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Révolution

Désorganisation, pognon colonisé,
Bookmakers compromis, spoliation gloutonne,
Dérogations, complots, consortiums empoisonnent
Nounou, poupon, bougnoul, prolo robotisé.

Sonores compagnons, repoussons composer.
Décochons horions, dégoupillons hormone,
Dépossédons voyou, ploutocrate, gorgone.
Exproprions prompto bourgeois couperosé.

Horloges tourneront, métronomes courront :
Apollons contrefaçonnés toujours mourront.
Pourquoi courtiserions bourbon mythologique ?

Organisons corpos, occupations, convois,
Arborons gonfalons, survoltons portevoix.
Détrônons zigoto molto soporifique.

Dans ce sonnet, tous les mots comportent exactement deux O. Cette contrainte a été proposée par Gilles Esposito-Farèse qui appelle de tels mots des « doublets ». Il en donne un merveilleux exemple sur le cas plus difficile des doublets en U.
Posté sur la liste Oulipo le 14 avril 2018.

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Nudité

Quelle épreuve plus dure, au musicien poussif,
Qu’exécuter au luth un funèbre prélude
Quand une affreuse pluie, au remous incursif,
Submerge un instrument soudain devenu rude ?

Quel refuge plus sûr, pour un cœur refusé,
Qu’une ruelle aveugle où toutes heures pleurent,
Enfouissant un amour aussi fou qu’abusé
Sous une armure brute, où doux souvenirs meurent ?

Autrefois, pur bonheur. Au jourd’hui sourde nuit
Où nulle lune pour un nocturne sourire
Adoucissant celui qui bruyamment soupire.

Sous une voûte brune, où sourd un creux ennui,
Une goutte parcourt une joue esseulée
Qu’essuie un pouce gourd. Luit sanguine aube ourlée.

Ce sonnet irrégulier met en œuvre une contrainte proposée ces jours-ci par Gilles Esposito-Farèse sur la liste Oulipo. Appelée par lui « singleton », elle consiste à imposer à tous les mots de comporter exactement une certaine voyelle, ici le U.
Posté sur la liste Oulipo le 8 avril 2018.

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Oripeaux

le diable qui voulait chanter

Fol venu des cloaques,
complice des termites,
des planches aboutées
que ce géant gravisse !
Qu’aux dames apeurées
fasse perdre semaille !

L’aube de feu émaille
grumes, épines, cloques
qu’aux combes apurées
ébarbent deux ermites,
afin que Dieu ravisse
âmes en croix boutées.

Sous de calmes bouées
va dérivant la maille.
Oh ! L’intrus se ravise,
dit aux hommes cloués :
« Un divin chant émîtes,
ô brasseurs de purées.

« Voix câlines et pures
à mes yeux font buées,
rongés comme, de mites,
lainages mis en malle.
Hommes que j’ai loués,
et qu’à ce jour avise,

donnez moi votre avis
( chut, géhenne qui pues !).
Règles avez-vous lues
que force hontes bues
ôtent de ma voix mâle
son qui ravirait mies ? »

Oblats de lui ont mis
le cas dessus les ais :
« Tu fais certes le mal.
Il faut sécher le pus.
Stoppe ton triste bus,
nos ratafias bois-les. »

Chanter mi, tu l’as pu !
car tu as beaucoup bu,
près de ma cave, au lé.

Après mon poème «  L’attendrissement », hommage à l’Oulipien récemment décédé Harry Mathews qui reprenait une contrainte, proposée par ce dernier, de N-ine à anagrammes croissantes, Gilles Esposito-Farèse a proposé (et illustré par un magnifique poème) l’idée de réaliser une sextine dans laquelle les anagrammes croissantes soient obtenues par adjonction progressive d’une lettre sans changer l’ordre. Aux six strophes de la sextine est ajoutée selon la tradition une tornada dans laquelle les six mots sont repris une dernière fois. Dans cette version, comme dans celle de GEF, les anagrames sont utilisées dans l’ordre décroissant afin de pouvoir mettre dans la tornada les mots de taille minimale : mi, pu, as, bu, ma, lé. La version ci-dessus est munie d’une ponctuation, ce qui cache une contrainte supplémentaire d’isocélisme visible dans la version originale ci-dessous.
Posté sur la liste Oulipo le 6 février 2017.

fol venu des cloaques
complice des termites
des planches aboutées
que ce géant gravisse
qu'aux dames apeurées
fasse perdre semaille

l'aube de feu émaille
grumes épines cloques
qu'aux combes apurées
ébarbent deux ermites
afin que dieu ravisse
âmes en croix boutées

sous de calmes bouées
va dérivant la maille
oh l'intrus se ravise
dit aux hommes cloués
un divin chant émîtes
ô brasseurs de purées

voix câlines et pures
à mes yeux font buées
rongés comme de mites
lainages mis en malle
hommes que j'ai loués
et qu'à ce jour avise

donnez moi votre avis
chut géhenne qui pues
règles avez-vous lues
que force hontes bues
ôtent de ma voix mâle
son qui ravirait mies

oblats de lui ont mis
le cas dessus les ais
tu fais certes le mal
il faut sécher le pus
stoppe ton triste bus
nos ratafias bois-les

chanter mi tu l'as pu
car tu as beaucoup bu
près de ma cave au lé

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Oripeaux

Mayo pourrit diots

Mayo pourrit diots.
« Ma hie, hop ! » Oury dit haut.
Maillot pour idiot.

