Catégories
Twittérature

Positiméride – César

Le Positiméride, projet d’un an, a démarré le 1er mai 2020.

On trouvera ici les livraisons quotidiennes du mois de César

Année 2021

23 avril – 1er César – Miltiade

Matin laiteux
Triste à damner
M'éveille tard
Instant d'horreur
Ma ville tue
Il faut durer

24 avril – 2 César – Léonidas

Le tempo lent plein de passion
Lave mon spleen, tièdes rancœurs.

25 avril – 3 César – Aristide

Après-minuits, torride temps.
Maritimes tensions, danger,
Attraction fruste. Évidence.

26 avril – 4 César – Cimon

Scalpaient, immolaient
Ces rimeurs trop francs.
Cieux, l'immonde honneur !

27 avril – 5 César – Xénophon

Beaux vers ne sont pas chers, cochon.
Doux desseins non plus, charogne.

28 avril – 6 César – Phocion

Penche ton cou, l'ignorant.
Penche ton corps : dirlo vient.
Pioche son champ, suis ton rang.
Plus haut ton chant. Tiens, ton pain.

29 avril – 7 César – Thémistocle

Tout change
Ma vie est vent
Joue coule et meurt

30 avril – 8 César – Périclès

Les contributions du 30 avril, fêtant l’aboutissement de ce projet d’un an, sont réunies sur la page d’entrée du Positiméride sous le titre « Apothéose du Positiméride »

Année 2020

1er mai – 10 César – Démosthène

« Donne-moi ton sang ta chair et ton coeur. »
Dru, démon osa toucher, pénétrer.
De femme trop sainte chut le manteau.

2 mai – 11 César – Ptolémée Lagus

Pan ! Tue l’horloger !
Marche réveil,
l’aiguille au sang !

3 mai – 12 César – Philopoemen

Pars, cher fils, loin.
Rompts pardon
et me renie.

4 mai – 13 César – Polybe

Pré dort.
L’âne y brait.
Seul.

5 mai – 14 César – Alexandre

L’appel des cieux m’a rendu triste.

6 mai – 15 César – Junius Brutus

Jusqu’aux fonds glaiseux sombre un roi.
Qui tue ?

  • L’eau sait.

7 mai – 16 César – Camille

Comme au matin la lueur
Crie aux maris leur laideur
Ces dames filent le temps
Cachant mal mille langueurs

8 mai – 17 César – Regulus

Dormez grands saules moussus.
Sur l’étang au lent flux,
Vos reflets gris,
L’oubli du soir.

9 mai – 18 César – Annibal

l’art invincible en allé
j’avance, un fil bleu dans l’œil

( Annie Hupé )

10 mai – 19 César – Paul-Emile

pitre au supplice – émotion légère
pourrais-tu lasser ma silencieuse ?

( Annie Hupé )

11 mai – 20 César – Les Gracques

elle est sa girofle à chaque nouveau soir
la messagère au blanc carquois sûre et seule

( Annie Hupé )

12 mai – 21 César – Scipion

Seul comptait pour l’innocent
Son chemin pris sitôt né,
Sans courir, pour l’inconnu.

13 mai – 22 César – Mécène

Muet courbé noué
M’éprend ce vent nouveau
Ma descente en enfer

14 mai – 23 César – Titus

Trahi
Tout faussé
Tout finit au Styx

15 mai – 24 César – Nerva

Un pleur ravagea
Nos coeurs morts vivants.
Ne te revis pas.
Notre rêve au ban.

16 mai – 25 César – Marc-Aurèle

Mon amour,
cours sans peur
vers le plein ciel.

17 mai – 26 César – Ulpien

Sur le parvis béni,
Pour le pain,tristement,
Un lépreux, main tendant,
Humble, appelait, tremblant.

