Catégories
Oripeaux

El Soltero

Je vis enténébré, rebut inconsolé,
Notable girondin sans castel, sans chemise,
Mon azur a pâli. Mon cistre constellé
Montre l'astre figé de ma chagrine crise.

Dans la tombe sans fond, tu vins me consoler ;
Chante Naples, son roc, la mer, la tendre brise,
Le floral présent cher à mon sens désolé,
Le clos dont le cep rend la rose tant éprise.

Cupidon ? Ra ? Non. Ni Lusignan ni Biron.
Mon front rosit à la caresse d'une belle ;
Dans la grotte gisant vis nager la rebelle...

Sans succomber mon pas traversa l’Achéron :
Modulant sans fin sur la lyre volubile
Des larmes en Carmel, des cris chez la sybille.

Un regain d’activité se manifeste aujourd’hui à propos des couples de voyelles consécutives dans un texte. Certains, tel Gilles Esposito-Farèse, cherchent à réaliser des textes comportant tous les couples possibles; dans cette nouvelle réécriture du Desdichado (intégrée à la collection des « Avatars de Nerval » compilée par Nicolas Graner), on cherche au contraire à exclure tout couple de voyelles consécutives. Ainsi dans le premier vers sont interdits les mots « suis », « ténébreux » et « veuf » ainsi que, dans le deuxième vers « Aquitaine à ». J’ai proposé de baptiser « lipodivoc » cette contrainte.
Posté sur la liste Oulipo le 23 mars 2026.

Oripeaux : Précédent Suivant

Catégories
Oripeaux

El Besdichadel

Sous le ciel ténébreux, le cœur inconsolé,
Contemplent l'Aquitaine à l'ardeur abolie
Celle au voile de mort, celle au luth constellé
Chantant le soleil noir de la mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, d'un même air désolé,
Content le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur dont le parfum les a su consoler,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

- Qu'est l'amour, qu'est le temps, quand le rire se rompt ?
Questionne rouge encor d'un baiser cette reine.
- Juste un rêve en la grotte, enrage la syrène...

Les deux femmes en pleurs leur néant maudiront,
Modulant tour à tour dans la crypte étouffée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Selon une tradition chère à la liste Oulipo, voici un « avatar de Nerval » : c’est une réécriture du Desdichado respectant une contrainte particulière. Ici, comme dans le texte « L’invention de Bechdel » publié hier, la contrainte consiste à respecter les trois conditions du test de Bechdel : au moins deux femmes doivent être présentes, elles doivent parler ensemble, et parler d’autre chose que d’un homme.
Posté sur la liste Oulipo le 16 mars 2026.

Oripeaux : Précédent Suivant

Catégories
Oripeaux

nu intégral

Oie, à eau,
y a - aïe aïe aïe -
ouï youyou.

Une nouvelle contrainte intitulée « contrainte nudiste » ou « aconsonantisme final » (selon Gilles Esposito-Farèse) a été proposée récemment sur la liste Oulipo par Alain Chevrier. Elle impose que chaque mot se termine par une voyelle « toute nue ». C’est une forme adoucie de l’aconsonantisme (n’utiliser que des voyelles) dont le hog ci-dessus est un exemple.
Posté sur la liste Oulipo le 15 mars 2026.

Oripeaux : Précédent Suivant

Catégories
Oripeaux

L’invention de Bechdel

Anne entre première
Jocelyne hésite un peu

- Oh là cette odeur
- J'ai horreur des araignées
- Et quel bric à brac...
- Rien de bon, tout à jeter
- Oh ! la belle malle !
- Attends, je t'aide à l'ouvrir.

Avalanche d'os.

- Super malle ! Je la veux !
Vingt ans que j'en cherchais une.

J’ai fortuitement découvert le « test de Bechdel » censé juger les représentations des personnages féminins au cinéma. Pour passer le test une œuvre doit satisfaire à une triple condition : « Il faut qu’il y ait au moins deux femmes dedans, qui parlent ensemble, et d’autre chose que d’un homme. »
Et en littérature, le test fonctionne-t-il aussi ? Voici pour l’essayer un dialogue en hypertog composé dans le cadre de l’« Oulipien de l’année », hommage du site Zazie mode d’emploi à l’Oulipien Bernard Cerquiglini.
Posté sur la liste Oulipo le 13 mars 2026.

Oripeaux : Précédent Suivant

Catégories
Oripeaux

Hier est rayé

Quand se nippa sans lacs, grincha
ce campanile. Accent chagrin.
Rêvant mâchait. La coupa grain :
vent rêche aima, coula, grimpa.
Alors à joue larme sécha
l'orage où âme, l'art chassé,
elle a celé. Naître est passer.
La haie laisse traîner ses pas.