Exégèse :

Se levant d’une table où nul mets ne lui sied
L’acteur de cinéma, pour digérer la chose,
En plein midi s’adonne à l’art du terrassier.
Quelle erreur ! au soleil tombe veste et s’arrose.


GillesEsposito-Farèse a lancé sur la liste Oulipo le défi d’écrire un haïku triplement holorime, ce qui consiste à jouer sur l’opposition synérèse-diérèse. Voici ma réponse. Ce genre de contrainte extrême nécessite généralement une exégèse, qui dans mon esprit fait partie intégrante du poème.
Posté sur la liste Oulipo le 13 mai 2016.

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Chromos Oripeaux

Décrochement

Las des appels incessants où défilent assurances-vie prémonitoires et primes isolatoires, soûlé par les collègues m’inondant en pleine nuit de leurs avocasseries ininterrompues, j’ai décroché mon téléphone. J’ai filé dans la rue, happé par le grouillement rassurant du trottoir. Quelques permissionnaires évocateurs importunaient des femmes aux longues jambes, quémandant des réservations parcimonieuses. Des grappes de porcelainiers estudiantins s’invectivaient joyeusement au plus fort de leur éternelle discussion interplanétaire. Un tandem de missionnaires en uniforme guindé, tentait de vendre leurs spiritualités draconiennes à trois parasites unidirectionnels qu’ils s’évertuaient à détourner de leurs prédestinations culinaires.

Deux gendarmes se profilèrent sous un lointain réverbère. Tous aux abris, voilà les grippe-coquins de la leishmaniose désincrustante. Aussitôt, d’un furtif geste du bras droit, élégants ambianceurs, saintes-nitouches madrilènes, rugbymen désintoxiqués, ecclésiastiques caresseurs, innocents présumés, tous firent disparaître le bas de leur visage sous une gaze bleutée. Clandestinités harmonieuses ! Dissimulation enchanteresse ! Réconcilié avec l’univers, j’avançai dans cette mer de la tranquillité, solitaire au milieu d’une myriade de solitudes où je découvris enfin la joie de l’anéantissement.

Ce texte est ma réponse à un défi lance par Gilles Esposito-Farèse. Il avait trouvé trois groupes de 4 ou 5 couples nom-adjectif qui, dans chaque groupe, étaient anagrammes les uns des autres:

Premier groupe :
        assurances-vie prémonitoires
	avocasseries ininterrompues
	permissionnaires évocateurs
	réservations parcimonieuses
Deuxième groupe :
        clandestinités harmonieuses
	dissimulation enchanteresse
	leishmaniose désincrustante
	saintes-nitouches madrilènes
Troisième groupe :
        discussion interplanétaire
	parasites unidirectionnels
	porcelainiers estudiantins
	prédestinations culinaires
	spiritualités draconiennes

Le défi consistait à écrire un texte en prose contenant chacun des couples de l’un de ces groupes. Cette contrainte est connue sous le nom de « logo-rallye » mais ici l’ordre d’apparition n’était pas imposé. Le présent texte, comme l’avait fait Gilles, contient en fait la totalité des trois groupes.
Posté sur la liste Oulipo le 22 mars 2021.

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chanson de coloc

chanson de coloc

Publié le

passer le balai
ça peut s’apprendre à tout âge
et ce n’est pas l’apanage
des humbles valets

cesse de râler
quand c’est ton tour de ménage
au prétexte d’être en nage
et de t’affaler

tout dans la maison
doit embaumer doit reluire
en chaque saison

cire la crédence
ravive l’éclat du cuir
l’aspirateur danse

Le précédent essai de sonnaïku a provoqué une grande activité sur la liste Oulipo qui a vu de nombreuses propositions de variantes de cette forme. Gilles Esposito-Farèse a remarqué que la forme qu’il a initialement définie ne permettait pas l’alternance des rimes féminines et masculines. Il a illustré dans son beau Sonnaïku pastoral une modification pour résoudre ce problème.
Une autre solution est proposée ici… mais qui risque fort de ne pas être homologuée: tout en conservant le schéma initial, utiliser une rime « androgyne » (reluire-cuir, intrusion du consonantique au sein des féminines et masculines). A noter que l’alternance vocalique-consonantique n’est pas respectée: ce serait chose impossible pour les mêmes raisons que l’impossibilité rencontrée par Gilles sur les F-M.
Posté sur la liste Oulipo le 4 mai 2013.