18 mai – 27 César – Aétius

la bête est intrusive
la bêtise inusable

( Annie Hupé )

19 mai – 28 César – Trajan

et prend au jeu d’arcane
tu cries au jour l’arnaque

( Annie Hupé )

Catégories
Twittérature

Positiméride

Ce projet d’un an démarre le 1er mai 2020. Il reprend l’idée des cycles annuels déjà expérimentée avec le lipoméride, le zodianku, le Sankulipo et le Pataméride.  Il se base sur le calendrier positiviste d’Auguste Comte, consultable sur cette page. Chaque jour, sur ce site et sur twitter, paraît un texte suivant la contrainte de la « primitive » : Il s’agit d’écrire autant de syllabes que le nom honoré comporte de lettres, chaque syllabe devant contenir la lettre correspondante.
Ainsi, sur « Oulipo » (qui n’est pas dans la liste) on aurait pu écrire
MMMMMOh qu‘en l‘écrit peinons !
Si un nom est jugé trop court, on peut envisager de le répéter pour former un texte plus long. Ainsi, toujours sur « Oulipo » :
MMMMMPour un plaisir profond,
MMMMMOh qu’en l’écrit peinons !
MMMMML’on hurlerait parfois.
On peut consulter le calendrier positiviste au lien que voici. Notez que l’année 2020 étant bissextile, les jours où deux noms figurent nous utilisons jusqu’en décembre celui inscrit en italiques, et celui en gras à partir de Janvier.

On trouvera ici les haïkus quotidiens mois par mois : César, Saint-Paul, Charlemagne, Dante, Gutenberg, Shakespeare, Descartes, Frédéric, Bichat, Moïse, Homère, Aristote, Archimède

Variantes :

Oulipotes ou Twittérateurs étaient invités à me proposer, en plus du texte du jour, leurs variantes, accueillies avec joie. Ces variantes sont à retrouver sur la page dédiée.

Apothéose du Positiméride

30 avril – 8 César – Périclès

Un an a passé
De textes en Oulipo
Fin du Positi

Pour le dernier jour d’existence du Positiméride tous ceux qui le désirent sont invités à se joindre à la fête finale en composant un texte appliquant la contrainte au mot « Périclès ».

Emmanuel Glais

Pépère, il fiche les dèmes

Nicolas Graner

Pensée radicale en séries :
pour se rafraîchir les esprits,
peut-être épicer les écrits
par de propices clowneries ?

@bituur_esztreym

mères, riches républicains
sont délivrés par ici dès
l'épée repue ès sicaires ;
pères, sur l'isle citée dès
les premiers exégètes car
mortel péril des cèpes crus ;
frères soeurs épousaient le ciel
Périclès rit, super calé.


( Contrainte un peu modifiée : l'ordre des lettres de « Périclès » n'est pas pris en compte )

Annie Hupé :

Balivernes

1
pépé Ri rit clés clés clés clés

2
poupée ridicule hélas

3
Perec redit cela me rase

4
purge radicale préserve

5
pondération c'est lourd, épais

et

millénaires

trop plein d'or fin coule de source
pauvre Martin craint le désordre

plus que parfait crût seul Jésus
camp ferre orgueil – cruel César

coup d’œil furtif, colombe triste
pleure en particulier le sangénaires

et

Le bel avril

Par ce récit collecte nos
pensées ‒ rafiots colorés sans
prix, éther bricolé, mensonges

Loup peut surgir, chacal le suivre
présent réticulé enserre
clap secret : gicle le ressort

Pain sec, orties, ce clown désire
pondre radis, chou-fleur, persil
pour être qui comble un besoin

Optera-t-il – cœur plus épris
pour tenir ici tel message
promettre avril, câlin, tendresse

Bernard Maréchal

Penseurs français, c’est le désert.
Parler grec, voici leur désir!
Pauvres crétins, célestes fous,
Pervers rancis, collégiens saouls,
Professeurs incivils le soir,
Protester, voici leurs espoirs.

et

Pas de raki, cela n’est sain.
Pepperoni, c’est le dessert.

et

Pas de brebis, ce loup les sent !

