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Nudité

Quelle épreuve plus dure, au musicien poussif,
Qu’exécuter au luth un funèbre prélude
Quand une affreuse pluie, au remous incursif,
Submerge un instrument soudain devenu rude ?

Quel refuge plus sûr, pour un cœur refusé,
Qu’une ruelle aveugle où toutes heures pleurent,
Enfouissant un amour aussi fou qu’abusé
Sous une armure brute, où doux souvenirs meurent ?

Autrefois, pur bonheur. Au jourd’hui sourde nuit
Où nulle lune pour un nocturne sourire
Adoucissant celui qui bruyamment soupire.

Sous une voûte brune, où sourd un creux ennui,
Une goutte parcourt une joue esseulée
Qu’essuie un pouce gourd. Luit sanguine aube ourlée.

Ce sonnet irrégulier met en œuvre une contrainte proposée ces jours-ci par Gilles Esposito-Farèse sur la liste Oulipo. Appelée par lui « singleton », elle consiste à imposer à tous les mots de comporter exactement une certaine voyelle, ici le U.
Posté sur la liste Oulipo le 8 avril 2018.

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Nuit lourde

Bu sky : dort
Un voyou,
Dry, groggy.
Fuyons du
Styx jus mort.

A la suite du texte précédent bâti sur une séquence vocalique exhaustive, Gilles Esposito-Farèse a prolongé l’idée en composant des lipogrammes en certaines voyelles, tandis que les voyelles restantes étaient traitées en séquence vocalique exhaustive (chaque suite de ces voyelles figure une fois et une seule). Comme Gef a exploré à peu près toutes les possibilités j’ai eu l’idée d’ouvrir le champ des possibles en ajoutant Y aux voyelles. Ainsi, le présent texte est un lipogramme en A,E,I tandis que chacune des suites possible comprenant les voyelles O, U, Y figure une fois et une seule.
Posté sur la liste Oulipo le18 août 2017.

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Oiseaux évanouis

Sans frein, court
Le gamin fouinant, en blouson mal teint, qu’un sale pion faf épris d’un ordre aigu
Croit casseur cool, barje.
Fuit quand l’empoignade point sur le charroi qui va
Comme un flot radieux qu’abîme or.

A genoux prient l’amour divin, maroufles, copains, tueurs craignos, réacs, requins.
L’onde audio miaule, colportant un récit puant.
L’œil pas net, un oiseau noircit.
Hauts pontes locaux,
Pieux, aboient.

L’air très doux geint, gazouille ; août dort.
Le gamin,
Qu’une passion d’ailleurs tord, débridant un corps libre,
Au trot sort de la nuit, que sa foi sait œuvre d’ignorants druides prosant sur l’ombre.
Ribauds cueillant sorts.

Maints tourments, désirs, souhaits, secouant son esprit qu’aguerrit son graal, l’insurgé fonce.
Rit quand croise un paon, cœur ravi du léon traînant.
Lit un poème-cri qu’osaient,
Sur coachs, chœurs tribaux
Des noirs trashs.

Grand foehn bisque fort.
L’air mugit, orateur poignant.
Seul lui, calme, ôtant nœuds, liens moraux, l’idiot vague loin, sauvé du frimas fœtal.
Soir de lune.
Soir maudit, roseaux zombis, eau putride, champs morts.

Abolit chute, effroi, sudation, peur, atrocités qu’au ciel oblats marrons cueillent.
Soudain rit, troublant le moi d’un fâcheux violacé.
Chatouille de bouillants ripoux.
Repart, droit, sur l’eau,
Violent, hard.

D’autres mioches nus, gais, poilus, captent son courage.
Fiu d’hoax cléricaux,
D’émois creux.
Sans moisir, quand l’ombre fouaille,
D’un bond laissent la guivre, dont les suit la voix dure ; alors soufflent l’air qu’osent frais.

Chant qui vole en union magique ; mots d’amour, zen, vitaux ; mots déviant au soleil.
Leur corps saisi d’un orgasme où vit l’ange d’un soir,
Dans l’eau noient leur poitrail nu d’hommes.
Là sourient au choc
Sidéral.

