Clémence ? Pour imaginer,
asphyxier.
Un travail avec un métier.
*****
Roman prêt à tisser.
À tisser, aux usines lyonnaises,
la coûteuse soie de femme.
Ce texte est ma troisième contribution pour 2023 à l’hommage « L’Oulipien.ne de l’année » organisé par le site Zazie mode d’emploi, qui honore cette année Michèle Audin dont un texte tiré de son ouvrage « Oublier Clémence » est selon la tradition soumis à tous les traitements oulipiens ou autres. Un peu à la manière des bords de poèmes, ce poème est composé d’abord avec les premiers mots de chaque phrase, ensuite avec les derniers mots. Publié sur la liste Oulipo le 6 avril 2023.
Ya ceux qu'ont l'frigo plein, ya ceux qu'ont pas d'frigo,
mais le plus triste, ami, c'est ceux qu'ont l'frigo vide.
Ya ceux vêtus de lin, ceux en toile à cargo,
mais qu'ils ont froid, mon gars, ceux qu'ont rien sur le bide.
Ya ceux qui sont au club, ceux dans le marigot,
et ceux errant avec le tampon « apatride ».
Ya ceux qui jactent bien, ceux au parler nigaud,
ceux dont nul mot ne sort de la lèvre livide.
Ya des merdes de chiens sur le trottoir et puis
des tas plus gros fondants comme au sortir d'un puits.
Une main qu'on tend sort de cette masse inerte.
Ya ceux qui donnent pas, ceux qu'ont pas un radis,
Ya ceux dont l’œil humide en cette rue déserte
voit l'homme qui aima, voit les songes maudits.
Sur la liste oulipo sont lancées quotidiennement des propositions de contraintes qui reçoivent de nombreuses réponses auxquelles j’ai joint ces petits textes. J’ai commencé par les classer d’après la contrainte utilisée. A partir de 2018 j’ai renoncé à ce classement trop difficile en raison du foisonnement de nouvelles contraintes proposées, et mes contributions sont classées par année.
( Désolé pour la mise à jour retardée. Ça finira par se faire ! )
25 mars
Robert Rapilly nous écrit « Chantal Danjon, une amie des mardis d’Oulipo, de Zazie Mode d’Emploi et de Pirouésie, vient d’inventer une forme brève que l’on baptisera « aïekudur », proche du haïku sauf le découpage des 3 vers, 4-9-3 syllabes. La morale en sera proche de la fable « Le Loup & l’Agneau ». » Par la suite cette forme est rebaptisée haïkudur.
Il branle un peu
mais tient encor. Faut pas s'arrêter.
Ah, il tombe.
29 mars
Participation à un échange de contrerimes lancé par Pierre Lamy sur la liste Oulipo à l’occasion du 29 mars, journée internationale des nuages.
En cette fin de mars, c'est le jour du nuage.
Nuage de lait dans mon thé,
nuage gonflé de radioactivité,
ombre légère à ton visage.
8 septembre
Une série de messages initiée par Gilles Esposito-Farèse sous le titre « Arleuquinades » proposait des palindromes utilisant des mots contenant le trigramme « uqu ». Voici ma contribution.
Il lia frère : Ça, marin, souque ! Pèse peu ! Qu'os n'ira macérer, failli.
11 octobre
Sur la liste Oulipo, Gérard Le Goff, bientôt imité par nombre de membres de la liste, a proposé une série de variantes oulipiennes ( à la manière des Exercices de Style ) prenant comme point de départ la célèbre phrase « La marquise sortit à cinq heures ». Voici ma contribution :
À marquise, bés, cédèrent
À boire !
Cinq ducs en frac : grandes heures !
Ils jouissent, kiffent la marquise.
N’on pense plus.
Pourtant quand, racoleuse,
sortait toujours une vieille walkyrie,
xénophiles, y zinzibulaient !
( cet abécédaire comporte tous les mots -dont trois P…- de la première variante due à Gérard Le Goff, le haïku :
« On n’y pense plus
Pourtant toujours à cinq heures
Sortait la marquise » )
13 octobre
Petit exercice :
Danse
Ainsi,
contre des cas qu'on fit pros,
vis hanté, sec, raidi,
scié ?