Floriane Austruy

Pour les récits clés, le lent seuil :
Apprendre l'ici, les esprits,
Puiser Vers incalicés, sourds !

Noël Bernard-Talipo

Pudeurs
Ravies,
Chaleurs,
Envies.

Pâleurs ?
Survies ?
Couleurs
Dévies.

Splendeurs
Servies.
Cueilleurs
De vies.

Illustration : L’apothéose d’Homère (Ingres) – document Wikimedia Commons

Catégories
La concordance des temps

La concordance des temps

Avant-propos

Cher lecteur,
Que tes yeux rêveurs
Sur ces lignes se posassassent
Par hasard, ou dans l’espoir d’un divertissement,
Plussût-il à la Céleste Muse qu’ils s’embrumassassent d’une pure émotion.

De ma plume
Que tes yeux rêveurs
Le cours fantasque excusassassent ;
Que ce drame trouvassât l’écho d’un coeur ardent.

Cette nuit
Que tes yeux rêveurs
Mûrississent des songes forts.

A l’aube, autres
Que tes yeux rêveurs

S’ouvrississent.

Cette page est écrite au surjonctif. Quelques explications sur ce recueil sont disponibles ici.

La concordance des temps : Index – Page suivante

Catégories
Poèmes accueillis

Poèmes accueillis

On trouvera dans ce recueil les poèmes écrits par des amis, notamment dans le cadre de la ronde.

La ronde du 15 mars 2015 : Jeu (Hélène Verdier)

Vers terrestres (Timothy Adès)

La ronde : Mai (Franck Bladou)

La ronde : décembre (Elise Lamiscarre)

Empreinte de la Saint-Valentin (Guy Deflaux)

La ronde : avril 2016 (Jean-Pierre Boureux )

Ça c’est bath ! (Marie-Noëlle Bertrand – Vases communicants juin 2016 )

La ronde : juin 2016 (Elise Lamiscarre)

La ronde : septembre 2016 (jfrisch)

La ronde : novembre 2016 (Franck Bladou)

La ronde : janvier 2017 (Elise Lamiscarre)

La ronde : mars 2017 ( Céline Gouël )

La ronde : juin 2017 ( Guy Deflaux )

La ronde : septembre 2017 ( Hélène Verdier )

La ronde : novembre 2017 ( Giovanni Merloni )

La ronde : janvier 2018 ( Jean-Pierre Boureux )

La ronde : mars 2018 (Franck Bladou)

La ronde : mai 2018 (Hélène Verdier)

La ronde : septembre 2018 (Jean-Pierre Boureux)

La ronde, janvier 2019 ( Hélène Verdier )

Valise ( avec Olivier Goldsmith )

La ronde : mai 2019 (Dominique Hasselmann)

Liberté, égalité, fraternité (Annie Hupé)

Rien (Novella Bonelli Bassano)

Idée internée (Novella Bonelli Bassano)

Genre normé (Novella Bonelli Bassano)

Ornements désagrégés (Novella Bonelli Bassano)

Le beau baroud (Bernard Maréchal)

Pondérer. Le mal décaler. Secouer les âmes. (Novella Bonelli Bassano)

Ombre rumine (Novella Bonelli Bassano)

Les intérêts des uns sont la perte des autres (Novella Bonelli Bassano)

La ronde, octobre 2019 (Franck Bladou)

Un prélat trapu (Bernard Maréchal)

Le Pataméride rencontre l’Oulipien de l’année (Bernard Maréchal)

Recette de chef (Bernard Maréchal)

Réverbère (Emmanuel Glais)

Ça urge ! (Bernard Maréchal)

19 mars – 25 Pédale – S. Poligraf Poligrafovitch, chien. (Bernard Maréchal)

La ronde, avril 2020 ( Hélène Verdier )

Catégories
Chromos

Chromos

La participation à quelques textées organisées sur la liste Oulipo a fait naître quelques textes en prose courts dans le genre « tranche de vie ». Ce fut l’occasion d’ouvrir un recueil où de tels textes trouvent place.

