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Systoles

Pénombre

Ta voix était chaude.
Tu enseignais tous les chants.
Tu ne chantes plus.

L'infirmière au beau sourire
vient remplir le pilulier.

Les cheveux au vent,
nous menais par prés, par monts.
Tu restes assise.

À ta fenêtre tu guettes
le lent ballet des nuages.

Tu nous apprenais
les noms des fleurs, des insectes.
Ta mémoire est vide.

Le docteur d'une voix douce
lâche le mot dépendance.

Ta cuisine avait
les saveurs de la garrigue.
Le gaz est éteint.

L'homme obscur, au pas de course,
livre le repas du jour.

Tant d'enfants couraient
t'accueillir, te faire fête.
Seule, tu attends.

Des téléphones lointains
calculent ta destinée.

Nous nous sourions.
Quelques bribes te reviennent
d'un bonheur sans hâte.

Le soleil se fait moins dur :
on peut ouvrir les volets.

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Le prix de la vie

Refus d’obtempérer

Il est mort
dans une voiture
fusillé par un policier.
C'est le corps d'un enfant que sa mère aujourd'hui cherche.
Autour vocifèrent les tribuns des hordes brunes, les policiers de la haine.

Un enfant
qui, les yeux levés
vers la montagne de la vie,
comme il pouvait gravissait ignorant le vertige.

Il est mort :
que chacun se taise.
Écoutons le vent qui se lève

et qui chante
l'histoire obstinée

de l'amour.

Le 27 juin 2023, un nouveau tir de policier sur un conducteur pour refus d’obtempérer a provoqué la mort du jeune Nahel Merzouk, 17 ans, à Nanterre. Ce bigollo est écrit en réaction à ce drame.
Publié sur la liste Oulipo le 29 juin 2023.

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Panthéonnade

Cessez de me panthéoniser,
de citer mon nom dans chaque école,
quand près de moi l'ombre se désole
des amis qu'on a martyrisés.

Arrêtez de me canoniser
quand, le cœur froid, perdant l'auréole,
bénissez sous l'or de la coupole
les soldats dont l'arme vous baisez.

Pas question de me nobéliser
quand ces enfants que dealers cajolent
trouvent au creux d'une vapeur folle
des mondes à l'envers irisé.

J'interdis de me gréviniser,
de me planter, grotesque babiole 
de cire, polystyrène et colle,
sous des néons au jour tamisé.

N'allez pas me tabloïdiser
en une de la presse pipole,
comme la merde dans la rigole
que bouffe le lobotomisé.

Non. Laissez moi, le sexe rasé,
fuir gauchement sur ma jambe molle
rejoindre les ratés qui picolent,
moi que vous avez ubérisé. 

Réaction épidermique face à la multiplication des canonisations par le Vatican et des panthéonisations par le gouvernement français.

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Oripeaux

Le héron

Le héron
tourne en rond, maudit.
Très frileux :
« Étourdissement
met en fers !

- N'entrez, mendiant. Trop
frimez. Trotte enfer. »

Poursuivant son travail actuel sur les diagonnets obliques ( textes dont les syllabes, mises sous forme de tableau, peuvent être parcourues d’une seconde façon, en oblique, redonnant le texte initial ) Gilles Esposito-Farèse expérimente une disposition du tableau inclinée à 45°, dans laquelle on peut lire le texte par un parcours en lignes ou en colonnes. Les carrés sur pointe de Gilles m’évoquent une croix. On pourrait penser à allonger les quatre bras de cette croix, comme suit, obtenant un total de 29 syllabes.

                 le
                  é
            ron tour nan
        ron mau  di  trè fri
  le é tour  di  se  man  mé tan fer
        nan tré man dian tro
            fri  mé  tro
                tan
                fer

Le poème qui en résulte est un hypertog, de structure 3+5+3+5+3 + 5+5. J’envisage d’appeler cette variante un croisonnet.
Publié sur la liste Oulipo le 15 juin 2023.

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Oripeaux

Laisse étang, lassé

Laisse étang, lassé.
Chant, déchirant lai,
tant d'échos moqueurs :
c'est lâche. Immolai
sans rancœur, censé.

Poursuivant son travail actuel sur les diagonnets obliques ( textes dont les syllabes, mises sous forme de tableau, peuvent être parcourues d’une seconde façon, en oblique, redonnant le texte initial ) Gilles Esposito-Farèse expérimente une disposition du tableau inclinée à 45°, dans laquelle on peut lire le texte par un parcours en lignes ou en colonnes. Le présent poème en est un exemple, selon le tableau représenté ci-dessous.

                 lè
	    sé  tan  la
       sé  chan  dé chi  ran
  lè  tan   dé   ko  mo keur  sé
       la  chi   mo  lè  san
	   ran  keur san
	         sé

Publié sur la liste Oulipo le 11 juin 2023.

