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allons enfants

allons enfants longtemps bercés
le lange entravant bras et jambes
va-t-il enfin vous libérer

entendez-vous le vent frais qui vous invite à le suivre au delà des  blés courus de vagues argentées pour jouer avec lui dans les futaies profondes

allons enfants de la patrie
le jour du grand large est levé

 

allons enfants à quatre pattes
la barrière au boulier pimpant
du parc s’ouvrira-t-elle en grand

devinez-vous derrière les ombres qui vous rassurent ce soleil ce désir ce basculement du haut et du bas cet énervement de rires et coups de poings cette faim déçue ce trésor débordant de perles irisées

allons enfants de la patrie
le jour de fièvre est arrivé

 

allons enfants inconsolables
la tétine aux lèvres boudeuses
va-t-elle ôter son clapet gris

ressentez-vous l’autre présence qui vous fait la courte échelle dans l’obscurité curieuse où votre maraude s’enfonce

allons enfants de la patrie
le jour de vertige est levé

 

allons enfants bien élevés
votre masque tombera-t-il
il empêche de respirer

sentez-vous dans vos bras qui l’étreignent le poids la chaleur le tressaillement de ce corps au votre enlacé

allons enfants de la patrie
le jour de l’homme est arrivé

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le minotaure

elle est assise au bord d’un terrain vague
sans un mot
drapée dans un linge grisâtre elle attend immobile

des voix d’hommes récitent les écrits sacrés
se répondent en accéléré
les yeux sont durs mentons levés

Minotaure est par ici
sentez-vous le sol vibrer sous sa danse titubante
entendez-vous contre les murs de pierre le choc de ses cornes trop grandes
respirez-vous son odeur de bête
Minotaure aujourd’hui veut la femme

elle ne bouge pas sous les insultes
elle ne s’enfuit pas
aucun souffle de vent n’agite la bure sur sa tête

de sages chefs jugent et condamnent en chantant
tous les visages sont souriants
que s’avance l’homme vêtu de blanc

Minotaure est ivre
le sang déborde de sa chope qu’il balance
un vertige envahit l’esplanade qui se soulève et tangue
des vapeurs fétides brouillent la lumière
Minotaure aujourd’hui veut la femme

beau servant d’office joli froc
droit sur ses ergots de coq
spadassin blanc porteur d’estoc

elle ne sursaute pas au cliquetis du cran
elle se tient redressée devant la kalashnikov

elle est tombée




Note : ce poème m’a valu le beau commentaire en homophonie de Gilles Esposito-Farèse :

Probant talipot

Une violence à cris ficelés de barbarie
veut qu’atrocement cesse à Qimchok
une vie, ô lent sacrifice ! Les deux
barbes arrivent : quatre ossements…
C’est ça qui me choque.


J'avais répondu :

Où lit poète, ois: « Qu’ont damné là beaux minables ?  »
Oulipo et toi condamnez l’abominable

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Paulette Nardal

Paulette Nardal
Alluma le noir
Un jour où l'espoir
Lisait le journal.

Esclave ? Animal ?
Tenta faire voir
Trésors qu'un pouvoir
Écrase, fatal.

Nègre fièrement
Avance, clamant
Radieuse beauté.

Dépouille le froid,
Arbore l'été.
Le chemin court droit.


Le 12 octobre 1896 naissait Paulette Nardal, aujourd’hui honorée après un long oubli, pour avoir joué un rôle premier dans la naissance de l’idée de Négritude. Pour cet anniversaire, j’ai suivi la contrainte de potence récemment proposée sur la liste oulipo par Michel Clavel la définissant ainsi : « Le premier vers est acrostiche et donne le mètre aux autres vers. »