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Oripeaux

qu’a trône assis ?

dans ton lit pliant
au calme de la chambrette
d’ombres l’horrible retraite
te frôle en riant

viennent jours brillants
où ta force de prophète
d’arbres que bat la tempête
rend le tronc vaillant

dans la nonchalance
tiède en la maturité
grandit le silence

puis la brume grise
sur ton bel œil irrité
pose son emprise

Essai de sonnaïku à la manière de Gilles Esposito-Farèse. Ce dernier a cherché à allier la forme sonnet et le haïku.
Nombre de syllabes : 5 7 7 5 / 5 7 7 5 / 5 7 5 / 5 7 5
Schéma de rimes : a b b a / a b b a / c d c / e d e
Posté sur la liste Oulipo le 1er mai 2013.

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autobus

Le poème ci-dessous est de Françoise Guichard. Très inspirant, il a déclenché une série de contributions sur la liste Oulipo suivant plusieurs contraintes.

Lamento pour bus et métro

Pour aller travailler : tout d’abord prendre un bus
Souvent plein car je ne suis pas au terminus.
Et le réseau parfois est grippé : un virus?
D’où l’impression qu’on a qu’il y a un blocus.

C’est rue de Rivoli que je prends le métro
Pas le temps d’un café sur le pouce au bistro
Je me rue sur le quai illico et presto
Mais parfois sur la ligne, il ya de l’embargo

Et voilà La Défense… en baisse de tonus,
À nouveau l’autobus! C’est mon petit bonus!
Je dors debout, je rime ou lis un prospectus
Si l’attente est longue, là ça sent le hiatus

Et voilà tous les jours, pour aller au labo,
Le parcours accompli, yeux rivés au chrono.
Faut pas se relâcher et garder le tempo
Mais souvent tout va bien, et les ennuis..zéro!

Nous dirons que c’était la ligne 12. Ont suivi:

Autobus ligne 7  (Noël Bernard)

Pour travailler prendre un bus
Souvent car au terminus.
Réseau grippé. un virus?
Impression con : un blocus.

C’est rude, prends le métro.
Pâle café au bistro.
Rue sûre, illico presto
La ligne a de l’embargo.

Et La baisse de tonus,
L’autobus! petit bonus!
Debout rime un prospectus,
Attente lassant l’hiatus.

Toujours aller au labo,
Parcours accompli chrono.
Faut relâcher le tempo.
Souvent tout bien, et zéro!

Autobus ligne 5  (Noël Bernard)

Allez vaillant bus,
Ne suis pas minus.
Réparé virus.
Presqu’île a blocus.

Cerveau que j’ai trop,
Temps cale au bistro:
Russule et pesto
Mais foie ya largo.

Vois l’effet tonus !
Où vole autobus!
Je bouge (rictus)
Tangue sans hiatus.

Elle a l’air poulbot,
Le couple est chrono,
Fort, égal tempo.
Mais vient nuit..zéro!

Alcoolisme aristocratique sur la ligne 2  (Gilles Esposito-Farèse)

Bistrots
de Russes :
gugusses
spectraux !

Qu’au trot
je busse ?
Que j’eusse
gastro ?

Astuce :
je suce
cointreau

de Prusse,
de puces
rétro.

Autobus ligne 24  (Inachevé _ Noël Bernard)

Pouh, râle époux,  ras l’étrave. Hais travail, hais tout : dab, ail et
tout d’abord, porcs. Prendre un brand, r’un. Bu : sus !
Sous vent plains, quart souvent plein, car je ne suis pas jeune. Suis
pas au zoo : termites air minus n’eussent.
Hais leur Esope et leur aise. Oh, parfois égare : foie aigri ripe et un
VIP est un virus  russe.
D’Oullins presse, d’où l’impression qu’on naquit Lion. Con na! qui lia
humble eau qu’eut scille à un blocus.

[…]

Les contraintes sont, pour le Lamento, la contrainte… des transports en commun (strophes rimant en -us ou -o selon le moyen de transport auquel elles se réfèrent); pour les lignes 7 et 5 une réduction exclusivement composée de morceaux de l’initial; pour la ligne 2 une réduction extrême, tout en respectant l’alternance de rimes féminines et de rimes masculines ayant toutes mêmes consonnes d’appui (tr) ; pour la ligne 24 un poème en « tétricosasyllabes » bégayants, tel que si on lui applique un traitement orthophonique on retombe sur le poème de Françoise.
Postés sur la liste Oulipo entre le 11 et le 16 janvier 2013.

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