À combien d'années ? Vingt ? Tu l'as bien cherché ! À son mari Martin, Jocelyne cria : Enfin !
À mon crâne, mes clavicules, mes tibias, mes fémurs, quand tu apparaissais, tu me faisais la lampe - oh cette lumière ! - le plastique, le sac... Je suis sortie en torche. À l'aide ! Une ouverture s'élargit, les administratrices par curiosité, malgré l'humidité, ouvrirent en bâillant. Comme du carton, l'étrange son qu'elles rendirent. Comme un choc poussiéreux sur un carton : l'une contre l'autre avaient buté Mme Potié et Anne. Celle-ci repartit, s'employant à aller jeter ce qui n'était à l'évidence que des rebuts. Tu éventras un meuble comme un rossignol, par le milieu. Tu marchais sur moi, dans un total abandon. Longtemps, depuis que je remontais, personne : des fientes, des araignées et leurs toiles, la poussière. Tu refermas. Ton odeur ! Tu me saisis.
La porte s'ouvrit : plein de dames. Moins deux...
Voici une nouvelle participation à l’hommage à Bernard Cerquiglini sur le site « Zazie mode d’emploi » qui comme chaque année honore un « Oulipien de l’année ». Ici le texte est repris à rebours : y figurent les mots essentiels de l’original ( modulo conjugaison ou synonymes ) dans l’ordre rétrograde, compte non tenu des mots accessoires. Posté sur la liste Oulipo le 5 janvier 2026.
18 octobre : La police gère à sa façon les actuelles manifestations. Dans le poème ci-dessous, les syllabes contiennent successivement les lettres a, c, a, b, a, c, a, b….
Quand chiens aboient
Marchiez sans but dans ces abords accablants, boitant, crachant, blancs. Lâche s'abat âcre la brute aux crocs sabres. Lanciez fabliaux, chants, babils racontant brûlant climat. Bah ! S'acharnant, brutaux carabes tranchent à becs glaciaux jambes, bras, chairs, abats. Car c'est par bon hachis qu'a bon hacheur label.
16 octobre : Demain il y aura de grandes manifestations et le ministre de l’intérieur autorise les forces de l’ordre à utiliser tout leur arsenal.
Logique à Balles de Défense
Les forces de l'ordre Défendent l'ordre Car elles en ont l'ordre.
Les forces de l'ordre Défendent l'ordre Car elles ont la force.
Les forces de l'ordre Défendent la force Car elles en ont l'ordre.
Les forces de l'ordre Défendent la force Car elles ont la force.
21 septembre : J’apprends que France Télévision a retiré le replay de la Grande Librairie du 9 septembre à cause de la dénonciation par Adèle Haenel du g*** israélien à Gaza. Le mot interdit se trouve en bel absent ci-dessous.
30 août : La mairie de Strasbourg retoque une plaquette des bibliothèques dont une illustration représente des maisons où se lit un graffiti « Stop genocide » !
Madame la Maire interdisez-moi chez vous car toujours je crie
Arrêtons le génocide Retrouvons visage humain
4 juillet : Un centre commercial sera construit sur le site d’un camp de concentration.
de l'enfermement de la honte de la faim de la destruction de l'âme et du corps des femmes des chairs torturées
que sert de se souvenir qu'absolve le bulldozer
9 juin : Reprise de twilipo avec une contribution sur Mastodon et Bluesky.
Le iule n'ulule Libellule hurle et hue L'urubu lugubre
9 juin : Donald Trump organise un tournoi de MMA pour fêter son anniversaire (ou l’anniversaire des États Unis).
Once there was MAGA and this meant some nonsense I can't remember.
Now there's MMA which means « Murder Marginal Again »
Plus qu'a l'hamburger plu calembour ? Guère, mais qu'à lents bourgeois met calembour joie !
19 mai : Débouté de sa demande d’asile en France, un ressortissant hondurien de 37 ans, Ruben Asdruval Torres Acosta, a été retrouvé mort quelques jours après son retour au Honduras. Un bigollo dans le recueil Ouvrir.
O Q T F
c'est un homme sous O Q T F sur lui les fusils sont braqués c'est un homme voyez-vous qu'on ne veut pas chez nous
c'est un homme au fond d'un ravin c'est un corps qu'on a fracassé
la justice oubliera très vite
rien qu'un homme
7 mai : Une pétition circule pour protéger les membres de la flotille pour Gaza.
les heures s'égrènent te souviens-tu de Gaza les jours et les mois
maladie et faim décharnent l'homme en sa tombe de haine
1er mai : Fête des travailleurs.
