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Belem

Le Belem est entré,
bel emblème des rêves.
Espérez belle trêve
en ces temples serrés.

Des éphèbes verrez
en cette fête brève
déferler en ces grèves,
en légende ferrés.

Versent lèvres de fer
des prêtres de l'enfer
des versets et des gestes.

Dès l'été regelé
de ces révérends prestes
serez décervelés.

Entrant à Marseille le 8 mai, le Belem, monovocalisme en E, m’a inspiré par sa sonorité la forme de ce poème montrant peu d’illusions sur la sincérité de l’idéal olympique en France.

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La fugue de la fillette

Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait sur un sombre passage dont la voûte basse laissait deviner à son extrémité la courette enserrée entre des murs aux pierres sculptées de figures grotesques.

On vit paraître dans la lumière empoussiérée une fillette sale et malingre serrant sur son cœur une poupée désarticulée.

Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait. On vit paraître un sombre passage. La lumière de la voûte basse empoussiérée laissait deviner une fillette. Sale à son extrémité la malingre courette serrait son cœur. Une poupée enserrée entre des murs aux pierres désarticulées sculptées de figures grotesques.

On vit paraître le portail. Le portail de bois noirci. La lumière empoussiérée par le bois des ans ouvrait un sombre passage à une fillette noircie par les ans. La voûte basse s’ouvrait, sombre et sale, lui laissant le passage. On devinait ses extrémités malingres sous la voûte qui la serrait. Dans la courette son cœur se laissait enserrer entre les murs dont se devinait l’extrémité des pierres sculptées.

Une poupée dans une courette, une figure enserrée entre des murs.

Sous ces curieuses pierres le portail de bois sculpté s’ouvrait sur un vieillard grotesque. Il agita des bras désarticulés et sa maigre figure, sombre dans le passage noueux, poussa un cri terrible qui résonna, grotesque, sous la voûte basse. La cour laissait deviner la fillette qui disparut à son extrémité.

On vit paraître ce curieux vieillard dans la lumière entre les murs empoussiérés. La fillette agita des pierres de ses bras sales et malingres. Serrant sur son maigre cœur une poupée à la figure noueuse, elle poussa un cri terrible qui résonna, grotesque, dans la cour. Et la fillette, désarticulée, disparut.

Un curieux vieillard agita des bras maigres et noueux, poussa un cri terrible qui résonna dans la cour.

Le portail -ce portail de bois noirci par les ans- Le portail de bois s’ouvrait sur un sombre passage. La voûte basse, le bois noirci, laissaient deviner les ans. S’ouvrait à l’extrémité du sombre passage noirci par les ans une courette. La voûte basse s’ouvrait, sombre passage enserré qui laissait deviner à son extrémité les murs de la courette. Des pierres sculptées, une voûte basse, laissaient deviner une figure à l’extrémité grotesque enserrée entre les murs. Pierres d’une courette enserrée entre des murs sculptés. Pierres sculptées de figures. De figures grotesques ! Grotesques !

Et la fillette disparut.


Grand admirateur de Jean-Sébastien Bach, que je pense être l’un des plus purs Oumupiens, j’ai cherché  -un peu à la façon de Douglas Hofstadter dans son monumental Gödel, Escher, Bach–  à quoi pourrait ressembler un équivalent littéraire d’une fugue à trois voix. La fugue a sur moi un effet presque hypnotique et je me disais qu’il pourrait en être de même en écriture. Je ne suis pas sûr d’y être parfaitement parvenu, mais c’est en tout cas très curieux comme exercice.
Dans ce texte on voit apparaître un sujet
« Le portail de bois noirci par les ans s’ouvrait sur un sombre passage dont la voûte basse laissait deviner à son extrémité la courette enserrée entre des murs aux pierres sculptées de figures grotesques. »
et un contre-sujet
« On vit paraître dans la lumière empoussiérée une fillette sale et malingre serrant sur son cœur une poupée désarticulée. »
(Une différence avec la fugue musicale est que cette seconde phrase est d’abord exposée seule avant d’être mêlée au sujet en contrepoint)
Dans le développement qui suit, un second contre-sujet fait son apparition
« Un curieux vieillard agita des bras maigres et noueux, poussa un cri terrible qui résonna dans la cour, et la fillette disparut. »
Le poème s’achève par une strette où les trois voix entrelacent le sujet, puis en l’absence de cadence, d’un court élément du second contre-sujet.
La première de ces trois phrases décrit une maison réelle vue dans un vieux village ardéchois.
Posté sur la liste Oulipo le 1er décembre 2019.

