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À Alain Zalmanski

Ratant l'instant
d'anni tintant
fa la mi
passai marchant
sans glapir chant
à l'ami.

Ta main sans fards
inscrit placards
captivants,
bridant sans fin
sabirs par faim
d'arts vivants.

Va. Dans dix ans
riras disant :
Caramba !
Naissant jadis
j'ai dix par dix.
Champ' ! Sabbat !

On a fêté sur la liste Oulipo l’anniversaire d’Alain Zalmanski le 15 octobre. Ma contribution (envoyée avec retard, d’où la première strophe) était un poème sur la structure de la Chanson d’Automne de Paul Verlaine : strophes de structure 4/4/3/4/4/3. De plus seules les voyelles du destinataire sont utilisées.
Posté sur la liste Oulipo le 16 octobre 2025.

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la vie trône et croix

sans ciller
sort ses dents bondit
rapide comme le poignard
dive poète clopinant ivre morte en noir
haine ose et vomit sa libre prose en mots grinçants pris et corsetés tors vils laids

éros rêve
croit la fille folle
le croit mais dévore ses mots
s'imagine mortel et rosissant crie ô femme

sois ma fille
mon reflet mon cri
fais résonner le fort signal

dire non
c'est de droit la vie

trône et croix

Le site « Zazie mode d’emploi » cher aux amoureux d’Oulipo et de la poésie en général fête ses 20 ans le samedi 11 octobre 2025. Pour me joindre à cette fête ce bigollo écrit sur les voyelles de « Zazie mode d’emploi »….
Posté sur la liste Oulipo le 8 octobre 2025.

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Pour Ian Monk

ian
monta
un chemin
sous les arbres
vers un mont qui dominait
les lourdes brumes où l'homme est enfermé

nul
ne vit
trembler
la douce ramure
autour de l'ami s'écartant

l'on
devra
partager
un vif souvenir

tel
du vin
le feu rit

tel
brûla

ian

Ian Monk, membre de l’Oulipo, est mort le 19 septembre. Il avait introduit plusieurs contraintes oulipienne, comme la « Monkine » qui alliait les n-ines avec des contraintes sur le nombre de lettres des mots. En témoignage de mon admiration, je tente pour lui une nouvelle variante du bigollo, le « bigollo littéral » dans lequel à chaque strophe le nombre de lettres des vers successifs forme le début d’une suite de Fibonacci 3,5,8,13…
Posté sur la liste Oulipo le 20 septembre 2025.

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équinoxe

il pleuvait
l’oiseau migrateur
ouvre grand ses ailes nerveuses
caresse très doucement le vent plein de langueur
avec lequel il jouait hier encore lançant des éclats de rire stridents

dans son œil
passe fugitif
le souvenir des beaux instants
où son vol fusait en arabesques de bonheur

il pleuvait
le nuage lourd
s’illumina vers l’horizon

bel oiseau
tu fondis au loin

il pleuvait

Un bigollo inspiré par la date.
Posté sur la liste Oulipo le 17 septembre 2025.

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D’or, monotone, dorme automne

S'en vint le temps
où s'effacèrent
- mal nécessaire -
mes vingt ans.

Fort entêtants
concerts plombèrent.
M'a noir Cerbère
dit : « Entends :

la mort s'assure
de la morsure
qui t'attend ;

l'automne tale
l'amour totale
te quittant. »

Ceci est un essai d’« automnet », une forme apparue sur la liste Oulipo. S’inspirant du rythme irrégulier de Chanson d’automne, de Paul Verlaine, il reprend le plan du sonnet modifié par un rythme 4-4-4-3/4-4-4-3/4-4-3/4-4-3. S’y superpose la contrainte, proposée par Gilles Esposito-Farèse, des « rimes à signes extérieurs de richesse » : les trois dernières syllabes d’un vers sont reprises sauf celle du milieu dans le vers rimant avec lui.
Posté sur la liste Oulipo le 7 septembre 2025.

