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Pauvre sole

Pauvre sole
Au fond vit
Souffre et râle

Ô mer sale
Satan vole
L'homme rit

Comme si
Mort cavale
Et vérole 

Essai d’une nouvelle contrainte, la terine berrychonne, proposée sur la liste Oulipo par Michel Clavel, qui la décrit ainsi : « Les finales vocaliques permutent selon les règles de la terine et les consonnes d’appui restent fixes comme dans les rimes berrychonnes »

Posté sur la liste Oulipo le 7 septembre 2021

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Ballade damascène

On ne voit en ce funèbre goulet
Nulle couleur, nulle courbure belle.
Rien que pruine, rien que béton croulé
En ce long bourg qui penche et encorbelle,
Piège terrible, grotte où le cœur gèle.
Ni tourterelle en ce ciel boutonné,
Ni ritournelle, ni vol effréné.
Tige ni feuille le tronc noir ne porte.
Herbe flétrie, terre-plein retourné.
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Tel un fleuve qui peine pour filer
Pour ce qu’un bief étreint le flot rebelle,
En ce couloir fou grouille refoulé
Un cortège lent, et l’heure cruelle
Tourne. Que cherchent en cette ruelle
Jeune, vieux, fille, peuple confiné,
Front penché, lèvre pincée, œil tourné ?
Foule qui peine, piétine, reporte
Lutte et foi, pour ce vivre portionné.
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Qui voit en cette robe, en ce gilet
Revêtu pour un jour en bleu prunelle,
Ce linge noir terreux, ce cou brûlé,
Coton bourré, brune coulure grêle,
Cette terreur qui hurle nue et frêle ?
Qui lit en ce bel œil vif étonné
Le récit horrifié qui vient ruiner
Le rêve en toute nuit lugubre et torte ?
Et ce ventre que brûle trop jeûner ?
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Peuple en tout lieu répète un cri tonné
Qu’en linceul jette un prince forcené.
Elève une voix inflexible et forte :
Que ceux qui pleurent voient le jour tourner.
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Cette photo prise par un représentant de l’ONU montre une distribution de vivres le 31 janvier 2014 à Yarmouk, faubourg de Damas peuplé de réfugiés palestiniens. Elle m’a inspiré cette ballade lipogrammatique : en sont absentes les lettres du mot DAMAS.

Une interprétation musicale m’a été offerte par Jacques Ponzio, lisant le texte accompagné en improvisation par lui-même au piano et par le violoncelliste slovène Cosic. À écouter ci-dessous :


Posté sur la liste Oulipo le 8 mars 2014.

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Poèmes accueillis

La ronde du 15 mars : jeu

La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot : aujourd’hui «Jeu».

Pour ma première participation à la ronde, je suis heureux d’accueillir Hélène Verdier.

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Valvins, le jardin vu par la fenêtre de la chambre de Stéphane Mallarmé.

Hélène Verdier écrit à propose de ce texte:«Voici donc, en 707 signes (espaces comprises) un tombeau de Stéphane Mallarmé. faisant suite à ma visite à Valvins à l’automne dernier.– 707 signes, – 7 vers de 12 syllabes, deux fois, séparés par 1 vers monosyllabique, 1 vers qui tend, dans sa forme, le Ô des poètes, vers l’impossible zéro.L’ensemble fait bien sûr référence au dernier poème : un coup de dés jamais n’abolira le hasard, qui contient 707 mots.cf : le nombre et la sirène, par Quentin Meillassoux, Fayard, 2011.»

Pour ma part je suis très honoré d’être accueilli chez Dominique Autrou qui publie «Un mouvement perpétuel». Voici comment, ce mois-ci, va la ronde :

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Le Talipot

Il dresse vers le ciel son tronc de colosse. La brise d’orient berce l’éventail de ses feuilles démesurées. Leurs dentelures découpent dans l’espace des jaillissements étoilés qui rythment le regard.
Vénérable vieillard, l’arbre se tient très droit, ému du murmure maladroit des amants qui dissimulent leur bonheur dans la pénombre complice de sa ramure.
Ce matin des enfants ont poussé un grand cri: regardez le talipot, il a fleuri ! Les villageois se massent en cercle au pied du centenaire. Jamais au fil des ans ne lui était venu cette parure immaculée. Il projette orgueilleusement ses longues tiges constellées de perles de lumière.