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Ô vide

Au commencement était le verbe
et l'aube viride en son délire
figea l'instinct tiède des fils d'Éli.

D'horribles grimoires signés d'esprits forts
sur l'horizon gris ont brisé le sens connu.

Au soir fondit l'ordre triste du sang
et par un poison pur vint enfin l'amer
ciel sans but où a dormi l'homme vil.

Ô vide sauvant seul nos unions
tu domines l'art le vin chaud l'amour.

Sans un son file l'insolent charme du Mal
et par un poison pur vint enfin l'amer.

Jeu de la vie à partir de la première phrase de l’évangile de Jean. Comme souvent la suite est périodique ( voir ci-dessous ). Le poème s’arrête à la première répétition.
Publié sur la liste Oulipo le 10 mars 2024.

auoeeeeaieee
eaueiieeoeie
ieaiiieeeiei
oieioieieeio
uoioioieeeou
auoioioeieua
eauoiouieiae
ieauouaoioei
oieauaeuouio
uoieaeiauaou
auoieioeaeua
eauoiouieiae

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La nature des choses

Bravant le cac quarante au jeu ? Pschitt : dégommée !
Pdg (favoris, cils charmants) jusqu'au bout
va t'agonir parce qu'objet fol tu déchois.
Chante avenir blafard qu'ange en jupon suivra
tandis qu'on voit fringant champion jaillir d'un bond.

Belle absente publiée le 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

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Hommage à François Caradec

Chaque année le site Zazie mode d’emploi honore un Oulipien dont un texte est proposé à toutes les réécritures pendant un an. Cette année l’Oulipien de l’année est François Caradec, dont le texte proposé est le suivant, tiré de son recueil Les nuages de Paris :

Chanson des rues

Prenez une rue au hasard
en sortant de chez soi la première est la bonne
ce n’est pas un effet de l’art
la plus belle à Paris est celle qu’on fredonne.

Toutes les rues riment ainsi
on en fait des refrains qu’on chante dans les rues
toutes les rues disent merci
merci d’avoir chanté la ville disparue.

On trouvera ci-dessous l’ensemble de mes participations à cet hommage, à retrouver sur la page dédiée du site Zazie mode d’emploi.

19-2-2024

Aux brâmes citoyens

Au boulevard choisissez des échappées fantasques :
Gouaille, hardies invites, joyeux klaxons !
Là modulez nocturnes ovations,
prosodies que rues susurrent tendrement.
Unissez vibraphone, waterphones, xylophones!
Yodlez zouavement !

( abécédaire )

19-2-2024

Murs, murs

Aux rues
échois.
Aux nues
le choix.

Passante,
souris
quand chante
Paris.

( muret : variante du sélénet ( autrement dit bobet ) dans lequel chaque vers compte 2 syllabes )

20-02-2024

Merci

Prenez une conscience au hasard
en sortant du Kremlin la première est la bonne
ce n’est que l'enfance de l’art
la plus belle à Moscou est celle qu’on empoisonne.

Toutes les consciences finissent ainsi
on en fait des charognes qu’on traîne dans les rues
toutes les rues leur disent merci
merci d’avoir chanté notre fierté disparue.

24-2-2024

Faisant confiance au hasard
je prendrai la première rue
dans Paris, enfance de l'art,
faisant confiance au hasard.
Et j'errerai, chantant, peinard
dans la grand-ville disparue,
faisant confiance au hasard.
Je prendrai la première rue.

( triolet )

24-2-2024

Prenez Paris

Prenez Paris, plus belle chez soi.
On n'en est plus ainsi chanté.
Ville fait art dans les rues.
Merci hasard avoir chanté, sortant disparue.

Montagnes russes : chaque mot est plus long ou plus court d’une lettre que son prédécesseur ; ici chaque mot est pris dans le texte source.