Viens : pure aise y danse.
Imitant Alexandre Carret qui sur la liste Oulipo propose des « escalades » textes dont les vers sont de longueurs successives données par la suite de Fibonnacci, généralisant ainsi les Fib.
Cœur !
Pique !
Je coupe.
Ça va pas ?
T'a pas autre chose ?
Tu fous en l'air ma stratégie !
Tu te rends compte que t'as bousillé mon grand chelem ?
Qu'est-ce qui m'a pris de faire équipe encore un coup avec une andouille pareille ?
Combien de fois nom de nom faudra-t-il t'expliquer qu'il te faut faire attention aux enchères et avoir confiance en ton partenaire.
Oh fatche de con je sais pas ce qui me retient de les lui faire bouffer ses cartes à ce merdeux qui sait même pas compter jusqu'à treize et qui rigole bêtement quand je lui dis qu'il n'est qu'un gros couillon.
Pour résumer la suite de la soirée, Célestin s'est levé brusquement pour donner un coup de poing dans la figure de Maurice qui s'est affalé sur Jeanine : aussitôt Fernand s'est précipité pour étrangler Célestin sans voir qu'au même moment Adeline entrait dans la pièce tenant dans ses mains le gâteau d'anniversaire.
6 novembre
Daniel Fabre a proposé sur la liste Oulipo la surdéfinition express. Un peu à la manière de certaines fables express aboutissant à un calembour, la surdéfinition express se présente sous la forme d’un quatrain conclu au dernier vers par une surdéfinition telle que définie parmi les contraintes sur le site de l’Oulipo. Pour remercier Alexandre Carret qui m’a gratifié d’une surdéfinition express, en voici une qui lui est dédiée.
Adepte des vers à multiples sens,
traversant l'oulipienne galaxie,
il cisèle ses haïkus ambisens,
à l'opposé de la paralexie.
[ dans CNRTL : paralexie (-lexie, du gr. λ ε ́ ξ ι ς «mot»), subst. fém.,,Trouble de la lecture dans lequel le malade substitue des mots vides de sens aux mots du texte« (Garnier-Del. 1972).]
[ « Il existe des virus appelés virus à ARN ambisens (cas de certains arbovirus comme les bunyavirus, tospovirus ou les arenavirus) parce que l’on ne peut attribuer à leur génome aucune polarité. » ( Initiation à la virologie, UCLouvain ) : ici j’affuble de l’adjectif ambisens un palindrome, parce qu’on ne peut attribuer à sa lecture aucune direction privilégiée ]
8 novembre
À l’initiative de Robert Rapilly décrivant une contrainte « impair pers » une série de propositions sur la liste Oulipo visaient à coder un mot à l’intérieur d’un autre mot, prenant soit les lettres de rang impair, soit de rang pair. Ainsi le texte ci-dessous code son titre, en prenant dans le dernier mot de chaque vers soit les lettres de rang impair si le vers est en position impaire, soit sinon les lettres de rang impair:
Où sont les névés d'antan ?
Pêcheur gascon trouvant bel oeuf
s'écria « J'aurai l'estornet ! »
Posa pièges trappes et liens.
M'apitoyant vite interviens :
« Oiseau, poisson ne sont ton dû.
Oublie appâts et canne-traîne. »
[ estornet = étourneau en gascon ; canne-traîne est usuellement en deux mots, le trait d’union est un peu triché. ]
9 novembre
Comme ci-dessus réponse à la proposition de Robert Rapilly, en respectant cette fois sa contrainte initiale : on prend les lettres de rang pair ou impair du mot final selon la présence dans le texte soit de la sonorité PAIR soit IMPAIR.
Le chêne croise l'olivier.
Du tyran Peuple se détache.
Pourquoi PERdure cette hache
dessus cet ovale ARMORIÉ ?
13 novembre :
Sourire en tuant,
c'est, sous l'horizon rampant,
gestuer l'enfer.
« définition dichotomique » : Les syllabes du vers 1 sont les syllabes impaires des deux vers suivants ( contrainte due à Alexandre Carret )
( haïku composé à l’attention d’un politicien que je vois toujours sourire au milieu de ses soldats )
Ci-dessous une seconde « définition dichotomique » datée du même jour :
La déréliction
C'est, lapidé sans répit,
relique, onction, chier.