Sait-il, ce grand palmier dont la stature impose le respect, sait-il que cette éclosion fulgurante sera suivie, dans peu de temps, de sa mort ?

Dans les yeux de tous ceux qui sont venus l’entourer, ces yeux émerveillés par ces inflorescences nacrées, on voit l’ombre du désespoir. Le sort a jeté son verdict sur l’arbre téméraire qui défie le créateur par une si parfaite beauté.

Le talipot ce matin a fleuri, et de sa cime un panache de neige se courbe majestueusement en scintillante giboulée.



Merci à Isabelle qui m’a autorisé à reproduire la photo du talipot sur son site « Isa Bidouille ». On reconnaîtra également une partie de cette photo dans le bandeau d’en-tête de ce blog.

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si la chaise

si la chaise est confortable
lève toi d’un bond
si tu vois la lumière
crève ton œil
si le toit te garde au sec
arrache les tuiles

quand le tourbillon te déportera
que ton sang répandu brouillera ta conscience
que le froid percera ton rein de seringues fulgurantes

ne regarde pas en toi
ne regarde pas derrière
accompagne la glissade sans espoir

des couleurs hallucinées te gifleront au visage
des sonorités noires sueront du sol englueront tes oreilles
de glaciaux attouchements se loveront sur tes jambes
tes souvenirs s’arracheront
laissant des plaies qu’un acide empêchera de cicatriser

as-tu peur
oui tu as peur
allonge ton pas exténué
tu es sur la route poisseuse
qui mène à ce que personne ne veut rencontrer
allonge le pas



Publié le 20 mai 2012

 

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Cent mille millions de poèmes: numéro trois

Le vieux pêcheur breton de brun prit une prise
pour du gouffre du nez exciter le fin fonds
sur le très vieux buffet choisit une cerise
une permise et le seul jour de Dormition

Souvenez vous toujours de ces îles de Frise
où l’on vit ces milliers échoués de bleus thons
nous regrettions un peu ce flot de belles prises
lorsque nous percevions les feux en les buissons

On sèche le poisson turbot ou molve lotte
on fume le requin sur le sel on le frotte
lorsqu’on rejoint le port le vendeur est grognon

En réponse à un message de Françoise Guichard sur la liste Oulipo disant, le 14 janvier 2012 (perte du triple A par la France):
« Une lettre vient d’être supprimée. Je propose qu’on réfléchisse collectivement. En effet, les conséquences de l’évènement sont lourdes et de nombreuses répercussions sont dès ce jour prévisibles. Nous nous devons d’être prêts pour nous y confronter du mieux que nous pouvons. »
J’avais envoyé le texte ci-dessus introduit par:
« Pour préserver l’oeuvre d’un scripteur doublement délictueux en ses propres nom et prénom, je propose de corriger l’un de ses livres en « Cent mille millions de poèmes », ce qui, outre une légère réécriture, peut heureusement se compléter d’une simple suppression des tercets ultimes de tous les sonnets. Il est loin d’être sûr que les oulipiens puissent de même trouver des corrections qui disculpent tous les écrits qu’ils vénèrent. »

 

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han xin

serf obscur
ver de terre
rejeté
mère morte
tu sors du
crépuscule
duc de guerre
trop seul

osé subterfuge
route des surplombs
ce coup de stupeur
dresse l’empereur
sur les peuples

qu’espérer de tels succès
quel gré quel or quel éloge
le corps percé cou tordu
tu meurs

Posté sur la liste Oulipo le 9 décembre 2011 avec la présentation suivante:
Un écrit chinois du IIIe siècle posait le problème suivant au sujet du général Han Xin très célèbre en Chine :
« Combien l’armée de Han Xin comporte-t-elle de soldats si, rangés par 3 colonnes, il reste deux soldats, rangés par 5 colonnes, il reste trois soldats et, rangés par 7 colonnes, il reste deux soldats ? »
La solution est basée sur le théorème des restes chinois. La plus petite valeur positive est 23, c’est pourquoi dans ce qui suit on trouve successivement trois strophes de 23 syllabes rangées d’abord par 3, puis par 5, et enfin par 7, complétées par les restes correspondants. Ce texte retrace librement les épisodes de la vie de Han Xin. En raison de la fin brutale de ce dernier, les lettres de son nom ont disparu de ce texte, écrit seulement avec les lettres qui restent.

