tocsin fou

Le rire strident
De deux frères maraudeurs
S’éloigne et se perd

(1) Nicolas Graner
(2)Annie Hupé.

Un reflet de lune
Du 22 juin au 1er juillet – Signe : Cancer ; planète : Vénus

Un reflet de lune
Caresse la table en chêne
Les plumes et l’encre

La trace d’un alphabet
Bave sur le buvard bleu1

Sur l’humble buffet
Sage se balance l’ancre
D’une pendulette

Les heures passent égales
Sans que nul ne les dérange

Des bûches de hêtre
La flamme flanche et la cendre
Fume juste un peu

Arachné musant sans hâte
Tresse un réseau de rubans

D’une rue déserte
Par la fenêtre béante
Nulle rumeur n’entre

Sur le matelas de plume
Etendu rêve l’aède

Mesure du vent
Dans la sente passent des
Ménestrels muets2

Les clameurs tues, scandaleuses
Démasquent les cadenas2

(1) Elisabeth Chamontin (@Souris_Verte)
(2) Annie Hupé.

Le fer sur l’enclume
Du 2 au 12 juillet – Signe : Cancer ; planète : Mercure

Le fer sur l’enclume
Répand des éclats scandés
Recru de heurts secs

Métal brut chauffé à blanc.
Muscles bandés et durs, suants.1

En ces murs sévères
Arde la flamme de l’âtre
Le feu hurle et fuse

Une lame ténébreuse
Se trempe un tranchant s’affûte

Le meneur de guerre
Attend le regard fermé
Et durent les heures

Prenant ce métal sans tache
Se lève s’avance et parle

Venue des enfers
A fendre targes et chefs
Epée tu es prête

Trempée dans un jeune sang
Célébreras ma vengeance

Resserre ses guêtres
Le gant le large mantel
Descend vers le fleuve

La lune à la face glabre
Le précède par les dunes

Une mère guette
L’enfant cesse la marelle
Un père muet

(1) Françoise Guichard.

Sur les prés en fleurs
Du 13 au 22 juillet – Signe : Cancer ; planète : Lune

Sur les prés en fleurs
Le vent passe caressant
Et l’herbe s’émeut

La sauterelle s’élance
Dérangée par un reflet

Les senteurs se mêlent
Parlant ce fragrant langage
Qu’entendent les ruches

Danse à cadence sauvage
A la chaleur s’emballant

Le hurlement brusque
De femelles en alerte
Sème une stupeur

Plus de chants plus de tapage
De rampements fureteurs

En un cercle lent
Planant dans le calme plat
S’élève une buse

En balafre dans l’azur
Se trace un grave message

L’heure est suspendue
Le rapace va sans hâte
Et se perd de vue

Le champ reprend sans tarder
Sa musante sarabande

Dans le hall glacé
Du 23 juillet au 1er août – Signe : Lion ; planète : Saturne

Dans le hall glacé
L’on sort d’oblongs corridors
Cherchant une clé

Surgis pour quoi vont commis
Tout surpris si tu souris

Une alarme meugle
Midi ! vrombit son tocsin
La masse s’ébranle

Du rotor d’un portillon
S’induit un long conduit noir

Pâles et malades
Trop mollis n’ont point ici
Place dégagez

On suit on court on bondit
Fous du couloir infini

D’une fente brune
Brin sorti d’oignon moisi
Un pétale blême

Crin tordu qui fuit du mur
Bug d’un fin pistil surgi

Un agent regarde
Son doigt point il dit : voici
S’attarde s’arrête

Il sort mû d’un long frisson
Fruits tout un soir ont du goût

Entre les buveurs
Du 2 au 12 août – Signe : Lion ; planète : Jupiter

Entre les buveurs
Nini rosit rit vrombit
En tutu déteint

Rhum mojito gin tonic contraires
Loukoum surimi coco

Lumière feutrée
Coloris kitsch lino froid
Musique qui gueule

Souris du soir qui luit gris
Oisillon d’un nid pourri

Emplis, dis-je un verre
Vois nos portions, nos litrons !
Et rédige en vers.1

Oui ! Nous trinquions, roupillions
Pourquoi suit-on l’illusion ?1

Ventres débinés
Chicots noirs poncifs grivois
Bretelles en berne

Pour qui mon ouzo on rocks
Non mon gros toi tu bois plus

Sueur énervée
Poings sortis profils porcins
Verres renversés

Coups sournois fric roi tournis
Jolis rots corps mous vomi

L’heure : Nini ferme
Corridor logis blotti
Queue du chien remue

(1) Annie Hupé.

