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Désarrimage

Aux profondeurs du bleu que mire l'eau du lac
j'enfouis mon visage et cette larme amère
dont il se voit salé plus que l'horrible mer
où le vent sans pitié raille et le hauban claque.

Tu as laissé le mont, le névé, le sérac,
où le torrent luisait de son rire de verre,
me quittant pour aimer au pied du vétiver
quelque marin fougueux menant fière caraque.

Je dérive aux ubacs, privé de gouvernail,
écoutant du troupeau le glas de la sonnaille,
cherchant l'accueillant piège ouvert sur un aven.

Et là, pour oublier ton parfum qui m'attire,
et ces lieux habités d'une espérance vaine,
par un ultime envol, comme toi, veux partir.

Peu d’oulipisme pour ce sonnet faisant rimer les féminines avec les masculines.
Publié sur la liste Oulipo le 16 juillet 2023.

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Le héron

Le héron
tourne en rond, maudit.
Très frileux :
« Étourdissement
met en fers !

- N'entrez, mendiant. Trop
frimez. Trotte enfer. »

Poursuivant son travail actuel sur les diagonnets obliques ( textes dont les syllabes, mises sous forme de tableau, peuvent être parcourues d’une seconde façon, en oblique, redonnant le texte initial ) Gilles Esposito-Farèse expérimente une disposition du tableau inclinée à 45°, dans laquelle on peut lire le texte par un parcours en lignes ou en colonnes. Les carrés sur pointe de Gilles m’évoquent une croix. On pourrait penser à allonger les quatre bras de cette croix, comme suit, obtenant un total de 29 syllabes.

                 le
                  é
            ron tour nan
        ron mau  di  trè fri
  le é tour  di  se  man  mé tan fer
        nan tré man dian tro
            fri  mé  tro
                tan
                fer

Le poème qui en résulte est un hypertog, de structure 3+5+3+5+3 + 5+5. J’envisage d’appeler cette variante un croisonnet.
Publié sur la liste Oulipo le 15 juin 2023.

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Laisse étang, lassé

Laisse étang, lassé.
Chant, déchirant lai,
tant d'échos moqueurs :
c'est lâche. Immolai
sans rancœur, censé.

Poursuivant son travail actuel sur les diagonnets obliques ( textes dont les syllabes, mises sous forme de tableau, peuvent être parcourues d’une seconde façon, en oblique, redonnant le texte initial ) Gilles Esposito-Farèse expérimente une disposition du tableau inclinée à 45°, dans laquelle on peut lire le texte par un parcours en lignes ou en colonnes. Le présent poème en est un exemple, selon le tableau représenté ci-dessous.

                 lè
	    sé  tan  la
       sé  chan  dé chi  ran
  lè  tan   dé   ko  mo keur  sé
       la  chi   mo  lè  san
	   ran  keur san
	         sé

Publié sur la liste Oulipo le 11 juin 2023.

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Les importuns

Le crin sur le coeur
Te cale cou le croco
Te vole eau la veuve
Un asin ose le sacre
Du solo sur le corso

S’intéressant à la forme qu’on voit d’une lettre en clignant des yeux -sa silhouette, assimilée à un rectangle comme décrit sur la figure ci-dessous, Gilles Esposito-Farèse a introduit la notion d’homomorphisme littéral, dans laquelle deux vers respectent cet isomorphisme si leurs silhouettes sont identiques. Il en est ainsi des cinq vers du présent tanka.

Ci-dessous la représentation en silhouettes de ce tanka:

Publié sur la liste Oulipo le 7 juin 2023.

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Semence

Corps ! Corps bouillant !
À quand la saison du rut
où pourras, hurlant,

ouvrir ton humus obscur
au labour sanglant du soc ?

Ce tanka fautif est un exemple de clinamen au sens oulipien : le 1er vers n’a que 4 syllabes. Son maintien volontaire alors qu’il est facile d’ajouter une syllabe est conforme aux idées de Georges Perec concernant le clinamen, liberté dans la contrainte.
Comme lipogramme en E, ce poème accompagné de son titre fournit un second exemple de clinamen, l’unique mot du titre ne respectant pas la contrainte.
Publié sur la liste Oulipo le 4 juin 2023.

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Effacer Clémence

Effacer Clémence

Truc dément : étend chenille
avec sauna très violent.
Leitmotiv cérémoniel,
estoc lâche, démentiel.

Fond naïf papillon trop bavant :
tub extrait le fil lucratif.

Travail éreintant assigné à nana
selon traditions régnant.

Voici une nouvelle contribution à « L’oulipien de l’année » que le site Zazie mode d’emploi consacre pour 2023 à Michèle Audin. Le texte avec son titre forment une anakyrielle littérale (ou kyrielle cousue, une contrainte due à Gilles Esposito-Farèse ) : La dernière lettre de chaque mot est identique à la première lettre de son prédécesseur, de façon cyclique, le dernier mot se cousant au premier du titre.
Publié sur la liste Oulipo le 30 mai 2023.

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mère à l’enfant

Va,
voit, vit,
touche tout,
palpe partout.

Bébé
évadé va,
telle petite étoile,
fouinant, tâtant sans fin, tout fou.

Elle le
mène, mamé, à même
sa peau, repère pur espéré.
À ce tiède contact connaît ancienne attente.

Ann a nanan.
Sûre, serre. Susurre « Urus ! »
Elle recèle l'or. Coule corolle ourlée.
Passe instant en suspens. Petit se sent uni au sein puissant.

Tête
calée
en l'aisselle
rit de douceur.

Né en
lune nuée,
n'attend date ni dette.
Aime l'aile sur lui serrée.

