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Systoles

L’araigne

Qu'un grêle silence en mon âme règne,
implacable araigne et qui rôde et rit.
Nulle souvenance hélas ne s'inscrit
en mon cœur gommé qu'un vent morne baigne.

Ô gel sibérien, méchante duègne
qui ne vient semer, de son doigt proscrit,
dans ma tête rien, en ce jour suri,
qu'un grêle silence. Implacable araigne.

Nulle souvenance en mon cœur gommé.
Ô gel sibérien qui ne vient semer
dans ma tête rien qu'un grêle silence.

Nulle souvenance. Ô gel sibérien !
Dans ma tête, rien. Nulle souvenance
dans ma tête. Rien. Dans ma tête, rien.

Sonnet auto-acrostiche d’hémistiches, une contrainte introduite en 2020 par Gilles Esposito-Farèse. Tentative d’exprimer ce que tentait de me faire comprendre une personne proche bien incapable de le dire.
Publié sur la liste Oulipo le 10 janvier 2024.

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sonnet iranien

Mollah qui veut à coups de poings juger du bien,
abhorrant fol qui croit dans son primat joug voir,
puisqu'au genre frivole échoit hidjab avoir,
grave châtie au fouet pied narquois, jeu lesbien.
Qu'à jamais d'un sang chaud flot soit plomb au pouvoir.

Debout chante au jour feu qu'empreint gouailleuse union
de femmes qu'un grand vent brûlant jonche sans peur
quand va surgir, joli spam, brun, châtain, fanion.

Temps déjà, vainqueur fou, change sombre torpeur
en un jeu - presque un vol - où gauche ado flambant
dégauchit sa ferveur, qu'adjure un clan trompeur
d'avachir, qu'un fiqh jugula : stop ! Mis au ban !
Chaque femme d'objet devient puissant dégel.
Quand des bourgeons jaillis fraîcheur mouvra pli bel
fondra chagrin jauni qu'on voit au soir plombant.

Une caractéristique de ce sonnet iranien est… que ce n’est pas un sonnet. Sa structure 5/3/7 est propice à la contrainte de la belle absente où se trouve masqué le slogan du grand mouvement qui en Iran a suivi la mort de Mahsa Amini. Il n’y a pas de rimes féminines, allez savoir pourquoi. Toutefois une alternance phonétique voyelle/consonne est appliquée tant bien que mal. Écrit après avoir vu Marjane Satrapi présenter son nouveau livre à la télévision.
Publié sur la liste Oulipo le 17 décembre 2023.

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Oripeaux

l’escalier

l'escalier montait
jusqu'au seuil d'une porte
la porte s'ouvrait
sur une chambre torte
la chambre sentait
le parfum d'une morte
la morte dormait
pleine de grâce forte

Prendre un architog 5757575. Lui rogner les vers longs. Mettre un vers en trop.
Ça fait un architof ou « archi tanka oulipien frelaté ».
Oui, on pourrait aussi parler de quatrain d’hendécasyllabes.
Publié sur la liste Oulipo le 16 décembre 2023.

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Le prix de la vie

La belle attente

Aujourd'hui qu'on croit gravis surplombs affolants,
vois quel grand effroi jette au mont ample et berceur,
volant, l'aigle au cri froid : tremble jusqu'au chasseur.
Chiffres, virgules, jeux simples bloquent, dolents.
Ton cerveau fuit que plomb gauchit en jais, ma sœur.

Poème en belle absente publié sur la liste Oulipo le 12 décembre 2023.

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chaussures engluées


cet homme
avait
trouvé
le chemin
du bonheur

riant
il a
montré
à son frère
ce chemin

son frère
n'a pas
aimé
qu'on lui dicte
sa conduite

alors
il a
saisi
son couteau
opinel

j'ai vu
de sang
la vague
sur la route
du bonheur

mes pieds
se sont
collés
sur la flaque
rouge sombre

j'ai vite
alors
quitté
mes chaussures
engluées

cet homme
au cœur
percé
qui gisait
m'a souri

et j'ai
pris mon
envol
dans le vent
qui chantonne

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Oripeaux

Limerick inclusif

La bielle a coulé.
Lâche, iel, acculé.e,
fait sortir.e
de sa tire,
là, vieil.le à cou laid.

Pas mécontent, dans ce limerick, d’inventer un infinitif inclusif qui ne veut strictement rien dire ( ce qui n’est bien sûr pas le cas des substantifs et adjectifs inclusifs ).

Et… l’avant dernier mot c’est bien « cou » et rien d’autre, bande de chenapans.
Publié sur la liste Oulipo le 30 novembre 2023.

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Mourance

Urgence !
Mourance.
Démence
avance.

Souffrance
intense,
commence
errance.

L'enfance
ne pense,
ne danse.