Pars sans apparat
Du 13 au 23 août – Signe : Lion ; planète : Mars

Pars sans apparat
Vois l’infini cordon d’or
Va à pas hâtant

Laissant ton logis natal
Laissant moisir ta moisson

Sans savant blabla
Bondis loin d’oisifs propos
Sassant ta saga

Sans faiblir occis l’Avant
Visant l’indistinct profond

Adam translata
son lit, son lot, son nombril
blanc, à Canaan. 1

Soit, allons donc, rimaillant
son roman, miroir moral.1

Tâtant ahanant
Sors toi hors giron blotti
Va par l’arc astral

Saisi par la faim d’air frais
Franchis l’original trait

Là chaman chantant
Vois d’incisifs doigts t’offrir
Sacral santal blanc

Ta main saisit la toison
S’apaisant à son contact

Avançant sans fard
Ris voici ton miroir fol
L’amant t’avalant

(1) Annie Hupé.

Le monde est petit
Du 24 août au 3 septembre – Signe : Vierge ; planète : Soleil

Le monde est petit
Tes chemins tes errements
Rencontrent les miens

Ton œil en mon œil se fond
Tes peines mirent les miennes

L’ombre ensevelit
Le timide scellement
De nos connivences

De ton front posé léger
Me sens poitrine imprimée

De brise jolie
Tes mèches libres se bercent
Et frôlent mes lèvres

De nos doigts entrecroisés
Monte en nos seins même fièvre

Somnolent mélèze
Frises de miel inclinées
Protège nos liesses

Froment seigle ceps des vignes
Rendez nos soleils torrides

Le vol obsessif
De fébriles éphémères
Fibrille le ciel

Est-ce moi le rêve éteint
Dont loin s’envole ton rire ?

Le monde s’étire
Sphère pleine de silence
De silence immense

Du névé bleuté
Du 4 au 12 septembre – Signe : Vierge ; planète : Vénus

Du névé bleuté
Le reflet semble vibrer
Vu de cette sente

Il cerne l’entrée du cirque
Que défend un défilé

Un brusque vent d’est
Se réveille et vient gifler
Les pentes rugueuses

Siffle entre les jeunes pins
Qui serpentent vers le ciel

Un reste de brume
Préservé de cette fièvre
Effleure les crêtes

Une excessive lumière
Rend les neiges venimeuses

Juchées en dévers
Pierres se clivent et brillent
D’un feu ténébreux

Seul en un creux retiré
Tremble le frêle lin bleu

Epure muette
De l’invisible présence
Que scelle le temps

Les muscles tendus
Du 13 au 23 septembre – Signe : Vierge ; planète : Mercure

Les muscles tendus
Ils entrent lèvres serrées
Des hurlements fusent

Cernés de lumière blême
Sentent le ciment trembler

Un vent d’hébétude
Gifle ces virils éphèbes
Qu’encercle une meute

Les curieux et les furieux
De leurs yeux secs les fusillent

Seuls un peu perdus
Respirent des sels fétides
Restent suspendus

Puis virent d’un geste lent
Vers ce centre qui les brûle

Fermeture crue
Le ring en ligne brisée
Creuse une fêlure

Vive splendeur des ceintures
Rend leur figure plus grise

Un heurt de pendule
Trépignements feintes punch
Gerbes d’uppercuts

Ventre sueur nez plexus
Erreur ! Une seule erreur

Pêle-mêle en feu
Sirène civière perf
Rumeur et ténèbre

Deux très jeunes femmes
Du 24 septembre au 3 octobre – Signe : Balance ; planète : Lune

