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Effacer Clémence

Effacer Clémence

Truc dément : étend chenille
avec sauna très violent.
Leitmotiv cérémoniel,
estoc lâche, démentiel.

Fond naïf papillon trop bavant :
tub extrait le fil lucratif.

Travail éreintant assigné à nana
selon traditions régnant.

Voici une nouvelle contribution à « L’oulipien de l’année » que le site Zazie mode d’emploi consacre pour 2023 à Michèle Audin. Le texte avec son titre forment une anakyrielle littérale (ou kyrielle cousue, une contrainte due à Gilles Esposito-Farèse ) : La dernière lettre de chaque mot est identique à la première lettre de son prédécesseur, de façon cyclique, le dernier mot se cousant au premier du titre.
Publié sur la liste Oulipo le 30 mai 2023.

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mère à l’enfant

Va,
voit, vit,
touche tout,
palpe partout.

Bébé
évadé va,
telle petite étoile,
fouinant, tâtant sans fin, tout fou.

Elle le
mène, mamé, à même
sa peau, repère pur espéré.
À ce tiède contact connaît ancienne attente.

Ann a nanan.
Sûre, serre. Susurre « Urus ! »
Elle recèle l'or. Coule corolle ourlée.
Passe instant en suspens. Petit se sent uni au sein puissant.

Tête
calée
en l'aisselle
rit de douceur.

Né en
lune nuée,
n'attend date ni dette.
Aime l'aile sur lui serrée.

Rée ère, erre,
rage égare rāga.
Ésus sème armes, ruses amères.
Mère pleure, implore : pour lui, moi-même meure !

Ni
su la
meute « Mort ! »
hurler ni « Haine ! ».

Été
assassin. Nais,
enfant nu, au néant.
Soir. Froid effare désir roide.

Tôt
sauras
aller seul
où le silence


Ayant récemment repris la contrainte du tétraktys définie en 2015, j’essaie ici une structure modifiée comme me l’a suggéré Annie Hupé, arrangeant les strophes dans l’ordre S1 S2 S3 S4 S1 S2 S3 S1 S2 S1 , qui me paraît une heureuse disposition rappelant le bigollo ( pour les notations, voir la définition sur ma page de contraintes ). On tente ici un tétraktys exagéré en un sens légèrement différent de l’exagération usuelle : ici, dans chaque strophe, le n-ème vers compte n voyelles et n consonnes. Gilles Esposito-Farèse m’a suggéré l’appellation « isostichovocaloconsonantisme ».
Publié sur la liste Oulipo le 22 mai 2023.

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L’amour est un voyage

Éteint,
là, pâle.

L'on attend sa nuit.

Non !

La tête
on secoue.

On s'est tu,
écoutant le noir.

On n'a pas peur.
Nu.

Rien gagné
ni foiré.

Aime, cœur obscur.

Va
d'ornière en coteau,

du terrier
au fond de l'eau.

Te meurtrit dard ?
T'irritent ronceaux ?

- n'alentiront sauts.

Ne crains ni crois.
Erre,

dévie,
dérape, fou.

Loin du bien, du mal,

peau à peau trouve
l'éveil

antan duit
par un émoi neuf.

Là,
plonge en eau lunaire,
riant de ton deuil,

et

la
marée

te
portera au loin.

Ce poème est un essai de codage exagéré. Ça part d’un codage des lettres de l’alphabet en base 5, remplaçant toutefois le chiffre 0 par 5 :

blanc a   b   c   d   e   f   g   h   i   j   k   l   
5     1   2   3   4   15  11  12  13  14  25  21  22  

m   n  o   p   q   r   s   t   u   v   w   x   y   z
23  24 35  31  32  33  34  45  41  42  43  44  155 151

Ceci peut se résumer dans le tableau :

où le symbole & représente les blancs et caractères non alphabétiques.

Étant donné un texte à coder, on construit alors un poème dans lequel à chaque lettre du texte est associée tour à tour une strophe ayant autant de vers que de chiffres dans le code de cette lettre, et telle que dans chaque vers le nombre de syllabes, de voyelles et de consonnes est égal au chiffre concerné. On code les blancs par 5, ainsi que les apostrophes et ( mais ceci peut s’améliorer ) toutes les ponctuations éventuelles.

