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Oripeaux

Le baiser du marin

Avec belle adresse vous pûtes
Vous arrimer à cette bitte.
Avec la douceur d’une chatte
Et l’effleurement d’un baiser,
Accosta la marie-salope.

Sautant de la marie-salope
Sur le quai, par bonheur, vous pûtes
Echanger un chaste baiser,
Entre le cordage et la bitte
Où ronronnait la grise chatte.

Qu’elle était belle votre chatte,
Ange de la marie-salope,
Juchée sur l’acier de la bitte.
Bercé par le suroît vous pûtes
Retrouver les joies du baiser.

Dure un bref instant le baiser,
Moins long qu’un miaulement de chatte.
Ce fut tout ce qu’hélas vous pûtes
Goûter, car la marie-salope
Déjà devait quitter sa bitte.

Pendant que s’éloignait la bitte,
D’une main lançant un baiser,
Sombre, sur la marie-salope,
Vous levâtes l’ancre et la chatte
Aussi vite que vous le pûtes.


En Russie une loi entrera en vigueur le 1er juillet, interdisant les « vulgarités » dans les performances en public. Les amendes iront de 2 500 à 50 000 roubles (soit de 50 à 1 000 euros). La liste des termes interdits n’est pas exhaustive, mais l’Académie des sciences et l’Institut de la langue russe ont par exemple interdit les mots « bitte », « chatte », « baiser » et « putes » pour une loi similaire déjà appliquée à la presse. Sur la liste Oulipo une série de réactions lancée par Alain Chevrier a donné lieu à quelques poèmes contenant ces quatre mots et quelques autres. Voir aussi ma réaction du 6 mai dans le journal 2014.
La présente contribution ajoute « salope » aux quatre mots précédents, afin de réaliser une quinine (version n=5 de la n-ine).
Posté sur la liste Oulipo le 24 mai 2014.

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Oripeaux

Empédocle

Paradait, prince à dix balles.
Rouge habit. Ne reste rien
Qu’une paire de sandales.

Dans le gouffre tellurien
Jeté aux peurs minérales,
N’a laissé, mourant terrien,
Qu’une paire de sandales.

Du penseur aux cheveux longs
Dont les ardentes paroles
Frappèrent tant d’âmes folles,
Dressèrent tant de jalons,
Brillait au centre des salles
Rouge habit. Ne reste rien
Qu’une paire de sandales.

Explorant une contrainte de Jacques Bens, le sonnet irrationnel, dont les strophes ont pour longueurs respectives les premiers chiffres de l’écriture décimale du nombre π = 3,1415…, Gilles Esposito-Farèse a mis au jour une série de sonnets irrationnels forgés sur l’écriture en bases diverses des nombres célèbres (pourvu que l’on obtienne 14 vers). Ici j’expérimente l’écriture de π en base 30 : π = 3,47… et cette forme m’a paru inviter à une forme à refrain, à la façon des rondels d’antan.
Posté sur la liste Oulipo le 16 mars 2021

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Twittérature

Zodianku

A partir du premier mai 2014 le Zodianku prend la suite du Lipoméride qui s’est achevé le 30 avril après un an d’existence. Dans ce nouveau projet qui durera un an si tout va bien, un poème sera écrit pour chaque signe du zodiaque et chaque décan dans ce signe : ainsi trente six poèmes verront le jour, grâce à la publication quotidienne d’une strophe sur twitter et sur ce site. Sur le modèle des renku traditionnels, ces strophes seront alternativement des haïkus (trois vers de 5/7/5 syllabes) et des strophes de deux vers de 7 syllabes. Ces vers suivront une contrainte lipogrammatique dictée par les voyelles du signe zodiacal et de la planète du décan :

Pour les haïkus: 1er et 3e vers sur les voyelles de la planète, vers central sur les voyelles du signe.

Pour les autres strophes: trois voyelles parmi celles du signe et de la planète, choisies selon l’ordre de préférence : u > o > i > e > a.

Ces poèmes ne sont pas de vrais renkus, ils sont plus courts, cependant chaque strophe répond à celle qui la précède. De plus tout lecteur le souhaitant peut dès la publication d’une strophe me proposer avant la fin de la journée la strophe suivante par un message sur ce site ou un tweet privé sur mon compte @noel_talipo. Je m’efforcerai, sauf lorsque je suis contraint de m’absenter, de publier cette strophe avec en note la mention de son auteur, pourvu qu’elle respecte bien la règle du jeu et naturellement l’étiquette du net. Proposez une seule strophe à la fois, merci : laissez-en un peu pour les autres !

C’est l’humble demeure

Du 1er mai au 10 mai – Signe : Taureau ; planète : lune

C’est l’humble demeure
Aux fenêtres refermées
Sur l’heure secrète

La rue à jambes pressées
Se détache et prend le large

Que peuvent les clercs
Passant là sans s’arrêter
Qu’emmurent les brumes

La marelle des pavés
Trébuche et saute en enfer

C’est le jeu des rues
Les gagnants sur les perdants
Prélèvent leur dû

En grec en russe en hébreu
S’alarment de pauvres hères1

En quête fiévreuse
Par les murs et les hangars
Du secret perdu

Que vaguement se rappellent
Ceux que nul ne veut entendre

Leur lèvre muette
Que reflète la fenêtre
Semble murmurer

Et la chatte paresseuse
Seule entend leur testament

(1) Annie Hupé. Pour des raisons techniques cette strophe n’a pas figuré sur la version tweeter où on trouvait à la place:

Marchant à pas cadencé
Sur l’asphalte craquelé

Tu es revenue

Du 11 mai au 21 mai – Signe : Taureau ; planète : saturne

Tu es revenue
Ce sera fête au hameau
Danse jusqu’à l’aube

A la lueur des flambeaux
Et des regards éperdus 1

La table est dressée
Parée de branches en fleurs
Sur la nappe blanche

Le Père se penche un peu
Te serre dans ses bras gauches

Tu sembles perdue
Dessus le cercle d’épaules
Que regardes-tu ?

Dans l’angle reste à l’écart
L’étranger que tu cherchas

Un passé déferle
Par delà ces années lentes
Une lueur chaude

Cette paume s’attardant
Sur les vagues de ta peau

Et près de l’étang
Par un crépuscule calme
De graves serments

Aucune phrase aucun geste
Juste un tremblement de lèvre

Et la tarentelle
Accélérant sa cadence
Te happe et t’emmène

(1) Frédéric Martin-Delvincourt

Le chemin du ciel

Du 22 mai au 31 mai – Signe : Gémeaux ; planète : Jupiter

Le chemin du ciel
Emmène au-delà du temps
Celui qui le suit 1

Heureuse les pieds sur terre
Je veux vivre « hic et nunc ». 2

Ciel vide et muet,
Là, seule demeure l’eau,
Le rêve s’enfuit. 3

Ici réside peut-être
Un Dieu nu et humilié. 4

Lumière qui luit,
Reflets dans l’eau de l’étang,
Nuit de pleine lune. 5

Lugubres hululements…
Je m’enfuis, demi-vêtue. 5

Je lève les yeux
La flamme d’un feu rageur
surgit et serpente

Meurtrie mutilée je tire
Sur les lierres qui me lient 2

Embusquée je veille
l’assaut du feu et de l’eau
Pluie mêlée de cendres  6

Je cherche le fil perdu
Vers un chemin de lumière

(1) La strophe de départ est  proposée par Nicolas Graner
(2) Annie Hupé.
(3) Françoise Guichard.
(4) Frédéric Martin-Delvincourt.
(5) Elisabeth Chamontin (@Souris_Verte)
(6) Strophe utilisant des éléments transmis par Philippe Simon.

Là dans la pampa

Du 1er au 10 juin – Signe : Gémeaux ; planète : Mars

Là dans la pampa
Pauvre hère s’en alla
Dansant la samba

Et battant des maracas
De Bagé jusqu’à Valdès.1

Atlas parada
tel un hacker, de Dunkerque
à Java. Navrant !2

Mal chaussé jambes arquées
Hère va sans se cacher

Ah ça ! Bâtard, là
Hurle Atlas brute à peau d’ange,
A fada passant

Que cherches-tu dans ce champ
Gâchant cette herbe à ma vache

Santal blanc, safran
Jaune ! Fastueux herbage
Fragrant, ça flatta.2

S’excusant flâneur allègre
En hâte changea de cap

Las ! ça n’alla pas
Un bras rageur l’attrapa
Frappa, tabassa.

Sur la steppe le vent passe
Pauvre gars ne danse plus

(1) Frédéric Martin-Delvincourt.
(2) Annie Hupé

Moine en robe noire
Du 11 au 21 juin – Signe : Gémeaux ; planète : Soleil

Moine en robe noire
Se levant à l’aube tendre
Sortit de son cloître

Ni soumis ni dissolu
Individu indistinct1

Il cherche l’épine
A l’âpre parfum, secret
De son élixir

Son lopin sous un pin noir
Produit foison d’oignons doux

Rosée encor brille
Le vent murmure un lent psaume
Le monde scintille

Moinillons, juifs, iroquois
tous sont outils du complot2

Stérile, inflexible
Que trament sans retenue
Les sombres étoiles.2

D’un gour d’où sort un flot sourd
Ouït un ondin qui rit

Belle voix de miel
De l’être surnaturel
Le frôle et l’enjôle

Pour qui s’ouvrit profond trou
Pour qui mugit tocsin fou

Le rire strident
De deux frères maraudeurs
S’éloigne et se perd

(1) Nicolas Graner
(2)Annie Hupé.

Un reflet de lune
Du 22 juin au 1er juillet – Signe : Cancer ; planète : Vénus

Un reflet de lune
Caresse la table en chêne
Les plumes et l’encre

La trace d’un alphabet
Bave sur le buvard bleu1

Sur l’humble buffet
Sage se balance l’ancre
D’une pendulette

Les heures passent égales
Sans que nul ne les dérange

Des bûches de hêtre
La flamme flanche et la cendre
Fume juste un peu

Arachné musant sans hâte
Tresse un réseau de rubans

D’une rue déserte
Par la fenêtre béante
Nulle rumeur n’entre

Sur le matelas de plume
Etendu rêve l’aède

Mesure du vent
Dans la sente passent des
Ménestrels muets2

Les clameurs tues, scandaleuses
Démasquent les cadenas2

(1) Elisabeth Chamontin (@Souris_Verte)
(2) Annie Hupé.