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Pensée agile

Généreusement,
infatigable Lipôte
lance étranges sorts.
Enfilant ses perles, ourle
savantes ivresses.

Tresse or fantasque artisan :
rêves éternels s'éclosent.

Rédigé en l’honneur d’un membre éminent de la liste Oulipo dont nous fêtions l’anniversaire le 15 février, cet architog (forme proposée par celui qu’on honore) dévoile son identité en acronyme.
Posté sur la liste Oulipo le 15 février 2025.

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Le sel est né

En selle, sent-elle
le lète entêté
en ses sentes, telle
senne, et -té !- tenté ?

Lésée elle, lente,
s'ente en tête sens,
teste nette entente
et tente l'ensens.

Une idée récente, lancée sur la liste Oulipo par Gilles Esposito-Farèse, consiste à composer un beau présent sur le nom d’une contrainte que respecte le texte obtenu. Ainsi ont été composés un sonnet auto-beau présent, un haïku auto-beau présent, etc. Le poème proposé ici est un sélénet auto-beau présent.
Pour le vocabulaire:
– lète : barbare affranchi, mi-libre, mi-serf
– ensens : attesté par wiktionary comme un vieux synonyme de « encens », ce qui m’arrange bien.
Posté sur la liste Oulipo le 27 décembre 2024.

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Patte blanche

Chèvre pourquoi ces pleurs amers ?
-- C'est pour mes chevreaux
-- Tu les aimes ?
-- J'aimais
-- Quoi ?
-- Las !
La pauvre mère sanglote.
-- Chèvre !
Chèvre !
Dis-moi.
-- Mes petits,
Mes pauvres enfants,
Le loup me les a dévorés.

Je ne comprends pas
Qu'a-t-il fait ?
-- Je sais
-- Toi ?
-- Oui.
La chèvre regarde l'inconnu.
-- Parle.
-- Oh,
facile :
il a su
montrer patte blanche.

-- Qu'en sais-tu ?
-- Approche
-- Là ?
-- Là
La chèvre veut savoir.
Et
Hop !
Le loup...
c'était moi !

Joli !
Non ?
Dis !
Il engloutit sa proie, content de lui.
Bien,
Loup,
trop fort !

Brute ?
Non.
La mère a rejoint ses petits.
Tchin
tchin.

Bon
Il lave sa patte farinée.
Baste !

Et le loup, ma foi, trouva cette demeure à son goût.

Petit essai d’adaptation de la structure de bigollo à la suite de Fibonacci prolongée dans les négatifs … 5 3 2 1 1 0 1 -1 2 -3 5…, une idée proposée sur la liste Oulipo par Rémi Schulz. Aux nombres négatifs j’ai associé des éléments de dialogue interrogatifs, aux positifs du dialogue affirmatif. Aux zéros des phrases hors dialogue, sortes d’indications scéniques. Le choix s’est porté sur des strophes symétriques entre négatifs et positifs, avec comme d’habitude une diminution progressive des strophes.

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il ondule

il ondule près de toi
dans son habit de feuilles mortes
il te regarde sans sourire

il renifle tes fleurs
somnole au pas de ta porte
regarde par ta fenêtre

tu ne le vois pas
parfois le vent l'emporte
puis la nuit le ramène

autour de toi
sa présence forte
sa main qui te frôle

il te suit
sa marche torte
toujours claudique

il boit
la cohorte
de tes larmes

froid
avorte
tes rêves

𝄽
sorte
l'Autre

Boule de neige fondante de strophes : chaque strophe, de structure n/n+1/n+1 , est formée de vers de longueur diminuée d’une syllabe par rapport à la strophe précédente. Pour la dernière strophe, on doit tomber sur une structure 0/1/1 et pour ce faire le premier vers est juste constitué d’un soupir (symbole musical pour un silence d’un temps).
Publié sur la liste Oulipo le 6 juin 2024.

