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Oripeaux

L’oiseau à gueule

Suisse comme More.
N’ont ni repos ni répit.
Envoyé d’enfer dévore
Corbac, pic, bovin hapi,
Capri, vil chacal.
Hallali sur qui glapit.
Rapace ducal
Et fond l’âme seule
Son élan bancal
Ne sauve d’ongle ni gueule.

Une première version en alexandrins du même poème :

Les spires de son vol pétrifient Suisse et More.
Dès que survient, point de repos ni de répit.
Voyez venir d’enfer fier envoyé: dévore
Corbac, oryx, cochon, baby, bovin hapi,
Capri, papy gaga, pic, ara, vil chacal.
Hallali qui s’abat sur l’appât qui glapit.
Dès qu’est paru fatal le rapace ducal
Une onde désolée tombe et fond l’âme seule
Et le fuyant sujet dans son élan bancal
N’évite ni l’estoc des ongles ni la gueule.

Le 15 mai 2012 Pascal Kaeser a écrit  sur la liste Oulipo: « Rappel : la roue-mémoire est une forme poétique brevetée Kaeser. La succession des mètres 5777575557 est une configuration combinatoire qui permet par
décalage d’obtenir les 8 triplets possibles de deux objets (ici 5 et 7). Le schéma de rimes est celui de la classique Terza rima. »
Pour mieux matérialiser les 8 triplets, je me suis demandé quel caractère distinctif leur attribuer à chacun. Une idée m’est venue: imposer à chaque triplet un lipogramme en trois des lettres de l’alphabet: abc, puis def,ghi,jkl,mno,pqr,stu,vwx; les deux dernières yz étant interdites aux deux vers extrêmes peu touchés par les précédentes contraintes. Ceci donne en résumé les interdictions suivantes sur chaque vers:
5 abc yz
7 abc jkl
7 abc jkl stu
7 def jkl stu
5 def mno stu
7 def mno vwx
5 ghi mno vwx
5 ghi pqr vwx
5 ghi pqr
7 pqr yz
Pour tout dire j’avais d’abord oublié la contrainte métrique d’où la première version en alexandrins.
Posté sur la liste Oulipo le 24 mai 2012.

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Oripeaux

Branle gai

Organisme oint d’écoute, on te salue !
Tu créas âme d’innommés, ô tuant code.
Ode, ulcérant Anu: j’avoue sévir menu,
Âne de moulin, cœur peiné, ô fada pur.

Suant aède aime opus noir encarter.
Ne fuir une chape ? admis au nom du fou.
Boxe au mur mur une niac, chie au dieu.
Fécond létal, unique combat, rune nu.

Un cerne ocre dû à gemme au cou mutin.
Rit neuf éburné, choral remédie, bal,
Matin et nid qu’émie prou main douce.

Écran orienté, tain qui dira une âme :
Émacié va, musoir, l’indenture en pal.
Larme ne crève où nain guide, ô givré.

Exemple de quatorzine littérale monobouturée: Sur une liste de 14 lettres on pratique les substitutions usuelles des quenines. On intercale ensuite exactement une lettre entre chacune des lettres de cette quatorzine.
J’ai remarqué que Raymond Queneau comporte précisément 14 lettres: reculant devant la difficulté du « y » et du « q » j’ai pris comme semence les lettres « RAIMONDCUENEAU ».
Vient alors:
RAIMONDCUENEAU
URAAEINMEOUNCD
DUCRNAUAOEEIMN
NDMUICERENOAAU
UNADAMOUNIECRE
EURNCAEDIANMUO
OEUUMRNNACIADE
EODEAUIUCMARNN
NENORDAEMACUUI
INUEUNCOARMDEA
AIENDUMERUANOC
CAOINEANUDRUEM
MCEAUORIDNUENA
D’où, en notant en minuscules les lettres ajoutées dans les intervalles:
oRgAnIsMe OiNt D’éCoUtE oN tE sAlUe
tU cRéAs AmE d’InNoMmEs O tUaNt CoDe
oDe UlCéRaNt AnU j’AvOuE sEvIr MeNu
aNe De MoUlIn CoEuR pEiNé O fAdA pUr
sUaNt AèDe AiMe OpUs NoIr EnCaRtEr
nE fUiR uNe ChApE ? aDmIs Au NoM dU fOu
bOxE aU mUr MuR uNe NiAc, ChIe Au DiEu
fEcOnD lEtAl, UnIqUe CoMbAt, RuNe Nu
uN cErNe OcRe Dû A gEmMe Au CoU mUtIn
rIt NeUf EbUrNé ChOrAl ReMèDiE bAl
mAtIn Et NiD qU’eMiE pRoU mAiN dOuCe
éCrAn OrIeNtE tAiN qUi DiRa UnE âMe
éMaCiE vA mUsOiR l’InDeNtUrE eN pAl
lArMe Ne CrEvE oU nAiN gUiDe O gIvRe
Note: musoir = terme militaire : partie la plus avancée d’une ligne de front.
Posté sur la liste Oulipo le 14 mai 2012.