Les titres ci-dessous dépourvus d’un lien sont à rechercher sur l’archive de l’ancien site http://www.talipo.fr, en se reportant aux liens fournis dans l’article « Index des articles archivés »

Varlope et Trusquin

Quelques éléments

L’aveu futur

Les livres que nul n’a écrits

Canard

Le mystère de Saint Ignace

L’ascension

Décrochement

Catégories
Vagabondages

Vagabondages

Ce recueil expérimente une forme de poèmes basés sur les suites de Fibonacci. Leonardo Fibonacci ne s’est jamais de son vivant nommé ainsi : il se faisait appeler Leonardo Bigollo ou Leonardo Pisano. En hommage à ce mathématicien important -c’est notamment lui qui introduisit en Europe les chiffres arabes- cette forme est intitulée « bigollo » ce qui signifie en Italien « Vagabond ».

Ces poèmes sont basés sur la suite de Fibonacci(3,5) dont les premiers termes sont:
3 – 5 – 8 – 13 – 21 – 34 – …
(chaque terme étant la somme de ses deux prédécesseurs). Le quotient de deux termes successifs se rapproche de plus en plus du nombre d’or, proportion idéale des anciens.

Les longueurs des vers de ces poèmes sont données par les premiers éléments de cette suite. Ces textes sont formés de suites à départ décalé, de plus en plus courtes. Le vers de longueur 5 sert de refrain. On trouve des bigollos simples (3-5-8-3-5-3), grands (3-5-8-13-3-5-8-3-5-3), très grands (3-5-8-13-21-3-5-8-13-3-5-8-3-5-3).

un aven

un vagabond

bigollo a Dora

il bigollo

ce n’est rien

au déclin

le planeur

par carte bleue

la virée

il bravo

Lavande et Zygène

Rire ouvre marges

déploiement

sous l’horizon

les contrebandiers

mots d’enfants

vent sauvage

envol

la forêt

La bréhaigne

L’image illustrant cette page montre un poème isocèle que Strofka m’a fait l’honneur de réaliser le 21 mars 2013 en utilisant des passages d’un poème de ce recueil: « il bravo ».

Catégories
Oripeaux

autobus

Le poème ci-dessous est de Françoise Guichard. Très inspirant, il a déclenché une série de contributions sur la liste Oulipo suivant plusieurs contraintes.

Lamento pour bus et métro

Pour aller travailler : tout d’abord prendre un bus
Souvent plein car je ne suis pas au terminus.
Et le réseau parfois est grippé : un virus?
D’où l’impression qu’on a qu’il y a un blocus.

C’est rue de Rivoli que je prends le métro
Pas le temps d’un café sur le pouce au bistro
Je me rue sur le quai illico et presto
Mais parfois sur la ligne, il ya de l’embargo

Et voilà La Défense… en baisse de tonus,
À nouveau l’autobus! C’est mon petit bonus!
Je dors debout, je rime ou lis un prospectus
Si l’attente est longue, là ça sent le hiatus

Et voilà tous les jours, pour aller au labo,
Le parcours accompli, yeux rivés au chrono.
Faut pas se relâcher et garder le tempo
Mais souvent tout va bien, et les ennuis..zéro!

Nous dirons que c’était la ligne 12. Ont suivi:

Autobus ligne 7  (Noël Bernard)

Pour travailler prendre un bus
Souvent car au terminus.
Réseau grippé. un virus?
Impression con : un blocus.

C’est rude, prends le métro.
Pâle café au bistro.
Rue sûre, illico presto
La ligne a de l’embargo.

Et La baisse de tonus,
L’autobus! petit bonus!
Debout rime un prospectus,
Attente lassant l’hiatus.