Silence.
La France
est rance. 

Sonnet monorime de dissyllabes.
Publié sur la liste Oulipo le 21 novembre 2023.

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Le prix de la vie

Badinter 2

Plomb !
Fer !
Perdu !
m'apprit la
multitude : nu
je demande grâce, battu.
M'a pris l'âme l'engrenage martelant l'écho
et j'expire net, appelant mes fils brûlés et mes belles errant environ.
Amer l'infini rire de l'infortuné vibrion trop libre, serf dont un matin gris vint trop tôt porter, le tuant, l'estoc.

Lors de l’émission « La Grande Librairie » du 15 novembre, j’ai entendu la phrase « L’homme est un animal qui tue » prononcée par Robert Badinter. Elle m’a inspiré deux poèmes. On retrouvera le premier, à la page précédente.
Le second à la page, présenté ici, est un Fib ( poème dont les vers ont des longueurs égales aux premiers nombres de la suite de Fibonacci 1,1,2,3,5,8…) sur 9 vers, dont la phrase de Robert Badinter a fourni les 11 premières voyelles, les suivantes obtenues en appliquant le jeu de la vie. J’ai en effet constaté que 9 vers du Fib donnent un total de 88 syllabes alors que la mise en œuvre 8 fois du jeu de la vie procure 88 voyelles, ce qui m’a conduit à n’utiliser que des syllabes comportant une voyelle. Voici la suite de voyelles utilisées :

oeeuaiauiue
ueeaeaeauai
aeeeaeaeaeo
eeieeaeaeiu
eeeeeeaeioa
eiiiieeioue
iiooieeouai
iioooeeuaeo 


Publié sur la liste Oulipo le 16 novembre 2023.

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Le prix de la vie

Badinter 1

L'homme est un
animal qui tue.
Il avait, en disant cela,
le regard du vieux sage qui n'a jamais faibli.
Et sur le trottoir en courant passaient des meutes de héros brandissant des armes.

Tu es un
animal qui tue.
Ses yeux étaient braqués sur moi,
noirs, telle l'âme d'un revolver automatique.

Alors moi,
animal qui tue,
j'ai tourné le dos au miroir.

J'ai soufflé,
animal qui tue,

la bougie.

Lors de l’émission « La Grande Librairie » du 15 novembre, j’ai entendu la phrase « L’homme est un animal qui tue » prononcée par Robert Badinter. Elle m’a inspiré deux poèmes. Le premier, présenté ici, est un bigollo reprenant cette phrase en refrain.
On retrouvera le second à la page suivante.
Publié sur la liste Oulipo le 16 novembre 2023.

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e, l’emblème des déferlements déments

Du savant crois un sanglot voir
qui d'un pouvoir fol vous dota,

arrogants chamans du Gotha
qui vont fourbir croc ou tranchoir
si point n'accroît d'actions l'avoir
qu'un commis mal boursicota,
vous dont la passion d'apostat
conduit à bannir tout savoir
qui fait trop voir où court galop.

Dans tout profit Mort a son lot.

Du cours grimpant à taux massif
la plupart n'ont droit qu'à graillons.
Il faut nourrir d'un grain nocif
tout paysan portant haillons,
tout manant dormant au trottoir,
chassant rital, bougnoul, rasta,
fixant à l'OS lourd quota,
assignant à nana lavoir.

Du savant crois un sanglot voir,
qui d'un pouvoir fol vous dota.

Humains, quand l'amour vous quitta,
du marigot monta jus noir
noyant sols sous un fatal flot.
Dans tout profit Mort a son lot.
Ô vil actif, ô sourd passif,
qu'insouciants idiots nous raillions,
tous mourront, ramas implosif,
quand surgiront vos bataillons. 

Appelons cette forme un « double sonnet népérien ». Inspiré par les décimales du nombre e == 2,71828 ( dont pour le thème il s’inspire également du rôle dans la croissance exponentielle ), ce poème comporte des strophes de 2,7,1,8,2,8 vers, soit un total de 28 vers qui m’a conduit à adopter deux fois de suite le schéma de rimes du sonnet. Les strophes courtes m’ont paru propices au recours à des sortes de refrains.
Notons que 28 vers correspondent aussi à une ballade en octosyllabes. Je me suis un peu inspiré de la ballade, notamment pour les refrains et une espèce d’envoi. Mais pour le schéma de rimes j’ai préféré le sonnet double qui permettait mieux de placer les refrains aux bons endroits.
Le savant qui sanglote, c’est bien sûr Euler, qui a introduit le nombre e, base de la fonction exponentielle, mais n’oublions pas Neper dont les travaux ont introduit le logarithme et contribué à la mise en évidence de l’exponentielle.
Publié sur la liste Oulipo le 4 novembre 2023.

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