17 novembre :
Un anniversaire est l’occasion d’un hommage à Robert Rapilly, qui outre sa responsabilité fondatrice dans le site « Zazie mode d’emploi » contribue à animer la liste Oulipo par les nombreuses idées qu’il y propose.
Voici une nouvelle mise en œuvre, précédée de son exégèse, de la contrainte « impair pers » de Robert dans la version proposée par Gilles Esposito-Farèse, où un groupe de mots se décompose en prenant les lettres de rang pair d’une part, impair d’autre part, en deux autres groupes de mots.
À l'ode circulaire essayant preste plume,
ce héros décorant son foyer d'un poisson,
aboli bibelot qu'il bourre de moisson,
sous quelque pers imper chante l'eau qui écume.
Art, orbe écrit dru. As paille l'ayu.
Âtre. Cid, usa l'eau
Robert Rapilly.
À l’initiative de Gilles Esposito-Farèse, la liste Oulipo s’est lancée dans la recherche de textes les plus absurdes possible. Dans ma contribution ci-dessous, il s’agit de rédiger un haïku le plus absurde tout en obtenant un second haïku homophone et lui aussi le plus absurde possible.
Voguant sous l'arme orde, je badigeonnai sa peur du parler des lunes.
Vos gants, soûlard, mordent. Jeu bas, dijonnais sapeur : dupe art. Laide, elle ? - Une !
19 décembre :
Un tanka 6/8… donc pas un tanka !
aujourd'hui j'ai pleuré un homme ça ne pleure pas le brouillard était froid
le mur avait pris la couleur de la braise qui s'est éteinte
19 décembre :
Réponse à un message de Martin Granger citant une phrase mnémotechnique lue sur internet : « Optimistic aliens measure space typographically » dans laquelle « le O majuscule représente le Soleil, et les cinq i successifs Mercure, Vénus, la Terre, Mars et Jupiter, avec les distances proportionnelles. » Martin propose de trouver une traduction en français ayant les mêmes propriétés. Voici ma réponse :
« Ovni, dis l'intrigant arrangement des satellites ! »
C'est l'histoire
d'un plafond de verre.
L'histoire d'un prince charmant,
l'histoire de Perrette brisant son pot au lait,
de la marâtre aux jambes velues et de la jeune fille pure aux mains si douces.
Forcément :
elle n'est pas sûre,
elle n'a pas assez de punch.
Elle se recroqueville avant de se lancer.
Délicieuse...
Grâce et fantaisie...
Elle apporte tant de fraîcheur...
C'est l'histoire.
C'est pas vrai, bien sûr.
Pas chez nous.
Sur ton piano
écoute. L'âme
russe s'exclame.
- Gronde rhino
« Eh, le jeunot,
pense à ce blâme :
rouge, une lame
occit sono. »
Karma clôt doute.
Ô folle écoute,
fauvette rit !
Ivre musique
ébauche un cri
vif et magique.
Le 5 mars 1953, meurent simultanément le grand compositeur Serge Prokofiev et Staline. Le premier figure en acrostiche de ce sonnet ; le second fait l’objet d’un « laid présent » ( parent pauvre du beau présent des Oulipiens ) : chaque lettre de son nom inversé est absente à tour de rôle d’un vers.
Jinping n’est pas un héros de roman.
Pour imaginer son travail, dresser la liste des opérations transformant ces cochons de bandits en simples serfs prêts à tisser ? Asphyxier leurs nerfs dans un foyer à dresser, retirer ces cochons du foyer et les fermer dans des caveaux où ils sèchent pendant des mois, au cours desquels il faut les harceler régulièrement pour accélérer l’éradication de l’âme, tirer ensuite des cris d'effroi des cochons en les menant à des bassines d’eau très chaude dans lesquelles on plonge leurs mains pour tirer des patients un effroi de qualité supérieure, lier plusieurs de ces patients ensemble pour obtenir une file, aligner ces files pour en faire des commandos, répartir les files sur les métiers à tisser.
