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La mère

pleure pleure mère
tes larmes au sel mauvais
pleure ton enfant

un beau militaire
l'est venu chercher
pour aller en guerre
te fut arraché

d'habits couleur terre
fut empanaché
de sa mine claire
fraîcheur a séché

au froid de brumaire
neige pose fins duvets
peau gèle et se fend

***

vénéneux mystère
hommes dans la nuit lovés
silence étouffant

sombre luminaire
fusée a lâché
l'horrible tonnerre
la course au bûcher

un dieu sanguinaire
donne son tranchet
à l'enfant sévère
à l'enfant boucher

éventre son frère
enjambe les gars crevés
sonne l'olifant

***

deux soldats sont venus à la porte sonner
sans un mot pauvre femme a d'un coup deviné

à genoux tombe folle arrache son bonnet
la terre à cet instant s'arrête de tourner

son manteau resserre
ses cheveux n'a pas lavés
son col dégrafant
erre par tous les chemins
parle en se tordant les mains

son fils est mort en assassin

va fuis la lumière
ton pied heurtant les pavés
sous l'arc triomphant
ces vivats sont-ils humains
pour toi point de lendemains

porte le deuil de l'assassin 

Sur la liste Oulipo s’effectue actuellement un travail important de recherche de formes de sonnets généralisés, selon un programme lancé par Gilles Esposito-Farèse. Il s’agit de respecter une structure 4/4/3/3, ces nombres s’appliquant non plus forcément à des vers, mais à des mots, phrases, paragraphes, voire lettres… et un schéma ABBA ABBA CCD EDE dans lequel ces lettres ne représentent pas forcément des rimes, mais des propriétés quelconques ( nombres de lettres, initiales, composition en verbes, personnages, etc. ). Ici la structure s’applique à des strophes, et la propriété est la nature de ces strophes:

A = haïku
B = quatrain de sélénet
C = distique d'alexandrins
D = tanka
E = unique octosyllabe

Le schéma de rimes ne fait pas partie de la contrainte, mais j’ai pensé qu’il accentuait la perceptibilité de la structure. Le choix de l’octosyllabe venant après des tankas donne un petit effet clotilde. J’ai un peu fait attention aux rimes plurielles ; en revanche les é ouverts et fermés sont confondus, nul n’est parfait.
Posté sur la liste Oulipo le 20 décembre 2021.

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Hop, avion dans ce foin.

Au pavillon dansent fous, hein ?
Armenonville ouit cieux :
Arme non vile ou, ici, œufs,
Hop, avion dans ce foin.
Une exégèse :

Près d'un asile où chaque aliéné peut valser,
Un chasseur bombardier -non pas un piètre flingue-
S'écrase dans le chaume : ô tonnerre insensé !
Poules ont vite élu refuge en sa carlingue.

Sur la liste Oulipo, Gilles Esposito-Farèse a proposé de composer des controlorimes, contrerimes à la manière de Paul-Jean Toulet : « quatrain croisant octosyllabes et hexasyllabes 8/6/8/6 mais à rimes embrassées AbbA.
La différence est que ces rimes doivent reproduire l’ensemble des vers, de la première à la dernière syllabe, en se servant de diérèses & synérèses (ou d’E caducs élidés ou non, si l’on est encore plus moderne) ». J’ai tenté de partir de l’alexandrin célèbre de Max Jacob « On fait les foins au pavillon d’Armenonville » en le triturant jusqu’à obtenir des diérèses et synérèses placées aux bons endroits.
Posté sur la liste Oulipo le 4 novembre 2021.