Deux très jeunes femmes
S’avancent dans la venelle
En quête de sel

Près d’elles une enfant chante
Et saute sur une jambe

Un secret murmure
Scande la marche sans hâte
C’est le crépuscule

L’éclat d’une devanture
Capture leur chaud regard

Plumes et dentelles
Frangent des mantes légères
Relevées de gemmes

Chasubles de taffetas
Capes au reflet d’azur

Un brusque vent d’est
Arrache ces passements
Les élève en cercle

Aux épaules des rêveuses
Drape parure céleste

Le temps d’un reflet
Cette astrale majesté
Effleure éphémère

Deux passantes attardées
Et l’enfant à la marelle

Une vague lente
Du 4 au 13 octobre – Signe : Balance ; planète : Saturne

Une vague lente
Passe et dans la rade calme
La barque un peu tangue

Le pêcheur d’un geste sûr
Lance la canne et l’appât

La plage est déserte
Le vent caresse le sable
Dans le crépuscule

Une larme perle sur
La peau saturée de sel

La lune se lève
Sa belle face argentée
Chevauche les nues

Dans sa tête autan répète
Que la Femme s’est pendue

La marée s’empresse
Dans la clarté d’amarante
Que jette le phare

Tant de phrases étranglées
Tant de caresses perdues

La sterne planante
Penche et regagne sa place
Sur l’embarcadère

une plume va tracer
la frange crue des vagues1

(1) La belle strophe finale m’a été proposée par Louise Blau (@lignesbleues). C’est particulièrement intéressant, illustrant bien comment les contributions de chacun ont fait dériver les poèmes parfois loin de ce que j’avais imaginé. Ici, la finale m’évoque une sorte de rédemption empreinte de paix et de beauté, bien loin de la fin sombre à laquelle j’avais pensé :
« L’eau claque elle se referme
La barque ne rentre pas »

Quelques musiciens
Du 14 au 23 octobre – Signe : Balance ; planète : Jupiter

Quelques musiciens
Venant des terres étranges
Epuisés cheminent

Des chiens se dressent et hurlent
Des fenêtres se referment

Les gueux se dirigent
Vers la place des marchands
Près du vieux tilleul

Le vent humide et frileux
Pénètre leur pèlerine

De fifres de vielles
De basses tam-tams et sax
Musique est métisse

Il s’élève de leurs lèvres
Un merengue qui s’enivre

Sur un thème en vrille
S’entrelacent les accents
Se brise le gel

Des curieux levés en cercle
De leur pied suivent le rythme

Filles ténébreuses
Apres gars crâne rasé
Cinglent le bitume

Et sur cette ville beige
Le ciel des îles scintille

Hantant mastabas
Du 24 octobre au 2 novembre – Signe : Scorpion ; planète : Mars

Hantant mastabas
L’on voit son bob indigo
Marrant caftan blanc

Il paraît avoir vingt ans
Mais a la mort dans la voix

Cavalant sans cap
Il bondit d’horizons noirs
Bramant chants fadas

Passants marchands proprios
Vont ignorant son galop

Navrant Artaban
Front trop gros profil porcin
Badant bras ballants

Mais à midi naît la faim
Oignon par ci pain par là

Sans marks sans nafkas
Finit trois trognons moisis
Lapant ramas gras

Las choit dans l’abri si frais
Dont s’ombrait lavoir banal

S’affalant hagard
Son dos blotti l’idiot rit
A sa baraka

Loin loin s’affaiblit l’aboi
Loin loin la loi d’Osiris

Le vieil olivier
Du 3 au 12 novembre – Signe : Scorpion ;