Rée ère, erre,
rage égare rāga.
Ésus sème armes, ruses amères.
Mère pleure, implore : pour lui, moi-même meure !

Ni
su la
meute « Mort ! »
hurler ni « Haine ! ».

Été
assassin. Nais,
enfant nu, au néant.
Soir. Froid effare désir roide.

Tôt
sauras
aller seul
où le silence


Ayant récemment repris la contrainte du tétraktys définie en 2015, j’essaie ici une structure modifiée comme me l’a suggéré Annie Hupé, arrangeant les strophes dans l’ordre S1 S2 S3 S4 S1 S2 S3 S1 S2 S1 , qui me paraît une heureuse disposition rappelant le bigollo ( pour les notations, voir la définition sur ma page de contraintes ). On tente ici un tétraktys exagéré en un sens légèrement différent de l’exagération usuelle : ici, dans chaque strophe, le n-ème vers compte n voyelles et n consonnes. Gilles Esposito-Farèse m’a suggéré l’appellation « isostichovocaloconsonantisme ».
Publié sur la liste Oulipo le 22 mai 2023.

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L’amour est un voyage

Éteint,
là, pâle.

L'on attend sa nuit.

Non !

La tête
on secoue.

On s'est tu,
écoutant le noir.

On n'a pas peur.
Nu.

Rien gagné
ni foiré.

Aime, cœur obscur.

Va
d'ornière en coteau,

du terrier
au fond de l'eau.

Te meurtrit dard ?
T'irritent ronceaux ?

- n'alentiront sauts.

Ne crains ni crois.
Erre,

dévie,
dérape, fou.

Loin du bien, du mal,

peau à peau trouve
l'éveil

antan duit
par un émoi neuf.

Là,
plonge en eau lunaire,
riant de ton deuil,

et

la
marée

te
portera au loin.

Ce poème est un essai de codage exagéré. Ça part d’un codage des lettres de l’alphabet en base 5, remplaçant toutefois le chiffre 0 par 5 :

blanc a   b   c   d   e   f   g   h   i   j   k   l   
5     1   2   3   4   15  11  12  13  14  25  21  22  

m   n  o   p   q   r   s   t   u   v   w   x   y   z
23  24 35  31  32  33  34  45  41  42  43  44  155 151

Ceci peut se résumer dans le tableau :

où le symbole & représente les blancs et caractères non alphabétiques.

Étant donné un texte à coder, on construit alors un poème dans lequel à chaque lettre du texte est associée tour à tour une strophe ayant autant de vers que de chiffres dans le code de cette lettre, et telle que dans chaque vers le nombre de syllabes, de voyelles et de consonnes est égal au chiffre concerné. On code les blancs par 5, ainsi que les apostrophes et ( mais ceci peut s’améliorer ) toutes les ponctuations éventuelles.

Par exemple la lettre i, de code 14 en base 5, peut se coder par

« Je
te coderai »

On remarque donc que ceci est un nouvel exemple d’isosyllabovocaloconsonantisme. Dans l’essai ci-dessous, le poème est un codage exagéré de son titre. Voici le codage de celui-ci en base 5 :

22 5 1 23 35 41 33 5 15 34 45 5 41 24 5 42 35 155 1 12 15

Publié sur la liste Oulipo le 15 mai 2023.

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La non consentante

L'étale
roi. On
la tale,
sus : - Non !

Elle -ire-
saut sut.
L'élire ?
- Son su.

Ce muret ( bobet d’ordre 2 ) suit la contrainte d’exagération, aussi appelée isosyllabovocaloconsonantisme introduite dans « Décis, mal en pis » : dans chaque vers on trouve le même nombre de syllabes, de voyelles et de consonnes. Une surcontrainte ajoutée par Gilles Esposito-Farèse impose que soient formés des couples voyelle-consonne apparaissant ensemble dans les mêmes vers, ici
a-t, e-l, i-r, o-n, u-s.
De plus on impose ici une répartition aussi équitable que possible : 3 a, 4 e, 3 i, 3 o, 3 u (4 e pour assurer les rimes féminines ). Les premières voyelles sont placées de façon à lire aeio…u et de même les dernières voyelles. Ceci détermine complètement la composition de chaque vers en voyelles et consonnes.
Publié sur la liste Oulipo le 8 mai 2023.

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Le dol à Dole

Au delà du lit de l’eau dix lieues doit l’idole adulée, dit « le doux lad », aller, dit l’édile: « Deux loups dans lande : à l’aide ! Le deal est de  les delender ». L’édit lu dans la Dole ondulant de l’indolent Doubs, l’a dès l’ide, l’idiot lad allié des lois, duit.

L’Adèle aida lad : elle dit l’ode « Allez dans le Dieu », lui dola d’un long doigt le dos, l’adula, délia du landau le dais. L’on dut lui daller deux lieues de long. Dès le délai dû, le dos laid du lad alla dans l’oued au loin.

Des « l’on dit » l’ont, dès lundi, là, dit lot de l’adieu.

L’Adèle au doux lied alla de l’odieux lot du lad au lit de l’édile.

Une étonnante  version sonore réalisée par synthèse vocale… ( merci à Nicolas Graner !)

  

Nicolas Graner  et Gilles Esposito-Farèse ont donné des démonstrations magistrales de monoconsonantisme dont Nicolas distingue en définissant ce terme une version « phonétique » s’opposant à la forme qui doit s’appeler « littérale » illustrée par Gilles.
On peut de façon analogue définir le « biconsonantisme ». Dans l’essai que voici, phonétique, les deux consonnes s’alternent systématiquement: on peut parler de « biconsonantisme phonétique alterné ».
Posté sur la liste Oulipo le 11 avril 2013.

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