Le fer sur l’enclume
Du 2 au 12 juillet – Signe : Cancer ; planète : Mercure

Le fer sur l’enclume
Répand des éclats scandés
Recru de heurts secs

Métal brut chauffé à blanc.
Muscles bandés et durs, suants.1

En ces murs sévères
Arde la flamme de l’âtre
Le feu hurle et fuse

Une lame ténébreuse
Se trempe un tranchant s’affûte

Le meneur de guerre
Attend le regard fermé
Et durent les heures

Prenant ce métal sans tache
Se lève s’avance et parle

Venue des enfers
A fendre targes et chefs
Epée tu es prête

Trempée dans un jeune sang
Célébreras ma vengeance

Resserre ses guêtres
Le gant le large mantel
Descend vers le fleuve

La lune à la face glabre
Le précède par les dunes

Une mère guette
L’enfant cesse la marelle
Un père muet

(1) Françoise Guichard.

Sur les prés en fleurs
Du 13 au 22 juillet – Signe : Cancer ; planète : Lune

Sur les prés en fleurs
Le vent passe caressant
Et l’herbe s’émeut

La sauterelle s’élance
Dérangée par un reflet

Les senteurs se mêlent
Parlant ce fragrant langage
Qu’entendent les ruches

Danse à cadence sauvage
A la chaleur s’emballant

Le hurlement brusque
De femelles en alerte
Sème une stupeur

Plus de chants plus de tapage
De rampements fureteurs

En un cercle lent
Planant dans le calme plat
S’élève une buse

En balafre dans l’azur
Se trace un grave message

L’heure est suspendue
Le rapace va sans hâte
Et se perd de vue

Le champ reprend sans tarder
Sa musante sarabande

Dans le hall glacé
Du 23 juillet au 1er août – Signe : Lion ; planète : Saturne

Dans le hall glacé
L’on sort d’oblongs corridors
Cherchant une clé

Surgis pour quoi vont commis
Tout surpris si tu souris

Une alarme meugle
Midi ! vrombit son tocsin
La masse s’ébranle

Du rotor d’un portillon
S’induit un long conduit noir

Pâles et malades
Trop mollis n’ont point ici
Place dégagez

On suit on court on bondit
Fous du couloir infini

D’une fente brune
Brin sorti d’oignon moisi
Un pétale blême

Crin tordu qui fuit du mur
Bug d’un fin pistil surgi

Un agent regarde
Son doigt point il dit : voici
S’attarde s’arrête

Il sort mû d’un long frisson
Fruits tout un soir ont du goût

Entre les buveurs
Du 2 au 12 août – Signe : Lion ; planète : Jupiter

Entre les buveurs
Nini rosit rit vrombit
En tutu déteint

Rhum mojito gin tonic contraires
Loukoum surimi coco

Lumière feutrée
Coloris kitsch lino froid
Musique qui gueule

Souris du soir qui luit gris
Oisillon d’un nid pourri

Emplis, dis-je un verre
Vois nos portions, nos litrons !
Et rédige en vers.1

Oui ! Nous trinquions, roupillions
Pourquoi suit-on l’illusion ?1

Ventres débinés
Chicots noirs poncifs grivois
Bretelles en berne

Pour qui mon ouzo on rocks
Non mon gros toi tu bois plus

Sueur énervée
Poings sortis profils porcins
Verres renversés

Coups sournois fric roi tournis
Jolis rots corps mous vomi

L’heure : Nini ferme
Corridor logis blotti
Queue du chien remue

(1) Annie Hupé.

Pars sans apparat
Du 13 au 23 août – Signe : Lion ; planète : Mars

Pars sans apparat
Vois l’infini cordon d’or
Va à pas hâtant

Laissant ton logis natal
Laissant moisir ta moisson

Sans savant blabla
Bondis loin d’oisifs propos
Sassant ta saga

Sans faiblir occis l’Avant
Visant l’indistinct profond

Adam translata
son lit, son lot, son nombril
blanc, à Canaan. 1

Soit, allons donc, rimaillant
son roman, miroir moral.1

Tâtant ahanant
Sors toi hors giron blotti
Va par l’arc astral

Saisi par la faim d’air frais
Franchis l’original trait

Là chaman chantant
Vois d’incisifs doigts t’offrir
Sacral santal blanc

Ta main saisit la toison
S’apaisant à son contact

Avançant sans fard
Ris voici ton miroir fol
L’amant t’avalant

(1) Annie Hupé.

Le monde est petit
Du 24 août au 3 septembre – Signe : Vierge ; planète : Soleil

Le monde est petit
Tes chemins tes errements
Rencontrent les miens

Ton œil en mon œil se fond
Tes peines mirent les miennes

L’ombre ensevelit
Le timide scellement
De nos connivences

De ton front posé léger
Me sens poitrine imprimée

De brise jolie
Tes mèches libres se bercent
Et frôlent mes lèvres

De nos doigts entrecroisés
Monte en nos seins même fièvre

Somnolent mélèze
Frises de miel inclinées
Protège nos liesses

Froment seigle ceps des vignes
Rendez nos soleils torrides

Le vol obsessif
De fébriles éphémères
Fibrille le ciel

Est-ce moi le rêve éteint
Dont loin s’envole ton rire ?

Le monde s’étire
Sphère pleine de silence
De silence immense

Du névé bleuté
Du 4 au 12 septembre – Signe : Vierge ; planète : Vénus

Du névé bleuté
Le reflet semble vibrer
Vu de cette sente

Il cerne l’entrée du cirque
Que défend un défilé

Un brusque vent d’est
Se réveille et vient gifler
Les pentes rugueuses

Siffle entre les jeunes pins
Qui serpentent vers le ciel

Un reste de brume
Préservé de cette fièvre
Effleure les crêtes

Une excessive lumière
Rend les neiges venimeuses

Juchées en dévers
Pierres se clivent et brillent
D’un feu ténébreux

Seul en un creux retiré
Tremble le frêle lin bleu

Epure muette
De l’invisible présence
Que scelle le temps

Les muscles tendus
Du 13 au 23 septembre – Signe : Vierge ; planète : Mercure

Les muscles tendus
Ils entrent lèvres serrées
Des hurlements fusent

Cernés de lumière blême
Sentent le ciment trembler

Un vent d’hébétude
Gifle ces virils éphèbes
Qu’encercle une meute

Les curieux et les furieux
De leurs yeux secs les fusillent

Seuls un peu perdus
Respirent des sels fétides
Restent suspendus

Puis virent d’un geste lent
Vers ce centre qui les brûle

Fermeture crue
Le ring en ligne brisée
Creuse une fêlure

Vive splendeur des ceintures
Rend leur figure plus grise

Un heurt de pendule
Trépignements feintes punch
Gerbes d’uppercuts

Ventre sueur nez plexus
Erreur ! Une seule erreur

Pêle-mêle en feu
Sirène civière perf
Rumeur et ténèbre

Deux très jeunes femmes
Du 24 septembre au 3 octobre – Signe : Balance ; planète : Lune

Deux très jeunes femmes
S’avancent dans la venelle
En quête de sel

Près d’elles une enfant chante
Et saute sur une jambe

Un secret murmure
Scande la marche sans hâte
C’est le crépuscule

L’éclat d’une devanture
Capture leur chaud regard

Plumes et dentelles
Frangent des mantes légères
Relevées de gemmes

Chasubles de taffetas
Capes au reflet d’azur

Un brusque vent d’est
Arrache ces passements
Les élève en cercle

Aux épaules des rêveuses
Drape parure céleste

Le temps d’un reflet
Cette astrale majesté
Effleure éphémère

Deux passantes attardées
Et l’enfant à la marelle

Une vague lente
Du 4 au 13 octobre – Signe : Balance ; planète : Saturne

Une vague lente
Passe et dans la rade calme
La barque un peu tangue

Le pêcheur d’un geste sûr
Lance la canne et l’appât

La plage est déserte
Le vent caresse le sable
Dans le crépuscule

Une larme perle sur
La peau saturée de sel

La lune se lève
Sa belle face argentée
Chevauche les nues

Dans sa tête autan répète
Que la Femme s’est pendue

La marée s’empresse
Dans la clarté d’amarante
Que jette le phare

Tant de phrases étranglées
Tant de caresses perdues

La sterne planante
Penche et regagne sa place
Sur l’embarcadère

une plume va tracer
la frange crue des vagues1

(1) La belle strophe finale m’a été proposée par Louise Blau (@lignesbleues). C’est particulièrement intéressant, illustrant bien comment les contributions de chacun ont fait dériver les poèmes parfois loin de ce que j’avais imaginé. Ici, la finale m’évoque une sorte de rédemption empreinte de paix et de beauté, bien loin de la fin sombre à laquelle j’avais pensé :
« L’eau claque elle se referme
La barque ne rentre pas »

Quelques musiciens
Du 14 au 23 octobre – Signe : Balance ; planète : Jupiter

Quelques musiciens
Venant des terres étranges
Epuisés cheminent

Des chiens se dressent et hurlent
Des fenêtres se referment

Les gueux se dirigent
Vers la place des marchands
Près du vieux tilleul

Le vent humide et frileux
Pénètre leur pèlerine

De fifres de vielles
De basses tam-tams et sax
Musique est métisse

Il s’élève de leurs lèvres
Un merengue qui s’enivre

Sur un thème en vrille
S’entrelacent les accents
Se brise le gel

Des curieux levés en cercle
De leur pied suivent le rythme

Filles ténébreuses
Apres gars crâne rasé
Cinglent le bitume

Et sur cette ville beige
Le ciel des îles scintille

Hantant mastabas
Du 24 octobre au 2 novembre – Signe : Scorpion ; planète : Mars

Hantant mastabas
L’on voit son bob indigo
Marrant caftan blanc

Il paraît avoir vingt ans
Mais a la mort dans la voix

Cavalant sans cap
Il bondit d’horizons noirs
Bramant chants fadas

Passants marchands proprios
Vont ignorant son galop

Navrant Artaban
Front trop gros profil porcin
Badant bras ballants

Mais à midi naît la faim
Oignon par ci pain par là

Sans marks sans nafkas
Finit trois trognons moisis
Lapant ramas gras

Las choit dans l’abri si frais
Dont s’ombrait lavoir banal

S’affalant hagard
Son dos blotti l’idiot rit
A sa baraka

Loin loin s’affaiblit l’aboi
Loin loin la loi d’Osiris

Le vieil olivier
Du 3 au 12 novembre – Signe : Scorpion ;