Un travail extrêmement pénible, que de les déplacer des campagnes aux usines disciplinaires. Avec la puanteur de ces canuts en exploitation, l’eau brûlante, la bourre de soie dans l’air des ateliers dont les fenêtres étaient fermées pour protéger la coûteuse soie. Un métier d'élite.
Ce texte est ma troisième contribution pour 2023 à l’hommage « L’Oulipien.ne de l’année » organisé par le site Zazie mode d’emploi, qui honore cette année Michèle Audin dont un texte tiré de son ouvrage « Oublier Clémence » est selon la tradition soumis à tous les traitements oulipiens ou autres. On procède ici à une retranscription quasi isomorphique du texte source, seuls quelques mots étant changés. Publié sur la liste Oulipo le 25 février 2023.
Accélère, bombyx :
cocon décompose !
Écheveau femme garde,
héroïne imagine.
Jette la main, n'obtient puanteur qui retourne.
Se tire un ver.
Ce poème est ma seconde contribution pour 2023 à l’hommage « L’Oulipien.ne de l’année » organisé par le site Zazie mode d’emploi, qui honore cette année Michèle Audin dont un texte tiré de son ouvrage « Oublier Clémence » est selon la tradition soumis à tous les traitements oulipiens ou autres. Ce deuxième texte est un abécédaire ( mots commençant successivement par A, B, C… ) limité aux lettres valant moins de 10 au Scrabble, tous les mots figurant dans le texte source, modulo accord et conjugaison ; faute de mots commençant par G, j’ai eu recours à un synonyme fourni par le CNRTL pour un mot du texte contenant G. Publié sur la liste Oulipo le 19 février 2023.
Pour imaginer,
ils sèchent pendant trois mois :
décomposition.
Ce haïku est ma première contribution pour 2023 à l’hommage « L’Oulipien.ne de l’année » organisé par le site Zazie mode d’emploi, qui honore cette année Michèle Audin dont un texte tiré de son ouvrage « Oublier Clémence » est selon la tradition soumis à tous les traitements oulipiens ou autres. Pour ce premier texte j’ai choisi un haïku express fondu : ses trois vers sont trois fragments extraits dans cet ordre du texte source. Publié sur la liste Oulipo le 15 février 2023.
Un ciel bleu.
Une terre jaune.
Des missiles zébrant le bleu.
Mines dans le jaune et le paysan se désole.
Marron blindés, marron fumées et gaz, marron les ruines, marron les uniformes.
Regard bleu,
peau sèche peau jaune,
cadavre dans la flaque bleue.
Sous la belle jupe jaune, douleur sans remède.
Du lin bleu
choit corolle. Jaune.
L'hiver étale sa rancœur.
Le ciel bleu
sur la terre jaune.
Bleu, pourtant.
Ce 24 février, c'est le premier anniversaire de l'agression militaire perpétrée par la Russie de Poutine contre l'Ukraine. Guerre inhumaine toujours pas terminée. Ce bigollo pour commémorer ce triste jour et saluer la résistance du peuple ukrainien.
c'est un père
qui serre en sa main
les doigts de sa petite fille
il murmure pour elle seule des mots très doux
il a sur lui son bel anorak orange elle a sur elle ce bloc de béton
le vacarme
des hommes qui courent
des folles pelles mécaniques
il ne l'entend ni les peurs les appels la douleur
c'est un père
qui serre en sa main
les doigts de sa petite fille
qu'ils sont blancs
ces doigts immobiles
au milieu de ces gravats gris
qu'ils sont froids plus froids que les bourrasques de l'hiver
c'est deux mains
qu'un amour unit
comme hier
ses bras vont s'ouvrir
il la serrera contre lui
à son cou s'enlaçant elle lui sera légère
il laisse errer sur le désastre tout autour un regard sans vie un regard vide
les secours
ne sont pas venus
la nuit tombe le froid s'inflige
la poussière et les carcasses ne répondent rien
c'est un père
qui serre en sa main
les doigts de sa petite fille
à l'horloge
l'aiguille des heures
s'est figée
Un tremblement de terre a ravagé une large zone en Turquie et Syrie, avec un bilan humain épouvantable. Une photo prise à Kahramanmaras d’un père, Mesut Hancer, tenant la main de sa fille Irmak morte, a ému le monde entier. Elle a inspiré ce bigollo à structure bousculée.