Une contrainte proposée sur la liste Oulipo par Rémi Schulz qui l’a baptisée « lohomeri » consiste à composer des vers dans lesquels chaque groupe de deux syllabes est inversé. Ainsi dans le poème ci-dessus les deux premiers vers s’écrivent phonétiquement : « kan se ni pa san lac grin cha » et « se kan pa ni lac san cha grin ».
Posté sur la liste Oulipo le 27 février 2026.

Oripeaux : Précédent Suivant

Catégories
Le prix de la vie

silence

le grand arbre
allonge ses branches
du vent les caresse l'archet
il fuse un rondeau joyeux dont les notes scintillent
au pied des montagnes rougeoyantes l'arbre et le vent en secret chantent l'amour
de sa voix claire à cet hymne le rossignol allie sa sereine mélodie et voici l'aurore qui frissonne de bonheur

de la sève
s'étanche la soif
dans les ténèbres de l'humus
la feuille aux oiseaux révèle un monde aborigène
elle écrit dans le ciel les stances d'un mystérieux poème où rire et pleur s'enlacent

fraîche l'ombre
qu'en ces rameaux goûtent
l'écureuil la bergeronnette
qui se cachent se rassurent sautillent s'affairent

mais de l'arbre
s'excave le tronc
de galeries où la mort rampe

vent mauvais
fracas de la chute

puis silence

Ma sœur Jacqueline est décédée le 14 janvier 2026. Pendant une partie importante de sa vie, elle s’est consacrée à la poésie. J’ai composé ce bigollo en pensant à elle. La structure en bigollo est plus visible sur l’image ci-dessous.

Le prix de la vie: précédent – suivant

Catégories
Poèmes accueillis

Diois miroir de Pan

La Combe Noire

Au bois la nuit où tout est seul
La rivière parle à son vide.
Douce noirceur, chante en silence
Dans le songe d’un élan plein.




Le Haut Canal


Visage de cristal, dame de la rivière,
Etrange, étrange fée se mirant sous les eaux
Dans le revers du ciel, à plumage d’oiseau…
- Mais étaient-ce les algues au fil de l’eau légère ?




Le Petit Rossignol


Les prés aux yeux de marguerites
Voltigent de sourires bleus

Les prés aux yeux de scabieuses
Pleurent une alouette enfuie

Pendant une partie importante de sa vie, ma sœur Jacqueline Bernard s’est consacrée à la poésie. Ce poème de Jacqueline a été lu devant sa tombe lors de ses obsèques. Il décrit trois lieux situés dans la commune de Châtillon-en-Diois chère à l’auteure.

Les poèmes de Jacqueline : Précédent Suivant

Catégories
Poèmes accueillis

Armature

   Mes arbres sont morts et leur vêtement n’est pas de ce monde. Les feuilles des arbres ne sont qu’un printemps, leur éternité est dans leur carcasse qui prend son élan selon ce qu’ils sont – toujours différents.

O mes arbres morts ! Ordres pétrifiés d’une force vive ! Arbres de mon âme et de mes poèmes, dont toute harmonie est dans la structure – arbres rigoureux, oublieux du vent dans vos feuilles vaines, dressés vers les hauts de pleine lumière, à peine tordus, aux branches brisées qui s’écartaient trop. Arbres, mon amour se dépouille en vous pour un cri plus droit.

Pendant une partie importante de sa vie, ma sœur Jacqueline Bernard s’est consacrée à la poésie. Ce poème de Jacqueline a été lu lors de ses obsèques.

Les poèmes de Jacqueline : Précédent Suivant

Catégories
Poèmes accueillis

Assez j’ai pris une part affouagère,

Assez j’ai pris une part affouagère,
Brûlé mon dû à la hache gagné
L’herbe des champs qui est tant soulagère
Vient le moment qu’il faut l’écobuer.

Faut-il partir aux terres étrangères
Où je n’ai pas de lopin désigné
Sans savoir qui trouvera plus légères
Les mottes fauves après moi remuées ?

Ce n’est pas tant ce qui se perd ou reste
Qui peut compter, si je n’ai pas le choix,
Ni en plein vol la graine, ni le geste

Ni les cailloux en bout de champ lancés.
Mais c’est qu’il fait en cours de route froid
Et j’ai payé ma part de feu assez.

Pendant une partie importante de sa vie, ma sœur Jacqueline Bernard s’est consacrée à la poésie. Ce poème de Jacqueline a été lu lors de ses obsèques.

Les poèmes de Jacqueline : Suivant

Catégories
Poèmes accueillis Uncategorized

Les poèmes de Jacqueline

Pendant une partie importante de sa vie, ma sœur Jacqueline Bernard s’est consacrée à la poésie. On trouvera dans ce recueil les poèmes de Jacqueline que j’ai pu retrouver.

Assez j’ai pris une part affouagère,

Armature

Diois miroir de Pan