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Pierrot pleurait

Au clair de la lune
Au bord du ruisseau
Pierrot pleurait une brune
Ô pauvre puceau
Sans plume sans tune

De son nocturne pinceau
L’astre au doux visage
Se penchant muet arceau
Caresse amant sage

Sèche le long pleur
Et la joue après l’orage
Revêt la couleur
D’ivoirin nuage
Va solitaire voleur

Essai de combinaison de deux contraintes récemment proposées par Gilles Esposito-Farèse. La première, se basant sur la « plus petite suite sans cube » précédemment introduite et étudiée par lui, dont les premiers termes sont 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 1, 0, 0, 1, 0, 0, 1, 0, 1, 0, 0, 1, 0, … consiste à associer à chaque zéro un vers de longueur 5 et à chaque 1 un vers de longueur 7, obtenant ainsi une rythmique volontairement irrégulière.
La seconde contrainte est l’adoption d’un schéma de rimes « irréductible », c’est-à-dire tel que le poème ne puisse être décomposé en deux parties employant des rimes indépendantes. Ici, l’une des combinaisons mentionnées par Gef : AbAbA bCbC dCdCd.
Posté sur la liste Oulipo 12 juin 2020.

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le jeu de la mer

Oh toi
oh la mer

ma loi
ma foi
et ma vie

Tu vas
et je mue

au sel
je me fie

je lis
ce don
et je ris

*****

Au pas
de ce jeu

si pur
si fol
tu es cri

La fin
je ne dis

un mat
ou un nul

ni roi
ni fou
je ne fus

*****

Du cap
où je gis

le sol
en feu
je ne mis

Je bée
et je rue

le raz
au roc
ne se lie

Où est
le lé sec

le bar
où je bus

et mol
nu vil
je me tue

Le haïku oulipien généralisé (HOG) défini par Jacques Roubaud, est un poème comportant un nombre premier de vers, de syllabes par vers et de syllabes dans le poème ( en particulier le haïku et le tanka vérifient ces conditions). Gilles Esposito-Farèse a poursuivi cette généralisation avec la notion de renga oulipien généralisé (ROG), puis avec la notion de fractog, une construction fractale obtenue par itérations successives à partir de deux exemplaires minimaux de HOG et où le décompte d’un très grand nombre de sous-structures (vers, strophes, etc.) est premier. Un exemple d’une telle structure est le suivant :

2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3

2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3


2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3

2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3


2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3

2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3

2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+2+3
2+3 + 2+3 + 2+2+3

Dans cette structure, GEF note par des nombres les longueurs en syllabes de chaque vers et les subdivisions successives (strophes, parties, sections, chapitres, …) sont dénotées par des symboles tels que « + » (sans ou avec espace), retour à la ligne, saut de ligne simple ou multiple. Dans le présent poème j’ai exploré ce que donnait cette même structure en appliquant les nombres aux longueurs des mots et abaissant d’un cran les dénotations des subdivisions (vers, strophes, etc.) Posté sur la liste Oulipo le 27 février 2020.

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jeux sur les digrammes

I

Au vagabond s'ouvrit la cité nourricière
Aima le regard franc et la liberté fière
Ivre d'enfin goûter l'abondance plénière
Posant alors son sac sourit à la lumière

Sut Ur. Ulula « Ta rare tétine ! Ton iris à nu ! L’or ! » Ô nolise son asile.

II

La duchesse aux sabots se croyait des jumeaux
Sa douleur au plus noir théâtre fut semblable
Mêla cent pleurs aux cris simples des animaux
Coupant l'appétit au pauvre ô pleur misérable


« Qu’un né ? » erra, Anne. Elle, en no : « Or réez, zoo à aï inné ! Et tu, un nu un naan n’a addé.

Gilles Esposito-Farèse a proposé sur la liste Oulipo divers jeux portant sur les digrammes (groupes de deux lettres). Le premier, qu’il a baptisé hétérodigramme consiste à considérer tous les digrammes formés d’une consonne et une voyelle pris dans la liste des dix lettres les plus fréquentes popularisée par Georges Perec : ESARTINULO. Il s’agit d’écrire un texte en utilisant une fois et une seule chacun de ces digrammes, dont voici la liste :
se sa si su so
re ra ri ru ro
te ta ti tu to
ne na ni nu no
le la li lu lo
Le premier texte ci-dessus, qui répond à cette contrainte, est précédé de son exégèse, un quatrain d’alexandrins isocèle.
Diverses variantes de ce jeu, un peu analogue aux dominos, ont été proposés. Le second texte s’autorise l’utilisation de tous les digrammes possibles d’une consonne et d’une voyelle, éventuellement avec répétition, mais comme aux dominos deux digrammes successifs doivent se connecter par une même lettre. Là encore l’exégèse est un quatrain d’alexandrins isocèle.
Posté sur la liste Oulipo le 6 mars 2019.

