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Le baiser du marin

Avec belle adresse vous pûtes
Vous arrimer à cette bitte.
Avec la douceur d’une chatte
Et l’effleurement d’un baiser,
Accosta la marie-salope.

Sautant de la marie-salope
Sur le quai, par bonheur, vous pûtes
Echanger un chaste baiser,
Entre le cordage et la bitte
Où ronronnait la grise chatte.

Qu’elle était belle votre chatte,
Ange de la marie-salope,
Juchée sur l’acier de la bitte.
Bercé par le suroît vous pûtes
Retrouver les joies du baiser.

Dure un bref instant le baiser,
Moins long qu’un miaulement de chatte.
Ce fut tout ce qu’hélas vous pûtes
Goûter, car la marie-salope
Déjà devait quitter sa bitte.

Pendant que s’éloignait la bitte,
D’une main lançant un baiser,
Sombre, sur la marie-salope,
Vous levâtes l’ancre et la chatte
Aussi vite que vous le pûtes.


En Russie une loi entrera en vigueur le 1er juillet, interdisant les « vulgarités » dans les performances en public. Les amendes iront de 2 500 à 50 000 roubles (soit de 50 à 1 000 euros). La liste des termes interdits n’est pas exhaustive, mais l’Académie des sciences et l’Institut de la langue russe ont par exemple interdit les mots « bitte », « chatte », « baiser » et « putes » pour une loi similaire déjà appliquée à la presse. Sur la liste Oulipo une série de réactions lancée par Alain Chevrier a donné lieu à quelques poèmes contenant ces quatre mots et quelques autres. Voir aussi ma réaction du 6 mai dans le journal 2014.
La présente contribution ajoute « salope » aux quatre mots précédents, afin de réaliser une quinine (version n=5 de la n-ine).
Posté sur la liste Oulipo le 24 mai 2014.

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Empédocle

Paradait, prince à dix balles.
Rouge habit. Ne reste rien
Qu’une paire de sandales.

Dans le gouffre tellurien
Jeté aux peurs minérales,
N’a laissé, mourant terrien,
Qu’une paire de sandales.

Du penseur aux cheveux longs
Dont les ardentes paroles
Frappèrent tant d’âmes folles,
Dressèrent tant de jalons,
Brillait au centre des salles
Rouge habit. Ne reste rien
Qu’une paire de sandales.

Explorant une contrainte de Jacques Bens, le sonnet irrationnel, dont les strophes ont pour longueurs respectives les premiers chiffres de l’écriture décimale du nombre π = 3,1415…, Gilles Esposito-Farèse a mis au jour une série de sonnets irrationnels forgés sur l’écriture en bases diverses des nombres célèbres (pourvu que l’on obtienne 14 vers). Ici j’expérimente l’écriture de π en base 30 : π = 3,47… et cette forme m’a paru inviter à une forme à refrain, à la façon des rondels d’antan.
Posté sur la liste Oulipo le 16 mars 2021

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Le sang des plumes

J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance.

Rêvant, de mon petit lit, je suçais le délicieux sang versé d’eider gris, ma folie bercée, l’oison doré pleurant l’éternel enseveli.

L’interdit devint instinct vital et, comme le viril visage de l’irréfléchi dormeur converti prit peur, trop honoré de payer le prix, il vit l’hiver mort.

Proie indigo, l’oie vidée gémit docilement, et je ne découvris pas qui, ici, tira tout contre le chevet ce mignon colibri nu.

Sur moi l’idiot, front voilé, l’eider, l’oison, le pipit si rieur, paon, geai, m’ont poissé du souvenir sinistre dont mon bon lit gicla.


