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La double bête 3

On part d’une grille de mots croisés 6×6 sans case noire.
Chaque définition est constituée de 6 vers de 6 pieds sur un principe proche de la belle absente : le n-ème vers ne contient pas la n-ème lettre du mot.
Contrainte sémantique: chaque sizain doit vraiment donner une définition du mot.
Donc dans chaque sens il y a six poèmes de 6×6.
Ces deux 6x6x6 justifient le nom de la double bête. Cette formule est utilisée ici pour la troisième fois ; on peut retrouver les doubles bêtes 1 et 2.
Posté sur la liste Oulipo le 31 janvier 2016.

https://i1.wp.com/cluster015.ovh.net/~talipo/wp-content/uploads/2016/01/grille-double-bete.jpg
Horizontalement:

A
Que l’homme au sombre cœur,
Tissant de nuit sa toile,
Ourdît un piège noir
En un secret couloir
Pour, revêtu d’un voile,
Se rendre enfin vainqueur.

B
De ce speech indigeste
Qui laissait assourdi,
Rayant adroitement
Redite, bégaiement,
Parenthèse funeste,
L’essentiel nous rendit.

C
Toison qu’on voit surgir
A l’ombre de l’aisselle,
Adorable donzelle,
Venez éradiquer
Pour n’ici point rougir
D’un physique moqué.

D
D’un flot de points raflés
Ils ont, au long du match,
Plus que leur adversaire,
Bâti l’octroi du scratch.
L’étau qui se desserre
Les libère, envolés.

E
Ce n’est en rien un don,
Cette gemme au vert pâle
Qu’aujourd’hui sur ton col
J’allie à ce beau hâle,
Pour un soir lourd d’alcool
Où luira corindon.

F
Un souffle enfin pénètre,
Offrant un parfum frais
De pistils envoûtants
Aux maisons du marais.
Avis aux habitants :
Ouvrez chaque fenêtre.

Verticalement:

1
La flamberge d’acier,
Qu’ensanglantait la flamme,
Il attrapa soudain.
Où se glisse l’ondin
S’abattant, belle lame
Mugit, tel supplicié.

2
Enfin c’est le fanal
Dont nous voyons surgi
L’amer, et qui nous guide
Sous l’horizon rougi,
Quand la vague languide
Sans fin bruit au canal.

3
Je suis devenu bête
A perdre mon latin.
Où se trouve ma tête ?
Ma mémoire est volage.
Si tu as du plantain
Donne-m’en le potage.

4
Au creux de sa coquille
Elle attend dans le temps
Sans rire et sans courir.
Un courant froid montant
La frôle de sa vrille
Jusqu’au jour où mourir.

5
Elle qu’on vint chercher
En sa pauvre cachette
Au son du tambourin,
Je la veux, je l’achète !
Fit l’infant qui louchait,
Haussant son cou taurin.

6
De leur disque lunaire,
Sous un plein-cintre noir,
La face en se gonflant
Prend le bronze du flan
Pour offrir au manoir
Un prodige ordinaire.

La solution est ici.

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