Toujours aller au labo,
Parcours accompli chrono.
Faut relâcher le tempo.
Souvent tout bien, et zéro!

Autobus ligne 5  (Noël Bernard)

Allez vaillant bus,
Ne suis pas minus.
Réparé virus.
Presqu’île a blocus.

Cerveau que j’ai trop,
Temps cale au bistro:
Russule et pesto
Mais foie ya largo.

Vois l’effet tonus !
Où vole autobus!
Je bouge (rictus)
Tangue sans hiatus.

Elle a l’air poulbot,
Le couple est chrono,
Fort, égal tempo.
Mais vient nuit..zéro!

Alcoolisme aristocratique sur la ligne 2  (Gilles Esposito-Farèse)

Bistrots
de Russes :
gugusses
spectraux !

Qu’au trot
je busse ?
Que j’eusse
gastro ?

Astuce :
je suce
cointreau

de Prusse,
de puces
rétro.

Autobus ligne 24  (Inachevé _ Noël Bernard)

Pouh, râle époux,  ras l’étrave. Hais travail, hais tout : dab, ail et
tout d’abord, porcs. Prendre un brand, r’un. Bu : sus !
Sous vent plains, quart souvent plein, car je ne suis pas jeune. Suis
pas au zoo : termites air minus n’eussent.
Hais leur Esope et leur aise. Oh, parfois égare : foie aigri ripe et un
VIP est un virus  russe.
D’Oullins presse, d’où l’impression qu’on naquit Lion. Con na! qui lia
humble eau qu’eut scille à un blocus.

[…]

Les contraintes sont, pour le Lamento, la contrainte… des transports en commun (strophes rimant en -us ou -o selon le moyen de transport auquel elles se réfèrent); pour les lignes 7 et 5 une réduction exclusivement composée de morceaux de l’initial; pour la ligne 2 une réduction extrême, tout en respectant l’alternance de rimes féminines et de rimes masculines ayant toutes mêmes consonnes d’appui (tr) ; pour la ligne 24 un poème en « tétricosasyllabes » bégayants, tel que si on lui applique un traitement orthophonique on retombe sur le poème de Françoise.
Postés sur la liste Oulipo entre le 11 et le 16 janvier 2013.

Oripeaux : Précédent Suivant

Catégories
Twittérature

Twittérature

Contributions à la « twittérature » lancées sur twitter.

Les titres ci-dessous dépourvus d’un lien sont à rechercher sur l’archive de l’ancien site http://www.talipo.fr, en se reportant aux liens fournis dans l’article « Index des articles archivés »

Bienvenues

Twilipo

Sankulipo

Tautavent

Zodianku

Lipoméride

Pataméride

Positiméride

Héméroméride

Catégories
Chromos Poteries

Poteries

Les petites pièces rassemblées dans les recueils ci-dessous sont dans leur majorité des contributions aux activités des Oulipotes. Sur leur liste oulipo sont lancées quotidiennement des propositions de contraintes qui reçoivent de nombreuses réponses auxquelles j’ai joint ces petits textes. J’ai commencé par les classer d’après la contrainte utilisée. A partir de 2018 j’ai renoncé à ce classement trop difficile en raison du foisonnement de nouvelles contraintes proposées, et mes contributions sont classées par année. On trouve également sous les titres « Twilipo », « Sankulipo », « Tautavent » et « Zodianku » des contributions à la « twittérature » lancées sur twitter.

Les titres ci-dessous dépourvus d’un lien sont à rechercher sur l’archive de l’ancien site http://www.talipo.fr, en se reportant aux liens fournis dans l’article « Index des articles archivés »

Poteries 2018

Poteries 2019

Anagrammes

Boutures et quenines littérales

Homophonies

Isocélisme

Jeux sur les lettres

Jeux sur les mots

Lipogrammes

Odécaphonisme

Palindromes

Catégories
Systoles

Trois amis

Il a de nouveau levé ses mains, paumes ouvertes, vers le symbole d’espérance en marmonnant deux phrases sacrées, puis s’est retourné vers la poignée de parents, vers les anciens collègues qui avaient suivi silencieusement le déroulement de cette belle cérémonie.