Par exemple la lettre i, de code 14 en base 5, peut se coder par

« Je
te coderai »

On remarque donc que ceci est un nouvel exemple d’isosyllabovocaloconsonantisme. Dans l’essai ci-dessous, le poème est un codage exagéré de son titre. Voici le codage de celui-ci en base 5 :

22 5 1 23 35 41 33 5 15 34 45 5 41 24 5 42 35 155 1 12 15

Publié sur la liste Oulipo le 15 mai 2023.

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Dans l’abri chante une soldate

Une
chanson
ressurgie
du monde heureux.

Chanteuse
enveloppée
mystérieusement
des lumières mal affirmées.

Son
froid du
souterrain,
qu'amuït ténèbre.

Sourde peur
imprégnant, indicible,
diffuse, leurs regards enflammés
accompagnant intensément lente cantate.

Soldats
rêvant chacun
aux candeurs, tant mutines,
des enfants jadis exaltés.

Balancement
lent, nostalgique, quand soudain
obscurément revivent lointaine amitié,
renaissant après harassantes années. Parenthèse atone.

Slave
chant triste
vogue au seuil
du cœur blessé.

Nuit mourante
annihile, mauvaise,
toutes poésies illuminantes.
Quelle solitude environne bataillon.

Dressés,
alors ils disent,
en tremblant, le soleil
toujours brillant quand chant entonnent.

Et
ce chant
va gaiement.

La tetraktys est une contrainte inspirée de la figure du même nom de Pythagore

illustrant la formule 1+2+3+4=10 , et à laquelle ses disciples attachaient un véritable culte.
Comme contrainte, la tetraktys consiste en 10 strophes de 4 vers comportant respectivement x, 2x, 3x et 4x syllabes (une telle strophe sera désignée Sx dans la suite). On disposerait alors dix strophes de la façon suivante:

         S4 
      S3    S3 
   S2    S2    S2 
S1    S1    S1    S1

Par commodité, ceci est linéarisé de la façon suivante : S1 S2 S1 S3 S2 S4 S1 S3 S2 S1.
Commencée il y a assez longtemps, et remise jusqu’à aujourd’hui faute de temps, cette tetraktys est telle que dans une strophe Sx est appliquée une sympathie stricte d’ordre x. Ce poème était inspiré par une vidéo en provenance d’Ukraine que je ne retrouve malheureusement pas.
Posté sur la liste Oulipo le 11 mai 2023.

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La non consentante

L'étale
roi. On
la tale,
sus : - Non !

Elle -ire-
saut sut.
L'élire ?
- Son su.

Ce muret ( bobet d’ordre 2 ) suit la contrainte d’exagération, aussi appelée isosyllabovocaloconsonantisme introduite dans « Décis, mal en pis » : dans chaque vers on trouve le même nombre de syllabes, de voyelles et de consonnes. Une surcontrainte ajoutée par Gilles Esposito-Farèse impose que soient formés des couples voyelle-consonne apparaissant ensemble dans les mêmes vers, ici
a-t, e-l, i-r, o-n, u-s.
De plus on impose ici une répartition aussi équitable que possible : 3 a, 4 e, 3 i, 3 o, 3 u (4 e pour assurer les rimes féminines ). Les premières voyelles sont placées de façon à lire aeio…u et de même les dernières voyelles. Ceci détermine complètement la composition de chaque vers en voyelles et consonnes.
Publié sur la liste Oulipo le 8 mai 2023.

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Le matin m’a réveillé

Le matin m'a réveillé
D'un coup de soleil sur le nez

J'ai trouvé le sucrier
La tranche de pain beurré
Le bol le café passé
La baie au verre embué
Comme toujours au déjeuner

Sans hâte j'ai enfilé
Ma doudoune en gros duvet
J'ai bien refermé le loquet

Sur le trottoir déserté
J'ai reniflé le vent frais
La bourrasque m'a giflé
D'un envol échevelé
Je suis parti sans hésiter

Des heures j'ai cheminé
Tassant la neige du pied
Par les champs immaculés
Et les taillis dénudés
Seul ébloui déboussolé