Le jeu de la vie est un célèbre automate cellulaire inventé par Conway en 1970, dans lequel des cellules d’un quadrillage « naissent » ou « meurent » selon des règles préétablies, et dont les représentations graphiques sont souvent magnifiques.
On propose ici une contrainte « jeu de la vie« ,  version de cet automate appliquée aux voyelles (a,e,i,o,u) d’un texte, et dans laquelle la mort d’une voyelle est remplacée par sa transformation en la voyelle suivante. On prendra pour exemple les voyelles de la phrase « J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. » C’est la première phrase du deuxième paragraphe du Côté de chez Swann. On obtient la liste de voyelles suivante:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
Cette liste va évoluer de façon synchrone, chaque voyelle se modifiant en fonction de ses deux voisines selon la règle suivante:
xyx -> x (qui doit se lire « dans xyx le y devient un x) si x et y différents
yyy -> y’
yyx -> y
xyy -> y
xyz -> y’
où y’ est le suivant dans la liste des voyelles (a -> e -> i -> o – > u -> a). La ligne 1 correspond à une naissance, les lignes 2 et 5 à une mort, les 3 et 4 à un statu-quo.
Pour les voyelles du bout, on considère que l’une de ses voisines est « vide » et donc différente de toutes les voyelles.
Dans l’exemple ci-dessus on obtient les cinq premières évolutions que voici:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
eaeoeiieuaieeiieuaeeeieiaoieeeeoiooeeuaeeeeeei
ieieiiiiaeoeeiiiaeeieeioeuoeiieuoooeeaeeiiiieo
oieiiooieieeeioieeeeeeouiauiiiiaouoeeeeeiooiiu
uoiiioooieeieoioeiiiieuaoeaiooieuoueiiieoooiia
Il reste plus à habiller le texte avec des consonnes et on obtient un poème en prose.
Posté sur la liste Oulipo le 7 janvier 2014.

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quatre-san-ku

I
A même sa mée,
Sam a ses as amassé.
Sasse âme semée.

II
La Lada cala.
Lad dalla, Al laça cal :
Là, d’ac, ça alla.

III
Fée fit fieffé tif !
Et été te fit effet.
Té, tête te fitte.

IV
Erre et rate artère
Art t’a tête à tête rare
Ta terre t’arrête

V
La Mamma a mal !
Là… la calma, la cala,
Laça, ça alla.

VI
Pope pop épié.
Oie pipée, pipo pépie.
O pie épopée !

VII
née en un névé
ève neuve venue nue
en une nuée

VIII
A la lie allai,
Là, à l’île à l’aléa.
Ai l’aile liée.

IX
rag erre égaré
reggae a rage à gérer
raga rare aère

X
Nuit. Inti tut nit.
Un titi nu tint un ut.
Un tutti : tut tut !

[Inti = dieu du soleil inca
nit = unité de luminance]

XI
O Bob tête bée
Béret tort et botte ôtée
Robot et toro

[Exceptionnellement un « cinq-san-ku » sur ROBERT en l’honneur de Robert Rapilly pour son anniversaire]


Petit amusement chambérien. Parmi les 20 lettres ne valant pas 10 au scrabble, en choisir quatre dont au moins une voyelle. Ecrire un haïku en utilisant exclusivement ces quatre lettres.
[ D’où le nom: quatre (lettres) sur 3 (san en japonais) vers formant un (haï)ku — rien à voir avec la Fontaine des éléphants]
Postés sur la liste Oulipo en septembre 2013.

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W ou le Septuor dément

W
Ile
Sportive
Terre océanique
Où le temps s’emprisonne
Est-elle le miroir d’un hier dément
Ou le cadran d’un moteur qui tourne à pleins gaz


Nouvel essai de Septuor défini par Lirina Bloom. Celle-ci ayant proposé de chercher des Septuors débutant par les différentes lettres de l’alphabet, celui-ci répond pour W par un hommage modeste à Georges Perec, auteur de « W ou le Souvenir d’enfance » .

Publié le 15 août 2013

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Caresse

Y
Vis
Une lune
Couleur de sang
Dont le rayon m’inondait
D’une caresse encor plus sépulcrale
Que l’ondoiement huileux du poison dans ma veine


Second essai de Septuor (défini par Lirina Bloom) après Arrache.