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Aïe ! coups !

Pas cossard ? Pas casse !
Hors ! Crocs: pas ça. Pas oscar…
Ah ! Oh ! Sarko part.

Posté sur la liste Oulipo le 5 mai 2012

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La dose et le beretta

Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Tous deux sentaient l’immortelle
Prisonnière des diktats
Lequel fit oeuvre éternelle
Lequel ne restera pas
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Qu’importe comment s’emmêle
Cette rumeur sur leur pas
Que l’un soudain s’ennobelle
Que l’autre y voie Carabas
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Tous deux se voyaient modèles
Des lèvres du coeur des bras
Tous deux roman ou libelle
Lançaient qui vivra verra
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Quand les blés sont sous la grêle
L’un cisèle délicat
L’autre attise ses querelles
Coeurs sourds au lointain combat
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Sentant la froideur mortelle
Une victime appela
L’un tonne et cherche querelle
L’autre défend son aura
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Ils sont écoutés Lequel
A les plus bruyants vivats
Lequel plus que l’autre excelle
Lequel fédère médias
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux tombeaux font un seul glas
Au crépuscule cruel
La balance pèsera
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
Egrenant les noms de celles
Qu’aucun des deux ne trouva
Et la nuit sur eux ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
La lune tourne fidèle
À la terre qui s’en va
Chaque saison renouvelle
L’appel que l’on n’entend pas
Celui qui versait du fiel
Celui qui ne parlait pas
L’un court et l’autre a des ailes
De directoire en compta
Cannabis noire morelle
Quel grillon rechantera
Disant flûte ou violoncelle
L’amour que l’on refusa
Busard  faucon crécerelle
La dose et le beretta

Semi homosyntaxisme composé sur « La rose et le réséda » d’Aragon. Posté sur la liste Oulipo le 13 octobre 2012.

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allons enfants

allons enfants longtemps bercés
le lange entravant bras et jambes
va-t-il enfin vous libérer

entendez-vous le vent frais qui vous invite à le suivre au delà des  blés courus de vagues argentées pour jouer avec lui dans les futaies profondes

allons enfants de la patrie
le jour du grand large est levé

 

allons enfants à quatre pattes
la barrière au boulier pimpant
du parc s’ouvrira-t-elle en grand

devinez-vous derrière les ombres qui vous rassurent ce soleil ce désir ce basculement du haut et du bas cet énervement de rires et coups de poings cette faim déçue ce trésor débordant de perles irisées

allons enfants de la patrie
le jour de fièvre est arrivé

 

allons enfants inconsolables
la tétine aux lèvres boudeuses
va-t-elle ôter son clapet gris

ressentez-vous l’autre présence qui vous fait la courte échelle dans l’obscurité curieuse où votre maraude s’enfonce

allons enfants de la patrie
le jour de vertige est levé

 

allons enfants bien élevés
votre masque tombera-t-il
il empêche de respirer

sentez-vous dans vos bras qui l’étreignent le poids la chaleur le tressaillement de ce corps au votre enlacé

allons enfants de la patrie
le jour de l’homme est arrivé

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le minotaure

elle est assise au bord d’un terrain vague
sans un mot
drapée dans un linge grisâtre elle attend immobile

des voix d’hommes récitent les écrits sacrés
se répondent en accéléré
les yeux sont durs mentons levés

Minotaure est par ici
sentez-vous le sol vibrer sous sa danse titubante
entendez-vous contre les murs de pierre le choc de ses cornes trop grandes
respirez-vous son odeur de bête
Minotaure aujourd’hui veut la femme

elle ne bouge pas sous les insultes
elle ne s’enfuit pas
aucun souffle de vent n’agite la bure sur sa tête

de sages chefs jugent et condamnent en chantant
tous les visages sont souriants
que s’avance l’homme vêtu de blanc

Minotaure est ivre
le sang déborde de sa chope qu’il balance
un vertige envahit l’esplanade qui se soulève et tangue
des vapeurs fétides brouillent la lumière
Minotaure aujourd’hui veut la femme

beau servant d’office joli froc
droit sur ses ergots de coq
spadassin blanc porteur d’estoc

elle ne sursaute pas au cliquetis du cran
elle se tient redressée devant la kalashnikov

elle est tombée




Note : ce poème m’a valu le beau commentaire en homophonie de Gilles Esposito-Farèse :

Probant talipot

Une violence à cris ficelés de barbarie
veut qu’atrocement cesse à Qimchok
une vie, ô lent sacrifice ! Les deux
barbes arrivent : quatre ossements…
C’est ça qui me choque.