Mais sans savoir où j'allais
Comme un démon l'œil mauvais
Comme un cheval emballé
Ce jour enfin je savais
La question que j'allais poser

J'étais si désespéré
J'étais si près de m'étouffer

Marchai toute la journée
Entre les arbres parés
De cristaux illuminés
Par le soleil maigrelet
D'un hiver endimanché
Mais point ne les ai regardés

Une rumeur m'a guidé
Au fond d'un versant mauvais
J'ai couru dégringolé
Et dans la nuit qui tombait
Ce que je cherchais j'ai trouvé

Roulant de son flot altier
Des blocs de glace dorés
Par l'astre qui s'endormait
Il passait sans s'arrêter
Calme puissant et secret
Le grand fleuve qui murmurait

Sur la berge me tenais
Silencieux les yeux fixés
Sur le courant que menait
Une étale volonté
Et dans mon cœur j'entendais
Sa lente voix qui me parlait

Que viens-tu me demander
Ne dis rien je te connais
De solitude enveloppé

À mon bord tiens-toi penché
Tes mains viens les immerger
En mon tourbillon léger
Longuement lave tes pensers

Je vais sans rien posséder
Sans devoir sans exiger
Nul ne m'attend sur un quai
Tu me regardes je vais
Quand auras les yeux fermés
Sans ton souvenir j'irai
Dans la clameur d'éternité

Longtemps je l'ai contemplé
Je sentis à mon côté
La douleur se dissiper
Qui m'empêchait de respirer

Et je sus tel le galet
Au fleuve prise donner
Le laisser me retourner
Me soulever m'emporter
Sans savoir où me menait
Douloureux sourd insensé
Ce courant où je n'avais pied

Lors je compris qu'étais né
Ce jour et qu'appartenais
À la vague que gonflait
Sans la moindre volonté
Libre de nécessité
Ce grand mouvement ondulé

Vous dieux que j'ai désirés
Êtes-vous morts crucifiés
Êtes-vous au monde nés
Dans le vide illuminé
Je suis par le fleuve entré
Épousant le long filet
D'une fluante pauvreté

Comme dans « Clotilde » de Guillaume Apollinaire, chaque strophe est composée de vers de 7 syllabes, et d’un dernier vers de 8 syllabes. Ce poème avait déjà inspiré la forme clotilde introduite par Annie Hupé.

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Le dol à Dole

Au delà du lit de l’eau dix lieues doit l’idole adulée, dit « le doux lad », aller, dit l’édile: « Deux loups dans lande : à l’aide ! Le deal est de  les delender ». L’édit lu dans la Dole ondulant de l’indolent Doubs, l’a dès l’ide, l’idiot lad allié des lois, duit.

L’Adèle aida lad : elle dit l’ode « Allez dans le Dieu », lui dola d’un long doigt le dos, l’adula, délia du landau le dais. L’on dut lui daller deux lieues de long. Dès le délai dû, le dos laid du lad alla dans l’oued au loin.

Des « l’on dit » l’ont, dès lundi, là, dit lot de l’adieu.

L’Adèle au doux lied alla de l’odieux lot du lad au lit de l’édile.

Une étonnante  version sonore réalisée par synthèse vocale… ( merci à Nicolas Graner !)

  

Nicolas Graner  et Gilles Esposito-Farèse ont donné des démonstrations magistrales de monoconsonantisme dont Nicolas distingue en définissant ce terme une version « phonétique » s’opposant à la forme qui doit s’appeler « littérale » illustrée par Gilles.
On peut de façon analogue définir le « biconsonantisme ». Dans l’essai que voici, phonétique, les deux consonnes s’alternent systématiquement: on peut parler de « biconsonantisme phonétique alterné ».
Posté sur la liste Oulipo le 11 avril 2013.

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Rhèmes de l’invisible

Veille jeune fille,
Bravant jeûne et gel,
Qu’ombre fuit en vrille.
Joug mis sans appel.
Phot qu’ombre renverse,
Jabot cachant cou
D’abject corps adverse.
Vouloir bru qui coud.

Que signa Diophante
Chaude conjecture !
Prouver loi démente,
Chaque jalon. Pente
Droit vers thèse pure.