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La fugue de la fillette

Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait sur un sombre passage dont la voûte basse laissait deviner à son extrémité la courette enserrée entre des murs aux pierres sculptées de figures grotesques.

On vit paraître dans la lumière empoussiérée une fillette sale et malingre serrant sur son cœur une poupée désarticulée.

Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait. On vit paraître un sombre passage. La lumière de la voûte basse empoussiérée laissait deviner une fillette. Sale à son extrémité la malingre courette serrait son cœur. Une poupée enserrée entre des murs aux pierres désarticulées sculptées de figures grotesques.

On vit paraître le portail. Le portail de bois noirci. La lumière empoussiérée par le bois des ans ouvrait un sombre passage à une fillette noircie par les ans. La voûte basse s’ouvrait, sombre et sale, lui laissant le passage. On devinait ses extrémités malingres sous la voûte qui la serrait. Dans la courette son cœur se laissait enserrer entre les murs dont se devinait l’extrémité des pierres sculptées.

Une poupée dans une courette, une figure enserrée entre des murs.

Sous ces curieuses pierres le portail de bois sculpté s’ouvrait sur un vieillard grotesque. Il agita des bras désarticulés et sa maigre figure, sombre dans le passage noueux, poussa un cri terrible qui résonna, grotesque, sous la voûte basse. La cour laissait deviner la fillette qui disparut à son extrémité.

On vit paraître ce curieux vieillard dans la lumière entre les murs empoussiérés. La fillette agita des pierres de ses bras sales et malingres. Serrant sur son maigre cœur une poupée à la figure noueuse, elle poussa un cri terrible qui résonna, grotesque, dans la cour. Et la fillette, désarticulée, disparut.

Un curieux vieillard agita des bras maigres et noueux, poussa un cri terrible qui résonna dans la cour.

Le portail -ce portail de bois noirci par les ans- Le portail de bois s’ouvrait sur un sombre passage. La voûte basse, le bois noirci, laissaient deviner les ans. S’ouvrait à l’extrémité du sombre passage noirci par les ans une courette. La voûte basse s’ouvrait, sombre passage enserré qui laissait deviner à son extrémité les murs de la courette. Des pierres sculptées, une voûte basse, laissaient deviner une figure à l’extrémité grotesque enserrée entre les murs. Pierres d’une courette enserrée entre des murs sculptés. Pierres sculptées de figures. De figures grotesques ! Grotesques !

Et la fillette disparut.


Grand admirateur de Jean-Sébastien Bach, que je pense être l’un des plus purs Oumupiens, j’ai cherché  -un peu à la façon de Douglas Hofstadter dans son monumental Gödel, Escher, Bach–  à quoi pourrait ressembler un équivalent littéraire d’une fugue à trois voix. La fugue a sur moi un effet presque hypnotique et je me disais qu’il pourrait en être de même en écriture. Je ne suis pas sûr d’y être parfaitement parvenu, mais c’est en tout cas très curieux comme exercice.
Dans ce texte on voit apparaître un sujet
« Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait sur un sombre passage dont la voûte basse laissait deviner à son extrémité la courette enserrée entre des murs aux pierres sculptées de figures grotesques. »
et un contre-sujet
« On vit paraître dans la lumière empoussiérée une fillette sale et malingre serrant sur son cœur une poupée désarticulée. »
(Une différence avec la fugue musicale est que cette seconde phrase est d’abord exposée seule avant d’être mêlée au sujet en contrepoint)
Dans le développement qui suit, un second contre-sujet fait son apparition
« Un curieux vieillard agita des bras maigres et noueux, poussa un cri terrible qui résonna dans la cour, et la fillette disparut. »
Le poème s’achève par une strette où les trois voix entrelacent le sujet, puis en l’absence de cadence, d’un court élément du second contre-sujet.
La première de ces trois phrases décrit une maison réelle vue dans un vieux village ardéchois.
Posté sur la liste Oulipo le 1er décembre 2019.

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