Le vieil olivier
Tord son gros tronc gris rôti
Et croise le vent

Il domine le vignoble
De son ombre emplie de fièvre

Ton dos se détend
Ton poing mollit ton front rit
Ton sein frémit libre

Le ciel violet de midi
T’inonde et te vrille l’œil

Ton vin de silex
Dont on boit trop l’or rosi
Monte vite en tête

Le grillon dolent grésille
Entre les pierres torrides

Le sommeil te vient
Long solo d’infinis fols
Voile de l’ivresse

Personne ne te réveille
Rien ne vient briser le vide

Mémoire immobile
Corps pris d’indistincts frissons
Isolement tiède

Roche sillons terre éprise
L’olive penche et te berce

Une clé seule entre
Du 13 au 22 novembre – Signe : Scorpion ; planète : Vénus

Une clé seule entre
Fin profil croisillon d’or
En cette serrure

D’un lumignon luit confus
Un fin jour sous l’huis noirci

Un cerne de lune
Inscrit son coloris froid
Sur le mur sévère

Pour qui sourit l’inconnu
Qu’introduit un bond furtif

Le pêne s’enclenche
Son choc clôt sitôt l’octroi
Et je me renferme

Oisif sur mon trottoir gris
Sous un fronton tout moisi

Esseulé je guette
Du portillon noir qui dort
Le chêne lugubre

Surpris vois d’un tour du gond
S’ouvrir un couloir obscur

Me rue et pénètre
Sport idiot viol instinctif
Qu’est-ce que j’espère

Poings sur un mur nu Jim rit
J’y vis l’Intrus Primitif

Le feu de leurs yeux
Du du 23 novembre au 2 décembre – Signe : Sagittaire ; planète : Mercure

Le feu de leurs yeux
Reflète le tapis vert
Du cercle de jeu

Le pur esprit d’une nuit
Dure et sublime s’esquisse1

Splendeur désuète
Pesante table d’ébène
Tentures et stucs

Un merle serein épelle :
Le silence est-il de mise ?1

Le temps se renverse
Des chiffres le cliquetis
Sème une stupeur

Ténèbres restituées
Êtres et esprits enfuis2

Les lèvres serrées
La narine d’air privée
Geste suspendu

Une bille fuse et ruse
Hésite évite et refuse

Le rêve se meurt
L’abîme happe en braillant
Les enjeux perdus

Superbe un instant s’élève
Le rire qui devient ruine

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)
(2) Hélène Verdier (@h_verdier)

Rue brune pullule
Du du 3 au 12 décembre – Signe : Sagittaire ; planète : Lune

Rue brune pullule
A l’établi l’artisan
Demeure penché

Un refuge de silence
Imprègne ce lieu secret

Fermement tenue
La lime entame la pièce
En deux fers serrée

Une épure se dessine
Et lentement se mûrit

Le geste est sûr
La pensée hésitante,
Humblement ténue1

Se mire de l’effleuré
Puis crisse — plis et déplis —1

Le but est en vue
Les fragments enfin s’assemblent
Créent une structure

Des pupilles qui s’étirent
Le feu scintille bleuté

Se dresse réel
Dans ce havre de patience
L’effluve d’un rêve

Petit verre mérité
Puis les lumières s’éteignent

(1) Hélène Verdier (@h_verdier)

D’un élan brutal
Du 13 au 21 décembre – Signe : Sagittaire ; planète : Saturne

D’un élan brutal
J’avale la piste blanche
Me cabre et m’arrache

Vibre structure effilée
Que le vent gifle et relève

Des deux réacteurs
Le sifflement se fait brame
Et les peurs se clament

Sinistre un pic se dessine
Sur le ciel d’un bleu limpide1

Entre les nuages
M’aspire la ligne claire
Vers un cap étrange

Les instruments se dérèglent
Leds jettent un vert lugubre

Des étendues vagues
Mille mètres en bas filent
A travers la brume

Un bercement triste et lent
M’emplit de grises pensées

Je passe tremblant
De ce firmament glacial
Le cercle effacé

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

En crème liquide
Du 22 au 31 décembre – Signe : Capricorne ; planète : Jupiter

En crème liquide
La glaise épaisse et collante
Gît brune et putride

Un frisson s’induit sournois
Sur tout mon dos qui roidit

Chemise ceinture
Pantalon baskets et slip
J’enlève mes fringues

Pins mugo buissons touffus
Tout un bois rit insoumis

Je me jette nu
Dans le mélange noirâtre
Qui pègue et me suce

Du limon bruit un floc mou
Son lourd d’un grouillis profond

Tête nuque pieds
S’enrobent de pâte informe
Deviennent humus

Compost mort corps confondus
Sous un horizon moisi

Ruine de glu blême
Je m’effondre lentement
En cette hideur

Lors d’un soupir infini
Vomis tout l’or qui m’occit

Abracadabra
Du 1er au 11 janvier – Signe : Capricorne ; planète : Mars

Abracadabra
Crie l’enfant devenant mage
Lançant l’avant-bras

Le vent se lève et gémit
L’herbe devient folle et rit

Lamas blafards dans
De vieilles robes dorées
Carnaval d’antan1

Si le Stromboli s’éveille
De joie ils s’immoleront1

Maman cavalant
Rattrape le gosse et gronde
Car là ça va mal

Impossible de s’entendre
Ce petit devient pénible

Balançant tartan
Le mioche ensorcelait
Grand-maman là-bas2

Crois moi polisson difforme
J’ose force sortilèges1

Sans mal, sans tracas
Je te minore, t’étiole
Raplapla ! lascar !1

Le môme petite voix
Récite le secret texte

S’affalant passant
Trombe trisse ciel devient
Grand mandala blanc

(1) Annie Hupé.
(2) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Des hommes féroces
Du 12 au 22 janvier – Signe : Capricorne ; planète : Soleil

Des hommes féroces
Escaladent le versant
Le silence gronde

Dans l’ombre Orion se terre
De larmes de poix drapé1

Rocs et précipices
Stoppent le pas maladroit
D’effrontés mortels

Le soleil éveille enfin
Le colosse et il écrit2

L’ongle de son doigt
Grave à même le granit
Des mots éplorés

Le torrent plonge et résonne
Le vent cingle les rocs froids

Le piétinement
En contrebas se rapproche
De héros sordides

Des poings de l’être indocile
Le moindre revers les broie

Il reste penché
Tête en ses mains reposant
Noir de désespoir

L’écho des gémissements
Se renfle de roche en roche

L’œil livide voit
Le dard misérable fondre
Et le libérer

(1) Hélène Verdier (@h_verdier)
(2) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Du fleuve bleuté
Du 23 janvier au 1er février – Signe : Verseau ; planète : Vénus

Du fleuve bleuté
Fend l’eau de sa nage calme
Une femme heureuse

Les nuages peu à peu
Effacent sa belle humeur1

Elle entend rêveuse
L’appeler sans se lasser
Le vent d’un murmure

Tendre Leda elle vague
Face pâle vers l’azur2

Elle sent légère
La caresse des grandes algues
Muette berceuse

D’une arabesque d’écume
Ses bras parent la surface

Une grue cendrée
Lance un appel guttural
Tête renversée

Las ! se meurt l’appel ardent
Au levant se meut la meute3

Femme reste et tremble
L’avant pénètre l’après
L’heure est suspendue

Et passe dans ce regard
L’étrange affre des naufrages

(1) Didier Bergeret
(2) Hélène Verdier (@h_verdier)
(3) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Entendent le prêche
Du 2 au 11 février – Signe : Verseau ; planète : Mercure

Entendent le prêche
De ce mage en cape blanche
Et les peurs reculent

Nul enchanteur nul pasteur
Je m’attache à l’espérance1

L’espèce de leurre
S’ajuste à l’aveuglement
Des énergumènes1

Un chapelet de préceptes
Leur assure le salut

Ensemble éduqués
Répètent la phrase apprise
Leurs lèvres remuent

La salle est belle à ses murs
Panneaux en grands caractères

L’Eternel est pur
Versez un parfum de feu
Sur terre et sur mer

Menez une guerre juste
Cherchez l’éclatant trépas

Echecs et regrets
Le fardeau s’est annulé
Des vécus perdus

Un grand calme se répand
Les réchauffe et les aveugle

(1) Annie Hupé.

Une fleur des prés
Du 12 au 22 février – Signe : Verseau ; planète : Lune

Une fleur des prés
Fendant la verte membrane
Frêle se déferle

Ses pétales flavescents
Se bercent au vent léger

Généreuse et pure
Elle répand le parfum
Des heures heureuses

Humble tâche de clarté
Ancrée au versant abrupt

En brusque détente
S’abat une sauterelle
Semeuse de peur

Sa patte rugueuse gratte
Ses antennes se démènent

Muette perdue
La fleur aux tendres sépales
Reste suspendue

Paf d’un saut fuse la bête
Que chasse quelque danger

Lent et mesuré
C’est le pas du taureau blanc
Empereur superbe

Le végétal éperdu
Rend grâce au géant sauveur

Le mufle se penche
L’âpre langue arrache et happe
Une fleur des prés

Une erreur dans le calendrier qui m’avait servi de source m’a amené à terminer prématurément ce zodianku, pour lequel j’avais prévu trois strophes supplémentaires, car le décan suivant aurait sans cela été réduit à 6 jours. Ainsi les trois dernières strophes, déjà préparées, n’ont en fait jamais été diffusées.

Grand jeu des saveurs
Du 20 au 28 février – Signe : Poissons ; Planète : Saturne

Grand jeu des saveurs
Oignon poivron potiron
Sauce grand veneur

Jouissons du pot pourri
Dont tous nos goûts font chorus

Un fumet suave
Dont on voit nos rôts offrir
Le charme s’élève

Du point du jour jusqu’où nuit
S’obscurcit nous cuisinons

Eperlan flétan
Thon d’onigiri joli
Hareng saur fumé

Produit du fruit mûr qui rit
Vin rosit roux ou confits

Aulx cèbes et sauges
Sont l’or si fin dont nos doigts
Relèvent le jus

Doux flot qui sourd du chinois
Coulis court sur noir pudding

Pampres sur la tête
Ici ris, ici vis, toi
Le gargantua1

(1) Hélène Verdier (@h_verdier)