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Caravelle déroutée 2

un jour
l'homme à la figure grise
fut maître

en déchargeant ses mousquets
s'est emparé du navire
alors
nous qui voguions vers l'azur
nous avons perdu le cap
louvoyé contre le vent
la cale
fit embourrer de son or
de son fabuleux trésor
et la coque s'enfonçait

fuyant la fange l'eau trouble
les uns
ont rejoint d'autres esquifs
les autres

se sont laissés débarquer
sur des rives désolées

en pleurs
ils ont vu la voile bleue
d'un vent orgueilleux gonflée
disparaître sans un signe
adieu
compagnons que nous aimions
hélas
plus personne n'a les cartes
nul ne scrute le sextant  
et moi
je rêve au fond de la cale
de cette nef et je sombre

On donne ici une seconde version du poème précédent, dans laquelle seule la longueur du dernier vers est modifiée, faisant apparaître un tog ( à 4 coupures donnant des hogs ) : 2+7+2 + 7+7+2+7+7+7+2+7+7+7 + 7+2+7+2 + 7+7 + 2+7+7+7+2+7+2+7+7+2+7+7. Le poème a été redécoupé, les strophes successives laissant apparaître ces quatre coupures.

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Caravelle déroutée

un jour
l'homme à la figure grise
par force
en déchargeant ses mousquets
s'est emparé du navire
alors
nous qui voguions vers l'azur
nous avons perdu le cap
louvoyé contre le vent
la cale
fit embourrer de son or
de son fabuleux trésor
et la coque s'enfonçait
dans la fange d'une eau trouble

les uns
ont rejoint d'autres esquifs
les autres
se sont laissés débarquer
sur des rives désolées
en pleurs
ils ont vu la voile bleue
d'un vent orgueilleux gonflée
disparaître sans un signe

adieu
compagnons que nous aimions
hélas
plus personne n'a les cartes
nul ne scrute le sextant  

et moi
je rêve au fond de la cale

qui sombre

Ce poème était joint à ma réponse à un correspondant s’inquiétant de la disparition de plusieurs représentants appréciés de la twittérature, qui ont déserté ce réseau social à la suite de l’appropriation de celui-ci par Elon Musk. Sa structure articulée en vers de 2 et 7 syllabes suit un processus d’augmentation/diminution s’inspirant un peu de celle du bigollo. On pourrait appeler cette forme « bigorno » par référence à la bigorne, enclume pointant dans les deux sens
Gilles Esposito-Farèse m’a signalé qu’en modifiant la longueur du dernier vers, ce poème devient un tog. Ceci m’a amené à faire une seconde version de ce poème, qu’on trouvera à la page suivante.

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Oripeaux

Les importuns

Le crin sur le coeur
Te cale cou le croco
Te vole eau la veuve
Un asin ose le sacre
Du solo sur le corso

S’intéressant à la forme qu’on voit d’une lettre en clignant des yeux -sa silhouette, assimilée à un rectangle comme décrit sur la figure ci-dessous, Gilles Esposito-Farèse a introduit la notion d’homomorphisme littéral, dans laquelle deux vers respectent cet isomorphisme si leurs silhouettes sont identiques. Il en est ainsi des cinq vers du présent tanka.

Ci-dessous la représentation en silhouettes de ce tanka:

Publié sur la liste Oulipo le 7 juin 2023.

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Macrhonte neuf trois

C'était un président haïssant peuple et plèbe.
Bâillonnait les élus, les juges enchaînait.
Sa police à tous les carrefours ratonnait.
Survolait en avion les manants de la glèbe.

Ignorait ce pays où splendide le grèbe
orne les vertes eaux qui mirent le genêt.
Méprisait l'ouvrier et traitait de benêt
l'humble sage grattant le sol où croît la cèbe.

Il fit trimer les vieux, casquer les affamés,
riant de ces enfants qui erraient désarmés,
quand l'argent aux puissants gonflait la tirelire.

C'était un président par son peuple haï.
Il ne savait entendre et refusait de lire.
La stupeur le saisit quand son camp le trahit. 


La présidente macroniste de l’Assemblée Nationale annonce aujourd’hui 7 juin 2023 que les amendements pour restaurer le projet de loi déposé par le groupe LIOT visant à abroger la réforme des retraites ne seront pas examinés. Après les articles 49-3 et 49-1 le gouvernement a trouvé encore le 40 pour priver les députés de tout débat sur cette réforme. Ce sonnet est de circonstance.

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Oripeaux

Semence

Corps ! Corps bouillant !
À quand la saison du rut
où pourras, hurlant,

ouvrir ton humus obscur
au labour sanglant du soc ?

Ce tanka fautif est un exemple de clinamen au sens oulipien : le 1er vers n’a que 4 syllabes. Son maintien volontaire alors qu’il est facile d’ajouter une syllabe est conforme aux idées de Georges Perec concernant le clinamen, liberté dans la contrainte.
Comme lipogramme en E, ce poème accompagné de son titre fournit un second exemple de clinamen, l’unique mot du titre ne respectant pas la contrainte.
Publié sur la liste Oulipo le 4 juin 2023.

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