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Oripeaux

Le sel est né

En selle, sent-elle
le lète entêté
en ses sentes, telle
senne, et -té !- tenté ?

Lésée elle, lente,
s'ente en tête sens,
teste nette entente
et tente l'ensens.

Une idée récente, lancée sur la liste Oulipo par Gilles Esposito-Farèse, consiste à composer un beau présent sur le nom d’une contrainte que respecte le texte obtenu. Ainsi ont été composés un sonnet auto-beau présent, un haïku auto-beau présent, etc. Le poème proposé ici est un sélénet auto-beau présent.
Pour le vocabulaire:
– lète : barbare affranchi, mi-libre, mi-serf
– ensens : attesté par wiktionary comme un vieux synonyme de « encens », ce qui m’arrange bien.
Posté sur la liste Oulipo le 27 décembre 2024.

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Systoles

Alzheimer

tous les arbres
que tu as chantés
poétesse au sourire frais
se dressent-ils encore à la cime des collines
se souvenant pour toi d'émois que tu partageais avec le vent plein de caresses

la mémoire
doucement s'en va
seul le sourire t'est resté
et ton amour des plantes des bêtes des enfants

plus de mots
juste quelques peurs
dont il faut te réconforter

moi je sais
que tu as chanté

tous les arbres

Un bigollo pour celle qui entre aujourd’hui au Cantou.

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Le prix de la vie Uncategorized

Pavel Kouchnir

Fol qui Birobidjan voit sans mortel chagrin,
geôle où, bridé, fervent, presque en Chine, homme jeûne.
Du piano chant bloqué jamais gel ne prend foehn
quand csar-vamp fait jaillir sang hors bras, du surin.

Champions d'abjecte guerre on vous moque en refrain.
On vomit tanks, chambard, joug, qu'enfle un game open
quand échappe au jeu gain - meurt fils, bru, vieille, ibn.
Joli combat de coqs gave. On chope le frein.

Voilà que soudain, paf ! Juge brun met haro.
Musique ? - Fi. Bel art ? - provoc. Jardin ? - garrot.
Souffler vrai : beau projet, risque chargé d'amour.

L'homme au grave combat qu'on frappe au sourd donjon
Déjà tombe, apaisant ce glauque fleuve Haine.

Ce « sonnet » en bel absent est un hommage à Pavel Kouchnir, pianiste mort récemment dans une geôle poutinienne à Birobidjan.
Alors que la contrainte de la belle absente ( ou bel absent ) ne permet usuellement de coder que les lettres valant moins de 10 points au scrabble, je code ici le K par un vers où exceptionnellement cette lettre apparaît tandis que sont présentes toutes les lettres valant moins de 10 points. Cette méthode m’interdit, dans les autres vers, l’utilisation d’une lettre à 10 points.
Il manque un vers à la fin : c’est normal, sachant que le héros était achevé. Pour la rime bizarre amour/haine, j’avais au départ pensé mettre le fleuve Amour mais le R est interdit au dernier vers ; une rime en haine est aussi impossible, le N étant prohibé en antépénultième.
Toutefois ces commentaires ne signifient pas que je rejette l’hypothèse d’une mort naturelle, possible puisque ce brillant musicien arrêté pour sa dénonciation de l’agression contre l’Ukraine était en grève de la faim.

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Oripeaux

Patte blanche

Chèvre pourquoi ces pleurs amers ?
-- C'est pour mes chevreaux
-- Tu les aimes ?
-- J'aimais
-- Quoi ?
-- Las !
La pauvre mère sanglote.
-- Chèvre !
Chèvre !
Dis-moi.
-- Mes petits,
Mes pauvres enfants,
Le loup me les a dévorés.

Je ne comprends pas
Qu'a-t-il fait ?
-- Je sais
-- Toi ?
-- Oui.
La chèvre regarde l'inconnu.
-- Parle.
-- Oh,
facile :
il a su
montrer patte blanche.

-- Qu'en sais-tu ?
-- Approche
-- Là ?
-- Là
La chèvre veut savoir.
Et
Hop !
Le loup...
c'était moi !