L’inquiète fileuse
Du 1er au 10 mars – Signe : Poissons ; Planète : Jupiter

L’inquiète fileuse
Croit voir Orion sorti
Et lève les yeux

Un brûlot luit-il si loin
Sur un flot qui toujours fuit

Elle tremble un peu
Son doigt roidi tord son fil
Ses lèvres remuent

L’illusion d’un profil vu
Surgit du fond d’un jour mort

Un être imprévu
Dit mot ni long ni trop fort
Et vint l’étincelle

Tout un soir fous corps unis
Ils ont connu l’ignition

Un vent furieux
Corrosif sirocco noir
Sèche ses pensées

Ont-ils voulu sort commun
Ont-ils conçu long futur

S’emmêle fusée
Omis choit son cordon gris
Pèse le silence

Nuit mord sur l’horizon froid
D’un long soupir fuit vision

Lapant sa grappa
Du 11 au 20 mars – Signe : Poissons ; Planète : Mars

Lapant sa grappa
L’idiot prit son violon
Lança sa java

Il avait la voix trop bas
Son chant traînait sans passion

La nana passa
Shirt coton snood longs cils noirs
A pas boitillant

Il s’acharnait sans sono
Chavirant son vibrato

Narrant macadam
Chiots dont crocs sont incisifs
Passants pas marrants

Alors s’approcha riant
La fada clopin-clopant

Là sans apparat
Son joli minois rosi
S’attarda chantant

Dans la paix s’harmonisa
L’instant fort d’accord total

Bravant la fatwa
Dont on voit clodos vomis
Par galants nababs

Par soir câlin joignant mains
Ont affranchi l’horizon

Catamaran blanc
Du 21 au 30 mars – Signe : Bélier ; planète : Mars

Catamaran blanc
Dérive et lentement file
Chassant par l’avant

Belle sirène serine
En mer entêtée s’exprime1

Ah chant charmant chant
Terrible vent de délices
Mantra balançant

Le marin se signe et tremble
Sa main agrippe la barre

Grand fanal là bas
L’invite il vire grisé
Par l’appât fatal

La rade à l’éclat changeant
Scintille en reflets de sang

S’amassant par bancs
L’excitent les sternes grises
D’agaçants cancans

Paraîtra-t-elle impassible
La reine à traîne d’écailles

Las rampant à ras
Récif le griffe et déchire
Fracassant safran

Dame indifférente égrène
Sa ballade cristalline

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)

Il s’est retiré
Du 31 mars au 9 avril – Signe : Bélier ; planète : Soleil

Il s’est retiré
En ces friches de silence
Cimes endormies

L’insecte pose son corps
Mordoré ; le soir s’étire1

Des gorges sonores
Cernent le repli secret
De gerbes espiègles

Derrière les pins cembros
Le monde vit et l’ignore

Le printemps s’éveille
Le rire des brises libres
Tinte en son oreille

Sont très loin les prisons froides
Dont l’ombre enterre l’espoir

Il prend le chemin
Siffle et vif le chien décrit
Des cercles précis

Les brebis grimpent en ligne
L’herbe berce le vent tiède

Si proche est le ciel
Empli des signes immenses
D’écrits envolés

L’homme en ces lignes déchiffre
Le songe éternel des neiges

(1) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)


Prudente et secrète

Du 10 au 20 avril – Signe : Bélier ; planète : Vénus

Prudente et secrète
Petite vipère grise
Lentement furète

Libérée d’une mue sèche,
Ventre sur les pierres tièdes1

L’heureuse et légère
Fillette remplit les prés
De rumeurs de fée

Ses yeux emplis de lumière
S’émerveillent du printemps

L’heure est verte et tendre
Veille le fier épervier
Belette s’enterre2

les fleurs de neige se penchent
en secret vers leur psyché3

Fleurs bleues déclencheuses
Resplendissez d’emblée chez
Cent chercheurs chercheuses4

Puis vite détruisez presque
Le rude chiendent livresque4

En culbute brusque
Petite en plein met le pied
Sur l’humble serpent

Mû d’un meurtrier réflexe
Le reptile se détend

Dents cruelles fusent
Cinglent se fichent instillent
Le suc vénéneux

(1) Françoise Guichard.
(2) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)
(3) Hélène Verdier (@h_verdier)
(4) Gilles Esposito-Farèse
. Les deux strophes écrites par Gef contienent l’évocation de trois romans de Raymond Queneau. De plus elles constituent un «isotankwoosh», contrainte définie par lui qui combine tanka, isocélisme et twoosh (140 caractères). On en voit mieux la forme sous la présentation suivante:

tanka-gef_16-04-15


Vents, frères du fleuve

Du 21 au 30 avril – Signe : Taureau ; planète : Mercure

Pour ce dernier texte du Zodianku j’accueille les membres de la liste Oulipo. Je leur suis très reconnaissant de me faire l’honneur de leur présence amicale.

Vents, frères du fleuve
venus du sud, de la mer
nés des steppes russes.1

Senteur exhalée d’Annan
Que le sable a répandue2

Fureur des nuées
Cet harmattan chaud s’abat,
Sec dessus l’erg nu.3

Quel mascaret d’espérance
Rechassa le vague à l’âme2

Prends l’heur en ces gemmes
Sculptant tes gestes futurs
Leurs splendeurs terrestres4

N’entends-tu pas cet augure
Que le temps mène au hasard4

Bébé des blés bleus
Né au creux du ruban blanc
De brume et de vent…5

La murène est dans le seau
Tu prends le râteau du temps5

Muse fuselée
Traverse une austère épave
Épure de fugue6

Flambeau fumant dans le vent
S’achève un labeur astral7

(1) Annie Hupé.
(2) Guy Deflaux ( @Wanatoctouillou )
Les deux premières strophes forment ensemble un tanka isocèle. La forme en apparaît mieux sous la présentation suivante :

annie-hupe-guy-deflaux_22-04-15

(3) Françoise Guichard.
(4) Gilles Esposito-Farèse. Les deux strophes offertes par Gef forment à elles deux un isotankwoosh, forme définie par ce dernier comme un tanka isocèle de 140 caractères.  On en verra mieux la forme dans l’image suivante:

https://i0.wp.com/cluster015.ovh.net/~talipo/wp-content/uploads/2014/04/Gef_25-04-15.jpg

(5) Nic Sirkis
(6) Brigitte Pellat  (@BrigittePellat)
(7) Nicolas Graner

30 avril 2014 : Le zodianku est achevé, après un an de publication quotidienne. Un grand merci à tous les amis, Oulipotes et Twittérateurs, qui l’ont enrichi de leurs contributions tout au long de ces trente-six textes !


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Oripeaux

Le sang des plumes

J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance.

Rêvant, de mon petit lit, je suçais le délicieux sang versé d’eider gris, ma folie bercée, l’oison doré pleurant l’éternel enseveli.

L’interdit devint instinct vital et, comme le viril visage de l’irréfléchi dormeur converti prit peur, trop honoré de payer le prix, il vit l’hiver mort.

Proie indigo, l’oie vidée gémit docilement, et je ne découvris pas qui, ici, tira tout contre le chevet ce mignon colibri nu.

Sur moi l’idiot, front voilé, l’eider, l’oison, le pipit si rieur, paon, geai, m’ont poissé du souvenir sinistre dont mon bon lit gicla.


Le jeu de la vie est un célèbre automate cellulaire inventé par Conway en 1970, dans lequel des cellules d’un quadrillage « naissent » ou « meurent » selon des règles préétablies, et dont les représentations graphiques sont souvent magnifiques.
On propose ici une contrainte « jeu de la vie« ,  version de cet automate appliquée aux voyelles (a,e,i,o,u) d’un texte, et dans laquelle la mort d’une voyelle est remplacée par sa transformation en la voyelle suivante. On prendra pour exemple les voyelles de la phrase « J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. » C’est la première phrase du deuxième paragraphe du Côté de chez Swann. On obtient la liste de voyelles suivante:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
Cette liste va évoluer de façon synchrone, chaque voyelle se modifiant en fonction de ses deux voisines selon la règle suivante:
xyx -> x (qui doit se lire « dans xyx le y devient un x) si x et y différents
yyy -> y’
yyx -> y
xyy -> y
xyz -> y’
où y’ est le suivant dans la liste des voyelles (a -> e -> i -> o – > u -> a). La ligne 1 correspond à une naissance, les lignes 2 et 5 à une mort, les 3 et 4 à un statu-quo.
Pour les voyelles du bout, on considère que l’une de ses voisines est « vide » et donc différente de toutes les voyelles.
Dans l’exemple ci-dessus on obtient les cinq premières évolutions que voici:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
eaeoeiieuaieeiieuaeeeieiaoieeeeoiooeeuaeeeeeei
ieieiiiiaeoeeiiiaeeieeioeuoeiieuoooeeaeeiiiieo
oieiiooieieeeioieeeeeeouiauiiiiaouoeeeeeiooiiu
uoiiioooieeieoioeiiiieuaoeaiooieuoueiiieoooiia
Il reste plus à habiller le texte avec des consonnes et on obtient un poème en prose.
Posté sur la liste Oulipo le 7 janvier 2014.

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Journal 2014

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31 décembre : A chacun de vous mes vœux sincères pour l’année nouvelle.

Quinze :
Qu’il t’enlumine l’univers,
Qu’il reluise d’un ciel sublime,
Qu’il feutrise pluvieux hiver
Quiet, qui ne nuise sur cime.

Quinze :
Puisses-tu tirer d’un vieux livre
Un vin né du riz et du miel
Qui rend surpris le furieux ivre.
Utile cuite, un bien d’Uriel !

Quinze :
Fruit des nuits, le gui s’est mûri ;
Pendu il réunit les druides.
Qu’il te guide d’un fil fleuri.
Ressurgis neuf, libre, lucide.

Ouvrir la page du poème.

25 décembre : Le tautavent s’achève: ses 26 tautogrammes ont occupé la période de l’Avent. Il s’achève sur le vœu suivant:

Ayez bon cœur, donnez encore, faites grandir heureux instinct, joyeux korrigans, lutins merveilleux : Noël opère paix qui règne sur tout univers. Vivez week-end xénophile, yeux zen.

30 novembre : Début de l’Avent. Un calendrier d’inspiration oulipienne commence aujourd’hui sur ce site.  Le texte du jour figure en en-tête, l’ensemble des textes dévoilés se trouve sur la page du Tautavent.

26 novembre : Il y a quarante ans, Simone Veil présentait le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Un pantoun :

Veil fit ce métier de ministre
En dépit des cris et rejets
Femme ris de l’hiver sinistre
Fière chéris les vents légers

18 novembre : L’exposition «Oulipo, la littérature en jeu(x)» a ouvert ses portes. Elisabeth Chamontin l’a signalé par le bel alexandrin  «Le quatrain était hier à l’expo Oulipo». A cette occasion :

A l’expo d’Oulipo :
Pôle où expie l’ado
Polit doxa loupée.
Hop ! L’ode, ou pâle exil.

(Le dernier vers est en clinamen : trois sons «l».  On pourrait mettre «Hop ! L’ode ou pas, exil.» Le maintien du vers à trois «l» est assumé).

13 novembre : Mort d’Alexandre Grothendieck, mathématicien majeur de notre temps. Un pangramme :

Faxez, web : Grothendieck mort, qu’y jouent pluies et vent.

Ajouté au recueil Le prix de la vie. Voir la page de ce texte.

10 novembre : En ce jour anniversaire de la mort d’Arthur Rimbaud, cette contribution  un peu spéciale à l’Oulipien de l’année rubrique que le site Zazie mode d’emploi consacre à Marcel Bénabou :

Rimbaud futur

Les voyelles que je n’ai pas écrites
– Noir corset bien velu des mouches qui bombinent
– Roi blanc tout frissonnant sous un brouillard naïf
– Pourpre du sang craché, lèvres dans la colère
– Divin cycle vibrant, rides des mers virides
– Suprême saquebute, étrange errance d’anges
Que cela quelque jour soit dit, elles sont comme latentes.