Le vieil olivier
Tord son gros tronc gris rôti
Et croise le vent

Il domine le vignoble
De son ombre emplie de fièvre

Ton dos se détend
Ton poing mollit ton front rit
Ton sein frémit libre

Le ciel violet de midi
T’inonde et te vrille l’œil

Ton vin de silex
Dont on boit trop l’or rosi
Monte vite en tête

Le grillon dolent grésille
Entre les pierres torrides

Le sommeil te vient
Long solo d’infinis fols
Voile de l’ivresse

Personne ne te réveille
Rien ne vient briser le vide

Mémoire immobile
Corps pris d’indistincts frissons
Isolement tiède

Roche sillons terre éprise
L’olive penche et te berce

Une clé seule entre
Du 13 au 22 novembre – Signe : Scorpion ; planète : Vénus

Une clé seule entre
Fin profil croisillon d’or
En cette serrure

D’un lumignon luit confus
Un fin jour sous l’huis noirci

Un cerne de lune
Inscrit son coloris froid
Sur le mur sévère

Pour qui sourit l’inconnu
Qu’introduit un bond furtif

Le pêne s’enclenche
Son choc clôt sitôt l’octroi
Et je me renferme

Oisif sur mon trottoir gris
Sous un fronton tout moisi

Esseulé je guette
Du portillon noir qui dort
Le chêne lugubre

Surpris vois d’un tour du gond
S’ouvrir un couloir obscur

Me rue et pénètre
Sport idiot viol instinctif
Qu’est-ce que j’espère

Poings sur un mur nu Jim rit
J’y vis l’Intrus Primitif

Le feu de leurs yeux
Du du 23 novembre au 2 décembre – Signe : Sagittaire ; planète : Mercure

Le feu de leurs yeux
Reflète le tapis vert
Du cercle de jeu

Le pur esprit d’une nuit
Dure et sublime s’esquisse1

Splendeur désuète
Pesante table d’ébène
Tentures et stucs

Un merle serein épelle :
Le silence est-il de mise ?1

Le temps se renverse
Des chiffres le cliquetis
Sème une stupeur

Ténèbres restituées
Êtres et esprits enfuis2

Les lèvres serrées
La narine d’air privée
Geste suspendu

Une bille fuse et ruse
Hésite évite et refuse

Le rêve se meurt
L’abîme happe en braillant
Les enjeux perdus

Superbe un instant s’élève
Le rire qui devient ruine

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)
(2) Hélène Verdier (@h_verdier)

Rue brune pullule
Du du 3 au 12 décembre – Signe : Sagittaire ; planète : Lune

Rue brune pullule
A l’établi l’artisan
Demeure penché

Un refuge de silence
Imprègne ce lieu secret

Fermement tenue
La lime entame la pièce
En deux fers serrée

Une épure se dessine
Et lentement se mûrit

Le geste est sûr
La pensée hésitante,
Humblement ténue1

Se mire de l’effleuré
Puis crisse — plis et déplis —1

Le but est en vue
Les fragments enfin s’assemblent
Créent une structure

Des pupilles qui s’étirent
Le feu scintille bleuté

Se dresse réel
Dans ce havre de patience
L’effluve d’un rêve

Petit verre mérité
Puis les lumières s’éteignent

(1) Hélène Verdier (@h_verdier)