Publié le 6 août 2013

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Arrache

A
Cor
Et à cri
Réclame le vent
Arrache le calfeutrement
Expose ta chevelure aux tourbillons
Ouvre ta poitrine au gel qui déferle en sifflant


On trouve sur le site de Lirina Bloom  une contrainte qu’elle a proposée ces jours-ci sur twitter, ainsi décrite:
« 140 se trouve être la somme des carrés des sept premiers nombres entiers, ce qui en fait un nombre pyramidal carré : 1+4+9+16+25+36+49 = 140

le fait que 140 soit un nombre pyramidal carré, va donner lieu a une forme poétique appelée carré pyramidal:
[soit 6 vers de 1,4,9,16,25,36,49 caractères]

On constate cependant, un aléa de la contrainte 140 du tweet : l’alinéa est considéré, au même titre que l’espace blanc, comme un caractère. »
Ceci interdit la diffusion de tels poèmes sur twitter ! La contrainte est donc modifiée en 1,3,8,15,24,35,48 caractères + 6 alinéas. Lirina Bloom a baptisé Ôde, puis septuor cette forme définitive.
Le poème ci-dessus suit cette contrainte qui, outre le fait qu’elle produit automatiquement des twoosh, me plaît bien, mélangeant des idées proches de l’isocélisme et du bigollo qui m’est cher.

Publié le 6 août 2013

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clinamen à l’harmonie

jusqu’au ciel délire
ce sidéral chant
chaque accord de lyre
joue l’odeur des champs

d’un rire délivre
du corbeau vainqueur
quiconque doit vivre
qu’assourdit rancœur


Ce sélénet est, avec « Chanson à boire avec modération », le premier essai d’une nouvelle contrainte « harmonique« . Partant de l’air de « Au clair de la lune », il s’agit d’associer à chaque note une lettre imposée à la syllabe correspondante, selon la clé de correspondance suivante:
la: a,h,o,v
si: b,i,p,w
do: c,j,q,x
ré: d,k,r,y
mi: e,l,s,z
fa: f,m,t
sol: g,n,u
A l’exception des dernières syllabes des vers 5 et 7, cette règle est appliquée à la première lettre de chaque syllabe.
Posté sur la liste Oulipo le 12 mai 2013.

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Chanson à boire avec modération

Vous, vos vieux principes
Vexent bel idiot.
Veule affable chipe
Vos clés pour bon piot.

Puis bibine il rapte,
Buvant goutte à seau.
Va blâmable inapte :
Vin coupé boit sot !


Ce sélénet est, avec « clinamen à l’harmonie », le premier essai d’une nouvelle contrainte « harmonique« . Partant de l’air de « Au clair de la lune », il s’agit d’associer à chaque note une lettre imposée à la syllabe correspondante, selon la clé de correspondance suivante:
la: a,h,o,v
si: b,i,p,w
do: c,j,q,x
ré: d,k,r,y
mi: e,l,s,z
fa: f,m,t
sol: g,n,u
A l’exception des dernières syllabes des vers 5 et 7, cette règle est appliquée à la première lettre de chaque syllabe. Ici cette contrainte est combinée avec celles du sélénet, notamment la rime.
Posté sur la liste Oulipo le 12 mai 2013.

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chanson de coloc

chanson de coloc

Publié le

passer le balai
ça peut s’apprendre à tout âge
et ce n’est pas l’apanage
des humbles valets

cesse de râler
quand c’est ton tour de ménage
au prétexte d’être en nage
et de t’affaler

tout dans la maison
doit embaumer doit reluire
en chaque saison

cire la crédence
ravive l’éclat du cuir
l’aspirateur danse

Le précédent essai de sonnaïku a provoqué une grande activité sur la liste Oulipo qui a vu de nombreuses propositions de variantes de cette forme. Gilles Esposito-Farèse a remarqué que la forme qu’il a initialement définie ne permettait pas l’alternance des rimes féminines et masculines. Il a illustré dans son beau Sonnaïku pastoral une modification pour résoudre ce problème.
Une autre solution est proposée ici… mais qui risque fort de ne pas être homologuée: tout en conservant le schéma initial, utiliser une rime « androgyne » (reluire-cuir, intrusion du consonantique au sein des féminines et masculines). A noter que l’alternance vocalique-consonantique n’est pas respectée: ce serait chose impossible pour les mêmes raisons que l’impossibilité rencontrée par Gilles sur les F-M.
Posté sur la liste Oulipo le 4 mai 2013.

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