Elles naissent dans les mots, dans les groupes de mots, dans les phrases. Mais il y a tant de puanteurs cruelles, elles sont prises dans de tels pâtis semés d’animaux, que moi-même, malgré mon front studieux, n’ai pas réussi à en imprimer l’alchimie.

Les mondes me paraissent traversés de silences, ce qui fait de mon ivresse une longue pénitence, dans les rayons violets de tous ces yeux inexplicablement privés des voyelles omises.

Ouvrir la page du poème.

9 novembre : En mémoire d’un jour où l’on espéra, petit quatrain monovocalique :

Sur mur
Chu mûr
Plut dru
Rut cru !

18 octobre : Honoré de figurer dans le livre « Une poignée de pierreries« , collection de pantouns francophones constituée par Jérôme Bouchaud et Georges Voisset. Voici, pour fêter cet événement, un pantoun inspiré par le titre du livre, dédié à ses auteurs :

Pierreries

De pierreries semées sur ses cheveux de jais
Elle ouvre à mon regard la profonde lumière
Quelques graines d’amour aux hommes ravagés
Ferment des plaies la lèvre et renaît l’âme fière

Ouvrir la page du poème.

15 octobre : La liste Oulipo est rétablie grâce au travail magnifique de Nicolas Graner, Philippe Bruhat et David Verdin. Très heureux et soulagé, je marque l’événement par une morale élémentaire :

 école normale    services bons et loyaux    administration supérieure 
                         serveur arrêté 
 
 années longues      messages archivés          oulipotes listés 
                       reprise improbable 
 
raisons diverses      temps nécessaire         situation abrupte 
                      échanges déconnectés 
 
                         migration 
                         sur le temps 
                         libre 
 
                         Oulipo 
                         renaît 
                         enfin 
                         grâce à 
 
Philippe responsable   Nicolas secrétaire      David sympa 
                          un merci radieux

Ouvrir la page du poème.

30 septembre : La connivence internationale a favorisé la fulgurante apparition d’une organisation sanguinaire se parant des couleurs de la religion. Les lignes ci-dessous manifestent ma compassion envers cette religion qui n’est pas la mienne mais que je vois mutiler d’une façon qui m’horrifie.

A la religion de la paix
Des savants ont greffé des crocs
Des griffes à ses doigts sacraux
L’ont contrainte au sanglant souper

Pleurez ce beau corps mutilé
Partagez sa honte et sa peine
Retirez le masque de haine
Rendez-lui le ciel étoilé

11 septembre : La liste Oulipo vient de disparaître subitement fin août pour une raison technique. Face à ce coup du sort, quoi de plus approprié qu’une belle absente ?

Oh vite la revoir

Non, que jamais trépas ne fauche vos bonds d’anges,
Vous fantasques pêcheurs dans l’ajonc gambadant,
Jetant votre fil blond qui plonge au charme ardent
Qu’a le fleuve jonché d’improbables mélanges,
D’un maquis surplombant champs, vin, fragrant jardin.

Jeux, marquants graffiti, pleuvent en chants bien drus
Dont qat semble à l’envi plagier charme et joie forte.
Joutes, fresques, beaux vers, choux gras : pas de main morte
N’y vont choquants jongleurs, bardes frappant mots crus.
Quel fracas vient brusquer ce chœur, majeur gadin
Qui mâche, griffe, abat, jaspes et lavandin.

Ouvrir la page du poème.

14 juillet : En ce jour de fête nationale, je m’interroge sur les multiples tentatives, jusqu’ici infructueuses, de modifier les paroles de la Marseillaise. Comment procéder ?
La devise de la France, avec ses trois beaux mots, est un magnifique exemple de trivocalisme. Or le nom même de « France » est basé sur deux voyelles : une idée ne serait-elle pas de chercher du côté du bivocalisme ? Voici une tentative ajoutée dans le recueil Ouvrir :

Une autre Marseillaise

enfants des terres fraternelles
le grand appel s’est élevé
relevez les manches rebelles
détachez l’esclave entravé
détachez l’esclave entravé
entendez le chant d’espérance
scandé par les halls par les champs
le brave se lève arrachant
la gangrène et s’exalte la France

venez les affamés massés en rang serré
marchez marchez tête levée c’est la grande marée

Ouvrir la page du poème.

3 juillet : Je ne sais pourquoi, j’ai eu envie ce matin, sur une contrainte actuellement à l’étude sur la liste Oulipo, d’écrire ce petit poème  qui ne vise presque personne :

le bateleur

il nous mène en pansway
montre en télé dolby
son bureau regency
parle en parfait dandy
la gouaille d’un jockey
la dégaine goofy
un petit air groggy

il nous mène en dinghy
nous dit c’est ainsi y
croirez-vous c’est vrai j’y
fus traité tel husky

nous roule en chantilly
nous déhanche un shimmy
qui vaut pas un penny
comme on vend un sextoy
comme on gruge  papy

ses ergots de coq y
furent cuits au curry ?
il faudrait un bon psy
quand confond penalty
et danse de Saint-Guy
quand dollar ou lev y
devient oeuf de Longwy

chez lui reste sexy
sa cour sa gentry y
vénère star jazzy

Ouvrir la page du poème.

30 juin : Je découvre l’édition 2014-2015 de l’opération « Dis moi dix mots ». La liste de cette année se compose de mots empruntés aux langues étrangères : amalgame (arabe), bravo (italien), cibler (de cible, alémanique suisse), grigri (utilisé en Afrique et dans les Antilles), inuit (inuktitut), kermesse (flamand), kitsch (allemand), sérendipité (anglais), wiki (hawaïen), zénitude (de zen, japonais). Doutant de la possibilité de faire quelque chose avec un pareil attirail, j’ai fait ce petit essai, tout en plaignant les professeurs qui les années précédentes firent merveille avec leurs élèves :

Sérendipité

Que voulait dire au fait ce mot tant répété
Dans la grande kermesse aux jargons à la mode :
Sérendipité,
Brandi tel un grigri dans les salons de thé
Par les collectionneurs de parlers incommodes ?

Voulant me renseigner aux merveilleux wikis
J’ai tapé plein d’espoir sur mon clavier tactile
Sérendipité.
Las j’avais mal ciblé. Sur ce vocable exquis
Je n’eus comme retour qu’un contrepet futile.

Mais au détour du web, mystérieux amalgame,
Cherchant en vain le sens de cet étrange mot
Sérendipité,
Je découvris au coin d’un site à large gamme
Qu’il faut dire Inuit et non point Eskimo.

Mon Dieu je suis troublé dedans ma zénitude
Par ce renseignement auquel je dis bravo !
Sérendipité
Peut attendre demain. J’abandonne l’étude
Des mots kitsch… Le Grand Nord a conquis mon cerveau.

Ouvrir la page du poème.

27 juin : Je trouve un message de Géraldine Camile, Chargée de collections pour le Dépôt légal numérique à la Bibliothèque nationale de France me disant « Je vous confirme que votre site talipo.fr a été collecté ainsi que les textes présentés sur ce site le 1er juin 2014. La qualité des archives est bonne avec plus de 3 200 URL collectées. Vous pouvez consulter les archives dans les salles de recherche de la Bibliothèque. » Emerveillé par le travail d’archivage colossal réalisé par la BnF, je lui dédie ce quatrain:

L’œuvre qui se construit s’archive vers à vers
Grâce au travail patient qui collecte sans trêve.
Honneur à ceux par qui, prose ample ou ligne brève,
S’offre la création, flambant trésor ouvert !

29 mai : 150ème anniversaire de la Croix Rouge.

Hommage à celui qui ose
Ecouter son émotion
Et crée bravant les psychoses
Pour secours sans exception
La belle organisation

28 mai : L’Ouvroir de Littérature potentielle a coopté à l’unanimité
deux nouveaux membres, tous deux hispanophones, l’écrivain argentin Eduardo
Berti et l’écrivain espagnol Pablo Martin Sanchez. Pour fêter ça, un girondeau de dessous les fagots ajouté dans le recueil Oripeaux:

Berti, Sanchez

Berti, Sanchez (Eduardo, Pablo Martin)
Un jour furent pris dans le labyrinthe
D’Oulipo. Ce périlleux destin,
Que plus d’un fuirait avec crainte,
Ils l’épousent diamantins,
Mettant pieds en l’empreinte
De Pères mutins
Berti, Sanchez
Sous astreinte
Contrainte
Tint

Ouvrir la page du poème.

25 mai : Elections européennes. Les craintes se confirment. Cette strophe s’ajoute dans le recueil Ouvrir.

Dépression

Ce soir je suis un gnafron
Qui regarde avec effroi
L’approche d’un large front
Portant la vague de froid
Pluie viens laver cet affront
A l’honneur de mon beffroi
Ce soir je baisse le front

Ouvrir la page du poème.

22 mai : 5000 ! Un peu plus de deux ans après son ouverture, le site Talipo a reçu aujourd’hui sa cinq millième visite. Je suis très heureux de votre bon accueil et je souhaite à tous beaucoup de joies poétiques.

10 mai : journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Un poème suivant la contrainte du bel absent:

Esclave, bel absent

Au champ jusqu’à la mort ils vont fauchant grains blonds.
Qui voit, au joug, l’homme perdu bêchant la fange ?
Visage aux joues de plomb, hère fantomatique,
Qu’on vend en groupe au troc, jambe enchaînée de fers.
Vient un jour blême un fruit gris qui pend, déchiré
Par des juges moqueurs dont blancheur se fait meurtre.
Aux ports marchands, joyaux qu’un gain blafard viola.

Ouvrir la page du poème.

6 mai : Oukaze interdisant les expressions grossières dans les arts et les médias. La strophe ci-dessous vise à se conformer à ce vertueux édit:

Talipo, c’est infect,
Contre toute décence,
Poutine, écrit, abject,
De grossières sentences

Note: Le lecteur tenté de déplacer ou changer les signes de ponctuation pour faire surgir quelque sens second de ce texte est avisé que de telles modifications sont tout à fait inutiles.