25-2-2024

Jeu de la rue

Merci avoir chanté la ville disparue, dit l'homme, un homme âgé dont d'informes habits sont unis au ciment gris du long mur gris et long.

Tu vas comme ça, roi sortant d'un manoir nu, chanteur ingénu soulevant l'écu dormant.

Et riant, noir, mauvais : Ne dis ma rue ! dit l'homme, un homme âgé. Mort. Informes habits.

Jeu de la vie à partir du dernier vers du texte source.

Il se trouve qu’à la 6e itération le jeu devient périodique : c’est donc sur cette 6e itération qu’on s’interrompt.

1-3-2024

Accumulation fâcheuse

Déambule en la première ruelle.
Quelle ruelle ?
En Alep ne se trouve ce jour rien qu'un amas de pourriture.

Déambule en la première ruelle.
Quelle ruelle ?
En Avdiïvka ne se trouve ce jour rien qu'un amas de pourriture.

Déambule en la première ruelle.
Quelle ruelle ?
En Gaza ne se trouve ce jour rien qu'un amas de pourriture.

Aaahhh ÇA VA ! Fous nous la paix !

Et si tu veux, égrène un psaume pour ta cité disparue.

Accumulation agréable : comme stipulé par Eric Angelini, tous les mots doivent comporter même nombre de voyelles et de consonnes.

5-3-2024

Airs de Paris

Par aria pair s'apaisa. Paria prisa rap.
Saï passa, surpris, puis, assis pipa air pas si pur.
Repasseuse, éprise, a saisi pipeau. Rire espéra.

Suivant une idée d’Alexandre Carret, ces trois tétradécasyllabes contiennent exclusivement les lettres de PARIS ainsi que, le premier la lettre R, le second les lettres RU, le troisième les lettres RUE.

14-3-2024

Amnésie des rues

Je ne me souviens pas pourquoi le poulet a traversé la rue.
Je ne me souviens pas si le poulet avait pris une rue au hasard.
Je ne me souviens pas si en sortant de chez lui la première fut la bonne.
Je ne me souviens pas que cela ait été un effet de l’art.
Je ne me souviens pas de la plus belle à Paris, ni de celle qu’on fredonne.
Je ne me souviens pas comment riment toutes les rues.
Je ne me souviens pas des refrains qu’on chante dans les rues.
Je ne me souviens pas de ce que disent toutes les rues.
Je ne me souviens pas d’avoir chanté.
Je ne me souviens pas de la ville disparue.

Texte à démarreur, à la manière de « Je me souviens » de Georges Perec.

20-3-2024

Rue, ô sœur !


Égaré tu as su baisser viseur :
Paris tué.
Mélodie vive idole meut.
Si rap, rues ivres.
Si abus, saute rage.

Ce palindrome est la 202e ( nombre palindromique ) contribution à l’hommage à François Caradec.

23-3-2024

Fureur des rues

Tirez dans la rue au hasard
en sortant votre colt l'africaine personne :
ce n'est pas pour rien les pétards.
L'âme belle à Paris est celle qui ratonne.

Toutes les rues riflent ainsi
ces enflés pas chrétiens, qu'on plante dans les rues.
Toutes les rues disent merci
aux preux qui vont planter la racaille accourue.

29-3-2024

Les rimes mortes

Rue aux marchands de vin ? Rue aux marchands de soie ?
Il choisit au hasard, celui qu'on dit Franc.

Les parlers de Bretons, de Goths, de Celtes, d'Èques
riment en ce lieu qui prit tant de carat.

Les rimes voilées ou mortes sont une invention de François Caradec : les vers de rang pair ont une syllabe de moins que ceux de rang impair ; ils sont à compléter par la syllabe à la rime du vers précédent, leur donnant par homophonie une terminaison différente.

5-4-2024

Fugue des rues

Prenez une rue au hasard : la plus belle à Paris est celle qu’on fredonne.

Toutes les rues riment ainsi, on en fait des refrains qu’on chante dans les rues.

Prenez toutes les rues. Une rue rime. Ainsi on fait au hasard des refrains. La belle qu’on chante à Paris est celle qui fredonne dans les rues.