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totalement indécis

sans savoir quoi
dans un parfum de terreau
les yeux crevés
dire et répéter
parce que trop de bruit dans le moteur
avec une branche de thym
qu’elle sent bon cette branche
et demain qui viendra
demain pour emporter qui
vociférant comme un malade
car elle est là la maladie
du calme camarade qu’est-ce qui te prend
et dans le vent tiède venu d’afrique un brin de laine bleue
pendant que la radio inaudible pile usée
j’ai vu le portier qui claudique
dans son habit noir
merde où est mon ticket de réduction
indifférent à la sitelle qui s’échine
tête en bas dans un roulement de bec
car la réunion est reportée
le fourneau s’est éteint
bientôt le contrôle technique
la marmotte figée droite sur son terrier
à quoi bon de toute façon ils n’apprennent pas leur cours
dieu la tête du nouveau ministre
merci
aujourd’hui quelqu’un m’a dit merci
car la datation carbone quatorze
je regretterai toujours
le portier avec son chien marron
qui bave et bande ses muscles terrifiants
tandis que jésus pleure sur la bande d’arrêt d’urgence

Publié le 18 mai 2012

 

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germination

un jour pareil aux autres
un jour de plein soleil
tu te lèves
et tout a basculé dans la grotte aux mémoires

que s’est-il passé hier
qu’as tu dit
qui t’a crue
devant toi le vertige d’un grand désert blanc

les amis les bonheurs les rires
des moments graves le poids de la vie
un défilé d’images fiévreuses
s’enroule en accéléré dans tes yeux

un jour coché en bleu
sur le calendrier
tu frissonnes
et tu tournes le coin du porche familier

demain tu seras sur la route
tu franchiras des ponts de lianes
tu trouveras des sources dans les regs
tu dresseras des abris tièdes
tu feras chanter des enfants

le soir quand une langueur te bercera
au souvenir des forts instants du jour
se mêleront dans tes rêves
des visages gravés dans l’or des remembrances
le havre de longues étreintes
l’ivre abandon à l’amitié


Publié le 30 mars 2012

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quine

ce matin les enfants sont sortis dans la rue
la ville était emplie de leurs appels joyeux
quand les parents toujours reposaient endormis
les oiseaux n’avaient pas encor lissé leurs plumes
les gouttes de rosée brillaient dans le soleil

après avoir joué à un deux trois soleil
repeint d’un arc en ciel les plaques de la rue
après s’être affublés de parements de plumes
ils se sont élancés en défilé joyeux
leur rire a réveillé les clochards endormis

vous qui souffrez du froid tristes corps endormis
venez vous réchauffer au baiser du soleil
et partager notre soulèvement joyeux
venez prendre d’assaut le pavé de la rue
répandre dans le ciel un nuage de plumes

ils ont ouvert la cage du serpent à plumes
d’un souffle ont libéré les elfes endormis
dryades et chi lin ont envahi la rue
tous se sont accrochés aux rayons du soleil
pour grimper dans le ciel en rigodon joyeux

les larmes ont séché dans un souffle joyeux
les haillons ont fait place au chatoiement des plumes
la glace de nos coeurs a fondu au soleil
des rêves doux ont caressé les endormis
et des bosquets de fleurs ont recouvert la rue


Contribution tardive au printemps des poètes. thème = enfance
Contrainte oulipienne: Quinine = choix de 5 mots placés en fin de vers. Dans chaque strophe ils sont disposés selon une permutation 12345 -> 51423 -> 35214 …

Publié le 18 mars 2012

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