le premier mai
quand éclot la fleur du muguet l'ouvrier sort de l'atelier la caissière est en marche et ses enfants sont heureux maçon travailleur agricole maître d'école routier comptable infirmière tous brandissant leurs banderoles défilent en souriant à l'espoir que de leur lutte naisse un monde où l'on travaille au soleil
les cris forts les chants les drapeaux mettent la rue en farandole et chacun sait qu'un jour les barrières tomberont un jour où le poids s'enlèvera des épaules et les mains se rencontreront
une houle monte et se répand une vague puissante et belle dont la rumeur se répercute de mur en mur
la fierté emplit les regards de ceux qui bâtissent la vie
quand éclot la fleur du muguet
marche l'homme
23 avril : L’armée israélienne a délibérément tué la journaliste Amal Khalil.
l'oiseau bleu de son chant trop pur pleurait la plaine ensanglantée
le chasseur pointant son fusil
l'abattit
23 avril : Retour sur la journée d’hier.
hier était jour de la terre c'est aujourd'hui le jour du feu demain sera le jour de glace
Les deux pêcheuses découvrirent une glacière, saisies par l’odeur d'iode, la pourriture, les dépôts d’écailles, les viscères : personne ne l'avait nettoyée depuis longtemps, l’abandon était total. Elles grattèrent au mieux les nageoires, les abdomens éventrés, les déjections : à l’évidence, tout était à jeter ; on allait s’y employer. En refermant, Anne Potié lutta contre le couvercle poisseux, dont le claquement rendit un son étrange. Le joint bâillait, déformé par l’acidité ; par curiosité, la curieuse écarta le caoutchouc à l’aide de son opinel, en sortit un sac de plastique ; la lumière de sa frontale fit apparaître deux doses de shit, du crack, des joints, des seringues. – Enfin, s’écria Jocelyne Martin ; je suis en manque depuis vingt heures.
20 mars : Encore une conquête qui tourne au cauchemar. Un double palindrome.
Salaud a vu or ? Trump, mûr, trouva dû à l'as. - Iran a ri.
9 mars : Réaction à la campagne « Dans ta rue » menée par le CAD en partenariat avec Mediapart.
Loi met à nu.
Boire aux toits est mal vu ! Police a vu l'oiseau voltiger sans but.
On migre : as-tu droit ? C'est là qu'ont bien battu. Mort. Rideau.
8 mars : journée internationale des luttes des droits des femmes.
les femmes se lèvent elles desserrent le cercle détressent les rets
le vent perce les fenêtres temps de rêve et de tendresse
13 février : Cela fera demain un mois que ma sœur Jacqueline est morte. Un bigollo à sa mémoire.
Les paparazzi rouvrirent le cercueil, saisis par le visage fermé, la poudre, le teint d'araignée, les lèvres peintes : l'âme était morte depuis longtemps, l'absence était totale. Ils regardèrent tout autour les babioles, le mobilier chamarré, les stucs : à l'évidence, rien n'était trop beau ; on avait tout acheté cash. En refermant, Corio Papa lâcha le couvercle vernissé, dont le choc rendit un son caverneux. Le cadavre bâilla, entrouvrant les mâchoires ; par curiosité le journaliste élargit l'ouverture avec l'objectif de son appareil, en sortit un dentier fantastique ; la lumière du flash révéla deux rubis, des saphirs, une aigue-marine, un diam...
- Et voilà, murmura Lano Razzo ; elle ne mordra plus avant longtemps.
Voici une nouvelle participation à l’hommage à Bernard Cerquiglini sur le site « Zazie mode d’emploi » qui comme chaque année honore un « Oulipien de l’année ». Dans cette version, on trouvera un petit clin d’œil à Fellini, dont le personnage Coriolano Paparazzo de « La Dolce Vita » a fait naître un mot repris dans le monde entier. Toute coïncidence avec la mort plus ou moins récente d’une star est fortuite, croyez moi sur parole. Posté sur la liste Oulipo le 30 décembre 2025.
Affreux bazar ! Capharnaüm ! D'entrer fait gémir huit intruses jalonnant la mansarde nauséabonde où pourrissent quelques ruines suintantes.
Toc, une vieille valise usagée tombe, se rompt. Quelle pluie ! Omoplate, naviculaire, maxillaire, lunatum... jonchent, innombrable horde, guéridon, fauteuil et dallage.
Copines beuglent : Alléluia !