Prenez une rue, prenez toutes les rues. Au hasard rime la plus belle. Ainsi, une rue à Paris fait fredonner des refrains au hasard. On chante la plus belle dans les rues : Paris fredonne.

Toutes les rues se prennent à rimer. Prenez, prenez une rue. Le hasard ainsi fait une rue plus belle. Toutes les rues disent merci au hasard, merci Paris pour la belle rue qui fredonne, pour toutes les rues qui riment au hasard. Ah, Paris qui chante ainsi des refrains que la belle fredonne. Paris, ville qui fait qu'on chante des refrains, qu'on fredonne dans les rues, qu'on chante, disparu dans les rues.

Toutes les rues disent merci, merci d'avoir chanté.

Prenez une rue au hasard. Prenez une rue, prenez la plus belle à Paris, au hasard. Une rue au hasard. La plus belle, la plus belle à Paris, est celle qu’on fredonne, qu’on fredonne à Paris. Celle qu’on fredonne.

La ville ? -- Disparue.

Reprenant ma proposition de fugue introduite en 2019 transposant au domaine de la littérature une forme musicale célèbre. On distingue ici un sujet « Prenez une rue au hasard : la plus belle à Paris est celle qu’on fredonne » , un contre-sujet « Toutes les rues riment ainsi, on en fait des refrains qu’on chante dans les rues » et un second contre-sujet « Toutes les rues disent merci merci d’avoir chanté la ville disparue ».

21-4-2024

Vers sert

Prenez une date au hasard
en venant au printemps à coup sûr c'est la bonne :
N’est ce pas un effet de l’art ?
Le vingt et un avril naît celle qu’on fredonne.

Tous ses haïkus riment verlan
inversant les refrains dont chante la médaille,
tous ses haïkus disent l'envers.
Merci d’avoir créé le rêve qui sonnaille !

Double hommage à l’Oulipien de l’année et à l’Oulipote Annie Hupé pour son anniversaire, avec une allusion à la médaille, contrainte de son invention.

24-5-2024

Avenues, boulevards, calades

Au bon chaland douce errance fleure glorieux hasard.
Ici joyeuse kermesse louvoie, menant nonchalamment où première que repérerez suffira :
trivial univers vomissant walkmans, xylophones, yodles, zouk.
Zieutez-y xystes, wesh ! Voici un très swingant refrain.

Quels poèmes on narre !
Mélodieux les klaxons jouent, ivres, héroïques guimbardes,
faubourgs entonnent dithyrambes.
Chantent bourgade anéantie.

Abécédaire ascendant puis descendant.

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Le prix de la vie

Vie de Badinter

L'homme est un animal qui tue.
Quel est, sabre, là, ce sang humain ?
La tête s'en va, épave sans écho
de peines et d'appels, d'appétits tus.

Lentement le temps s'efface rigolant.
Des virils instincts s'éteint morgue
et l'infini vide s'emplit tout de
millions d'oiselets mourants. Fin.

Robert Badinter est mort la nuit dernière. Dans ce poème le premier vers  reprend une phrase prononcée par lui lors d’un entretien diffusé dans La Grande Librairie, qui m’avait inspiré deux poèmes le 16 novembre dernier.
https://taliporefleuri.fr/2023/11/21/badinter-1/  et https://taliporefleuri.fr/2023/11/21/badinter-2/
En voici un troisième, suivant la contrainte du jeu de la vie.
Publié sur la liste Oulipo le 9 février 2024.

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Jeu nase

Au commencement, Rien créa le nul et le zéro.

Le zéro était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Rien planait au-dessus du faux.

Rien dit : « Que l'illusion soit. » Et l'illusion fut.

Rien vit que l'illusion était bonne, et Rien sépara l'illusion des ténèbres.

Rien appela l'illusion « forme », il appela les ténèbres « fond ». Il y eut un creux, il y eut un plein : première forme.

Et Rien dit : « Qu’il y ait un jugement au milieu du faux, et qu’il sépare le faux. »

Rien fit le jugement, il sépara le faux qui est au-dessous du jugement et le faux qui est au-dessus. Et ce fut ainsi.

Rien appela le jugement « beau ». Il y eut un creux, il y eut un plein : deuxième forme.