J'avais répondu :

Où lit poète, ois: « Qu’ont damné là beaux minables ?  »
Oulipo et toi condamnez l’abominable

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La mère

pleure pleure mère
tes larmes au sel mauvais
pleure ton enfant

un beau militaire
l'est venu chercher
pour aller en guerre
te fut arraché

d'habits couleur terre
fut empanaché
de sa mine claire
fraîcheur a séché

au froid de brumaire
neige pose fins duvets
peau gèle et se fend

***

vénéneux mystère
hommes dans la nuit lovés
silence étouffant

sombre luminaire
fusée a lâché
l'horrible tonnerre
la course au bûcher

un dieu sanguinaire
donne son tranchet
à l'enfant sévère
à l'enfant boucher

éventre son frère
enjambe les gars crevés
sonne l'olifant

***

deux soldats sont venus à la porte sonner
sans un mot pauvre femme a d'un coup deviné

à genoux tombe folle arrache son bonnet
la terre à cet instant s'arrête de tourner

son manteau resserre
ses cheveux n'a pas lavés
son col dégrafant
erre par tous les chemins
parle en se tordant les mains

son fils est mort en assassin

va fuis la lumière
ton pied heurtant les pavés
sous l'arc triomphant
ces vivats sont-ils humains
pour toi point de lendemains

porte le deuil de l'assassin 

Sur la liste Oulipo s’effectue actuellement un travail important de recherche de formes de sonnets généralisés, selon un programme lancé par Gilles Esposito-Farèse. Il s’agit de respecter une structure 4/4/3/3, ces nombres s’appliquant non plus forcément à des vers, mais à des mots, phrases, paragraphes, voire lettres… et un schéma ABBA ABBA CCD EDE dans lequel ces lettres ne représentent pas forcément des rimes, mais des propriétés quelconques ( nombres de lettres, initiales, composition en verbes, personnages, etc. ). Ici la structure s’applique à des strophes, et la propriété est la nature de ces strophes:

A = haïku
B = quatrain de sélénet
C = distique d'alexandrins
D = tanka
E = unique octosyllabe

Le schéma de rimes ne fait pas partie de la contrainte, mais j’ai pensé qu’il accentuait la perceptibilité de la structure. Le choix de l’octosyllabe venant après des tankas donne un petit effet clotilde. J’ai un peu fait attention aux rimes plurielles ; en revanche les é ouverts et fermés sont confondus, nul n’est parfait.
Posté sur la liste Oulipo le 20 décembre 2021.

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Retirement Rhyme

Pas cossard ?
Hors ! Pas casse !
Pas oscar…
Sarko part.

Posté sur la liste Oulipo le 5 mai 2012

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Hop, avion dans ce foin.

Au pavillon dansent fous, hein ?
Armenonville ouit cieux :
Arme non vile ou, ici, œufs,
Hop, avion dans ce foin.
Une exégèse :

Près d'un asile où chaque aliéné peut valser,
Un chasseur bombardier -non pas un piètre flingue-
S'écrase dans le chaume : ô tonnerre insensé !
Poules ont vite élu refuge en sa carlingue.

Sur la liste Oulipo, Gilles Esposito-Farèse a proposé de composer des controlorimes, contrerimes à la manière de Paul-Jean Toulet : « quatrain croisant octosyllabes et hexasyllabes 8/6/8/6 mais à rimes embrassées AbbA.
La différence est que ces rimes doivent reproduire l’ensemble des vers, de la première à la dernière syllabe, en se servant de diérèses & synérèses (ou d’E caducs élidés ou non, si l’on est encore plus moderne) ». J’ai tenté de partir de l’alexandrin célèbre de Max Jacob « On fait les foins au pavillon d’Armenonville » en le triturant jusqu’à obtenir des diérèses et synérèses placées aux bons endroits.
Posté sur la liste Oulipo le 4 novembre 2021.

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Le prix de la vie

signal a rôdé

à Aslı Erdoğan

Vers sauvages.
Œuvre où grave rage.
O Sœur à verve ravageuse !
Au rivage s’agrège vase où ruse s’égare :
Ose voguer, rouge gourse, sur vague susurreuse où vue ouvre vers aurore.

Aga voue
Œuvre où grave rage
A ses rouages égorgeurs.
Réseau gore agresse gueuse, rosse, serre gorge.

Sous servage,
Œuvre où grave rage
Verse sève à grosses gorgées.

Sage orage,
Son lied noir de rage

Sauve rêve.

Ce poème accueilli par Hélène Verdier sur son beau site Simultanées dans le cadre de La Ronde de septembre 2016 dont le thème est « ouvrage(s) », est dédié à Aslı Erdoğan,  femme de lettres emprisonnée dans les geôles turques. Ce texte suit la contrainte du beau présent selon laquelle il est écrit
avec les seules lettres eu mot « ouvrages ». La forme utilisée est le bigollo  : dans chaque strophe les vers ont pour longueur les nombres successifs de la suite de Fibonacci 3-5-8-13-21… et les strophes sont de longueur décroissante; par ailleurs les vers de longueur 5 sont identiques, formant une sorte de refrain. En hommage à la dédicataire, un double clinamen (dérogation aux contrainte) est ménagé dans l’avant dernier vers : il ne respecte pas la règle du refrain, et ses lettres sont en beau présent sur le nom « Aslı Erdoğan ».

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