D’un élan brutal
Du 13 au 21 décembre – Signe : Sagittaire ; planète : Saturne

D’un élan brutal
J’avale la piste blanche
Me cabre et m’arrache

Vibre structure effilée
Que le vent gifle et relève

Des deux réacteurs
Le sifflement se fait brame
Et les peurs se clament

Sinistre un pic se dessine
Sur le ciel d’un bleu limpide1

Entre les nuages
M’aspire la ligne claire
Vers un cap étrange

Les instruments se dérèglent
Leds jettent un vert lugubre

Des étendues vagues
Mille mètres en bas filent
A travers la brume

Un bercement triste et lent
M’emplit de grises pensées

Je passe tremblant
De ce firmament glacial
Le cercle effacé

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

En crème liquide
Du 22 au 31 décembre – Signe : Capricorne ; planète : Jupiter

En crème liquide
La glaise épaisse et collante
Gît brune et putride

Un frisson s’induit sournois
Sur tout mon dos qui roidit

Chemise ceinture
Pantalon baskets et slip
J’enlève mes fringues

Pins mugo buissons touffus
Tout un bois rit insoumis

Je me jette nu
Dans le mélange noirâtre
Qui pègue et me suce

Du limon bruit un floc mou
Son lourd d’un grouillis profond

Tête nuque pieds
S’enrobent de pâte informe
Deviennent humus

Compost mort corps confondus
Sous un horizon moisi

Ruine de glu blême
Je m’effondre lentement
En cette hideur

Lors d’un soupir infini
Vomis tout l’or qui m’occit

Abracadabra
Du 1er au 11 janvier – Signe : Capricorne ; planète : Mars

Abracadabra
Crie l’enfant devenant mage
Lançant l’avant-bras

Le vent se lève et gémit
L’herbe devient folle et rit

Lamas blafards dans
De vieilles robes dorées
Carnaval d’antan1

Si le Stromboli s’éveille
De joie ils s’immoleront1

Maman cavalant
Rattrape le gosse et gronde
Car là ça va mal

Impossible de s’entendre
Ce petit devient pénible

Balançant tartan
Le mioche ensorcelait
Grand-maman là-bas2

Crois moi polisson difforme
J’ose force sortilèges1

Sans mal, sans tracas
Je te minore, t’étiole
Raplapla ! lascar !1

Le môme petite voix
Récite le secret texte

S’affalant passant
Trombe trisse ciel devient
Grand mandala blanc

(1) Annie Hupé.
(2) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Des hommes féroces
Du 12 au 22 janvier – Signe : Capricorne ; planète : Soleil

Des hommes féroces
Escaladent le versant
Le silence gronde

Dans l’ombre Orion se terre
De larmes de poix drapé1

Rocs et précipices
Stoppent le pas maladroit
D’effrontés mortels

Le soleil éveille enfin
Le colosse et il écrit2

L’ongle de son doigt
Grave à même le granit
Des mots éplorés

Le torrent plonge et résonne
Le vent cingle les rocs froids

Le piétinement
En contrebas se rapproche
De héros sordides

Des poings de l’être indocile
Le moindre revers les broie

Il reste penché
Tête en ses mains reposant
Noir de désespoir

L’écho des gémissements
Se renfle de roche en roche

L’œil livide voit
Le dard misérable fondre
Et le libérer

(1) Hélène Verdier (@h_verdier)
(2) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Du fleuve bleuté
Du 23 janvier au 1er février – Signe : Verseau ; planète : Vénus

Du fleuve bleuté
Fend l’eau de sa nage calme
Une femme heureuse

Les nuages peu à peu
Effacent sa belle humeur1

Elle entend rêveuse
L’appeler sans se lasser
Le vent d’un murmure

Tendre Leda elle vague
Face pâle vers l’azur2

Elle sent légère
La caresse des grandes algues
Muette berceuse

D’une arabesque d’écume
Ses bras parent la surface

Une grue cendrée
Lance un appel guttural
Tête renversée

Las ! se meurt l’appel ardent
Au levant se meut la meute3

Femme reste et tremble
L’avant pénètre l’après
L’heure est suspendue

Et passe dans ce regard
L’étrange affre des naufrages

(1) Didier Bergeret
(2) Hélène Verdier (@h_verdier)
(3) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Entendent le prêche
Du 2 au 11 février – Signe : Verseau ; planète : Mercure

Entendent le prêche
De ce mage en cape blanche
Et les peurs reculent

Nul enchanteur nul pasteur
Je m’attache à l’espérance1

L’espèce de leurre
S’ajuste à l’aveuglement
Des énergumènes1

Un chapelet de préceptes
Leur assure le salut

Ensemble éduqués
Répètent la phrase apprise
Leurs lèvres remuent

La salle est belle à ses murs
Panneaux en grands caractères

L’Eternel est pur
Versez un parfum de feu
Sur terre et sur mer

Menez une guerre juste
Cherchez l’éclatant trépas

Echecs et regrets
Le fardeau s’est annulé
Des vécus perdus

Un grand calme se répand
Les réchauffe et les aveugle

(1) Annie Hupé.

Une fleur des prés
Du 12 au 22 février – Signe : Verseau ; planète : Lune

Une fleur des prés
Fendant la verte membrane
Frêle se déferle

Ses pétales flavescents
Se bercent au vent léger

Généreuse et pure
Elle répand le parfum
Des heures heureuses

Humble tâche de clarté
Ancrée au versant abrupt

En brusque détente
S’abat une sauterelle
Semeuse de peur

Sa patte rugueuse gratte
Ses antennes se démènent

Muette perdue
La fleur aux tendres sépales
Reste suspendue

Paf d’un saut fuse la bête
Que chasse quelque danger

Lent et mesuré
C’est le pas du taureau blanc
Empereur superbe

Le végétal éperdu
Rend grâce au géant sauveur

Le mufle se penche
L’âpre langue arrache et happe
Une fleur des prés

Une erreur dans le calendrier qui m’avait servi de source m’a amené à terminer prématurément ce zodianku, pour lequel j’avais prévu trois strophes supplémentaires, car le décan suivant aurait sans cela été réduit à 6 jours. Ainsi les trois dernières strophes, déjà préparées, n’ont en fait jamais été diffusées.