1er mai : Le lipoméride, après un an d’existence, s’achève pour être remplacé par un nouveau projet, le Zodianku

8 avril : Cela fait un an que mon compte sur twitter est ouvert. A cette occasion un twoosh (texte en 140 caractères):

un an de tweet aujourd’hui
oh tous vous m’avez séduit
amis en twittérature
anniversaire joyeux
du jour où fou furieux
entamai cette aventure

24 mars : En réaction au résultat des élections municipales:

Entre les fronts fuyants et le front de la haine
Des hommes affolés votent le déshonneur
Mars où rose fanée s’embrunit de malheur
Mars automnal bêchons semons une autre graine

23 mars : Premier tour des élections. Un pantoun :

Fatras de bulletins en tas
Scellés dans l’urne transparente
La vie se délite en quantas
M’ouvrant une marelle errante

21 mars : Le salon du livre ouvre ses portes. Ne pouvant y rôder, je me console avec ceci:

Là m’édite. La médite, l’âme dite.
Mot étalé, motet, ale, m’ôte, talé.
Livre livre l’ivre.

20 mars : C’est l’équinoxe ! Pour la fêter une petite médaille, à la façon d’Annie Hupé:

baiser du printemps
du bourgeon l’odeur légère
sur ma lèvre empreinte

15 mars : Honoré d’avoir été invité à participer au numéro 10 de la Revue Pantouns, revue française consacrée à cette forme poétique de Malaisie, avec le pantoun twoosh suivant:

Pêcheur qu’emportent les océans
Après treize mois la voix étrange
Qui longtemps plonge au froid du néant
Entend la musique bleue des franges

Pour l’occasion, sur une idée de @RevuePantouns voici un second pantoun lipogrammatique sur les voyelles du mot « pantoun »:

Sur l’atoll dormant court
Un paon au long dolman
D’art fol ornant sa cour
Tout brûlant va l’amant

8 mars : Journée internationale des droits des femmes. Une strophe m’est venue:

au cours d’une journée
la parole est donnée
la route illuminée
puis à la nuit sonnée
commencera l’année

28 février : le lipoméride vient de boucler son dixième mois. Une petite terine twoosh :

un lipogramme
de jour en jour
depuis dix mois

larmes émoi
merveille ou drame
y font séjour

de fin le jour
vient dans deux mois
du lipogramme

21 février : 111 ans. Quand en royaume ?

(anniversaire de Raymond Queneau)

17 février : Le site Oulipo vient d’adopter un nouveau look.

Quand le cétancodonte aime à brouter ailleurs
Renouvelant son stock de piquante pitance
Quand le fleuve perdu se détourne railleur
L’Oulipo de son site avive la prestance

L’hippo change de houx
Pô (où ?) change de lit
Ouli change de peau

15 février : Bon anniversaire à Gilles Esposito-Farèse, éminent membre de la liste Oulipo. A cette occasion lui a été offert aujourd’hui le Blogef, un ouvrage collectif auquel j’ai contribué avec  «Poésie : l’or faste glisse», poème écrit sous la contrainte harmonique et accompagné d’une partition musicale.

14 février : En cette Saint Valentin, cette strophe dédiée à tous mes amis mal voyants:

La fête est si belle aujourd’hui
Pour ceux dont la vue n’est pas claire
Car nous chantons d’un chœur célère
Le juste Valentin Haüy

Et cette autre:

L’amour est un fleuve puissant
Qui avance en de longs méandres
Parmi les glaces et les cendres
Vers le soleil en rougissant

10 février :  Monique Le Pailleur nous a quittés le 27 janvier. Pour celle qui vit encore dans les cœurs j’ai déposé sur son site cette strophe écrite selon la contrainte du « jeu de la vie »:

Monique Le Pailleur
Qu’on grave le mémorial
Car une reine du songe
Repart et le vent filant suit

7 février : Ouverture des jeux olympiques de Sotchi. A cette occasion une clotilde ajoutée au recueil « Ouvrir » :

la flamme noire de sotchi

le despote et le sportif
au bord d’une mer en larmes
oublient le soupir furtif
des anneaux passés par les armes

tombe neige sur le sang
des hommes qu’on emprisonne
qu’on assassine et crissants
skis glissent et stade résonne

de la flamme de la paix
qui brille aux yeux de l’athlète
la fumée d’un noir épais
noie le ciel le rire s’arrête

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1er février : le « lipoméride » a clôturé son neuvième mois de lipogrammes quotidiens. Il court toujours !

29 janvier : Mort de Cavanna. Ce poème est ajouté dans le recueil Le prix de la vie :

A Cavanna va ma stanza !
Parla sans fard, grand sans fatras.
Ah pars, hagard, va ahanant.
Mal tant fatal tant s’acharna,
N’abattant pas manant flambant,
Chantant, bravant, dardant chacals.
L’art s’amarra à ta saga.

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27 janvier : Mort de Pete Seeger. Exceptionnellement le lipoméride de demain mercredi a été envoyé dès aujourd’hui :

mercredi – j’entends Pete Seeger le vent se lève et mes lèvres répètent les déferlements espérés de mes frères rebelles

21 janvier : (information découverte le 27 janvier) Un faisceau d’antimatière a été créé pour la première fois. Voir le site de Guy Doyen. Ceci vaut bien la petite célébration que voici:

illuminés d’antimatière
j’ai vu des mondes inversés
qui connaissent d’autres versets
à l’Eden la Mort trône altière

21 janvier : C’est paraît-il aujourd’hui journée internationale des câlins. Pour l’occasion cette « médaille ». Il s’agit d’une forme de haïku, due à Annie Hupé, dont les derniers mots des vers courts se répondent par inversion :

joli jour d’hiver
où les câlins sont gratuits
et la rue verdit

16 janvier : Comme chaque mois le «jeudi de l’Oulipo». Cette année ces séances ont chacune pour thème une partie du corps, cette fois-ci le dos. Pour l’occasion une petite terine.

quenine d’un jeudi

Une rumeur qui sort d’où
Vient me tirer de mon lit
Moi qui suis sourd comme un pot

Ne tournons autour du pot
Vite à l’auditorium où
L’on fête l’Ouvroir qui lit

Ses mots coulent dans le lit
D’un torrent d’encre chaude où
J’emplirai mon petit pot

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9 janvier : Anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir. A cette occasion, un poème est ajouté au recueil Ouvrir. Ces lignes sont composées suivant la contrainte du jeu de la vie.

On ne naît pas femme, on le devient
Fruit de rage en elle régénère
La joie de finir l’instinct vil vient
Teuf osée ton poison ton tonnerre
Mit la femme hors joug brut jovien

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1er janvier : Meilleurs voeux pour cette année 2014 ! Dans le lipoméride dont les lipogrammes quotidiens se poursuivent depuis huit mois, on trouve à la ligne du mercredi premier janvier :

en ce temps premier plein de liesse
je l’espère verrez venir
liberté rires et tendresse
éveil des rêves et désirs

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5 décembre : Mort de Nelson Mandela. Cet hommage a été ajouté au recueil Le prix de la vie. Il  respecte la contrainte du beau présent.

Que le présent soit beau

O la lame de l’onde a donné l’élan mâle
Soldé les démons de sa lande désolée
Son nom sonna le la de danses en sandale
Old man somnole son âme à son sol mêlée

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1er décembre : le « lipoméride » a clôturé son septième mois de lipogrammes quotidiens. Il court toujours !

25 novembre :  Une triple terine à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

les yeux

tu as regardé ses yeux
qu’un khôl sertissait de noir
passé gourmette à son poing

comme épervier à son poing
la regardais dans les yeux
la nuit parliez dans le noir

tu mis un bel habit noir
pour l’anneau s’ouvrit ton poing
larme de bonheur aux yeux

mais d’où viennent dans ses yeux
qu’embrume un nuage noir
ces sanglots qu’essuie le poing

tu emprisonnes son poing
tu lis la peur dans ses yeux
tu l’enfermes dans le noir

honteuse du cerne noir
qui lui rappelle le poing
la douleur le sang aux yeux

plus d’étincelle à ses yeux
l’horloge égrène le noir
des jours que rythme le poing

ne sachant rouvrir le poing
ne la cherchant plus des yeux
tu peins la maison en noir

vois-tu dans le miroir noir
que tu brises de ton poing
la mort qui sourit des yeux

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20 novembre : Journée internationale des droits de l’enfant. A cette occasion un nouvel ajout au recueil de poèmes pour enfants Fête de linotte :

Ma rivière

Ma rivière au creux de son lit
Bercée par l’orage et la pluie
Dans l’automne aux arbres jaunis
S’assoupit en chien de fusil

La neige à son rêve frileux
Offre son édredon moelleux
Que le lièvre d’hiver joyeux
Décore de ses traces bleues

Elle s’éveille en souriant
Au rire des merles bruyants
A l’odeur des fleurs du printemps
Quand les bourgeons s’ouvrent au vent

Ma rivière fraîche en été
Danse au milieu des champs de blé
Dont les grains se gonflent dorés
J’aime son murmure enchanté

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Rappel: l’an dernier un poème avait été composé pour cette journée: Traits d’union, mis sur le site de la journée internationale.

31 octobre : déjà six mois de lipogrammes quotidiens dans le « lipoméride » !

7 octobre : Dans le lipoméride il y eut une semaine des religions en août.
Aujourd’hui débute une semaine des véhicules.

1er octobre : Le quatre-san-ku, un petit amusement chambérien, variante contrainte du haïku. Ci-dessous un exemple parmi les essais envoyés au cours du mois de septembre sur la liste Oulipo.

Pope pop épié.
Oie pipée, pipo pépie.
O pie épopée !

Retrouver les autres essais sur la page quatre-san-ku

17 septembre : un anniversaire très particulier. Le 17 septembre fut la date des accords de Camp David puis, quatre ans plus tard, la date du massacre de Sabra et Chatila. Ce sélénet placé dans le recueil «Oripeaux» est une façon de me souvenir.

l’ombelle

Que tu étais belle
Que le ciel brillait
La gracieuse ombelle
Nous émerveillait

Ta voix que j’écoute
Dans mes nuits toujours
Réveillait la voûte
Où l’astre a séjour

Cette fleur rebelle
Poison persillé
A taillé gabelle
M’a déguenillé

L’amour en déroute
Vit son dernier jour
Saignant goutte à goutte
Par un sombre ajour

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11 septembre : Mort d’Albert Jacquard. En réaction ce poème en bel absente, placé dans le recueil «Le prix de la vie».

Pleine vie

Qu’œuvre au beau changement, dans l’espace fragile,
Le gène, objet d’espoir qu’homme fit découvrir ?
Holà ! Magie fantasque, enjeu bien près d’ouvrir
Possible hiver grimaçant, fol jeu d’imbécile.
D’ample jabot, vocifère grand chant des coqs
Pour qu’éveil gifle bien chenus et jeune monde.
Flippant des blêmes vies qu’il juge chose immonde,
Brave flegme à chaque injustice porte estoc.