Son esprit gambade
Au majeur défi
Plus haut qu’onc nul fit.
Espoir pour décades.
D’ajours non pourvu,
Son génial projet
Par vassal sujet.
Haut prix jamais vu.

Ce poème n’est autre que la colonne de droite d’un autre poème « Théorème de l’invisible » , consacré à la mathématicienne Sophie Germain dans le recueil « Le prix de la vie ».
Posté sur la liste Oulipo le 25 novembre 2012.

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Le prix de la vie

Théorème de l’invisible

Approchant modique bougie      veille jeune fille,
Nue, quand père craint défend maths.      Bravant jeûne et gel,
Tant sa foi juche algèbre en dieu      qu’ombre fuit en vrille,
Ose enfreindre brusque éviction,      joug mis sans appel.
Indécent jeu, bluff au gotha,      phot qu’ombre renverse.
Nom qu’il faut avoir pris d’un gars,      jabot cachant cou.
Empire technique affolé      d’abject corps adverse :
Amphi clos prof hagard jurant      vouloir bru qui coud.

Un vif ajout au lemme abscons      que signa Diophante
Grand but devint, presque infernal.      Chaude conjecture !
Un bien long chemin jusqu’enfin      prouver loi démente.
Savants de grand nom font tomber      chaque jalon. Pente
Toujours qui grimpe obstacles fous      droit vers thèse pure.

Enfiévré tel jars chassant coq      son esprit gambade,
Livre abrupts chocs au mur magique,      au majeur défi,
Et franchit divin jump global      plus haut qu’onc nul fit.
Beau théorème évoquant jongle,      espoir pour décades.
Long cours franchit obscur maquis,      d’ajours non pourvu,
Avant qu’enfin chauds bravi louent      son génial projet.
Naïf éloge acquis hors bord      par vassal sujet.
Coma brusqua fin d’un grand vol.      Haut prix jamais vu.

Le chrysonnet a été défini par Gilles Esposito-Farèse comme un poème formé de 13(5+8) vers de 13 (5+8) pieds; en effet chryso = or et 5,8,13 se succèdent dans une suite célèbre chère à mon esprit vagabond.
Le texte ci-dessous est un Chrysonnet allongé, formé de 21 (13+8) vers, afin de pouvoir placer en acrostiche un nom bien visible. Moins visible est le vrai nom de la personne qui emprunta ce nom pour avoir le droit de mener une recherche majeure en mathématiques. Belle absente, elle figure néanmoins dans ce poème. Comme le vrai nom n’avait que 13 lettres et non 21, j’ai dû le compléter par deux mots respectivement de 3 et 5 lettres: on trouve ainsi 3,5,8,13,21.
Ce poème a un jumeau « Rhèmes de l’invisible » publié simultanément dans le recueil « Oripeaux ».
Posté sur la liste Oulipo le 25 novembre 2012.

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le bateleur

il nous mène en pansway
montre en télé dolby
son bureau regency
parle en parfait dandy
la gouaille d’un jockey
la dégaine goofy
un petit air groggy

il nous mène en dinghy
nous dit c’est ainsi y
croirez-vous c’est vrai j’y
fus traité tel husky

nous roule en chantilly
nous déhanche un shimmy
qui vaut pas un penny
comme on vend un sextoy
comme on gruge  papy

ses ergots de coq y
furent cuits au curry ?
il faudrait un bon psy
quand confond penalty
et danse de Saint-Guy
quand dollar ou lev y
devient œuf de Longwy

chez lui reste sexy
sa cour sa gentry y
vénère star jazzy

Réponse à l’envoi par Gérard Le Goff sur la liste Oulipo d’un G20; il nomme ainsi des ouliporimes alphabétiques : une terminaison invariable est précédée tour à tour de chacune des 20 consonnes de l’alphabet. Une définition plus générale a pris le nom d’alpharimes ; ainsi, Gilles Esposito-Farèse a donné un très bel exemple d’une version dans laquelle les 26 lettres sont utilisées. J’ai voulu essayer à mon tour avec ce petit poème qui ne vise presque personne.
Vocabulaire:
pansway = type de bateau à fond plat qui voguait sur le Gange.
shimmy = danse dans laquelle s’illustra Mae West
Posté sur la liste Oulipo le 3 juillet 2014.

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