Et Rien dit : « Le faux qui est au-dessous du beau, qu’il se rassemble en un seul tas, et que paraisse le zéro absolu. » Et ce fut ainsi.

Rien appela le zéro absolu « zéro », et il appela la masse du faux « moins ». Et Rien vit que cela était bon.

Rien dit : « Que le zéro produise le labeur, la science qui porte sa semence, et que, sous le zéro, l’art donne, selon son espèce, l’œuvre qui porte sa semence. » Et ce fut ainsi.

Le zéro produisit le labeur, la science qui porte sa semence, selon son espèce, et l’art qui donne, selon son espèce, l’œuvre qui porte sa semence. Et Rien vit que cela était bon.

Il y eut un creux, il y eut un plein : troisième forme.

Et Rien dit : « Qu’il y ait des dignitaires au jugement du nul, pour séparer la forme du fond ; qu’ils servent de signes pour marquer les fumées, les formes et les apparences ;

et qu’ils soient, au jugement du nul, des dignitaires pour éclairer le zéro. » Et ce fut ainsi.

Rien fit les deux grands dignitaires : le plus grand pour commander à la forme, le plus petit pour commander au fond ; il fit aussi les stériles.

Rien les plaça au jugement du nul pour éclairer le zéro,

pour commander à la forme et au fond, pour séparer l'illusion des ténèbres. Et Rien vit que cela était bon.

Il y eut un creux, il y eut un plein : quatrième forme.

Et Rien dit : « Que le faux foisonne d’une profusion d’idées véhémentes, et que les oiseux vomissent au-dessous du zéro, sous le jugement du nul. »

Rien créa, selon leur espèce, les grands monstres mandarins, toutes les idées véhémentes qui vont et viennent et foisonnent dans le faux, et aussi, selon leur espèce, tous les oiseux qui vomissent. Et Rien vit que cela était bon.

Rien les bénit par ces paroles : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez le moins, que les oiseux se multiplient sous le zéro. »

Il y eut un creux, il y eut un plein : cinquième forme.

Et Rien dit : « Que le zéro produise des idées véhémentes selon leur espèce, ragots, ratages et rages sournoises selon leur espèce. » Et ce fut ainsi.

Rien fit les rages sournoises selon leur espèce, les ragots selon leur espèce, et tous les ratages du zéro selon leur espèce. Et Rien vit que cela était bon.

Rien dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des passions du moins, des oiseux du nul, des ragots, de toutes les rages sournoises, et de tous les ratages qui vont et viennent sous le zéro. »

Rien créa l’homme à son image, à l’image de Rien il le créa, il les créa homme et femme.

Rien les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez le zéro et égalez-le. Soyez les maîtres des passions du moins, oiseux du nul, et de toutes les animosités qui vont et viennent sous le zéro. »

Rien dit encore : « Je vous donne toute science qui porte sa semence sous toute la surface du zéro, et tout art dont l’œuvre porte sa semence : telle sera votre pourriture.

À toutes les animosités du zéro, à tous les oiseux du nul, à tout ce qui va et vient sous le zéro et qui a souffle de violence, je donne comme pourriture tout labeur vandale. » Et ce fut ainsi.

Et Rien vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un creux, il y eut un plein : sixième forme.

Ainsi furent achevés le nul et le zéro, et tout leur déploiement.

À la septième forme, Rien avait achevé le néant qu’il avait fait. Il se reposa, à la septième forme, de tout le néant qu’il avait fait.

Une série d’échanges ont lieu actuellement sur la liste Oulipo sur le mot « rien » dans la littérature. Inspiré par ce thème, je tente ici ce que j’ai décrit par plaisanterie une « Méthode M + rien avec M=S/V/A ». Plus sérieusement il s’agit d’un homosyntaxisme à partir du début de la Genèse, telle que traduite par l’AELF, en choisissant les mots modifiés afin de coller au thème.
Publié sur la liste Oulipo le 3 février 2024.