Y a-t-il, invita l’officiant, parmi ses proches et ses amis une personne qui souhaite évoquer le souvenir d’un moment fort partagé avec Raymond ?

Eut-il le sentiment d’être au fond d’un puits quand l’écho de sa voix rencontra ce vide lourd qui stagnait entre ces cousins et ces voisins, incapables de se rappeler le moindre échange avec le défunt ?

Un pigeon, traçant inlassablement des diagonales sous la coupole de béton dont la lumière bleutée l’emprisonnait, scrutait à chaque passage l’assistance pétrifiée, s’étonnant de ce silence qui rendait assourdissant le froissement de ses ailes.

Grand coup de tonnerre : s’ouvrent à plein fracas les deux battants du porche, laissant le passage au titubement sonore de quatre pieds de fonte : le banc public du square Paul Éluard s’approcha lentement de la tribune et se tourna vers le cercueil de carton gris.

Rire nerveux, légère agitation des mains, toux furtive : la surprise cédait la place, dans les rangs de l’assistance, à une incompréhension mêlée d’une pointe d’irritation.

Triste, le banc grinça longuement, puis il prit la parole:

La fraîcheur du soir ramenait chaque jour Raymond vers moi, s’aidant de sa canne caoutchoutée, et j’étais heureux de sentir ce poids léger retrouver le confort de ma planche galbée, pour un long moment de rêverie que nous partagions en silence.

Pendule, approche-toi pour rappeler avec moi ces choses simples de tous les jours : un petit homme toujours vêtu d’un gilet de laine bleue contemplait avec moi sans bouger quelque mère poussant avec douceur un landau protégé d’une moustiquaire et tournant vers nous un sourire tranquille, quelque chien boiteux ponctuant d’un faible grelot chaque virage de sa trajectoire aléatoire, quelque désordre de mésanges se disputant les miettes d’une gaufrette, et nous attendions ensemble que tu égrènes tes sept tintements cristallins, signal de la fermeture du square.

S’avançant à son tour l’horloge, qui avait déserté le poteau métallique où les promeneurs avaient coutume de la consulter prés de la fontaine centrale du petit square, rejoignit lentement le banc de bois, abaissa sur le défunt ses deux aiguilles de laiton doré, puis évoqua le jour où l’enfant trébucha sur la racine d’un platane, où Raymond se leva d’un bond, se précipita vers ce petit aux pleurs assourdissants, nettoya la plaie de son joli mouchoir beige, et découvrit au fond de sa poche un bonbon à la violette qui fit cesser les larmes et les cris, et – dit-elle – je vous revois tous les trois, le vieil homme, l’enfant, assis côte à côte, et toi le banc, qui de bonheur paraissais plus droit et plus brillant qu’à l’ordinaire.

Arrêta de battre plusieurs minutes la pendule du square Paul Éluard, que l’émotion fit retarder pour la première fois de son existence .

Une seule occasion – ce fut ce jour-là – reprit le banc public, m’a permis d’entendre la voix de Raymond, une voix douce et qui chantait un peu, une voix qui laissait filtrer une émotion vraie, comme amoureuse… et depuis j’ai tant de fois espéré l’entendre à nouveau, mais non, mon ami se contentait de s’arrêter devant moi, et de me caresser un instant d’un geste un peu gauche avant de s’asseoir.

Bête que je suis, bien sûr que ce n’était pas une caresse : il essuyait simplement sa place pour casser quelques graines tombées des arbres !

