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Oripeaux

Oasis d’un rêve nu

Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux
Arrondis pour mieux voir poindre un cortège d'anges
Sur leurs luths égrenant des mélodies étranges !
Île qui m'accueillit, naufragé studieux,
S'échouant d'une mer que n'animent les rides
D'aucun élan courant ses stagnations virides.
Un solitaire pas d'errances pénitentes
Nuitamment devant moi fit surgir, crues et belles,
Rêvantes ses splendeurs parmi d'ocres ombelles.
Ensemble allâmes loin des poteaux et des tentes
Vers le sombre refuge où les bêtes cruelles
Épousailles se font sous les fleurs éclatantes.
Nous ne parlâmes pas de nos peines latentes :
Un vent chaud effaçait consonnes et voyelles.

Une idée proposée par Pierre Lamy a été largement illustrée ces jours-ci sur la liste Oulipo : celle de poème inversé. Partant d’un poème connu, il s’agit d’en conserver le dernier vers et l’ensemble des rimes qui apparaîtront dans l’ordre inverse. Le sonnet inversé ci-dessus est composé selon cette nouvelle contrainte, à partir de « Voyelles » d’Arthur Rimbaud, selon une version augmentée dans laquelle ce sont les mots à la rime qui sont conservés. De plus le titre est repris en acrostiche.
Publié sur la liste Oulipo le 30 octobre 2023.

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Oripeaux

Chantre vole

Et l'unique appris s'emmêle,
cordeau sabré par nos peurs.
Des trompettes, les clameurs
marines nous servent d'aile.

Dans ce quatrain isocèle on peut lire, en acrostiche de groupes de mots par vers, le poème « Chantre » de Guillaume Apollinaire. ( la terminologie unifiée « acrostiche de X par Y est due à Nicolas Graner ). C’est aussi un essai de codage gématrique binaire, une idée de Rémi Schulz : La gématrie de chaque vers est la somme des valeurs de ses lettres si l’on compte a=1, b=2, …, z=26. Chacune de ces quatre gématries est écrite en numération binaire, et la représentation de ces quatre nombres binaires sous forme de suite de carrés noirs (pour les 1) et blancs (pour les 0) donne une image. Dans l’image codée gématriquement par ce poème, visible ci-dessus ( et dont je n’ai su ôter une verrue ), je vois une anagramme du mot « FIL » en résonance à l’emmêlement du cordeau. L’isocélisme n’est pas affecté par le retrait de la ponctuation.
Publié sur la liste Oulipo le 9 septembre 2023.

Note : ci-dessous une variante qui m’a été communiquée par Gilles Esposito-Farèse. On y trouve un codage gématrique parfait de l’image du mot FIL qui le suit :

Et l'unique frontière,
Cordeau là, du balai !
Des trompettes à lai ?
Marines : à sa bière !

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Le prix de la vie

naissance

     Germe la vie
     Amour est là
     Bain de nuée
     Roue élancée
     Ici commence
     Égrène temps
     Le bel envol

Pour une naissance annoncée le 12 octobre 2015.
Publié le 14 octobre 2015

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Oripeaux

Arme lourde, éveil puni

Autrefois l’enfant poursuivait, attendri, l’envolante palombe.
Autrefois l’employée puisait, alanguie, l’eau placide
Arrosant l’éternelle plaine à l’envoûtant parfum.

Ah ! lamentable été précipitant ainsi l’enfer.

Paraît abruptement l’Echarneur,
Pareil au Léviathan,
Elevant pattes assassines,
Langue enflammée,
Pointes arséniées,
Liquéfiant écoles, ponts, ateliers, logis et panthéons.
Aveugle, lugubre, exorbité,
Poignarde, avale, lacère, émascule, pourrit.

Arpentant l’effondré paysage,
Ambulent loqueteux exsangues,
Pieds arrachés, les entrailles perforées,
Adjurant leurs enfants pour abréger leur existence.
Plus à l’est, parfum âcre :
L’embrasement pestilentiel
Assouvit l’exalté pyromane.
Appels lancinants, explosions, plaintes
Assourdissent l’étouffant pandemonium.

Ah ! lamentable été.

Pourtant, amis, l’espoir paraît.
Affluent les entêtés partisans
Amoncelant lestes escarmouches, préludes à l’éradication.
Pesamment acharné, l’écumant prédateur,
Attirant lacs profus aventureusement lancés,
Etranglé,
Périt, agitant lamentables élytres palpitantes.

Aurore lève enfin,
Pâlit astre lunaire.
Emerge peuple aux lèvres encor pantelantes,
Avançant lentement entre plâtreux amas,
Laissant enfants perdus ausculter les épaves profondes.

Au labour éventrées, parcelles argileuses
Lèvent exubérants plants
Aux lourds épis prometteurs.

L’acrostiche au sens original est un poème dans lequel sont placées en tête de chaque vers  successivement les lettres d’un mot ou d’une phrase. Une contrainte proche est l’acronyme, utilisé ici, qui s’inspire de la notion d’acronyme usuelle (PAF=Paysage Audiovisuel Français): les lettres d’un mot source sont placées chacune en tête  d’un mot du texte. Ici l’opération est réitérée tout au long du poème, et l’on parlera d’  « acronyme itéré » .
(Posté sur la liste Oulipo le 19 septembre 2012).

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Le prix de la vie

Le 5 mars 1953

Sur ton piano
écoute. L'âme
russe s'exclame.
- Gronde rhino

« Eh, le jeunot,
pense à ce blâme :
rouge, une lame
occit sono. »

Karma clôt doute.
Ô folle écoute,
fauvette rit !

Ivre musique
ébauche un cri
vif et magique.

Le 5 mars 1953, meurent simultanément le grand compositeur Serge Prokofiev et Staline. Le premier figure en acrostiche de ce sonnet ; le second fait l’objet d’un « laid présent » ( parent pauvre du beau présent des Oulipiens ) : chaque lettre de son nom inversé est absente à tour de rôle d’un vers.

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Raymond Queneau penche sa valise

Ce poème est une contribution à L’Oulipien de l’année, rubrique du site Zazie mode d’emploi dans laquelle chaque année, en l’honneur d’un membre de l’Oulipo, un texte de lui est proposé à toutes les réécritures. C’est cette année Raymond Queneau dont un des Cent mille milliards de poèmes est donné. Inspiré par une intense activité de la liste Oulipo sur ces acrostiches internes (l’expression en acrostiche n’étant pas forcément en début de vers) on tente ici d’aligner de tels acrostiches internes sur deux colonnes successives, tout en cherchant une forme évoquant le contenu du poème – ici une valise penchée.
La disposition amène à masquer un peu la forme sonnet juste signalée par une majuscule au début de chaque strophe.
Posté sur la liste Oulipo le 24 mai 2020.

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