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À supposer… pour rigoler

À supposer
qu'on me demande
que je me rende
au dieu rusé

pour rigoler,
que d'une phrase
pleine d'emphase
on dise olé

va donc clamser
ce jour ou l'autre
sans patenôtre
et sans danser,

je souhaiterais
larguer l'amarre
tenir la barre
sans bords tirés,

laissant des ports
ces murs saumâtres
sombres théâtres
de mes transports,

et droit devant
vers le grand large
mener ma barge
le froid bravant,

les yeux jetant
sur ma boussole,
quand se désole
le vent d'autan

qui se souvient
de l'allégresse
de ma jeunesse
qui ne revient

où, fort et droit,
j'allais en liesse
jouer ma pièce
le verbe adroit

sans voir germer
un fin sourire
sur ma satire
non réprimé

chez les gens bien
qui vous dominent
de l'âpre mine
de l'amphibien,

j'irais au bout
de ma dérive
sur l'eau lascive
au vent debout,

en me tournant
voyant la berge
une ardeur vierge
me reprenant,

lançant un chant
fier et sauvage
rejoindrais l'âge
du jeu méchant

et lors, le front
tendu vers l'onde,
quittant le monde
sans un affront,

par un plongeon
que je m'élance
dans le silence
de l'esturgeon

et, dans la nuit,
que je m'écrase
touchant la vase
et son ennui.

Petite évolution de la contrainte « À supposer… » de Jacques Jouet, qui normalement désigne un texte en prose de 1000 signes au moins formé d’une phrase unique, et débutant par « À supposer qu’on me demande ici de… ». J’ai laissé tomber les deux derniers mots de cette formule. Mais surtout la principale entorse est que ce poème est en vers. Je me suis efforcé d’utiliser des rimes toutes différentes. Toute ressemblance avec un célèbre poème d’Arthur Rimbaud n’est qu’une pure coïncidence.
Publié sur la liste Oulipo le 1er février 2024.

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Seuil

Seuil
haut :
ô
deuil.

Feuille
croc
trop
cueille.

Jouis !
J’ouïs
mort.

Faim
mord.

Fin.

Sonnet de monosyllabes.
Publié sur la liste Oulipo le 21 janvier 2024.

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Poteries

Poteries 2024

Sur la liste oulipo sont lancées quotidiennement des propositions de contraintes qui reçoivent de nombreuses réponses auxquelles j’ai joint ces petits textes.  J’ai commencé par les classer d’après la contrainte utilisée. A partir de 2018 j’ai renoncé à ce classement trop difficile en raison du foisonnement de nouvelles contraintes proposées, et mes contributions sont classées par année.

( Désolé pour la mise à jour retardée. Ça finira par se faire ! )

14 janvier

Sur la liste Oulipo, Pierre Lamy écrit : « La contrerime est un quatrain combinant des rimes embrassées (ABBA) avec une structure métrique croisée (8-6-8-6 par exemple).
Si on y remplace les rimes par des assonances (bulbe/raffut) et si on fait en sorte que les vers impairs contrassonent avec le suivant (bulbe/galbe), on peut composer ce quatrain sans avoir la moindre idée de son thème à partir d’un seul mot-rime. » Voici un petit essai dans lequel l’ajout minimal de syllabes assure la structure de contrerime.

Éloge de la démagogie

D'un thrène
faux
ton trône
fais.

17 janvier

Participation à une salve de « haïkûlorimes » sur le thème de l’hiver par Alexandre Carret.

Mène hiver effroi.
Je l'aime, heureux. Gelé, meurs.
Mai n'y verrai, froid.

29 janvier

Une controverse faisant rage sur la liste au sujet de la textique, à laquelle je suis incapable de participer, et au sujet de la définition du beau, j’ose une petite participation sous forme d’une citation d’un texte qui n’est pas de moi, et d’un commentaire de mon cru :

Un beau poème 

Aussi,
sur le fondement
de l'article quarante neuf,
alinéa trois,
de la Constitution,
j'engage la responsabilité
de mon Gouvernement
sur l'ensemble du projet de loi
de programmation des finances publiques
pour les années deux mille vingt trois à deux mille vingt sept.
Dans ce poème déclamé le 27 septembre 2023 au Palais Bourbon, on note une maîtrise étonnante de la métrique. Les trois premiers vers ainsi que les quatre derniers en boule de neige de syllabes 2-5-8 et 6-9-12-15 encadrent deux quasi-haïkus 5-8-5 et 6-10-6, le second augmenté,  ce qui confère à l'ensemble un équilibre magistral. Une dynamique puissante résulte de l'augmentation moyenne des vers allant de 2 à 15 et s'achevant sur une noble envolée. On note également que l'unique rime féminine est placée sur l'unique alexandrin, accentuant le caractère viril et moderne du poème. À noter l'usage, moderne lui aussi, du double e de « années », ainsi que l'habile partage synérèse/diérèse entre les mots « constitution » et « programmation ».