Fauve à l’origine, par la fantaisie d’un employé de mairie las de l’éternel vert sapin des bancs de la commune, le vieux siège mois après mois avait pris une teinte indéfinissable, un brun vaguement rosé, où tranchait une zone totalement dépeinte, à l’endroit que Raymond choisissait toujours pour s’installer.

Sauvait sa peau qui pouvait, dans les temps anciens, poursuivit cet humble mobilier urbain, les corps étaient maigres, les dos cassés et les mains calleuses, mais on ne laissait pas un vieillard seul dans son coin, comme Raymond qui pendant de longues années n’avait plus rencontré quelqu’un pour parler, sauf cet enfant… et sauf moi bien entendu, avec qui ces quelques heures quotidiennes étaient devenues une conversation silencieuse qui nous faisait du bien à tous deux.

Ses moindres tics, ses manies, nous les savions par cœur.

Petits plissements du nez quand le soleil sortait soudain d’un nuage, sifflotement sur deux tons lorsqu’un moineau s’approchait des miettes qu’il avait éparpillées, tâtonnement de la main pour vérifier cent fois que sa canne était toujours posée à côté de lui,autant d’occasions pour échanger, la pendule et moi, des clins d’œil joyeux.

Rires d’un groupe d’enfants, se souvient l’horloge, aboiement du chien de la joggeuse de seize heures trente, pétarade de la tondeuse, au moindre bruit nous le voyions tressaillir, frissonner, puis il suivait d’un regard plein de passion l’évolution du phénomène.

Opaques soirs d’automne où l’ombre tombait vite et le jardin restait désert, saturé d’une brume qui nous emplissait tous trois d’une humeur grise, où les oiseaux transis cessaient de chanter, et nous restions comme trois pierres rejetées par un fleuve, écoutant le raclement sur le sol des feuilles tournoyantes.

Dans ces moments-là nous avons parfois vu Raymond partir d’un rire tonitruant, un rire fou, le rire de celui dont un souvenir atroce remontant à la surface vient soudain raviver une plaie ancienne.

Des rangs de l’assemblée, pas un souffle ne troublait le silence médusé d’hommes à qui même le visage de Raymond ne rappelait plus rien.

Cadres supérieurs, employées de bureau, manutentionnaires, cuisiniers, ils avaient suivi chacun leur chemin sur une terre qui colle aux semelles et qui engloutit ceux qui ne courent pas assez vite.

D’un coin reculé du petit édifice un soupir imperceptible échappa des lèvres d’une vieille femme au visage envahi de rides, qui avait jugé convenable de venir se recueillir sur cet homme chez qui, s’apercevant que sa porte d’entrée ne fermait pas, elle avait voulu porter une lettre restée bien longtemps sur la fente de sa boîte obstruée par les prospectus, et l’avait découvert étendu sur le sol depuis plusieurs mois.

Agonie sans tapage du vieillard qui tombe un jour, abandonné par ses forces, sur un carrelage dont le damier beige et jaune un peu sale, un peu usé, s’imprime dans ses yeux qui savent ne plus devoir rien regarder d’autre jusqu’au bout de l’attente.

Autant, pensa l’officiant lorsqu’il vit les deux amis descendre les trois marches et, après un instant de recueillement devant la pauvre boîte que nul n’avait songé à fleurir, regagner le portail dont les vantaux se refermèrent en grinçant, autant clore ici le rituel, libérer tous ces pauvres gens, et laisser longuement sonner l’enregistrement de cloches en stéréo.

De quelques versets traditionnels fut conclue la cérémonie et les lumières se rallumèrent tandis que le cercueil sortait de la pièce sur quatre roulements à billes.

Nudités dernières, instants où l’on ne peut tricher, regards sans appel que dardent à travers la paroi les cadavres défilant entre deux rangs de visages qui ne peuvent faire autrement que d’être là.

Tournant les talons dès l’ouverture de la porte, chacun s’éclipsa très vite et le soleil de la rue vint laver cette grisaille gluante qui s’était collée sur les visages et sur les épaules.