Le prix de la vie : précédent – suivant

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Ballade damascène

On ne voit en ce funèbre goulet
Nulle couleur, nulle courbure belle.
Rien que pruine, rien que béton croulé
En ce long bourg qui penche et encorbelle,
Piège terrible, grotte où le cœur gèle.
Ni tourterelle en ce ciel boutonné,
Ni ritournelle, ni vol effréné.
Tige ni feuille le tronc noir ne porte.
Herbe flétrie, terre-plein retourné.
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Tel un fleuve qui peine pour filer
Pour ce qu’un bief étreint le flot rebelle,
En ce couloir fou grouille refoulé
Un cortège lent, et l’heure cruelle
Tourne. Que cherchent en cette ruelle
Jeune, vieux, fille, peuple confiné,
Front penché, lèvre pincée, œil tourné ?
Foule qui peine, piétine, reporte
Lutte et foi, pour ce vivre portionné.
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Qui voit en cette robe, en ce gilet
Revêtu pour un jour en bleu prunelle,
Ce linge noir terreux, ce cou brûlé,
Coton bourré, brune coulure grêle,
Cette terreur qui hurle nue et frêle ?
Qui lit en ce bel œil vif étonné
Le récit horrifié qui vient ruiner
Le rêve en toute nuit lugubre et torte ?
Et ce ventre que brûle trop jeûner ?
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Peuple en tout lieu répète un cri tonné
Qu’en linceul jette un prince forcené.
Elève une voix inflexible et forte :
Que ceux qui pleurent voient le jour tourner.
O quel vent fier peut ouvrir une porte ?

Cette photo prise par un représentant de l’ONU montre une distribution de vivres le 31 janvier 2014 à Yarmouk, faubourg de Damas peuplé de réfugiés palestiniens. Elle m’a inspiré cette ballade lipogrammatique : en sont absentes les lettres du mot DAMAS.

Une interprétation musicale m’a été offerte par Jacques Ponzio, lisant le texte accompagné en improvisation par lui-même au piano et par le violoncelliste slovène Cosic. À écouter ci-dessous :


Posté sur la liste Oulipo le 8 mars 2014.

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Le Talipot

Il dresse vers le ciel son tronc de colosse. La brise d’orient berce l’éventail de ses feuilles démesurées. Leurs dentelures découpent dans l’espace des jaillissements étoilés qui rythment le regard.
Vénérable vieillard, l’arbre se tient très droit, ému du murmure maladroit des amants qui dissimulent leur bonheur dans la pénombre complice de sa ramure.
Ce matin des enfants ont poussé un grand cri: regardez le talipot, il a fleuri ! Les villageois se massent en cercle au pied du centenaire. Jamais au fil des ans ne lui était venu cette parure immaculée. Il projette orgueilleusement ses longues tiges constellées de perles de lumière.

Sait-il, ce grand palmier dont la stature impose le respect, sait-il que cette éclosion fulgurante sera suivie, dans peu de temps, de sa mort ?

Dans les yeux de tous ceux qui sont venus l’entourer, ces yeux émerveillés par ces inflorescences nacrées, on voit l’ombre du désespoir. Le sort a jeté son verdict sur l’arbre téméraire qui défie le créateur par une si parfaite beauté.

Le talipot ce matin a fleuri, et de sa cime un panache de neige se courbe majestueusement en scintillante giboulée.



Merci à Isabelle qui m’a autorisé à reproduire la photo du talipot sur son site « Isa Bidouille ». On reconnaîtra également une partie de cette photo dans le bandeau d’en-tête de ce blog.

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si la chaise

si la chaise est confortable
lève toi d’un bond
si tu vois la lumière
crève ton œil
si le toit te garde au sec
arrache les tuiles

quand le tourbillon te déportera
que ton sang répandu brouillera ta conscience
que le froid percera ton rein de seringues fulgurantes

ne regarde pas en toi
ne regarde pas derrière
accompagne la glissade sans espoir

des couleurs hallucinées te gifleront au visage
des sonorités noires sueront du sol englueront tes oreilles
de glaciaux attouchements se loveront sur tes jambes
tes souvenirs s’arracheront
laissant des plaies qu’un acide empêchera de cicatriser

as-tu peur
oui tu as peur
allonge ton pas exténué
tu es sur la route poisseuse
qui mène à ce que personne ne veut rencontrer
allonge le pas



Publié le 20 mai 2012

 

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totalement indécis

sans savoir quoi
dans un parfum de terreau
les yeux crevés
dire et répéter
parce que trop de bruit dans le moteur
avec une branche de thym
qu’elle sent bon cette branche
et demain qui viendra
demain pour emporter qui
vociférant comme un malade
car elle est là la maladie
du calme camarade qu’est-ce qui te prend
et dans le vent tiède venu d’afrique un brin de laine bleue
pendant que la radio inaudible pile usée
j’ai vu le portier qui claudique
dans son habit noir
merde où est mon ticket de réduction
indifférent à la sitelle qui s’échine
tête en bas dans un roulement de bec
car la réunion est reportée
le fourneau s’est éteint
bientôt le contrôle technique
la marmotte figée droite sur son terrier
à quoi bon de toute façon ils n’apprennent pas leur cours
dieu la tête du nouveau ministre
merci
aujourd’hui quelqu’un m’a dit merci
car la datation carbone quatorze
je regretterai toujours
le portier avec son chien marron
qui bave et bande ses muscles terrifiants
tandis que jésus pleure sur la bande d’arrêt d’urgence