Si l'on regarde la date 27-9-23 on note que l'on peut classer 25 entre les deux nombres extrêmes tandis que le central a pour carré 81, ce qui justifie la gématrie 2581 de ce texte.

La limpidité du sens de ce beau poème est inégalable, et l'harmonie sensible à sa lecture procure un sentiment de suavité rare dans la littérature du XXIe siècle.

30 janvier

Une floraison d’abécédaires se produisant sur la liste, voici ma participation en monosyllabes :

Ah bé c'est dur

A bu ce doux et frais gin.
Ho, il jouit ! kif ! Las : moût nuit.
- Ô paix que romps sans toi.
- Un vil web X ?
- Yes, zig.

3 mars

Un ouïseaunet, forme inventée par Robert Rapilly.

Geins, Tristan, grogne :
Las, tes cigognes
loin d'Iseut
font leurs œufs.

1er avril

Terine syllabique de circonstance.

Terrine de la mer

Dans le pot
l'eau bout : a
joli son.

D'hameçon
l'oripeau
remua.

Avril à
poasson
fit la peau.

11 avril

Nouvel ouïseaunet.

D'albatros trots,
théâtraux trop,
ailes, belles
elles, cèlent.

25 avril

Pour éviter la luxure
les beautés il ne zieuta.
Se rincer l’œil ? N'en eut cure :
ses paupières il luta.

otremandi :

Au beau corps des elfes,
gourd, haï, j'ai, kid laid, mineur orphique, résisté.
Uvée waxai : yeux zen.

Sur la proposition de Louis Couturier, la liste Oulipo a exploré la notion d’abécédaire syllabique, version de l’abécédaire où les lettres de l’alphabet ne sont pas placées au début des mots successifs mais au début des syllabes successives. Voici ma contribution.

27 avril

La gidouille grammatique, proposée par Alexandre Carret, consiste en deux lignes dont l’une se déduit de l’autre par une permutation en gidouille. La contribution ci-dessous est suivie de la jolie représentation graphique trouvée par Rémi Schulzoù les deux lignes apparaissent selon qu’on la lit de gauche à droite ou de haut en bas.

Rée amour : vie !
Ô mua rêve : ire.
     o
m u
a r
e v
e i
r e

6 mai

Homophonie express.

Dans son super plumard,
boit, mange, fait son lard,
sans révéler au monde
la bourse qu'il a ronde.

Moralité :

À beau lit, bibe l'eau, dîne, a nid. Tait son or.

7 mai

Séquence vocalique.

Iahvé nu

Israël qui t'a élu l'instance du final feu ?

11 mai

Robert Rapilly a proposé l’idée de « pitretitre », dans lequel « une forme poétique figure dans le titre, lequel est un calembour expliqué par les vers qui s’ensuivent ». Ici, la contrainte est la terine.

Terine habit tait

Sur cette île vierge
ne me parle pas
du manteau que porte.

Nul toit nulle porte.
Sous la vigne vierge
l'on ne me voit pas.

Ne trouble mon pas
nulle voix qui porte
et mon âme est vierge.

12 mai

Homophonie express.

Aimant ses doigts ailés,
il prend en ses chaussettes
cachées force pépètes :
veut appas dévoilés.

Moralité

Deux mains d'elle. Aux bas le rouble. Hanche il acque en pagne.

14 mai

Nouveau « pitretitre » : voir description au 11 mai. Le titre peut se lire « Abaissez der des der »

Abécédaire d'eider


Ah beau combat des épatants Français ! Guerriers hardis, ils jetteront kaiser, la macreuse nullarde. Oh par quelle rouerie subissent tranchées un vénéneux wargame (xénisme...) ? - Ypérite, zigomars !