Voici ma première participation à l’hommage à Bernard Cerquiglini sur le site « Zazie mode d’emploi » qui comme chaque année honore un « Oulipien de l’année » : un texte de ce ce dernier est proposé à tous pour en proposer des réécritures, le plus souvent en utilisant une contrainte oulipienne. Le présent texte est un abécédaire aller-retour, les initiales des mots successifs étant dans l’ordre A, B, C… Toutefois, sont évitées les lettres valant plus de 10 points au scrabbles ( K, W, X, Y, Z ) comme l’avait fait Georges Perec pour sa contrainte de la belle absente. Posté sur la liste Oulipo le 27 décembre 2025.
se posant près des sources vives de son aile multicolore la voyageuse a tiré une plume très belle accroupie elle la trempe dans des coupes emplies de teintures chatoyantes cette rémige caresse l’étoffe et bientôt affleurent des coloris limpides que traversent des marbrures mystérieuses
turbulents les yeux grands ouverts des groupes d’enfants souriants s’assoient sous l’arbre immense où se chamaillent des singes et la voyageuse pince les cordes d'une vina qui résonne sonore
sa chanson dans l'ombre des branches s'étire en guirlande joyeuse sous laquelle ondulent des statuettes de bronze
l’œil riant les sages les prêtres tendent leurs mains parlent de paix
au matin par le vent reprise
s'envola
Peintre, sculpteur, poète, musicienne, ma sœur Florence Rastogi, qui signait Marateste, était l’épouse du peintre Jagdish Rastogi. Elle est décédée le 14 octobre 2025. J’ai composé ce bigollo en pensant à elle. La structure en bigollo est plus visible sur l’image ci-dessous.
l’épais silence de cette ville qui dort sur ma souffrance glisse immobile et mord
sans une larme vague je marche sans fin croisant quel carme quel patriarche j’ai faim
au ciel vacille l'étoile atone du temps et moi chenille orde piétonne j'attends
Après l’automne, l’hiver, que j’ai essayé de rendre plus âpre par le passage à 2 syllabes des vers courts et l’inversion des féminines et des masculines. Petit essai des rimes alternées pour voir ce que ça donne. Bof, c’est un peu moins dansant que les plates. Posté sur la liste Oulipo le 5 décembre 2025.
juif nethanyahu ne l'est pas puisque c'est un assassin puisque c'est un voleur puisqu'il persécute puisqu'il affame puisqu'il ment
antisémite point ne suis quand je dénonce ses crimes je conspue son armée maudis ses tueurs quand je vomis ses projets de mort
je pleure sur la palestine dont les yeux sont arrachés dont la bouche est close la poitrine occluse le bras inerte le teint noir le corps froid
Un chercheur français, Julien Théry, est l’objet d’attaques des partis de droite l’accusant d’antisémitisme pour avoir violemment pris à part les auteurs d’une lettre ouverte demandant au Président de ne pas reconnaître l’état de Palestine dans la situation actuelle. Cet usage du mot « antisémitisme » pour museler des opposants m’a fait réagir par ce poème en forme de boule de neige syllabique fondante.
Sur la liste oulipo sont lancées quotidiennement des propositions de contraintes qui reçoivent de nombreuses réponses auxquelles j’ai joint ces petits textes. J’ai commencé par les classer d’après la contrainte utilisée. A partir de 2018 j’ai renoncé à ce classement trop difficile en raison du foisonnement de nouvelles contraintes proposées, et mes contributions sont classées par année.
( Désolé pour la mise à jour retardée. Ça finira par se faire ! )
29 novembre
Sur la liste Oulipo, Robert Rapilly lance un nouveau jeu, appelé « haïkouphènes » : il s’agit de haïkus composés suivant les contraintes suivantes. Étant choisie une consonne, des voyelles quasi identiques aux vers 1 et 3, mais sans cette consonne au vers 1, tandis que le vers 3 en est saturé. L’heptasyllabe 2 a fonction de transition logique en même temps psychologique, veillant qu’il soit question de bruit ou de tohu-bohu.
attend seule éprise le clairon sonne le glas va vent veuve est vive
9 décembre
Les Oulipotes se sont à nouveau lancés dans une vague d’abécédaires, cette fois en récrivant des poèmes connus. Voici ma contribution, inspirée du Chantre d’Apollinaire.
du pinceau qu'une main promène sur une surface rectangle la couleur paraît vêtue de magies fulgurantes
un visage est soudain présent et l'essentiel est dévoilé
la couleur d'un rire violent
se fait danse
Pour Prune Matéo, peintre et poète, décédée le 19 octobre 2025, un bigollo inspiré par ses œuvres que j’aime beaucoup. Avec mon amitié pour sa mère Nic Sirkis, membre de la liste Oulipo.
la nuit vint l'homme sans sommeil se vit caressé par un flot d'images remontant du profond d'émois anciens ventre lèvres chevelure ô bonheurs espérés miracle en un jour embrasé
bleu de peur il courut tout droit charriant après lui quelque ombre trop lourde à soutenir d'un œil plein d'obscurs nuages
coite étoile sur le néant flambe l'oiseau nocturne l'interroge
long frisson effraye les plaines
orphelines
Introduits par Gilles Esposito-Farèse, les poèmes hétérosyllabiques font actuellement l’objet de nombreux travaux présentés sur la liste Oulipo. Il s’agit de textes dans lesquels toutes les syllabes sont différentes. Voici une contribution en forme de bigollo. La contrainte peut être vérifiée sur la transcription ci-dessous dans la notation API.