Ce texte est bâti sur une séquence vocalique, c’est-à-dire une suite imposée de voyelles. On peut parler ici de « séquence vocalique exhaustive » car on impose que figure une fois et une seule chaque suite possible des 5 voyelles. Il y en a 120, ce qui fait 600 voyelles à placer (Ces séquences ont été intercalées afin d’éviter d’avoir d’abord toutes celles commençant par « a »). Imposant par ailleurs une moyenne de 1,5 voyelle par syllabe, ça donne 400 syllabes, réparties en 8 strophes de 50 syllabes et 75 voyelles. Or, tout comme dans les bigollos, le début de la suite de Fibonacci 3-5-8-13-21 donne précisément 50 syllabes. Pour faire un peu de variété, les strophes sont alternativement, les unes sur le schéma décroissant 21-13-8-5-3 et les autres réordonnées en appliquant à ces cinq nombres une quenine d’ordre 5.
Le respect dans chaque strophe de la moyenne de 1,5 voyelle par syllabe, usuellement facile, est ici rendu assez délicat par la séquence imposée de voyelles, où manquent les « e » tandis que les « u », « i », « o » sont surreprésentés. J’espère que la lisibilité n’en est pas trop affectée.
Posté sur la liste Oulipo le 7 août 2017.

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Independance Covfefe

In this July 4th, the USA celebrate the « Independance Day». On this occasion several members of the list Oulipo join me to offer a gift to the American People for this special day and to President D. Trump for his first creative and useful initiative. All texts are inspired by the word « Covfefe».

Robert Rapilly

 À qu’emprunte Mur
 ô Mexique Covfefe
 fors ta bravitude

Bernard Maréchal

Mystérieux covfefe, bel absent du Harrap’s.

Big Donald, j’ai tweeté le mythe qui vous frappe,
Un jeu privé, chaud, bref, mystère linguistique :
Me suis-je handicapé, cortex frontal qui bouge ?
Nouveau lexicographe, aux bords du JE, mutique,
J’avançai tout blafard, hop ! Samsung au maquis,
Sur mon clavier qwerty je bigophonai, vide.
Puisqu’hybris m’avait fui, j’ai pondu « conjugal ».

Gilles Esposito-Farèse

Lorsque le Donald brame,
notre toile s’enflamme
et j’ose un pangramme.
Mais pour celui-ci
mettre
moins de trente-six
lettres :
Excusez le D. John Trump qui bégaye « kowfeve » !

Bernard Maréchal

Comme on voit fanfaron et farouche étalon,
Crinière orangé vif, fers en feu, encolure
Cambrée, obscène, vil, faire étrons fous, enflure
Crasse, ogre vert, fielleux, en folâtre érection,

Coboille on veut foncer, et fourbir éperon.
Cet ours verbeux fulmine et, fracasse-écriture,
Cabotine ou vagit, feint être fine épure.
Cheveu oint, vieux fripon, et fucking électron,

Cet ovni vaniteux fume et fouaille, ébruite,
Clavier ou voix fébrile, et fausset enroué,
Chef ou voyou, farceur et fâcheux enjoué,

Crie « On verra ! », fébrilement, et fuit ensuite.
Cool ! On vota ? Fiasco ! États font élection !
Clinton, on va flinguer et finir éviction !

Nic Sirkis

When Mike Quigley veut faire barder la perestroïka-jet-set
Vive les gais tweets jutant du fier président qui embaument les archives
À jamais ! La glasnost suffoque, le ketchup déborde
Jusque sur les gris Champs Élysées où les beaux Donald et Macron, TV
Focalisant sous drus flashs, via Jupiton accolant Trump – son big coq-Pinocchio –
Ce mémorable vendredi quatorze juillet deux mille dix-sept, l’heure des geeks :
Du Schtroupf ripoublicain anti-virus au QG du Jupit-Amphitryon ajustant son boxing-gant…

Noël Bernard-Talipo

Un flambeur jargonnant, pris de hoquets, s’en va,
Humant gras champs de blé qu’effluve cajun baigne.
« Qui prit faucheurs latins ? Jobards gâchent mon règne.
Vite mon colt chargé, que plombs dansent java !  »
Gonflant jabot, shampooing brut, coq fait sa diva.
Ses doigts crochus jusqu’Alabama vampent, saignent.
Ca plaît : nasdaq, majors, bigots, hounds font vivat !


