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Caravelle déroutée 2

un jour
l'homme à la figure grise
fut maître

en déchargeant ses mousquets
s'est emparé du navire
alors
nous qui voguions vers l'azur
nous avons perdu le cap
louvoyé contre le vent
la cale
fit embourrer de son or
de son fabuleux trésor
et la coque s'enfonçait

fuyant la fange l'eau trouble
les uns
ont rejoint d'autres esquifs
les autres

se sont laissés débarquer
sur des rives désolées

en pleurs
ils ont vu la voile bleue
d'un vent orgueilleux gonflée
disparaître sans un signe
adieu
compagnons que nous aimions
hélas
plus personne n'a les cartes
nul ne scrute le sextant  
et moi
je rêve au fond de la cale
de cette nef et je sombre

On donne ici une seconde version du poème précédent, dans laquelle seule la longueur du dernier vers est modifiée, faisant apparaître un tog ( à 4 coupures donnant des hogs ) : 2+7+2 + 7+7+2+7+7+7+2+7+7+7 + 7+2+7+2 + 7+7 + 2+7+7+7+2+7+2+7+7+2+7+7. Le poème a été redécoupé, les strophes successives laissant apparaître ces quatre coupures.

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Caravelle déroutée

un jour
l'homme à la figure grise
par force
en déchargeant ses mousquets
s'est emparé du navire
alors
nous qui voguions vers l'azur
nous avons perdu le cap
louvoyé contre le vent
la cale
fit embourrer de son or
de son fabuleux trésor
et la coque s'enfonçait
dans la fange d'une eau trouble

les uns
ont rejoint d'autres esquifs
les autres
se sont laissés débarquer
sur des rives désolées
en pleurs
ils ont vu la voile bleue
d'un vent orgueilleux gonflée
disparaître sans un signe

adieu
compagnons que nous aimions
hélas
plus personne n'a les cartes
nul ne scrute le sextant  

et moi
je rêve au fond de la cale

qui sombre

Ce poème était joint à ma réponse à un correspondant s’inquiétant de la disparition de plusieurs représentants appréciés de la twittérature, qui ont déserté ce réseau social à la suite de l’appropriation de celui-ci par Elon Musk. Sa structure articulée en vers de 2 et 7 syllabes suit un processus d’augmentation/diminution s’inspirant un peu de celle du bigollo. On pourrait appeler cette forme « bigorno » par référence à la bigorne, enclume pointant dans les deux sens
Gilles Esposito-Farèse m’a signalé qu’en modifiant la longueur du dernier vers, ce poème devient un tog. Ceci m’a amené à faire une seconde version de ce poème, qu’on trouvera à la page suivante.

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Macrhonte neuf trois

C'était un président haïssant peuple et plèbe.
Bâillonnait les élus, les juges enchaînait.
Sa police à tous les carrefours ratonnait.
Survolait en avion les manants de la glèbe.

Ignorait ce pays où splendide le grèbe
orne les vertes eaux qui mirent le genêt.
Méprisait l'ouvrier et traitait de benêt
l'humble sage grattant le sol où croît la cèbe.

Il fit trimer les vieux, casquer les affamés,
riant de ces enfants qui erraient désarmés,
quand l'argent aux puissants gonflait la tirelire.

C'était un président par son peuple haï.
Il ne savait entendre et refusait de lire.
La stupeur le saisit quand son camp le trahit. 


La présidente macroniste de l’Assemblée Nationale annonce aujourd’hui 7 juin 2023 que les amendements pour restaurer le projet de loi déposé par le groupe LIOT visant à abroger la réforme des retraites ne seront pas examinés. Après les articles 49-3 et 49-1 le gouvernement a trouvé encore le 40 pour priver les députés de tout débat sur cette réforme. Ce sonnet est de circonstance.

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Dans l’abri chante une soldate

Une
chanson
ressurgie
du monde heureux.

Chanteuse
enveloppée
mystérieusement
des lumières mal affirmées.

Son
froid du
souterrain,
qu'amuït ténèbre.