23 mai

Le poème ci-dessous, outre l’isocélisme, présente une structure en 5/7/5 lettres. Alain Chevrier a nommé de tels micropoèmes, de façon joliment autoréférentielle, « HAIKU / MINIATU / RISES ».

Roi nu,
respire
et rit.

27 mai

Tenté et net

N'a ta soif, toi Dieu, or ? -- Bestial pactole, na!
Âne, lot ça plait ? S'ébroue idiot : -- Fi, ô Satan.

28 mai

Participation à un travail des Oulipotes sur l’englyn, une forme courte en honneur chez les poètes gallois.

le vieil homme s'est assis un moment
calmement sans soucis
de ses gestes imprécis
chasse les jours rétrécis

29 mai

Un second englyn, dans lequel on tente de respecter les contraintes d’allitérations que s’imposaient les poètes Gallois. Les consonnes répétées à chaque vers sont les suivantes :
Vers 1 : LKF ; vers 2 : PRLF ; vers 3 : KVZ ; vers 4 : SSN.

Celle que frôle, divine, il confond,
par le fond, perle fine
avec vase que voisine,
et sasse une ire assassine.

12 juin

Sur une idée de Louis Couturier, les Oulipotes étudient actuellement des textes « intransitifs » , c’est-à-dire qu’on y trouve des vers ou des mots vérifiant une relation A < B < C < … < M < A en un certain sens de l’inégalité < : longueur des mots dans les vers, ou comme ici cumul des comparaisons lettre à lettre des mots pour l’ordre alphabétique. Ainsi :

la +3= France +1= adore +1= le +2= nazi = l’ = as = de = fade +3= affable +1= la

Ici, on essaie une mise en œuvre de l’inégalité au sens large <= dans un texte dont le lien avec l’actualité électorale n’est pas fortuit.

Note : « fade » est un substantif argotique pour plaisir sexuel.

La France adore le nazi,
l'as
de fade affable.

Une illustration graphique m’a été offerte par Gilles Esposito-Farèse qui consacre actuellement un important travail à cette nouvelle contrainte : Une flèche relie un mot à un mot lui étant inférieur ( au sens ci-dessus ) et une absence de flèche représente deux mots de valeur égale. La voici :

27 juin

Quelques membres de la liste se sont penchés sur les textes usant de niveaux élevés de parenthèses à l’imitation de Roussel. Le texte ci-dessous est une contribution à cet échange.

Confusion

J'ai,
car...
Trop
qu'on...
Mais
crient!
Très!
Plus!
- Dit :
quand ?

L'ouït
sourd,
qu'ours
fort
sot,
qui
croit
tôt.
Veuf,
bu.

Pour reconnaître ici une contribution au sujet des parenthèses, il faut enlever toutes les ponctuations et mettre une parenthèses ouvrante avant chaque mot de la première strophe, une fermante après chaque mot de la deuxième strophe.

J'ai
(car
( trop
( qu'on
( mais
( crient
( très
( plus
( dit
( quand

l'ouït )
sourd )
qu'ours )
fort )
sots )
qui ? )
croit )
tôt )
veuf)
bu

Remis en ligne ça donne

J'ai (car ( trop ( qu'on ( mais ( crient ( très ( plus ( dit ( quand l'ouït ) sourd ) qu'ours ) fort ) sots ) qui ? ) croit ) tôt ) veuf ) bu

peut-être plus lisible en désimbriquant les parenthèses :

J'ai bu (car veuf ) ( trop tôt ) ( qu'on croit ) ( mais qui ? ) ( crient sots ) ( très fort ) ( plus qu'ours ) ( dit sourd ) ( quand l'ouït )

22 août

Une charade à tiroirs, répondant à d’autres émises sur la liste oulipo.

Mon premier, de presse
magnat, enrichit fort peu
ses feuilletonistes.

Par son déhanché
mon second ravit les dames
et les demoiselles.

Le Teuton se gausse
en découvrant mon troisième
en pareil endroit.

Pour le caribou
mon quatrième, en riant,
vient sonner l'alerte.

Tel le semainier
mon tout livre son mystère
à qui sait l'ouvrir.

… et sa solution