Joli !
Non ?
Dis !
Il engloutit sa proie, content de lui.
Bien,
Loup,
trop fort !

Brute ?
Non.
La mère a rejoint ses petits.
Tchin
tchin.

Bon
Il lave sa patte farinée.
Baste !

Et le loup, ma foi, trouva cette demeure à son goût.

Petit essai d’adaptation de la structure de bigollo à la suite de Fibonacci prolongée dans les négatifs … 5 3 2 1 1 0 1 -1 2 -3 5…, une idée proposée sur la liste Oulipo par Rémi Schulz. Aux nombres négatifs j’ai associé des éléments de dialogue interrogatifs, aux positifs du dialogue affirmatif. Aux zéros des phrases hors dialogue, sortes d’indications scéniques. Le choix s’est porté sur des strophes symétriques entre négatifs et positifs, avec comme d’habitude une diminution progressive des strophes.

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Systoles

impression, fin d’après-midi

jaune bleue
verte rouge orange
les tentes parapluies en grappe
illuminent le passage sous la voie ferrée
les enfants en lambeaux dardent leurs grands yeux tandis que tonitruant le train roule
quelques plots de béton séparent le tracé piétonnier d'étranges campeurs qui recomptent quelques gadgets à vendre à la sauvette

où vont-ils
les piétons pressés
se hâtant vers la belle gare
aux rames qui s'ébranlent au nord à l'est au sud
sans que leur regard las rencontre celui de ces enfants doux et multicolores

deux fillettes
entourent leur père
en fauteuil de handicapé
il sourit et sort d'un sac en papier l'abricot

son poignard
brille il tranche et tend
à chaque fille une moitié

la cadette
rose de plaisir

bat des mains

Bigollo, peint d’après nature.
Publié sur la liste Oulipo le 29 juin 2024.

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Scellés n’aie

Poserai dans l'urne
mon petit papier,
habitant nocturne
de ce noir guêpier.

Ô luise l'Aurore
que veut me ravir
la junte sonore
prompte à m'asservir.

À l’occasion des élections législatives imminentes, un sélénet de circonstance.
Posté sur la liste Oulipo le 17 juin 2024
.

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Oripeaux Uncategorized

il ondule

il ondule près de toi
dans son habit de feuilles mortes
il te regarde sans sourire

il renifle tes fleurs
somnole au pas de ta porte
regarde par ta fenêtre

tu ne le vois pas
parfois le vent l'emporte
puis la nuit le ramène

autour de toi
sa présence forte
sa main qui te frôle

il te suit
sa marche torte
toujours claudique

il boit
la cohorte
de tes larmes

froid
avorte
tes rêves

𝄽
sorte
l'Autre

Boule de neige fondante de strophes : chaque strophe, de structure n/n+1/n+1 , est formée de vers de longueur diminuée d’une syllabe par rapport à la strophe précédente. Pour la dernière strophe, on doit tomber sur une structure 0/1/1 et pour ce faire le premier vers est juste constitué d’un soupir (symbole musical pour un silence d’un temps).
Publié sur la liste Oulipo le 6 juin 2024.

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rite n’y a mal

aidez moi
ils nous auront toutes
yeux lourds effrayantes rumeurs
à mort ils nous assignent tels yaks loups et requins

au matin
ils nous auront toutes
yeux lutés entravées rouées

après moi
ils nous auront toutes
yeux livides

étranglées

répudiées

4 avril: Journée internationale pour la défense d’Amina Tyler. Cette jeune Femen tunisienne est menacée de mort. Ce texte est un acronyme itéré sur le nom d’Amina, composé en bigollo. Comme souvent dans mes poèmes, le titre est une anagramme.
Posté sur la liste Oulipo le 23 mars 2013

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Belem

Le Belem est entré,
bel emblème des rêves.
Espérez belle trêve
en ces temples serrés.

Des éphèbes verrez
en cette fête brève
déferler en ces grèves,
en légende ferrés.

Versent lèvres de fer
des prêtres de l'enfer
des versets et des gestes.

Dès l'été regelé
de ces révérends prestes
serez décervelés.