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28 août : Cinquantième anniversaire du discours de Martin Luther King « I have a dream ». Voici en son honneur un homosyntaxisme sur le texte de Jacques Jouet proposé cette année pour l’exercice « l’oulipien de l’année » sur le site Zazie mode d’emploi :

Le rêve

– La peur… Quand nous aurons fait un rêve, nous ne pourrons plus avoir la peur. Quand il y a le rêve, il n’y a plus que le rêve qui triomphe. Le rêve est un libérateur. Ce jour, regardez, l’homme a brisé toutes ses chaînes pour toujours ! Il a étalé sur la rue des pétales de roses, avec une fontaine vivifiante en geyser d’eau fraîche. On n’en est que plus ébloui, bien sûr, mais on respire, mais on s’aère, vient la lumière et des flots de lumière ! C’est vrai qu’il manque l’argent, mais l’homme n’est pas mal non plus comme projet de plénitude. On ne s’attendait pas à connaître une lumière aussi vive, et peut-être aussi décapante. Regardez cette couleur, je la vois, tu la vois, et pourtant elle n’accuse plus, s’il faut en croire les certitudes du cours de l’histoire.

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18 juillet : Alleg, Mandela – Une clotilde en ce jour où se croisent deux destins.

Alleg, Mandela

l’algérien et l’africain
deux résistants visionnaires
de l’un fête anniversaire
le second meurt jour arlequin

deux combats double mémoire
au prix d’années de prison
tortures et trahisons
pour que bascule enfin l’histoire

en ce jour de souvenir
le faible oublie sa faiblesse
l’humilié perd ce qui blesse
l’enténébré voit l’avenir

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16 juillet 1942 : rafle du Vel d’Hiv. Poème composé en ce jour anniversaire.

vel d’hiv

vel d’hiv
vent gifle
haine ivre
dents clivent

vel d’hiv
vieux vice
livides
veules suivent

vel d’hiv
vertige
livre veuf
feu vif

vel d’hiv
vielle juive
ciel vide
ailes vivent

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30 juin : Dans le lipoméride, un nouveau mois complet de tweets poétiques.

26 juin : aujourd’hui centième anniversaire de la naissance d‘Aimé Césaire. A cette occasion un sonnaïku ajouté dans le recueil Le prix de la vie.

danse

danse homme debout
piétine ce qui méprise
rejette ce qui dégrise
danse jusqu’au bout

refus du hibou
des paroles de traîtrise
des larcins en veste grise
du poison qui bout

danse bras ouverts
respire la plénitude
tu sors des travers

invente des vers
et rends à la négritude
place en l’univers

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21 juin : C’est l’été, c’est la fête. Joignons notre couplet:

c’est la fétuque âme de lis
c’est la mue d’elfe que tais
c’est la quête de fil à muse
c’est la fête de la musique

14 juin : Il y a un an aujourd’hui, j’annonçais sur la liste Oulipo la naissance du site Talipo. Fêtons cet anniversaire avec ce poème en bigollo , l’une des formes et contraintes qui ont vu le jour sur ce site.

déploiement

l’aventure aux jours chauds s’est envolée
mon arbre était enfin couvert de fleurs

c’est un vol
chatoyant de fleurs
qu’enlève un remous du mistral
sur la plaine enfiévrée des strideurs des sauterelles
dérivant sans crainte au dessus des champs de froment parcourus d’ondes argentées

c’est un arbre
chatoyant de fleurs
enroché dans les fonds magiques
très droit sous le cimier joyeux des guirlandes blanches

c’est un fleuve
chatoyant de fleurs
immobile et sans fin mouvant

un alpage
chatoyant de fleurs
en surplomb

un mois plus tard la Bastille est tombée

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12 juin 1964 : Une journée dans l’histoire.

– Mandela condamné à perpétuité
– Luther King arrêté
– et au Vietnam… lisez Anh Mat « lesnuitsechouees »

Trois hommes unis dans cette même journée, comme dans cette petite terine:

Geôle à vie pour Nelson
Prison contre Martin
Avions contre Oncle Ho

N’ont pas fait plier Ho
Pas bâillonné Nelson
Pas arrêté Martin

On descend de Martin
On hérite de Ho
On est fils de Nelson

11 juin : L’opération « Dis moi dix mots 2013-2014 » est lancée, sur le thème « Dis-moi dix mots… à la folie » célébrant l’invention verbale. Les dix mots sont:

ambiancer
à tire-larigot
charivari
faribole
hurluberlu
ouf
s’enlivrer (1)
timbré
tohu-bohu
zigzag
(1) « être ivre de lecture », néologisme d’un élève de CM2.

Voici une contribution:

Chahutant t’as eu chaud

A tire-larigot rigole augure hilare
Et l’herbe bue brait le bel air hurluberlu
Les lèvres enlivrées lit l’œuvre un livre rare
Fieffé fada fol ouf ô fêlé farfelu
Charrie richards ravis cherchant charivari
Fourbe roublard bouffi faribole élabore
Bête à tohu-bohu tombe tout ébahi
Sans cesser ces beaux sons censés bien ambiancer
Zig gaga dégrisé divague zigzags gores
Abruti trop beurré titubant et timbré

Ouvrir la page du poème.

5 juin : Tout le pays est bouleversé par la mort à Paris d’un jeune étudiant de 19 ans sauvagement agressé par des individus d’extrême droite, en raison de ses idées progressistes. A cette nouvelle le tweet du lipoméride de jeudi a été doublé du suivant :

(deux) Un jeune nervi, triste brute, tue un jeune épris d’idées généreuses. Cité entière, prends le deuil.

17 mai au 6 juin Un poème-feuilleton ! Du 17 mai au 6 juin j’ai écrit chaque jour une nouvelle strophe du poème «Reflets de Liberté». Ce poème est une réécriture du poème de Paul Eluard «Liberté». Cette version est un bivocalisme en e et i.

29 mai :  Honoré d’être cité sur le site Blogs littéraires de Louise andréa. Ce site est une jolie contribution à la promotion de la littérature.

28 mai : Vote de la loi sur l’enseignement supérieur à l’assemblée nationale. Là où des monarques d’ancien régime s’attaquèrent aux faibles et aux démunis, l’actuel président s’en prend aux fondements de nos institutions. Ceci vaut bien une anagramme.

Roi voyou : flairas défuntes chenilles rondes ?
– François Hollande, fossoyeur de l’université.

27 mai : Dans le recueil « Poteries » une nouvelle rubrique consacrée à l’odécaphonisme, une contrainte inventée par Strofka. Basée sur une série de 12 phonèmes vocaliques, à la manière du dodécaphonisme en musique, elle vise à des vers phonétiquement équilibrés. Exemple ajouté aujourd’hui:

Il ne faut vendre ours qu’ont tué seize assommeurs.

ainsi que douze variantes assemblées sur la page « odécaphonisme ».

17 mai : Un poème-feuilleton !

Depuis le 17 mai j’écris chaque jour une nouvelle strophe du poème « Reflets de Liberté« . Ce poème est une réécriture du poème de Paul Eluard « Liberté« . Cette version est un bivocalisme en e et i. En tout 21 strophes sont publiées pendant  trois semaines.

17 mai: Une petite énigme harmonique !

L’air qui a donné le texte ci-dessous est, j’en suis sûr, connu de chacun de vous. Le reconnaîtrez-vous ? Ce poème suit la contrainte « harmonique» . Il s’agit d’associer à chaque note une lettre imposée à la syllabe correspondante, selon la clé de correspondance suivante:
la: a,h,o,v
si: b,i,p,w
do: c,j,q,x
ré: d,k,r,y
mi: e,l,s,z
fa: f,m,t
sol: g,n,u
Soit on impose que la consonne débutant la syllabe, soit que la voyelle de la syllabe corresponde à la note chantée.

Nos gorges ce jour rendent grâce
Car la joie vient tout raviver.
La disette et la terreur sourde
Dont étaient meurtris nos tisseurs,
Nos nounous, les chargeurs, les charrons,
Sur nos cœurs droits fondent, plaies douces.
Pourvu qu’en ces jours d’incurie
De ce peuple l’âme grandie
Scande ce chant que l’audace cabre:
Unis, nous déchirons,
Unis, nos nœuds coulants !
Un cri renflé tonne hardi:
Forgeons l’homme de vie.

Cliquer ici pour vérifier votre solution et connaître le titre du poème.

16 mai: Un « haïku à taille de guêpe », sur une idée de Gilles Esposito-Farèse qui a présenté un sonnaïku à taille de guêpe ! Ce haïku est homophone, autant que faire se peut.

Vingt, d’Yvain, d’hie vainc !
Vin, dive: indy vint, divin.
Vain dit: vint d’Yves, hein ?

et son exégèse:

Juste armé d’une dame il serait le vainqueur
Du noble chevalier qu’épaulerait sa suite ?
Dieu du skate il serait, contre une bonne cuite ?
Laissez : ce long babil est d’Yves la liqueur.

15 mai: Le lipoméride s’allonge quotidiennement depuis déjà deux semaines. Chaque jour est illustré par un texte comportant les mêmes voyelles.

14 mai: 2000 pages consultées sur le site Talipo ! Le cap a été franchi cette nuit.

12 mai: Journée internationale de l’infirmière. Métier engagé et courageux dont chacun a maintes fois éprouvé combien il est indispensable. A cette occasion mon premier essai de sélénet intitulé « l’infirmière« .

12 mai: Proposition d’une nouvelle contrainte « harmonique ». Partant d’un air musical, il s’agit d’associer à chaque note une lettre imposée à la syllabe correspondante. Elle est illustrée sur l’air de « Au clair de la lune », par deux sélénets : « Chanson à boire avec modération » et « clinamen à l’harmonie« .

2 mai: Une image de l’UNICEF a été détournée sur Twitter par « La manif pour tous », provoquant une vive mise au point de l’Unicef. J’ai soutenu ce message en ces termes: « Indigné par la manipulation de @LaManifPourTous, je renouvelle à @UNICEF_france mon soutien à l’action menée dans le monde pour les enfants. »

30 avril: Très fier d’avoir été classé premier, ex-æquo avec Frank Evrard, dans le concours Tweetoulipien organisé par Les Livreurs. Il s’agissait d’écrire un tweet, lipogramme utilisant uniquement les lettres figurant dans l’expression “Bal à la Page OuLiPo”. Ci-dessous le texte qui a été retenu, parmi mes trois propositions. Les autres lauréats se trouvent sur le site du concours. Occasion de découvrir l’activité des Livreurs, association consacrée à la lecture à voix haute d’œuvres littéraires : cette mise en honneur de la lecture est une chose que je trouve magnifique. Le concours était organisé dans le cadre du Bal à la Page OuLiPo ce 30 Avril à l’auditorium Saint Germain à Paris, auquel j’espère le plus grand succès.

O la page ailée, alliée à la bougie opale, appela, égale au bel aigle, piège aboli, l’obole épelée où, à l’œil ébloui, a lui l’élégie bleue.

