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La meuf de Nithard

À combien d'années ? Vingt ? Tu l'as bien cherché ! À son mari Martin, Jocelyne cria : Enfin !

À mon crâne, mes clavicules, mes tibias, mes fémurs, quand tu apparaissais, tu me faisais la lampe - oh cette lumière ! - le plastique, le sac... Je suis sortie en torche. À l'aide ! Une ouverture s'élargit, les administratrices par curiosité, malgré l'humidité, ouvrirent en bâillant. Comme du carton, l'étrange son qu'elles rendirent. Comme un choc poussiéreux sur un carton : l'une contre l'autre avaient buté Mme Potié et Anne. Celle-ci repartit, s'employant à aller jeter ce qui n'était à l'évidence que des rebuts. Tu éventras un meuble comme un rossignol, par le milieu. Tu marchais sur moi, dans un total abandon. Longtemps, depuis que je remontais, personne : des fientes, des araignées et leurs toiles, la poussière. Tu refermas. Ton odeur ! Tu me saisis.

La porte s'ouvrit : plein de dames. Moins deux...

Voici une nouvelle participation à l’hommage à Bernard Cerquiglini sur le site « Zazie mode d’emploi » qui comme chaque année honore un « Oulipien de l’année ». Ici le texte est repris à rebours : y figurent les mots essentiels de l’original ( modulo conjugaison ou synonymes ) dans l’ordre rétrograde, compte non tenu des mots accessoires..
Posté sur la liste Oulipo le 5 janvier 2026.

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L’inhumation de Sthard

Les paparazzi rouvrirent le cercueil, saisis par le visage fermé, la poudre, le teint d'araignée, les lèvres peintes : l'âme était morte depuis longtemps, l'absence était totale. Ils regardèrent tout autour les babioles, le mobilier chamarré, les stucs : à l'évidence, rien n'était trop beau ; on avait tout acheté cash. En refermant, Corio Papa lâcha le couvercle vernissé, dont le choc rendit un son caverneux. Le cadavre bâilla, entrouvrant les mâchoires ; par curiosité le journaliste élargit l'ouverture avec l'objectif de son appareil, en sortit un dentier fantastique ; la lumière du flash révéla deux rubis, des saphirs, une aigue-marine, un diam...

- Et voilà, murmura Lano Razzo ; elle ne mordra plus avant longtemps.

Voici une nouvelle participation à l’hommage à Bernard Cerquiglini sur le site « Zazie mode d’emploi » qui comme chaque année honore un « Oulipien de l’année ». Dans cette version, on trouvera un petit clin d’œil à Fellini, dont le personnage Coriolano Paparazzo de « La Dolce Vita » a fait naître un mot repris dans le monde entier. Toute coïncidence avec la mort plus ou moins récente d’une star est fortuite, croyez moi sur parole.
Posté sur la liste Oulipo le 30 décembre 2025.

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L’abécédaire de Nithard

Affreux bazar ! Capharnaüm ! D'entrer fait gémir huit intruses jalonnant la mansarde nauséabonde où pourrissent quelques ruines suintantes.

Toc, une vieille valise usagée tombe, se rompt. Quelle pluie ! Omoplate, naviculaire, maxillaire, lunatum... jonchent, innombrable horde, guéridon, fauteuil et dallage.

Copines beuglent : Alléluia !

Voici ma première participation à l’hommage à Bernard Cerquiglini sur le site « Zazie mode d’emploi » qui comme chaque année honore un « Oulipien de l’année » : un texte de ce ce dernier est proposé à tous pour en proposer des réécritures, le plus souvent en utilisant une contrainte oulipienne. Le présent texte est un abécédaire aller-retour, les initiales des mots successifs étant dans l’ordre A, B, C… Toutefois, sont évitées les lettres valant plus de 10 points au scrabbles ( K, W, X, Y, Z ) comme l’avait fait Georges Perec pour sa contrainte de la belle absente.
Posté sur la liste Oulipo le 27 décembre 2025.

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Le prix de la vie

la voyageuse

se posant
près des sources vives
de son aile multicolore
la voyageuse a tiré une plume très belle
accroupie elle la trempe dans des coupes emplies de teintures chatoyantes
cette rémige caresse l’étoffe et bientôt affleurent des coloris limpides que traversent des marbrures mystérieuses

turbulents
les yeux grands ouverts
des groupes d’enfants souriants
s’assoient sous l’arbre immense où se chamaillent des singes
et la voyageuse pince les cordes d'une vina qui résonne sonore

sa chanson
dans l'ombre des branches
s'étire en guirlande joyeuse
sous laquelle ondulent des statuettes de bronze

l’œil riant
les sages les prêtres
tendent leurs mains parlent de paix

au matin
par le vent reprise

s'envola

Peintre, sculpteur, poète, musicienne, ma sœur Florence Rastogi, qui signait Marateste, était l’épouse du peintre Jagdish Rastogi. Elle est décédée le 14 octobre 2025. J’ai composé ce bigollo en pensant à elle. La structure en bigollo est plus visible sur l’image ci-dessous.

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ballade d’hiver

l’épais silence
de cette ville
qui dort
sur ma souffrance
glisse immobile
et mord

sans une larme
vague je marche
sans fin
croisant quel carme
quel patriarche
j’ai faim

au ciel vacille
l'étoile atone
du temps
et moi chenille
orde piétonne
j'attends

Après l’automne, l’hiver, que j’ai essayé de rendre plus âpre par le passage à 2 syllabes des vers courts et l’inversion des féminines et des masculines. Petit essai des rimes alternées pour voir ce que ça donne. Bof, c’est un peu moins dansant que les plates.
Posté sur la liste Oulipo le 5 décembre 2025.