En débouchant sur le trottoir où régnait à nouveau la vie hâtive et klaxonnante, les cousins du défunt aperçurent la pendule et le vieux banc retirés à l’écart dans l’ombre d’un mur aveugle sur lequel tout collage d’affiche était défendu sous peine de poursuite.

Dérision salutaire après cet épisode où mille invisibles nœuds avaient comprimé leur poitrine jusqu’à l’asphyxie, trois cousins de Raymond firent mouvement vers le couple insolite, déréglèrent les aiguilles, puis s’asseyant lourdement sur le banc s’essayèrent à des poses lascives.

Leur élan parut se briser : leurs gestes devenaient moins vifs, leurs sourires s’effaçaient petit à petit, l’un après l’autre ils s’immobilisèrent et leurs figures rendues cireuses devinrent le visage de la tristesse même.

Pâleur du soleil de novembre dont le nimbe ôte à la ville son relief, dissout les couleurs de son acide transparence et retire toute consistance à ce groupe d’hommes accablés sur les joues grises desquels seule scintille une furtive larme.

Tournant le coin d’une allée reculée, cimetière Saint Roch, j’ai découvert sous l’ombre fraîche d’un catalpa la tombe de Raymond, un homme que je n’ai pas connu.

En face de la plaque déjà presque effacée se tenait un banc public bizarrement peint de la couleur des feuilles mortes ; sur le côté, au sommet d’un poteau métallique, était perchée une pendule dont les aiguilles ne tournaient plus ; et tout cet ensemble, qu’à l’évidence personne ne venait jamais entretenir, était recouvert d’une poussière donnant l’impression d’un éternel crépuscule.

Dérision posthume réservée par une famille facétieuse à quelque disparu par trop original ? respect d’une dernière volonté découverte avec stupeur à l’ouverture d’un testament ? dispositif imaginé par une veuve impotente qui pouvait ainsi venir s’asseoir pour se recueillir sur la tombe du compagnon de toute une vie ?

Les recherches m’ont permis de remonter jusqu’au registre dans lequel l’officiant a rapporté la cérémonie qui l’avait déterminé à ne pas séparer trois amis que la vie avait si étroitement unis.

Yeux tout embués, indifférent à l’heure tardive, après avoir refermé le cahier dont l’encre dansait encore devant moi, j’ai marché jusqu’au cimetière dont la grille fermée m’interdisait de revoir cette scène qui occupait toute ma pensée.

Vertueux clerc, capable à ce point d’émotion, quelles démarches te furent-elles nécessaires, quel sacrifice sur ton petit salaire, quelle ténacité pour faire bâtir cette absurde tombe pour un vieillard oublié de tous ?

Du petit square ainsi reconstitué, les oiseaux du quartier on fait leur royaume, mésange, moineau, pic épeiche, hoche-queue, et de leur manège désordonné le vieux banc, l’horloge arrêtée, le vieil homme endormi ne perdent pas une miette.

Phare sans lumière, au milieu du ressac des saisons, l’immobile trio ne cesse de scruter la dérive des vies échouées.

Des personnes qui assistèrent aux obsèques, mes recherches n’ont pu retrouver la moindre trace : toutes sauf Raymond, le banc, la pendule, ont sombré dans les ombres molles de l’oubli.

Naufrages.


Le présent texte est ma contribution à la Ronde de mai 2018, dont le thème était « souvenir(s) ». Il a été publié sur le beau site de Jacques « La vie de Joseph Frisch » tandis que j’accueillais avec joie Hélène Verdier pour son magnifique « Faux-Dormants ». A la manière d’un célèbre poème crypté adressé par  Alfred de Musset à George Sand, ce poème en prose est un acrostiche de mots : Chaque vers (prenant ici la dimension d’une strophe entière) commence par l’un des mots du poème de Paul Eluard « Souvenir affectueux ».

Systoles : Précédent Suivant