Ce texte est un « twoosh »: il comporte exactement le nombre maximal de 140 caractères.

24 avril: La page « alphaberrations » est enfin complète. Cette collaboration avec Françoise Guichard rassemble des poèmes anagrammatiques formés sur les dix lettres les plus fréquentes (AEILNORSTU) plus une: tous les choix possibles de cette dernière ont été explorés.

17 avril: Démarrage d’un nouveau recueil. La participation à quelques textées organisées sur la liste Oulipo a fait naître quelques textes en prose courts dans le genre « tranche de vie ». C’est l’occasion d’ouvrir le recueil « Chromos » où de tels textes trouveront place. Les premiers textes sont « Varlope et Trusquin » et « Quelques éléments« .

16 avril: « Assez ! » L’appel des Nations unies pour la Syrie. Un poème à cette occasion de forme bigollo.

Syrie

ils sont morts
au milieu de nous
sens leurs doigts raidis qui t’agrippent
vois leur visage noir leurs yeux vides qui te fixent
ils ont mal
au milieu de nous
entends leur souffle qui s’éteint
ils ont peur
au milieu de nous
qui sont ils

Rappelons le poème « Arme lourde, éveil puni » publié sur le même sujet le 19 septembre.

9 avril: Hier mort de Margaret Thatcher. Un petit adieu en forme d’anagrammes:

1- Char gratta mer. – Thé ?

2- T’armer, GATT,  hacher !

3- Ta machette: arrrgh !

8 avril: Journée internationale des Roms. A cette occasion ce poème, un bigollo en acronyme itéré.

rire ouvre marges

rêve ou meurs
renverse ordre morne
rouvre obstiné murailles roides
oublie magisters rageurs oppression mutilante
rues ont mal
renverse ordre morne
rogue oukase médiocre ruine
or massif
renverse ordre morne
reste ô mage

4 avril : Journée internationale pour la défense d’Amina Tyler. Cette jeune Femen tunisienne est menacée de mort. Ci-dessous un acronyme itéré en bigollo:

rite n’y a mal

aidez moi
ils nous auront toutes
yeux lourds effrayantes rumeurs
à mort ils nous assignent tels yaks loups et requins

au matin
ils nous auront toutes
yeux lutés entravées rouées

après moi
ils nous auront toutes
yeux livides

étranglées

répudiées

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3 avril : Suite à la mort du dessinateur Fred cette pièce sur un principe proche de la bouture.

à Fred

perdu le chiffre du code
ouvrant naufrages tropiques
au parfum orthographique
terme échu maudit diacode

et l’explication de sa construction:

      perdu le chif|fre d|u code 
    ouvrant naufrag|es  t|ropiques 
           au parfu|m ort|hographique 
           terme éc|hu  m|audit diacode

25 mars: C’est paraît-il la journée mondiale de la procrastination ! Et si le soleil décidait de ne se lever que le lendemain ? Il faut dire (en quelques anagrammes) qu’il a ses raison, le vieux bouc.

20 mars: Très honoré de recevoir de Strofka ces deux strophes isocèles qu’il a réalisées en utilisant des passages de mes poèmes ! Le premier comporte des vers de deux poèmes du recueil « Fête de linotte« , « Le cheval » et « Le caillou blanc », le troisième utilise des extraits de « il bravo », un poème de « Vagabondages« .

13 mars: Un nouveau pape est élu ! A cette occasion deux poèmes jumeaux avant/après  s’inspirant de la clotilde, forme empruntée par Annie Hupé au poème éponyme d’Apollinaire.

8 mars: Journée internationale de la femme. Occasion du poème « Un jour la femme ? »  adoptant la forme de la morale élémentaire inventée par Raymond Queneau.

24 février : La page « alphaberrations » s’est enrichie. Il s’agit d’un ensemble de poèmes composés par Françoise Guichard et moi sur le principe des ulcérations, anagrammes de la suite de lettres « ulerations » à laquelle on ajoute pour chaque poème une lettre supplémentaire. Nous en sommes à 6 textes sur les 16 possibles.

18 février : Proposition d’une nouvelle contrainte, dite « téléphonique » . Pour l’illustrer, la forme sonate est utilisée pour composer la « sonate à Bell-Meucci » .

11 février : Annonce de la retraite du Pape. En son honneur une innocente effronterie holorime:

Missa est

Le Pape est élu
Le Pape est Pierre
Le Pape bénit : la famille est normale
Le Pape jouit de l’infaillibilité
Le Pape a droit à sa retraite anticipée

Le Pape était lu
Le Pape épie hères
Le Pape, bée, nie la femme : Hyène or mâle ?
Le Pape joue, hideux, lymphe haïe, bile : ite
Le Pape adroit : « Ah, Sartre est anti ? – si paie… »

10 février: un 250ème anniversaire oublié, signalé par Annie Hupé sur la liste Oulipo: « Le 10 février 1763, par le traité de Paris, la France met fin à la
guerre de Sept Ans avec l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal.
Négocié pour le compte de Louis XV par le duc de Choiseul, le traité se
solde par la perte de la Nouvelle-France (aussitôt rebaptisée « The
Province of Quebec »), de la Louisiane et de la plus grande partie des
possessions françaises aux Indes à l’exception des comptoirs de
Pondichéry, Chandernagor, Yanaon, Karikal et Mahé. » Ceci vaut un petit quatrain anagrammatique:

Louisiane Nouvelle France
Roi nu en faune olé les cliva
Lune force vue a soleil nain
Vanille sucrée, on a fenouil

9 février: Dans un mail à mon ami Marc, qui s’était gentiment payé ma tête en vantant ma « mémoire éléphantesque », ce petit quatrain:

Sonnez trompes en mi cornez doux olifants
Annonçant l’ennemi réveillez nos défenses
Contre ce noir griffon pesons comme éléphants
Chassons-le tels siphon sous le vase d’aisance

4 février: On a retrouvé les restes de Richard III dans un parking. Ce drame élisabéthain vaut bien un pangramme alexandrin:

Voyez coq fameux, joli parking de Bosworth

30 janvier: A l’approche d’une nouvelle loi sur l’enseignement supérieur,  essai d’un tract en lipogramme: LRU et Fioraso. Et le monovocalisme que voici:

C’t’ LRU, tumulus du Sup, qu’un nul Ubu du cru crut l’humus d’un futur brun, fut un summum du truc cucul, but nul d’un club d’us durs. D’un CHU, d’UFR, du CNU, chut un « Zut ! » cru, mû d’un flux plus dru qu’un jus chu d’un cumulus.

29 janvier: Christiane Taubira, Léon-Gontran Damas, et le musée d’Orsay. La rose et l’odeur, mélange deux nouvelles de ce jour:

27 janvier: Journée doublement placée sous le signe de l’exclusion et de la résistance. D’une part revient la question du Mariage pour tous (voir le post du 10 janvier), d’autre part c’est la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité (informations sur  le site de l’ONU et le site Journées Mondiales). A cette occasion, le poème « pauvre absente à Dora », qui suit la contrainte de la Belle absente sur le nom d’Anne Frank.

10 janvier: Mariage pour tous… Un petit  poème en forme d’anagrammes

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26 décembre: Lendemain de fête…  La Vertu vaincue par le Vice, une pièce un peu fofolle en forme de Belle absente

20 décembre: Jour de fin du monde ! Pour célébrer ça, « Belle fin » un petit poème de circonstance (en forme de Bel absent)

5 décembre: Le fest-noz est inscrit au patrimoine immatériel de l’Humanité par l’Unesco ! Une petite pièce dans la forme mise en honneur actuellement par Annie Hupé sur la liste Oulipo, pour m’associer à la joie des Bretons:

1er décembre: Un bon anniversaire à Nicolas Graner !
En son honneur, un nouvel opus de la BLO (Bibliothèque Liste-Oulipienne) a été réalisé: BLO 16
Saluons Gilles Esposito-Farèse, qui a impulsé la réalisation de ce bel ouvrage collectif.

20 novembre: Journée mondiale de l’enfant. Un poème pour la circonstance a été mis en ligne « traits d’union« , contribution sur le site consacré aux journées mondiales.

10 Novembre: Le site Talipo a enregistré sa millième visite.
Pour l’occasion « El vino de cosecha » un poème dans la lignée des variations sur le poème de Gérard de Nerval El Desdichado, exercice cher aux Oulipotes (voir les trois cent réécritures réunies par Nicolas Graner)

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Oripeaux

quatre-san-ku

I
A même sa mée,
Sam a ses as amassé.
Sasse âme semée.

II
La Lada cala.
Lad dalla, Al laça cal :
Là, d’ac, ça alla.

III
Fée fit fieffé tif !
Et été te fit effet.
Té, tête te fitte.

IV
Erre et rate artère
Art t’a tête à tête rare
Ta terre t’arrête

V
La Mamma a mal !
Là… la calma, la cala,
Laça, ça alla.

VI
Pope pop épié.
Oie pipée, pipo pépie.
O pie épopée !

VII
née en un névé
ève neuve venue nue
en une nuée

VIII
A la lie allai,
Là, à l’île à l’aléa.
Ai l’aile liée.

IX
rag erre égaré
reggae a rage à gérer
raga rare aère

X
Nuit. Inti tut nit.
Un titi nu tint un ut.
Un tutti : tut tut !

[Inti = dieu du soleil inca
nit = unité de luminance]

XI
O Bob tête bée
Béret tort et botte ôtée
Robot et toro

[Exceptionnellement un « cinq-san-ku » sur ROBERT en l’honneur de Robert Rapilly pour son anniversaire]


Petit amusement chambérien. Parmi les 20 lettres ne valant pas 10 au scrabble, en choisir quatre dont au moins une voyelle. Ecrire un haïku en utilisant exclusivement ces quatre lettres.
[ D’où le nom: quatre (lettres) sur 3 (san en japonais) vers formant un (haï)ku — rien à voir avec la Fontaine des éléphants]
Postés sur la liste Oulipo en septembre 2013.

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W ou le Septuor dément

W
Ile
Sportive
Terre océanique
Où le temps s’emprisonne
Est-elle le miroir d’un hier dément
Ou le cadran d’un moteur qui tourne à pleins gaz


Nouvel essai de Septuor défini par Lirina Bloom. Celle-ci ayant proposé de chercher des Septuors débutant par les différentes lettres de l’alphabet, celui-ci répond pour W par un hommage modeste à Georges Perec, auteur de « W ou le Souvenir d’enfance » .

Publié le 15 août 2013

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Caresse

Y
Vis
Une lune
Couleur de sang
Dont le rayon m’inondait
D’une caresse encor plus sépulcrale
Que l’ondoiement huileux du poison dans ma veine


Second essai de Septuor (défini par Lirina Bloom) après Arrache.

Publié le 6 août 2013

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