Sourde peur
imprégnant, indicible,
diffuse, leurs regards enflammés
accompagnant intensément lente cantate.

Soldats
rêvant chacun
aux candeurs, tant mutines,
des enfants jadis exaltés.

Balancement
lent, nostalgique, quand soudain
obscurément revivent lointaine amitié,
renaissant après harassantes années. Parenthèse atone.

Slave
chant triste
vogue au seuil
du cœur blessé.

Nuit mourante
annihile, mauvaise,
toutes poésies illuminantes.
Quelle solitude environne bataillon.

Dressés,
alors ils disent,
en tremblant, le soleil
toujours brillant quand chant entonnent.

Et
ce chant
va gaiement.

La tetraktys est une contrainte inspirée de la figure du même nom de Pythagore

illustrant la formule 1+2+3+4=10 , et à laquelle ses disciples attachaient un véritable culte.
Comme contrainte, la tetraktys consiste en 10 strophes de 4 vers comportant respectivement x, 2x, 3x et 4x syllabes (une telle strophe sera désignée Sx dans la suite). On disposerait alors dix strophes de la façon suivante:

         S4 
      S3    S3 
   S2    S2    S2 
S1    S1    S1    S1

Par commodité, ceci est linéarisé de la façon suivante : S1 S2 S1 S3 S2 S4 S1 S3 S2 S1.
Commencée il y a assez longtemps, et remise jusqu’à aujourd’hui faute de temps, cette tetraktys est telle que dans une strophe Sx est appliquée une sympathie stricte d’ordre x. Ce poème était inspiré par une vidéo en provenance d’Ukraine que je ne retrouve malheureusement pas.
Posté sur la liste Oulipo le 11 mai 2023.

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Le matin m’a réveillé

Le matin m'a réveillé
D'un coup de soleil sur le nez

J'ai trouvé le sucrier
La tranche de pain beurré
Le bol le café passé
La baie au verre embué
Comme toujours au déjeuner

Sans hâte j'ai enfilé
Ma doudoune en gros duvet
J'ai bien refermé le loquet

Sur le trottoir déserté
J'ai reniflé le vent frais
La bourrasque m'a giflé
D'un envol échevelé
Je suis parti sans hésiter

Des heures j'ai cheminé
Tassant la neige du pied
Par les champs immaculés
Et les taillis dénudés
Seul ébloui déboussolé

Mais sans savoir où j'allais
Comme un démon l'œil mauvais
Comme un cheval emballé
Ce jour enfin je savais
La question que j'allais poser

J'étais si désespéré
J'étais si près de m'étouffer

Marchai toute la journée
Entre les arbres parés
De cristaux illuminés
Par le soleil maigrelet
D'un hiver endimanché
Mais point ne les ai regardés

Une rumeur m'a guidé
Au fond d'un versant mauvais
J'ai couru dégringolé
Et dans la nuit qui tombait
Ce que je cherchais j'ai trouvé

Roulant de son flot altier
Des blocs de glace dorés
Par l'astre qui s'endormait
Il passait sans s'arrêter
Calme puissant et secret
Le grand fleuve qui murmurait

Sur la berge me tenais
Silencieux les yeux fixés
Sur le courant que menait
Une étale volonté
Et dans mon cœur j'entendais
Sa lente voix qui me parlait

Que viens-tu me demander
Ne dis rien je te connais
De solitude enveloppé

À mon bord tiens-toi penché
Tes mains viens les immerger
En mon tourbillon léger
Longuement lave tes pensers

Je vais sans rien posséder
Sans devoir sans exiger
Nul ne m'attend sur un quai
Tu me regardes je vais
Quand auras les yeux fermés
Sans ton souvenir j'irai
Dans la clameur d'éternité

Longtemps je l'ai contemplé
Je sentis à mon côté
La douleur se dissiper
Qui m'empêchait de respirer

Et je sus tel le galet
Au fleuve prise donner
Le laisser me retourner
Me soulever m'emporter
Sans savoir où me menait
Douloureux sourd insensé
Ce courant où je n'avais pied