Grand jeu des saveurs
Du 20 au 28 février – Signe : Poissons ; Planète : Saturne

Grand jeu des saveurs
Oignon poivron potiron
Sauce grand veneur

Jouissons du pot pourri
Dont tous nos goûts font chorus

Un fumet suave
Dont on voit nos rôts offrir
Le charme s’élève

Du point du jour jusqu’où nuit
S’obscurcit nous cuisinons

Eperlan flétan
Thon d’onigiri joli
Hareng saur fumé

Produit du fruit mûr qui rit
Vin rosit roux ou confits

Aulx cèbes et sauges
Sont l’or si fin dont nos doigts
Relèvent le jus

Doux flot qui sourd du chinois
Coulis court sur noir pudding

Pampres sur la tête
Ici ris, ici vis, toi
Le gargantua1

(1) Hélène Verdier (@h_verdier)

L’inquiète fileuse
Du 1er au 10 mars – Signe : Poissons ; Planète : Jupiter

L’inquiète fileuse
Croit voir Orion sorti
Et lève les yeux

Un brûlot luit-il si loin
Sur un flot qui toujours fuit

Elle tremble un peu
Son doigt roidi tord son fil
Ses lèvres remuent

L’illusion d’un profil vu
Surgit du fond d’un jour mort

Un être imprévu
Dit mot ni long ni trop fort
Et vint l’étincelle

Tout un soir fous corps unis
Ils ont connu l’ignition

Un vent furieux
Corrosif sirocco noir
Sèche ses pensées

Ont-ils voulu sort commun
Ont-ils conçu long futur

S’emmêle fusée
Omis choit son cordon gris
Pèse le silence

Nuit mord sur l’horizon froid
D’un long soupir fuit vision

Lapant sa grappa
Du 11 au 20 mars – Signe : Poissons ; Planète : Mars

Lapant sa grappa
L’idiot prit son violon
Lança sa java

Il avait la voix trop bas
Son chant traînait sans passion

La nana passa
Shirt coton snood longs cils noirs
A pas boitillant

Il s’acharnait sans sono
Chavirant son vibrato

Narrant macadam
Chiots dont crocs sont incisifs
Passants pas marrants

Alors s’approcha riant
La fada clopin-clopant

Là sans apparat
Son joli minois rosi
S’attarda chantant

Dans la paix s’harmonisa
L’instant fort d’accord total

Bravant la fatwa
Dont on voit clodos vomis
Par galants nababs

Par soir câlin joignant mains
Ont affranchi l’horizon

Catamaran blanc
Du 21 au 30 mars – Signe : Bélier ; planète : Mars

Catamaran blanc
Dérive et lentement file
Chassant par l’avant

Belle sirène serine
En mer entêtée s’exprime1

Ah chant charmant chant
Terrible vent de délices
Mantra balançant

Le marin se signe et tremble
Sa main agrippe la barre

Grand fanal là bas
L’invite il vire grisé
Par l’appât fatal

La rade à l’éclat changeant
Scintille en reflets de sang

S’amassant par bancs
L’excitent les sternes grises
D’agaçants cancans

Paraîtra-t-elle impassible
La reine à traîne d’écailles

Las rampant à ras
Récif le griffe et déchire
Fracassant safran

Dame indifférente égrène
Sa ballade cristalline

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Il s’est retiré
Du 31 mars au 9 avril – Signe : Bélier ; planète : Soleil

Il s’est retiré
En ces friches de silence
Cimes endormies

L’insecte pose son corps
Mordoré ; le soir s’étire1

Des gorges sonores
Cernent le repli secret
De gerbes espiègles

Derrière les pins cembros
Le monde vit et l’ignore

Le printemps s’éveille
Le rire des brises libres
Tinte en son oreille

Sont très loin les prisons froides
Dont l’ombre enterre l’espoir

Il prend le chemin
Siffle et vif le chien décrit
Des cercles précis

Les brebis grimpent en ligne
L’herbe berce le vent tiède

Si proche est le ciel
Empli des signes immenses
D’écrits envolés

L’homme en ces lignes déchiffre
Le songe éternel des neiges

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)