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Voix, grandes eaux.

Cet enfant tête en l’air ne se fera-t-il prendre
À sortir dans la nuit, parlant vingt fois d’avoir
Compris qui a donné au monde de pouvoir
Répondre, quand les dieux regardent sans entendre ?

Son père lui a dit qu’il ne faut jamais rendre
À celui dont le cœur n’arrive pas à voir
La belle heure qui passe et, restant, croit vouloir
Cette chose qu’il semble à tout moment attendre.

Mais qui aime sentir, jusque vers lui, venir
La femme, le jeune homme, et dans sa main tenir
Une petite vie où deux bons yeux vont être,

Alors cent terres, oui, mille mers, vas devoir
Aller trouver pour un jour, en sa maison, mettre
Ce rien des premiers temps qu’il demande à savoir.

Ce sonnet, comme celui qui précède, suit la contrainte du sonnet à vocabulaire limité (basée sur les 175 mots les plus fréquents) proposée par Gilles Esposito-Farèse, qui en présente trois exemples sur son site.
Posté sur la liste Oulipo le 10 juillet 2018.

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manga amer

Elisabeth Schwarzkopf, mythique soprano, fit un jour dans sa piscine un plongeon ridicule. La photo, retrouvée récemment devint rapidement virale.

« Torcha splash : kifez, web ! »

***

Après le concert, impossible de trouver de quoi faire à manger. Qu’à cela ne tienne, dansons sans attendre, dit-elle :

Elisabeth Schwarzkopf
« Woks pris : chef, hâtez bal. »

***

Sur Karl Schwarzschild :

Comme un baleinoptère engloutit les crevettes,
De la Sainte Russie, ainsi, le souverain,
Dont la santé n’avait le brillant de l’airain,
Se repaissait de vide et de lettres muettes.

« Schwa : krill d’HS czar. »

Jacques Perry-Salkow a lancé sur twitter le défi de composer des anagrammes d’Elisabeth Schwarzkopf. Il y a lui-même superbement répondu. On trouvera ici mes propositions. Gilles Esposito-Farèse, sur la liste où j’avais relayé ce défi, après avoir proposé de belles solutions, a proposé quant à lui un nom encore plus difficile : Karl Schwarzschild, qu’il présente ainsi « génie mort à
42 ans qui a trouvé une cruciale solution _exacte_ de la relativité
générale un mois seulement après l’article initial d’Einstein ». Ma réponse figure également ci-dessus. Le titre de cette page n’est qu’une anagramme d’« anagramme ».
Posté sur la liste Oulipo le 20 juin 2018.

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Révolution

Désorganisation, pognon colonisé,
Bookmakers compromis, spoliation gloutonne,
Dérogations, complots, consortiums empoisonnent
Nounou, poupon, bougnoul, prolo robotisé.

Sonores compagnons, repoussons composer.
Décochons horions, dégoupillons hormone,
Dépossédons voyou, ploutocrate, gorgone.
Exproprions prompto bourgeois couperosé.

Horloges tourneront, métronomes courront :
Apollons contrefaçonnés toujours mourront.
Pourquoi courtiserions bourbon mythologique ?

Organisons corpos, occupations, convois,
Arborons gonfalons, survoltons portevoix.
Détrônons zigoto molto soporifique.

Dans ce sonnet, tous les mots comportent exactement deux O. Cette contrainte a été proposée par Gilles Esposito-Farèse qui appelle de tels mots des « doublets ». Il en donne un merveilleux exemple sur le cas plus difficile des doublets en U.
Posté sur la liste Oulipo le 14 avril 2018.

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Nudité

Quelle épreuve plus dure, au musicien poussif,
Qu’exécuter au luth un funèbre prélude
Quand une affreuse pluie, au remous incursif,
Submerge un instrument soudain devenu rude ?