Voici les explications jointes par les auteurs :


Robert Rapilly :

    Sur une prosodie haïku caser
    anacoluthe et barbarismes en
    puisant dans l’actualité. La
    gématrie = 555 en 44 lettres
    et les vers sont isocèles si
    police à chasse fixe.... Rbt_

Bernard Maréchal (1) : Belle absente


Gilles Esposito-Farèse : Selon la transcription en morse de Nicolas Graner, les monosyllabes deviennent un point et les dissyllabes un trait :
-.-. / – – – / …- / ..-. / . / ..-. / .
[Et bien sûr le dernier vers est un pangramme]


Bernard Maréchal (2) :


Un sonnet COVFEFE d’acrostiches à plat,
pour un quatre juillet : hommage au cancrelat
twitteur peroxydé, féru de pugilat
verbal, caractériel au sommet de l’État…


Nic Sirkis : Belle absente


Noël Bernard-Talipo : Belle absente


Posté sur la liste Oulipo le 4 juillet 2017.

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le diable qui voulait chanter

Fol venu des cloaques,
complice des termites,
des planches aboutées
que ce géant gravisse !
Qu’aux dames apeurées
fasse perdre semaille !

L’aube de feu émaille
grumes, épines, cloques
qu’aux combes apurées
ébarbent deux ermites,
afin que Dieu ravisse
âmes en croix boutées.

Sous de calmes bouées
va dérivant la maille.
Oh ! L’intrus se ravise,
dit aux hommes cloués :
« Un divin chant émîtes,
ô brasseurs de purées.

« Voix câlines et pures
à mes yeux font buées,
rongés comme, de mites,
lainages mis en malle.
Hommes que j’ai loués,
et qu’à ce jour avise,

donnez moi votre avis
( chut, géhenne qui pues !).
Règles avez-vous lues
que force hontes bues
ôtent de ma voix mâle
son qui ravirait mies ? »

Oblats de lui ont mis
le cas dessus les ais :
« Tu fais certes le mal.
Il faut sécher le pus.
Stoppe ton triste bus,
nos ratafias bois-les. »

Chanter mi, tu l’as pu !
car tu as beaucoup bu,
près de ma cave, au lé.

Après mon poème «  L’attendrissement », hommage à l’Oulipien récemment décédé Harry Mathews qui reprenait une contrainte, proposée par ce dernier, de N-ine à anagrammes croissantes, Gilles Esposito-Farèse a proposé (et illustré par un magnifique poème) l’idée de réaliser une sextine dans laquelle les anagrammes croissantes soient obtenues par adjonction progressive d’une lettre sans changer l’ordre. Aux six strophes de la sextine est ajoutée selon la tradition une tornada dans laquelle les six mots sont repris une dernière fois. Dans cette version, comme dans celle de GEF, les anagrames sont utilisées dans l’ordre décroissant afin de pouvoir mettre dans la tornada les mots de taille minimale : mi, pu, as, bu, ma, lé. La version ci-dessus est munie d’une ponctuation, ce qui cache une contrainte supplémentaire d’isocélisme visible dans la version originale ci-dessous.
Posté sur la liste Oulipo le 6 février 2017.

fol venu des cloaques
complice des termites
des planches aboutées
que ce géant gravisse
qu'aux dames apeurées
fasse perdre semaille

l'aube de feu émaille
grumes épines cloques
qu'aux combes apurées
ébarbent deux ermites
afin que dieu ravisse
âmes en croix boutées

sous de calmes bouées
va dérivant la maille
oh l'intrus se ravise
dit aux hommes cloués
un divin chant émîtes
ô brasseurs de purées

voix câlines et pures
à mes yeux font buées
rongés comme de mites
lainages mis en malle
hommes que j'ai loués
et qu'à ce jour avise

donnez moi votre avis
chut géhenne qui pues
règles avez-vous lues
que force hontes bues
ôtent de ma voix mâle
son qui ravirait mies

oblats de lui ont mis
le cas dessus les ais
tu fais certes le mal
il faut sécher le pus
stoppe ton triste bus
nos ratafias bois-les

chanter mi tu l'as pu
car tu as beaucoup bu
près de ma cave au lé

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Oripeaux

Mayo pourrit diots

Mayo pourrit diots.
« Ma hie, hop ! » Oury dit haut.
Maillot pour idiot.