Prudente et secrète

Du 10 au 20 avril – Signe : Bélier ; planète : Vénus

Prudente et secrète
Petite vipère grise
Lentement furète

Libérée d’une mue sèche,
Ventre sur les pierres tièdes1

L’heureuse et légère
Fillette remplit les prés
De rumeurs de fée

Ses yeux emplis de lumière
S’émerveillent du printemps

L’heure est verte et tendre
Veille le fier épervier
Belette s’enterre2

les fleurs de neige se penchent
en secret vers leur psyché3

Fleurs bleues déclencheuses
Resplendissez d’emblée chez
Cent chercheurs chercheuses4

Puis vite détruisez presque
Le rude chiendent livresque4

En culbute brusque
Petite en plein met le pied
Sur l’humble serpent

Mû d’un meurtrier réflexe
Le reptile se détend

Dents cruelles fusent
Cinglent se fichent instillent
Le suc vénéneux

(1) Françoise Guichard.
(2) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)
(3) Hélène Verdier (@h_verdier)
(4) Gilles Esposito-Farèse
. Les deux strophes écrites par Gef contienent l’évocation de trois romans de Raymond Queneau. De plus elles constituent un «isotankwoosh», contrainte définie par lui qui combine tanka, isocélisme et twoosh (140 caractères). On en voit mieux la forme sous la présentation suivante:

tanka-gef_16-04-15


Vents, frères du fleuve

Du 21 au 30 avril – Signe : Taureau ; planète : Mercure

Pour ce dernier texte du Zodianku j’accueille les membres de la liste Oulipo. Je leur suis très reconnaissant de me faire l’honneur de leur présence amicale.

Vents, frères du fleuve
venus du sud, de la mer
nés des steppes russes.1

Senteur exhalée d’Annan
Que le sable a répandue2

Fureur des nuées
Cet harmattan chaud s’abat,
Sec dessus l’erg nu.3

Quel mascaret d’espérance
Rechassa le vague à l’âme2

Prends l’heur en ces gemmes
Sculptant tes gestes futurs
Leurs splendeurs terrestres4

N’entends-tu pas cet augure
Que le temps mène au hasard4

Bébé des blés bleus
Né au creux du ruban blanc
De brume et de vent…5

La murène est dans le seau
Tu prends le râteau du temps5

Muse fuselée
Traverse une austère épave
Épure de fugue6

Flambeau fumant dans le vent
S’achève un labeur astral7

(1) Annie Hupé.
(2) Guy Deflaux ( @Wanatoctouillou )
Les deux premières strophes forment ensemble un tanka isocèle. La forme en apparaît mieux sous la présentation suivante :

annie-hupe-guy-deflaux_22-04-15

(3) Françoise Guichard.
(4) Gilles Esposito-Farèse. Les deux strophes offertes par Gef forment à elles deux un isotankwoosh, forme définie par ce dernier comme un tanka isocèle de 140 caractères.  On en verra mieux la forme dans l’image suivante:

https://i0.wp.com/cluster015.ovh.net/~talipo/wp-content/uploads/2014/04/Gef_25-04-15.jpg

(5) Nic Sirkis
(6) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)
(7) Nicolas Graner

30 avril 2014 : Le zodianku est achevé, après un an de publication quotidienne. Un grand merci à tous les amis, Oulipotes et Twittérateurs, qui l’ont enrichi de leurs contributions tout au long de ces trente-six textes !


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Le sang des plumes

J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance.

Rêvant, de mon petit lit, je suçais le délicieux sang versé d’eider gris, ma folie bercée, l’oison doré pleurant l’éternel enseveli.

L’interdit devint instinct vital et, comme le viril visage de l’irréfléchi dormeur converti prit peur, trop honoré de payer le prix, il vit l’hiver mort.

Proie indigo, l’oie vidée gémit docilement, et je ne découvris pas qui, ici, tira tout contre le chevet ce mignon colibri nu.

