Ah, tout à coup l'amour partout ! Bras... cou... fard roux... atours... nard fou... Va gnou, va loup. J'accours à vous. Mal ? ou art doux ? Ma cour absous.
On a toujours envie de longuement
étreindre
un ami.
Ah, étreindre ? Étreindre...
Entier
cet
espiègle heur bref.
Us admis.
Étreindre ? Enfreindre ?
Éveil
en
entière mue, prêt.
Étreindre ? Enceindre ?
Étier
vers
enceinte vue : mer.
Ce poème est la première tentative d’une nouvelle « contrainte lambda », adaptation de la théorie du λ-calcul importante en informatique théorique. On trouvera la description de cette contrainte très matheuse dans la page « Contraintes » de ce site.
Ci-dessous le terme représenté par la première strophe du poème, et les termes successifs du calcul dont le poème est l’habillage. Notons que la quatrième strophe est identique à la précédente : en effet le premier vers est un exemple classique de calcul infini en λ-calcul. J’ai choisi d’arrêter le poème dès que cette situation se présente.
Terme initial : λo λa ( (ou ou ) λe ie e ( o ue e ) ) λe (ei e) λu λa i Le même en 3 lignes pour permettre la suppression des parenthèses dans la traduction : λo λa ( (ou ou ) λe ie e ( o ue e ) ) λe (ei e) λu λa i [ réduction du λo ] -> λa (λe (ei e) λe (ei e) ) λe ie e λe (ei e) ue e λu λa i [ réduction du premier λa ] -> λe (ei e) λe (ei e) λe ie e λe (ei e) ue e [ réduction du premier λe ] -> λe (ei e) λe (ei e) λe ie e λe (ei e) ue e
Publié sur la liste Oulipo le 11 septembre 2023.
Et l'unique appris s'emmêle, cordeau sabré par nos peurs. Des trompettes, les clameurs marines nous servent d'aile.

Dans ce quatrain isocèle on peut lire, en acrostiche de groupes de mots par vers, le poème « Chantre » de Guillaume Apollinaire. ( la terminologie unifiée « acrostiche de X par Y est due à Nicolas Graner ). C’est aussi un essai de codage gématrique binaire, une idée de Rémi Schulz : La gématrie de chaque vers est la somme des valeurs de ses lettres si l’on compte a=1, b=2, …, z=26. Chacune de ces quatre gématries est écrite en numération binaire, et la représentation de ces quatre nombres binaires sous forme de suite de carrés noirs (pour les 1) et blancs (pour les 0) donne une image. Dans l’image codée gématriquement par ce poème, visible ci-dessus ( et dont je n’ai su ôter une verrue ), je vois une anagramme du mot « FIL » en résonance à l’emmêlement du cordeau. L’isocélisme n’est pas affecté par le retrait de la ponctuation.
Publié sur la liste Oulipo le 9 septembre 2023.
Note : ci-dessous une variante qui m’a été communiquée par Gilles Esposito-Farèse. On y trouve un codage gématrique parfait de l’image du mot FIL qui le suit :
Et l'unique frontière, Cordeau là, du balai ! Des trompettes à lai ? Marines : à sa bière !

Attal abat sa fatwa, crachant à la nana « À bas l'abaya ». Xi Jinping dit : Flic, si vis T-shirt incivil, d'incisif kriss, inscris « ci-gît » ! En terre perse les sergents de Mehmet enferment les femmes repérées en péché de mèches rebelles. Toronto : pognon. Congo : colons. Oxford : bobos. Novgorod : OMON. L'or corrompt ton corps. L'ordo rompt ton dos. Tu crus sûr un futur ? - pfutt ! D'un Ubu turc, d'un Trump US, tu sus but. Tu chus. Tu bus jus d'un humus brun. Tu fus l'usus d'un club d'urubus du cul. À fille son dû.
Poème en monovocalismes successivement sur les cinq voyelles, composé après la décision d’interdire l’abaya dans les écoles, officiellement dans un souci de laïcité.
Publié sur la liste Oulipo le 7 septembre 2023.
De Papin la marmite lasse vite tout copain. En Chopin tout s'effrite quand le quitte sa Dupin. En surface tout s'efface, tout s'éteint. Quand tout sombre, au matin, reste l'ombre.
La liste Oulipo voit surgir un ensemble de poèmes contenant le mot Papin ( Denis ) avec des contraintes diverses. Ici un sonnet de trisyllabes.