Quel refuge plus sûr, pour un cœur refusé,
Qu’une ruelle aveugle où toutes heures pleurent,
Enfouissant un amour aussi fou qu’abusé
Sous une armure brute, où doux souvenirs meurent ?

Autrefois, pur bonheur. Au jourd’hui sourde nuit
Où nulle lune pour un nocturne sourire
Adoucissant celui qui bruyamment soupire.

Sous une voûte brune, où sourd un creux ennui,
Une goutte parcourt une joue esseulée
Qu’essuie un pouce gourd. Luit sanguine aube ourlée.

Ce sonnet irrégulier met en œuvre une contrainte proposée ces jours-ci par Gilles Esposito-Farèse sur la liste Oulipo. Appelée par lui « singleton », elle consiste à imposer à tous les mots de comporter exactement une certaine voyelle, ici le U.
Posté sur la liste Oulipo le 8 avril 2018.

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le diable qui voulait chanter

Fol venu des cloaques,
complice des termites,
des planches aboutées
que ce géant gravisse !
Qu’aux dames apeurées
fasse perdre semaille !

L’aube de feu émaille
grumes, épines, cloques
qu’aux combes apurées
ébarbent deux ermites,
afin que Dieu ravisse
âmes en croix boutées.

Sous de calmes bouées
va dérivant la maille.
Oh ! L’intrus se ravise,
dit aux hommes cloués :
« Un divin chant émîtes,
ô brasseurs de purées.

« Voix câlines et pures
à mes yeux font buées,
rongés comme, de mites,
lainages mis en malle.
Hommes que j’ai loués,
et qu’à ce jour avise,

donnez moi votre avis
( chut, géhenne qui pues !).
Règles avez-vous lues
que force hontes bues
ôtent de ma voix mâle
son qui ravirait mies ? »

Oblats de lui ont mis
le cas dessus les ais :
« Tu fais certes le mal.
Il faut sécher le pus.
Stoppe ton triste bus,
nos ratafias bois-les. »

Chanter mi, tu l’as pu !
car tu as beaucoup bu,
près de ma cave, au lé.

Après mon poème «  L’attendrissement », hommage à l’Oulipien récemment décédé Harry Mathews qui reprenait une contrainte, proposée par ce dernier, de N-ine à anagrammes croissantes, Gilles Esposito-Farèse a proposé (et illustré par un magnifique poème) l’idée de réaliser une sextine dans laquelle les anagrammes croissantes soient obtenues par adjonction progressive d’une lettre sans changer l’ordre. Aux six strophes de la sextine est ajoutée selon la tradition une tornada dans laquelle les six mots sont repris une dernière fois. Dans cette version, comme dans celle de GEF, les anagrames sont utilisées dans l’ordre décroissant afin de pouvoir mettre dans la tornada les mots de taille minimale : mi, pu, as, bu, ma, lé. La version ci-dessus est munie d’une ponctuation, ce qui cache une contrainte supplémentaire d’isocélisme visible dans la version originale ci-dessous.
Posté sur la liste Oulipo le 6 février 2017.

fol venu des cloaques
complice des termites
des planches aboutées
que ce géant gravisse
qu'aux dames apeurées
fasse perdre semaille

l'aube de feu émaille
grumes épines cloques
qu'aux combes apurées
ébarbent deux ermites
afin que dieu ravisse
âmes en croix boutées

sous de calmes bouées
va dérivant la maille
oh l'intrus se ravise
dit aux hommes cloués
un divin chant émîtes
ô brasseurs de purées

voix câlines et pures
à mes yeux font buées
rongés comme de mites
lainages mis en malle
hommes que j'ai loués
et qu'à ce jour avise

donnez moi votre avis
chut géhenne qui pues
règles avez-vous lues
que force hontes bues
ôtent de ma voix mâle
son qui ravirait mies

oblats de lui ont mis
le cas dessus les ais
tu fais certes le mal
il faut sécher le pus
stoppe ton triste bus
nos ratafias bois-les

chanter mi tu l'as pu
car tu as beaucoup bu
près de ma cave au lé

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