Exégèse :

Se levant d’une table où nul mets ne lui sied
L’acteur de cinéma, pour digérer la chose,
En plein midi s’adonne à l’art du terrassier.
Quelle erreur ! au soleil tombe veste et s’arrose.


GillesEsposito-Farèse a lancé sur la liste Oulipo le défi d’écrire un haïku triplement holorime, ce qui consiste à jouer sur l’opposition synérèse-diérèse. Voici ma réponse. Ce genre de contrainte extrême nécessite généralement une exégèse, qui dans mon esprit fait partie intégrante du poème.
Posté sur la liste Oulipo le 13 mai 2016.

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Le sonnet 130

L’œil de celle à qui je pense est vide d’ardents rais solaires.

Teinte est si rouge au corail ornant l’onde ; elle aux lèvres a pigment terne.
Pure est la neige aux pics, et blanche. Elle arbore appâts fort brunâtres.
Trame est en lisse aux cheveux parant fille ? Elle, aux nattes, noirs cordons tresse âpres.
De Homs j’aime, ou blanc ou rouge, aux roses mirer le pétale. Elle, à sa joue, n’a couleur laissé luire.
Même en effluve onc plaisir trouve ample, et plus d’aise ai que quand hume -ô faible régal- son haleine.

Tendre à mon âme est l’ouïr disant phrase. Autre est musique, art divin qu’ange aime.
Ne puis dire où l’on voit, toute en grâce, muser la déesse ;
Celle à qui pense a toujours mené marche humble, et touchent ses talons terre.

Baste ! Et je jure à tout le monde en elle trouver dons semblables
Qu’offre à tous femme au hasard qu’avec elle juge ou canaille en concours mettre ose.


Le Sonnet 130 de Shakespeare a été l’objet d’un très grand nombre de traductions. Celle que vous lisez fut l’occasion pour moi d’essayer une idée que je caressais depuis la lecture des travaux imposants menés sur la liste Oulipo par Gilles Esposito-Farèse après l’invention par Nicolas Graner du Sosnet ouvrant la voie à une contrainte fondée sur le code morse que je crois très fertile.
Gilles a traité de belle manière la question de la versification, mais il avait aussi posé le problème, non résolu à ce jour, de la coupure entre les lettres. Ainsi, en l’absence de marquage des séparations, la séquence -…-.-.- – -.-…-… peut signifier aussi bien
Nicolas : -. / .. / -.-. / – – – / .-.. / .- / …
Dent, âme tiède : -.. / . / -. / – / .- / – – – / . / – / .. / . / -.. / .
Dans la proposition présente le marquage des fins de lettres est effectué par la présence de E muets. Ainsi la première ligne du poème ne peut se couper que de la façon suivante :
L’œil de celle / à qui je pense / est vide / d’ardents rais solaires. /
soit « … / …. / .- / -.- » ou encore « Shak »
La présente traduction du sonnet 130 code de façon itérée le nom « Shakespeare ».
Posté sur la liste Oulipo le 8 mai 2016.

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Chromos Oripeaux

Décrochement

Las des appels incessants où défilent assurances-vie prémonitoires et primes isolatoires, soûlé par les collègues m’inondant en pleine nuit de leurs avocasseries ininterrompues, j’ai décroché mon téléphone. J’ai filé dans la rue, happé par le grouillement rassurant du trottoir. Quelques permissionnaires évocateurs importunaient des femmes aux longues jambes, quémandant des réservations parcimonieuses. Des grappes de porcelainiers estudiantins s’invectivaient joyeusement au plus fort de leur éternelle discussion interplanétaire. Un tandem de missionnaires en uniforme guindé, tentait de vendre leurs spiritualités draconiennes à trois parasites unidirectionnels qu’ils s’évertuaient à détourner de leurs prédestinations culinaires.