Publié sur la liste Oulipo le 3 septembre 2023.
Ce matin je n'étais pas bien. Je me suis vu couvert de sang sur les deux mains, sur les poignets, sur les avants-bras. Comme ça colle, ce sang, comme il résiste au détergent, comme il macule tout. J'ai filé vers le lavabo. Je me suis vu dans le miroir. Il coulait de mes canines un filet rougeâtre. Ô vous, dieux qui me connaissez, vous qui me savez généreux, dites-moi : suis-je un criminel ? C'est alors qu'au milieu d'un torrent de rires vint vers moi, dans le frôlement de son manteau couleur de neige, un dieu beau comme le soleil. Il m'ouvrit, là, dans mon salon, au milieu du mur, une porte que j'ignorais. Et je vis les corps ballotés aux flots méditerranéens, les cadavres desséchés au vent fou du Sahel, les femmes éventrées au milieu des ruines aux poutres fumantes du Dombass. À genoux, j'ai vu l'agonie des non-blancs chopés dans la rue, des mauvaise femmes, des non-voilées et des gouines, des Arabes, Kurdes, Yéménites, Chinois dénoncés. Tous m'ont dit Mais pourquoi ? Ils me regardaient. Pourquoi toi ?
L'abeille, chaque jour, butinait cette treille où toujours l'on soleille sous les parfums d'amour. Aujourd'hui, le cœur lourd, on la voit qui s'effraye : des ans, qui l'ensommeillent, elle entend le tambour. La muse secoureuse, intrépide et rêveuse, fit s'ouvrir tant de fleurs ! Vers elle en souvenance d'élans, beautés, bonheurs, chaude reconnaissance.
Petit hommage à Brigitte Célérier qui vient d’arrêter son blog Paumée.
d'ici vint le printemps arabe cet espoir d'un monde de frères ici vint la haine et le meurtre envers l'étranger ici titube Fati que le soleil mord la faim torture la soif rend folle elle tient la main de Marie la petite fille qu'elle aime qui titube et qui gémit et que la soif rend folle des soldats en les injuriant les ont conduites en camion sous la menace de leurs armes automatiques ils les ont forcées à descendre au milieu du désert ils les ont abandonnées sur le sable le sable brûlant leurs pieds nus impriment l'oubli de cet espoir qu'elles avaient eu d'un lieu de paix Fati chute la petite fille la secoue appelle supplie puis vient sur deux corps enlacés le silence
Bigollo écrit en réaction à la mort de Fati et sa fille Marie, 6 ans, abandonnées dans le désert par des soldats Tunisiens suivant les consignes du dictateur du pays.
Aux profondeurs du bleu que mire l'eau du lac j'enfouis mon visage et cette larme amère dont il se voit salé plus que l'horrible mer où le vent sans pitié raille et le hauban claque. Tu as laissé le mont, le névé, le sérac, où le torrent luisait de son rire de verre, me quittant pour aimer au pied du vétiver quelque marin fougueux menant fière caraque. Je dérive aux ubacs, privé de gouvernail, écoutant du troupeau le glas de la sonnaille, cherchant l'accueillant piège ouvert sur un aven. Et là, pour oublier ton parfum qui m'attire, et ces lieux habités d'une espérance vaine, par un ultime envol, comme toi, veux partir.
Peu d’oulipisme pour ce sonnet faisant rimer les féminines avec les masculines.
Publié sur la liste Oulipo le 16 juillet 2023.
Ta voix était chaude. Tu enseignais tous les chants. Tu ne chantes plus. L'infirmière au beau sourire vient remplir le pilulier. Les cheveux au vent, nous menais par prés, par monts. Tu restes assise. À ta fenêtre tu guettes le lent ballet des nuages. Tu nous apprenais les noms des fleurs, des insectes. Ta mémoire est vide. Le docteur d'une voix douce lâche le mot dépendance. Ta cuisine avait les saveurs de la garrigue. Le gaz est éteint. L'homme obscur, au pas de course, livre le repas du jour. Tant d'enfants couraient t'accueillir, te faire fête. Seule, tu attends. Des téléphones lointains calculent ta destinée. Nous nous sourions. Quelques bribes te reviennent d'un bonheur sans hâte. Le soleil se fait moins dur : on peut ouvrir les volets.
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