Publié le 18 mai 2012

 

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germination

un jour pareil aux autres
un jour de plein soleil
tu te lèves
et tout a basculé dans la grotte aux mémoires

que s’est-il passé hier
qu’as tu dit
qui t’a crue
devant toi le vertige d’un grand désert blanc

les amis les bonheurs les rires
des moments graves le poids de la vie
un défilé d’images fiévreuses
s’enroule en accéléré dans tes yeux

un jour coché en bleu
sur le calendrier
tu frissonnes
et tu tournes le coin du porche familier

demain tu seras sur la route
tu franchiras des ponts de lianes
tu trouveras des sources dans les regs
tu dresseras des abris tièdes
tu feras chanter des enfants

le soir quand une langueur te bercera
au souvenir des forts instants du jour
se mêleront dans tes rêves
des visages gravés dans l’or des remembrances
le havre de longues étreintes
l’ivre abandon à l’amitié


Publié le 30 mars 2012

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quine

ce matin les enfants sont sortis dans la rue
la ville était emplie de leurs appels joyeux
quand les parents toujours reposaient endormis
les oiseaux n’avaient pas encor lissé leurs plumes
les gouttes de rosée brillaient dans le soleil

après avoir joué à un deux trois soleil
repeint d’un arc en ciel les plaques de la rue
après s’être affublés de parements de plumes
ils se sont élancés en défilé joyeux
leur rire a réveillé les clochards endormis

vous qui souffrez du froid tristes corps endormis
venez vous réchauffer au baiser du soleil
et partager notre soulèvement joyeux
venez prendre d’assaut le pavé de la rue
répandre dans le ciel un nuage de plumes

ils ont ouvert la cage du serpent à plumes
d’un souffle ont libéré les elfes endormis
dryades et chi lin ont envahi la rue
tous se sont accrochés aux rayons du soleil
pour grimper dans le ciel en rigodon joyeux

les larmes ont séché dans un souffle joyeux
les haillons ont fait place au chatoiement des plumes
la glace de nos coeurs a fondu au soleil
des rêves doux ont caressé les endormis
et des bosquets de fleurs ont recouvert la rue


Contribution tardive au printemps des poètes. thème = enfance
Contrainte oulipienne: Quinine = choix de 5 mots placés en fin de vers. Dans chaque strophe ils sont disposés selon une permutation 12345 -> 51423 -> 35214 …

Publié le 18 mars 2012

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Les yeux fermés

Ce qui aujourd'hui se passe en Israël
donne la claire mesure
de ce qu'est devenu le sionisme

J'ai un grand respect pour la religion Israélite
et un intérêt plein d'affection pour le peuple Juif, sa culture bien vivante et ses traditions préservées
mais je condamne le sionisme

Ce qui a pu sincèrement être pensé comme un mouvement de libération
comme l'aspiration à vivre dans un pays de paix et d'amour
comme un rempart contre le racisme antisémite et les agissements les plus noirs envers les Juifs
se présente maintenant comme une entreprise coloniale
comme ce qu'un président français a pu déclarer crime contre l'humanité
comme un régime d'apartheid
dans lequel un peuple entier est plongé dans le mépris l'humiliation et l'asservissement

Les dirigeants français ont édicté qu'être antisioniste
était une forme d'antisémitisme
Ils ont tort
Qu'ils m'emprisonnent s'ils le veulent
mais je condamne le sionisme

Le ministre de l'intérieur interdit
les manifestations à Paris contre les violences israéliennes
Il a tort
car l'histoire se souviendra
des yeux fermés de la France
Pour moi
je condamne le sionisme 

Écrit lors des graves événements survenant en Israël, provoqués par la décision d’établir de nouvelles colonies en expulsant les habitants Palestiniens, et qui font des dizaines de victimes dans la population civile. Ce texte est motivé par l’attitude du gouvernement français dans cette circonstance.

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