Deux gendarmes se profilèrent sous un lointain réverbère. Tous aux abris, voilà les grippe-coquins de la leishmaniose désincrustante. Aussitôt, d’un furtif geste du bras droit, élégants ambianceurs, saintes-nitouches madrilènes, rugbymen désintoxiqués, ecclésiastiques caresseurs, innocents présumés, tous firent disparaître le bas de leur visage sous une gaze bleutée. Clandestinités harmonieuses ! Dissimulation enchanteresse ! Réconcilié avec l’univers, j’avançai dans cette mer de la tranquillité, solitaire au milieu d’une myriade de solitudes où je découvris enfin la joie de l’anéantissement.

Ce texte est ma réponse à un défi lance par Gilles Esposito-Farèse. Il avait trouvé trois groupes de 4 ou 5 couples nom-adjectif qui, dans chaque groupe, étaient anagrammes les uns des autres:

Premier groupe :
        assurances-vie prémonitoires
	avocasseries ininterrompues
	permissionnaires évocateurs
	réservations parcimonieuses
Deuxième groupe :
        clandestinités harmonieuses
	dissimulation enchanteresse
	leishmaniose désincrustante
	saintes-nitouches madrilènes
Troisième groupe :
        discussion interplanétaire
	parasites unidirectionnels
	porcelainiers estudiantins
	prédestinations culinaires
	spiritualités draconiennes

Le défi consistait à écrire un texte en prose contenant chacun des couples de l’un de ces groupes. Cette contrainte est connue sous le nom de « logo-rallye » mais ici l’ordre d’apparition n’était pas imposé. Le présent texte, comme l’avait fait Gilles, contient en fait la totalité des trois groupes.
Posté sur la liste Oulipo le 22 mars 2021.

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Messidor

On trouvera ci-dessous l’ensemble des haïkus du Sankulipo pour le mois de messidor.

19 juin – 1er messidor – Seigle

Agile, le gosse
Glisse à l’aise au sol gelé.
A l’église, glas.

20 juin – 2 messidor – Avoine

Veuve a vu voyou
Vive noue âne à niveau
Avoue envie neuve

21 juin – 3 messidor – Oignon

Ô gigue inouïe !
Gong ! Neige au nuage unie,
Gaïa égayée.

( Annie Hupé )

22 juin – 4 messidor – Véronique

Voirie n’a ravi
Ni riverain ni rêveur
Que rave ravive

23 juin – 5 messidor – Mulet

L’aïeul, au maillet,
Etale le métal mou.
Ultime tumulte.

24 juin – 6 messidor – Romarin

Narine aimera
Arôme, maure ou marin.
Amour mûrira.

25 juin – 7 messidor – Concombre

Un bric-à-brac morne
Encombre ce beau manoir.
A rien ne mène ombre.

26 juin – 8 messidor – Échalote

Il halète et halte,
Etalé, tête éclatée.
La hâte le lâche.

27 juin – 9 messidor – Absinthe

Bestiau tabou
Tohu-bohu au bayou
Un tatou tué

( Marie-Noëlle Bertrand )

28 juin – 10 messidor – Faucille

Coiffe la filleule,
Fée à faucille fêlée
Ici accueillie.

( Nicolas Graner : en l’honneur du Tau Day le nombre de lettres des
mots successifs correspond aux chiffres du nombre tau = 2 pi = 6,28318530… )

29 juin – 11 messidor – Coriandre

Anar au cœur d’or
Crâne, rude au donneur d’ordres.
Corne un rire cru.

30 juin – 12 messidor – Artichaut

Archer, tire trait,
Touche au cœur et tue ce traître.
Raté ! Reître rit.

1er juillet – 13 messidor – Girofle

La rafle. La fouille.
Rafale effeuille la foule.
Guerre a gueule folle.

2 juillet – 14 messidor – Lavande

Ode au violon,
Villanelle à la vina.
Vive lune neuve.

3 juillet – 15 messidor – Chamois

Sachem, amusé,
A couché ce mioche aimé,
Au hamac cousu.

4 juillet – 16 messidor – Tabac

Ecoute à Cuba
Cette toccata : tuba
Et boîte battue.