Lors je compris qu'étais né
Ce jour et qu'appartenais
À la vague que gonflait
Sans la moindre volonté
Libre de nécessité
Ce grand mouvement ondulé

Vous dieux que j'ai désirés
Êtes-vous morts crucifiés
Êtes-vous au monde nés
Dans le vide illuminé
Je suis par le fleuve entré
Épousant le long filet
D'une fluante pauvreté

Comme dans « Clotilde » de Guillaume Apollinaire, chaque strophe est composée de vers de 7 syllabes, et d’un dernier vers de 8 syllabes. Ce poème avait déjà inspiré la forme clotilde introduite par Annie Hupé.

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14 avril

Aujourd'hui 14 avril,
jour de divorce pour la France.
Le président n'a plus
rien à entendre de nous.
Nous n'avons plus
rien à entendre de lui.

Le sel est répandu sur notre terre
le sable du désert a envahi nos rues
les nuages ont semé la nuit dans nos cœurs.

Nous prendrons des pelles
pour lutter contre le sable,
des armes pour chasser les nuages,
de l'eau pure pour laver notre terre,
afin qu'un jour
regerme la graine
de la fraternité.

Le 14 avril 2023 le Conseil Constitutionnel entérine une loi imposant 2 ans de travail supplémentaires pour l’obtention de la retraite, sans justification économique, en dépit de l’opposition de la population, en bafouant le rôle de l’assemblée nationale, par la seule volonté d’un président autocratique.

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Nomenclature

Ya ceux qu'ont l'frigo plein, ya ceux qu'ont pas d'frigo,
mais le plus triste, ami, c'est ceux qu'ont l'frigo vide.
Ya ceux vêtus de lin, ceux en toile à cargo,
mais qu'ils ont froid, mon gars, ceux qu'ont rien sur le bide.

Ya ceux qui sont au club, ceux dans le marigot,
et ceux errant avec le tampon « apatride ».
Ya ceux qui jactent bien, ceux au parler nigaud,
ceux dont nul mot ne sort de la lèvre livide.

Ya des merdes de chiens sur le trottoir et puis
des tas plus gros fondants comme au sortir d'un puits.
Une main qu'on tend sort de cette masse inerte.

Ya ceux qui donnent pas, ceux qu'ont pas un radis,
Ya ceux dont l’œil humide en cette rue déserte
voit l'homme qui aima, voit les songes maudits. 

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Fées

C'est l'histoire
d'un plafond de verre.
L'histoire d'un prince charmant,
l'histoire de Perrette brisant son pot au lait,
de la marâtre aux jambes velues et de la jeune fille pure aux mains si douces.

Forcément :
elle n'est pas sûre,
elle n'a pas assez de punch.
Elle se recroqueville avant de se lancer.

Délicieuse...
Grâce et fantaisie...
Elle apporte tant de fraîcheur...

C'est l'histoire.
C'est pas vrai, bien sûr.

Pas chez nous.

Bigollo composé le 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

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Anniversaire

Un ciel bleu.
Une terre jaune.
Des missiles zébrant le bleu.
Mines dans le jaune et le paysan se désole.
Marron blindés, marron fumées et gaz, marron les ruines, marron les uniformes.

Regard bleu,
peau sèche peau jaune,
cadavre dans la flaque bleue.
Sous la belle jupe jaune, douleur sans remède.

Du lin bleu
choit corolle. Jaune.
L'hiver étale sa rancœur.

Le ciel bleu
sur la terre jaune.

Bleu, pourtant. 

Ce 24 février, c'est le premier anniversaire de l'agression militaire perpétrée par la Russie de Poutine contre l'Ukraine. Guerre inhumaine toujours pas terminée. Ce bigollo pour commémorer ce triste jour et saluer la résistance du peuple ukrainien.

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va brûle ton voile

va brûle ton voile
coupe ton licou
désarme le squale
brise son six-coups

scintille l'étoile 
fleurit le coucou
déchire le poêle
relève le cou

Sélénet en l’honneur des femmes iraniennes.

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