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Lamentation

juif nethanyahu ne l'est pas
puisque c'est un assassin
puisque c'est un voleur
puisqu'il persécute
puisqu'il affame
puisqu'il ment

antisémite point ne suis
quand je dénonce ses crimes
je conspue son armée
maudis ses tueurs
quand je vomis
ses projets
de mort

je pleure sur la palestine
dont les yeux sont arrachés
dont la bouche est close
la poitrine occluse
le bras inerte
le teint noir
le corps
froid

Un chercheur français, Julien Théry, est l’objet d’attaques des partis de droite l’accusant d’antisémitisme pour avoir violemment pris à part les auteurs d’une lettre ouverte demandant au Président de ne pas reconnaître l’état de Palestine dans la situation actuelle. Cet usage du mot « antisémitisme » pour museler des opposants m’a fait réagir par ce poème en forme de boule de neige syllabique fondante.

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Poteries

Poteries 2025

Sur la liste oulipo sont lancées quotidiennement des propositions de contraintes qui reçoivent de nombreuses réponses auxquelles j’ai joint ces petits textes.  J’ai commencé par les classer d’après la contrainte utilisée. A partir de 2018 j’ai renoncé à ce classement trop difficile en raison du foisonnement de nouvelles contraintes proposées, et mes contributions sont classées par année.

( Désolé pour la mise à jour retardée. Ça finira par se faire ! )

29 novembre

Sur la liste Oulipo, Robert Rapilly lance un nouveau jeu, appelé « haïkouphènes » : il s’agit de haïkus composés suivant les contraintes suivantes. Étant choisie une consonne, des voyelles quasi identiques aux vers 1 et 3, mais sans cette consonne au vers 1, tandis que le vers 3 en est saturé. L’heptasyllabe 2 a fonction de transition logique en même temps psychologique, veillant qu’il soit question de bruit ou de tohu-bohu.

attend seule éprise
le clairon sonne le glas
va vent veuve est vive

9 décembre

Les Oulipotes se sont à nouveau lancés dans une vague d’abécédaires, cette fois en récrivant des poèmes connus. Voici ma contribution, inspirée du Chantre d’Apollinaire.

Aède

Ah bizarre cordeau des euphoniums fluant.
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Le prix de la vie

pour Prune Matéo

du pinceau
qu'une main promène
sur une surface rectangle
la couleur paraît vêtue de magies fulgurantes

un visage
est soudain présent
et l'essentiel est dévoilé

la couleur
d'un rire violent

se fait danse

Pour Prune Matéo, peintre et poète, décédée le 19 octobre 2025, un bigollo inspiré par ses œuvres que j’aime beaucoup. Avec mon amitié pour sa mère Nic Sirkis, membre de la liste Oulipo.

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Oripeaux

fuyard

la nuit vint
l'homme sans sommeil
se vit caressé par un flot
d'images remontant du profond d'émois anciens
ventre lèvres chevelure ô bonheurs espérés miracle en un jour embrasé

bleu de peur
il courut tout droit
charriant après lui quelque ombre
trop lourde à soutenir d'un œil plein d'obscurs nuages

coite étoile
sur le néant flambe
l'oiseau nocturne l'interroge

long frisson
effraye les plaines

orphelines

Introduits par Gilles Esposito-Farèse, les poèmes hétérosyllabiques font actuellement l’objet de nombreux travaux présentés sur la liste Oulipo. Il s’agit de textes dans lesquels toutes les syllabes sont différentes. Voici une contribution en forme de bigollo. La contrainte peut être vérifiée sur la transcription ci-dessous dans la notation API.

fɥi.jaʀ

la.nɥi.vɛ̃
lɔ.mə.sɑ̃.sɔ.mɛj
sə.vi.ka.ʀɛ.se.pa.ʀœ̃.flo
di.ma.ʒə.ʀə.mɔ̃.tɑ̃.dy.pʀɔ.fɔ̃.de.mwa.zɑ̃.sjɛ̃
vɑ̃.tʀə.lɛ.vʀə.ʃə.və.ly.ʀo.bɔ.nœʀ.zɛs.pe.ʀe.mi.ʀa.klɑ̃.nœ̃.ʒu.ʀɑ̃.bʀa.ze

blø.də.pœʀ
il.ku.ʀy.tu.dʀwa
ʃa.ʀi.jɑ̃.ta.pʀɛ.lɥi.kɛl.kɔ̃bʀ
tʀo.luʀ.da.su.tə.niʀ.dœ̃.nœj.plɛ̃.dɔb.skyʀ.ny.ɥaʒ

kwa.te.twal
syʀ.lə.ne.ɑ̃.flɑ̃b
lwa.zo.nɔk.tyʀ.nə.lɛ̃.tɛ.ʀɔʒ

lɔ̃.fʀi.sɔ̃
e.fʀɛ.jə.le.plɛn

ɔʀ.fə.lin


Posté sur la liste Oulipo le 5 novembre 2025.

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Oripeaux

À Alain Zalmanski

Ratant l'instant
d'anni tintant
fa la mi
passai marchant
sans glapir chant
à l'ami.

Ta main sans fards
inscrit placards
captivants,
bridant sans fin
sabirs par faim
d'arts vivants.

Va. Dans dix ans
riras disant :
Caramba !
Naissant jadis
j'ai dix par dix.
Champ' ! Sabbat !

On a fêté sur la liste Oulipo l’anniversaire d’Alain Zalmanski le 15 octobre. Ma contribution (envoyée avec retard, d’où la première strophe) était un poème sur la structure de la Chanson d’Automne de Paul Verlaine : strophes de structure 4/4/3/4/4/3. De plus seules les voyelles du destinataire sont utilisées.
Posté sur la liste Oulipo le 16 octobre 2025.

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