5 juillet – 17 messidor – Groseille

Orgie au sérail
Oui, susurre l’algéroise
au sarouel rouge

( Marie-Noëlle Bertrand )

6 juillet – 18 messidor – Gesse

Ses gosses assis
assagis, Sue aiguisa
sa saga osage.

( Annie Hupé )

7 juillet – 19 messidor – Cerise

Sorcier, accouru,
Secoue écorce sacrée.
Sa sœur se rassure.

8 juillet – 20 messidor – Parc

Père a reparu.
Ciré percé, cuir râpé,
Cape rapiécée.

9 juillet – 21 messidor – Menthe

Un homme naît nu,
athée, en hâte ment, tue
thon et hanneton.

( Annie Hupé )

10 juillet – 22 messidor – Cumin

M’aime un mécano.
M’a connue : âme, cou, main.
A noce m’emmène.

11 juillet – 23 messidor – Haricot

Hourra ahuri
Au crochet charcutier t’a
tatouée actrice

( Marie-Noëlle Bertrand )

12 juillet – 24 messidor – Orcanète

Traîne en cette rue,
Ruiné, ce notaire éteint.
Rencontre incertaine.

13 juillet – 25 messidor – Pintade

N’a point étudié.
Intendante, dépitée,
Donne punition.

14 juillet – 26 messidor – Sauge

Ô Iago, agis !
Ose ! Assiège ! Sus au sage,
sa gueuse se gausse…

( Annie Hupé )

15 juillet – 27 messidor – Ail

L’élu a la loi,
l’eau a l’île, lui a l’œil
elle… Alléluia !

( Annie Hupé  – Le nom « Ail » possédant une seule consonne « l », peuvent lui être adjointes selon la règle les consonnes du nom du jour « Quintidi » ; aucune n’est ici utilisée )

16 juillet – 28 messidor – Vesce

Cocu coassa
Avoua vice assouvi
Occases cocasses

( Marie-Noëlle Bertrand )

17 juillet – 29 messidor – Blé

Oublie l’yèble, oublie
la libellule éblouie
l’abeille abolie.

( Annie Hupé )

18 juillet – 30 messidor – Chalemie

Eole la hèle,
La lèche, emmêle le châle.
Emue elle houle.

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Calcul différentiel 2/3

    ∫T

    Enfant terrible, elle va voltigeant lestement.
    Son rire attire la nuit. Tout l’univers rougit follement.
    Passant ainsi jambes nues, frêle charmeuse, errant,
    Franchit l’imposant cordon de meurtriers et charognards
    Qu’un beau désordre fait jaillir, rampants animaux.
    Joyeusement mène troupeau, fidèle à son serment.
    Tonne l’orage, siffle le vent funeste,
    Hurlant d’impies vers, métèque fuyant loin des jours malheureux,
    Va giflant brumes et mers de ses crochets nerveux.
    Des couteaux dégainés sèment la peur.
    L’impérieux prévôt du crime
    Fait traquer nuit et jour la vaurienne trop récalcitrante.
    Comme un jeu de mort se noue sur l’envers de l’église.
    Sous un orme sort un curieux pantin.
    L’étroit passage joint l’enfer.
    Meurtre sans cri.
    Passent pigeons des rues,
    De leur envol glissant.

Ce texte fait suite à ceux présentés sous le titre Calcul différentiel 1/3 qui illustraient une notion de dérivée d’un texte.
L’opération inverse de la dérivation est la recherche d’une primitive. Une primitive ∫T d’un texte T est un texte U tel que U’=T. Ainsi, le texte de cette page est ∫T pour le poème T de Tristan Derème que je rappelle ci-dessous:

    Entre la vie et moi tirant un voile épais,
    j’enfermerai mon cœur et conquerrai la paix.
    Je sèmerai dans mon oreille une tulipe ;
    et quand j’aurai fumé mes cheveux dans ma pipe,
    pour marquer la retraite où je m’ensevelis,
    sur mon crâne rasé je ferai peindre un lis.

Comme précédemment il n’y a pas unicité d’une primitive d’un texte. En revanche, je pense qu’on doit toujours pouvoir trouver des primitives d’un texte (à la différence des maths), mais je laisse ça en conjecture.
Posté sur la liste Oulipo le 4 février 2015.

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