Sur moi l’idiot, front voilé, l’eider, l’oison, le pipit si rieur, paon, geai, m’ont poissé du souvenir sinistre dont mon bon lit gicla.


Le jeu de la vie est un célèbre automate cellulaire inventé par Conway en 1970, dans lequel des cellules d’un quadrillage « naissent » ou « meurent » selon des règles préétablies, et dont les représentations graphiques sont souvent magnifiques.
On propose ici une contrainte « jeu de la vie« ,  version de cet automate appliquée aux voyelles (a,e,i,o,u) d’un texte, et dans laquelle la mort d’une voyelle est remplacée par sa transformation en la voyelle suivante. On prendra pour exemple les voyelles de la phrase « J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. » C’est la première phrase du deuxième paragraphe du Côté de chez Swann. On obtient la liste de voyelles suivante:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
Cette liste va évoluer de façon synchrone, chaque voyelle se modifiant en fonction de ses deux voisines selon la règle suivante:
xyx -> x (qui doit se lire « dans xyx le y devient un x) si x et y différents
yyy -> y’
yyx -> y
xyy -> y
xyz -> y’
où y’ est le suivant dans la liste des voyelles (a -> e -> i -> o – > u -> a). La ligne 1 correspond à une naissance, les lignes 2 et 5 à une mort, les 3 et 4 à un statu-quo.
Pour les voyelles du bout, on considère que l’une de ses voisines est « vide » et donc différente de toutes les voyelles.
Dans l’exemple ci-dessus on obtient les cinq premières évolutions que voici:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
eaeoeiieuaieeiieuaeeeieiaoieeeeoiooeeuaeeeeeei
ieieiiiiaeoeeiiiaeeieeioeuoeiieuoooeeaeeiiiieo
oieiiooieieeeioieeeeeeouiauiiiiaouoeeeeeiooiiu
uoiiioooieeieoioeiiiieuaoeaiooieuoueiiieoooiia
Il reste plus à habiller le texte avec des consonnes et on obtient un poème en prose.
Posté sur la liste Oulipo le 7 janvier 2014.

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quatre-san-ku

I
A même sa mée,
Sam a ses as amassé.
Sasse âme semée.

II
La Lada cala.
Lad dalla, Al laça cal :
Là, d’ac, ça alla.

III
Fée fit fieffé tif !
Et été te fit effet.
Té, tête te fitte.

IV
Erre et rate artère
Art t’a tête à tête rare
Ta terre t’arrête

V
La Mamma a mal !
Là… la calma, la cala,
Laça, ça alla.

VI
Pope pop épié.
Oie pipée, pipo pépie.
O pie épopée !

VII
née en un névé
ève neuve venue nue
en une nuée

VIII
A la lie allai,
Là, à l’île à l’aléa.
Ai l’aile liée.

IX
rag erre égaré
reggae a rage à gérer
raga rare aère

X
Nuit. Inti tut nit.
Un titi nu tint un ut.
Un tutti : tut tut !

[Inti = dieu du soleil inca
nit = unité de luminance]

XI
O Bob tête bée
Béret tort et botte ôtée
Robot et toro

[Exceptionnellement un « cinq-san-ku » sur ROBERT en l’honneur de Robert Rapilly pour son anniversaire]


Petit amusement chambérien. Parmi les 20 lettres ne valant pas 10 au scrabble, en choisir quatre dont au moins une voyelle. Ecrire un haïku en utilisant exclusivement ces quatre lettres.
[ D’où le nom: quatre (lettres) sur 3 (san en japonais) vers formant un (haï)ku — rien à voir avec la Fontaine des éléphants]
Postés sur la liste Oulipo en septembre 2013.

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W ou le Septuor dément

W
Ile
Sportive
Terre océanique
Où le temps s’emprisonne
Est-elle le miroir d’un hier dément
Ou le cadran d’un moteur qui tourne à pleins gaz


Nouvel essai de Septuor défini par Lirina Bloom. Celle-ci ayant proposé de chercher des Septuors débutant par les différentes lettres de l’alphabet, celui-ci répond pour W par un hommage modeste à Georges Perec, auteur de « W ou le Souvenir d’enfance » .

Publié le 15 août 2013

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