Entrant à Marseille le 8 mai, le Belem, monovocalisme en E, m’a inspiré par sa sonorité la forme de ce poème montrant peu d’illusions sur la sincérité de l’idéal olympique en France.

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Oripeaux

La fugue de la fillette

Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait sur un sombre passage dont la voûte basse laissait deviner à son extrémité la courette enserrée entre des murs aux pierres sculptées de figures grotesques.

On vit paraître dans la lumière empoussiérée une fillette sale et malingre serrant sur son cœur une poupée désarticulée.

Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait. On vit paraître un sombre passage. La lumière de la voûte basse empoussiérée laissait deviner une fillette. Sale à son extrémité la malingre courette serrait son cœur. Une poupée enserrée entre des murs aux pierres désarticulées sculptées de figures grotesques.

On vit paraître le portail. Le portail de bois noirci. La lumière empoussiérée par le bois des ans ouvrait un sombre passage à une fillette noircie par les ans. La voûte basse s’ouvrait, sombre et sale, lui laissant le passage. On devinait ses extrémités malingres sous la voûte qui la serrait. Dans la courette son cœur se laissait enserrer entre les murs dont se devinait l’extrémité des pierres sculptées.

Une poupée dans une courette, une figure enserrée entre des murs.

Sous ces curieuses pierres le portail de bois sculpté s’ouvrait sur un vieillard grotesque. Il agita des bras désarticulés et sa maigre figure, sombre dans le passage noueux, poussa un cri terrible qui résonna, grotesque, sous la voûte basse. La cour laissait deviner la fillette qui disparut à son extrémité.

On vit paraître ce curieux vieillard dans la lumière entre les murs empoussiérés. La fillette agita des pierres de ses bras sales et malingres. Serrant sur son maigre cœur une poupée à la figure noueuse, elle poussa un cri terrible qui résonna, grotesque, dans la cour. Et la fillette, désarticulée, disparut.

Un curieux vieillard agita des bras maigres et noueux, poussa un cri terrible qui résonna dans la cour.

Le portail -ce portail de bois noirci par les ans- Le portail de bois s’ouvrait sur un sombre passage. La voûte basse, le bois noirci, laissaient deviner les ans. S’ouvrait à l’extrémité du sombre passage noirci par les ans une courette. La voûte basse s’ouvrait, sombre passage enserré qui laissait deviner à son extrémité les murs de la courette. Des pierres sculptées, une voûte basse, laissaient deviner une figure à l’extrémité grotesque enserrée entre les murs. Pierres d’une courette enserrée entre des murs sculptés. Pierres sculptées de figures. De figures grotesques ! Grotesques !

Et la fillette disparut.


Grand admirateur de Jean-Sébastien Bach, que je pense être l’un des plus purs Oumupiens, j’ai cherché  -un peu à la façon de Douglas Hofstadter dans son monumental Gödel, Escher, Bach–  à quoi pourrait ressembler un équivalent littéraire d’une fugue à trois voix. La fugue a sur moi un effet presque hypnotique et je me disais qu’il pourrait en être de même en écriture. Je ne suis pas sûr d’y être parfaitement parvenu, mais c’est en tout cas très curieux comme exercice.
Dans ce texte on voit apparaître un sujet
« Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait sur un sombre passage dont la voûte basse laissait deviner à son extrémité la courette enserrée entre des murs aux pierres sculptées de figures grotesques. »
et un contre-sujet
« On vit paraître dans la lumière empoussiérée une fillette sale et malingre serrant sur son cœur une poupée désarticulée. »
(Une différence avec la fugue musicale est que cette seconde phrase est d’abord exposée seule avant d’être mêlée au sujet en contrepoint)
Dans le développement qui suit, un second contre-sujet fait son apparition
« Un curieux vieillard agita des bras maigres et noueux, poussa un cri terrible qui résonna dans la cour, et la fillette disparut. »
Le poème s’achève par une strette où les trois voix entrelacent le sujet, puis en l’absence de cadence, d’un court élément du second contre-sujet.
La première de ces trois phrases décrit une maison réelle vue dans un vieux village ardéchois.
Posté sur la liste Oulipo le 1er décembre 2019.

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